L'Europe au cœur des inquiétudes au Forum de Davos

Samedi 24 Janvier 2015

Le forum de Davos s'était achevé en janvier 2014 sur une note optimiste, avec l'espoir d'un monde plus stable et d'un retour de la croissance. Un an plus tard, les doutes et l'inquiétude l'emportent face à un environnement mondial plus imprévisible que jamais. L'Europe est perçue comme l'un des points chauds du globe.


Davos est aussi, pour les pays qui y participent, une plateforme de communication sans égal. (Crédits : Reuters)
Davos est aussi, pour les pays qui y participent, une plateforme de communication sans égal. (Crédits : Reuters)
Selon la 18e édition de l'étude mondiale annuelle « Global CEO Survey » de PwC, publiée à l'ouverture du Forum économique mondial dans le cadre de laquelle plus de 1300 dirigeants ont été interrogés, 37 % d'entre eux estiment que la croissance mondiale sera meilleure en 2015, contre 44 % l'année dernière. Un sentiment corroboré par les dernières prévisions du FMI, revues en baisse de 3,8% à 3,5% pour une année 2015 perçue comme imprévisible. « Nous vivons dans un monde incertain où de nouveaux risques émergent », a reconnu le fondateur du WEF, Klaus Schwab, en ouverture de l'édition 2015. Ce n'est une surprise pour personne, mais par la diversité internationale de ses participants, le forum de Davos est un bon baromètre de l'état d'esprit des grands dirigeants mondiaux. Le rapport sur « les risques globaux » publié par le WEF le 15 janvier avertissait déjà : selon l'étude, dans un monde aussi instable, les guerres constituent le risque le plus probable, devant les catastrophes climatiques, les crises gouvernementales et le chômage structurel élevé.

Une Europe perçue comme explosive

Et comme pour donner raison à ces prédictions, les premières semaines de janvier ont apporté de sombres confirmations : attentats terroristes en France et menaces dans toute l'Europe, massacres de Boko Haram au Nigeria, offensive de l'armée ukrainienne dans l'Est du pays contre les séparatistes qui seraient, selon le président ukrainien Petro Porochenko, soutenus par « 9000 soldats russes »... Une situation explosive au cœur d'une Europe désormais perçue comme l'un des points chauds du globe, ce qui ne va pas faciliter la reprise espérée de l'investissement et de la croissance.
 
Dans la petite station suisse des Grisons transformée en camp retranché avec des mesures de sécurité renforcées vu le nombre de participants (plus de 2800 selon le dernier décompte) et leur importance (près de 300 membres de gouvernement, une quarantaine de chefs d'Etat ou de Premier ministre), l'heure n'est pas à la fête. Enfin, si, il y a toujours des soirées organisées dans les nombreux hôtels de luxe dont, selon Bloomberg, une mémorable nuit russe mardi soir à l'hôtel Intercontinental, avec caviar et vodka à volonté, à l'invitation de la banque d'Etat VTB, partenaire du World Economic Forum. Comme quoi les sanctions occidentales et la chute de 50% du rouble n'empêchent pas de s'amuser, en l'absence de Vladimir Poutine qui a décliné l'invitation cette année.
Dans l'attente de l'intervention ce jeudi d'Angela Merkel, sur la cyber sécurité puis de François Hollande, vendredi, sur le climat, Davos reste cependant Davos. Comme chaque année, des embouteillages de voitures de luxe allemandes, de longues files d'attente pour tenter d'accéder à l'une des 300 conférences thématiques du programme