Les chiffres sont alarmants : pour le quatrième trimestre de l’année 2025, le taux de chômage (élargi) au Sénégal est estimé à 23,3%. En un an, c’est une hausse de 3,3 points de pourcentage par rapport à la même période en 2024 (20,0%).
Mais ce qui est encore plus préoccupant, c'est la dynamique intra-annuelle. Après 21,7% au premier trimestre 2025, le taux de chômage a chuté à 19,0% (amélioration trompeuse) au trimestre suivant. Une amélioration trompeuse car dès le troisième trimestre, le thermomètre est remonté à 19,2%.
C’est au dernier trimestre 2025 que la machine s’est emballée avec un taux de chômage qui culmine à 23,3% (+4,1 points en un trimestre !). Cette accélération brutale au dernier trimestre 2025 marque un point de rupture. Entre septembre et décembre 2025, quelque chose s'est cassé sur le marché du travail sénégalais.
Anatomie d'une crise : Qui sont les victimes ?
Contrairement aux idées reçues, c'est en milieu rural que le chômage frappe le plus fort. Le chômage rural explose à 29,2% contre 19,6% en zone urbaine. Ce paradoxe s'explique par l'exode rural des jeunes qui quittent les villages mais ne trouvent pas d'emploi ; la précarisation de l'agriculture à travers une sécheresse, une baisse des rendements, et une absence d'irrigation qui coïncide avec l'absence d'industries rurales sans alternative à l'agriculture ; la définition du chômage : un agriculteur qui ne trouve pas de travail salarié est comptabilisé comme chômeur
Les zones rurales deviennent ainsi des poudrières sociales et la migration vers les villes s'accélère, aggravant la pression sur les centres urbains déjà saturés.
Les jeunes sacrifiés : 27,4% de chômage
27,4% des jeunes (15-35 ans) sont au chômage contre 18,7% des adultes. Cela signifie que plus d'1 jeune actif sur 4 ne trouve pas d'emploi. Le rapport ANSD évoque également les NEET (Neither in Employment, nor in Education, nor in Training) : ces jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en formation, ni à l'école. Leur nombre exact n'est pas précisé, mais cette catégorie est particulièrement vulnérable à la radicalisation, à l'émigration clandestine et à la délinquance.
Les femmes doublement pénalisées
"Les femmes sont plus touchées par le chômage, quel que soit le groupe d'âge et le milieu de résidence", martèle l'ANSD. Les chiffres du T3 2024 donnaient 32,9% pour les femmes contre 11,8% pour les hommes.
Les raisons sont structurelles et sont relatives à la discrimination à l'embauche, la charge familiale (garde d'enfants, tâches domestiques), les secteurs d'activité (les femmes sont concentrées dans le commerce informel et l'agriculture, secteurs en crise), le niveau de formation avec un accès limité à l'éducation supérieure et aux filières techniques.
Le renoncement
Un indicateur encore plus inquiétant que le chômage lui-même, c’est le taux d'activité qui s'effondre à 55,5% au dernier trimestre 2025, contre 57,0% soit une baisse de -1,5 point. Cela signifie que de plus en plus de Sénégalais en âge de travailler renoncent à chercher un emploi. Ils sortent du marché du travail par découragement.
Ce phénomène, appelé "chômage découragé", n'est même pas comptabilisé dans les statistiques officielles. Les vrais chiffres du chômage sont donc encore plus élevés.
Le piège du chômage BIT vs chômage élargi
L'ANSD publie deux chiffres : le chômage au sens du BIT (strict), établi à 5,4%, concerne les personnes sans emploi, qui cherchent activement et qui sont disponibles immédiatement.
Quant au chômage élargi établi à 23,3%, il regroupe le chômage BIT, les personnes sans emploi, les personnes disponibles, et les personnes qui ne cherchent pas pour des raisons indépendantes de leur volonté.
L'écart entre les deux catégories est gigantesque et représente 17,9 points. Cela signifie que 17,9% des actifs sont dans une zone grise : ils veulent travailler, ils sont disponibles, mais ils ne cherchent pas activement parce qu'ils pensent que c'est inutile (pas d'offres, pas de qualifications, discrimination, etc.). Ce sont les "chômeurs découragés", et leur nombre est en explosion.
Un tertiaire de survie
Quand on regarde où travaillent ceux qui ont la chance d'avoir un emploi (T2 2025), on se rend compte que le secteur tertiaire (commerce, services) absorbe 54,3% de l’emploi au deuxième trimestre 2025.
Le secteur primaire (agriculture, pêche) en recueille 26%, tandis que le secteur secondaire (industrie, BTP) absorbe la part congrue de 19,7%.
Cependant, le tertiaire sénégalais, c'est essentiellement le commerce informel qui représente 43,6% des occupés du tertiaire (vendeurs ambulants, boutiques de quartier). Des services à faible valeur ajoutée comme le gardiennage, le ménage, le transport artisanal.
Ce n'est donc pas le tertiaire moderne (banques, assurances, tech, conseil) qui crée des emplois qualifiés et bien rémunérés.
L'emploi salarié : Une denrée rare
Au premier trimestre 2025, seulement 41,6% de la population active avait un emploi salarié. Cela signifie que 58,4% des travailleurs sont des indépendants (commerce, artisanat), des travailleurs familiaux (aides dans l'entreprise familiale sans salaire), des apprentis.
Les disparités hommes-femmes sont flagrantes. 47,8% des salariés sont des hommes, les femmes ne représentant que 30,3% et sont 1,6 fois moins susceptibles d'avoir un emploi salarié.
Malick NDAW
Mais ce qui est encore plus préoccupant, c'est la dynamique intra-annuelle. Après 21,7% au premier trimestre 2025, le taux de chômage a chuté à 19,0% (amélioration trompeuse) au trimestre suivant. Une amélioration trompeuse car dès le troisième trimestre, le thermomètre est remonté à 19,2%.
C’est au dernier trimestre 2025 que la machine s’est emballée avec un taux de chômage qui culmine à 23,3% (+4,1 points en un trimestre !). Cette accélération brutale au dernier trimestre 2025 marque un point de rupture. Entre septembre et décembre 2025, quelque chose s'est cassé sur le marché du travail sénégalais.
Anatomie d'une crise : Qui sont les victimes ?
Contrairement aux idées reçues, c'est en milieu rural que le chômage frappe le plus fort. Le chômage rural explose à 29,2% contre 19,6% en zone urbaine. Ce paradoxe s'explique par l'exode rural des jeunes qui quittent les villages mais ne trouvent pas d'emploi ; la précarisation de l'agriculture à travers une sécheresse, une baisse des rendements, et une absence d'irrigation qui coïncide avec l'absence d'industries rurales sans alternative à l'agriculture ; la définition du chômage : un agriculteur qui ne trouve pas de travail salarié est comptabilisé comme chômeur
Les zones rurales deviennent ainsi des poudrières sociales et la migration vers les villes s'accélère, aggravant la pression sur les centres urbains déjà saturés.
Les jeunes sacrifiés : 27,4% de chômage
27,4% des jeunes (15-35 ans) sont au chômage contre 18,7% des adultes. Cela signifie que plus d'1 jeune actif sur 4 ne trouve pas d'emploi. Le rapport ANSD évoque également les NEET (Neither in Employment, nor in Education, nor in Training) : ces jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en formation, ni à l'école. Leur nombre exact n'est pas précisé, mais cette catégorie est particulièrement vulnérable à la radicalisation, à l'émigration clandestine et à la délinquance.
Les femmes doublement pénalisées
"Les femmes sont plus touchées par le chômage, quel que soit le groupe d'âge et le milieu de résidence", martèle l'ANSD. Les chiffres du T3 2024 donnaient 32,9% pour les femmes contre 11,8% pour les hommes.
Les raisons sont structurelles et sont relatives à la discrimination à l'embauche, la charge familiale (garde d'enfants, tâches domestiques), les secteurs d'activité (les femmes sont concentrées dans le commerce informel et l'agriculture, secteurs en crise), le niveau de formation avec un accès limité à l'éducation supérieure et aux filières techniques.
Le renoncement
Un indicateur encore plus inquiétant que le chômage lui-même, c’est le taux d'activité qui s'effondre à 55,5% au dernier trimestre 2025, contre 57,0% soit une baisse de -1,5 point. Cela signifie que de plus en plus de Sénégalais en âge de travailler renoncent à chercher un emploi. Ils sortent du marché du travail par découragement.
Ce phénomène, appelé "chômage découragé", n'est même pas comptabilisé dans les statistiques officielles. Les vrais chiffres du chômage sont donc encore plus élevés.
Le piège du chômage BIT vs chômage élargi
L'ANSD publie deux chiffres : le chômage au sens du BIT (strict), établi à 5,4%, concerne les personnes sans emploi, qui cherchent activement et qui sont disponibles immédiatement.
Quant au chômage élargi établi à 23,3%, il regroupe le chômage BIT, les personnes sans emploi, les personnes disponibles, et les personnes qui ne cherchent pas pour des raisons indépendantes de leur volonté.
L'écart entre les deux catégories est gigantesque et représente 17,9 points. Cela signifie que 17,9% des actifs sont dans une zone grise : ils veulent travailler, ils sont disponibles, mais ils ne cherchent pas activement parce qu'ils pensent que c'est inutile (pas d'offres, pas de qualifications, discrimination, etc.). Ce sont les "chômeurs découragés", et leur nombre est en explosion.
Un tertiaire de survie
Quand on regarde où travaillent ceux qui ont la chance d'avoir un emploi (T2 2025), on se rend compte que le secteur tertiaire (commerce, services) absorbe 54,3% de l’emploi au deuxième trimestre 2025.
Le secteur primaire (agriculture, pêche) en recueille 26%, tandis que le secteur secondaire (industrie, BTP) absorbe la part congrue de 19,7%.
Cependant, le tertiaire sénégalais, c'est essentiellement le commerce informel qui représente 43,6% des occupés du tertiaire (vendeurs ambulants, boutiques de quartier). Des services à faible valeur ajoutée comme le gardiennage, le ménage, le transport artisanal.
Ce n'est donc pas le tertiaire moderne (banques, assurances, tech, conseil) qui crée des emplois qualifiés et bien rémunérés.
L'emploi salarié : Une denrée rare
Au premier trimestre 2025, seulement 41,6% de la population active avait un emploi salarié. Cela signifie que 58,4% des travailleurs sont des indépendants (commerce, artisanat), des travailleurs familiaux (aides dans l'entreprise familiale sans salaire), des apprentis.
Les disparités hommes-femmes sont flagrantes. 47,8% des salariés sont des hommes, les femmes ne représentant que 30,3% et sont 1,6 fois moins susceptibles d'avoir un emploi salarié.
Malick NDAW

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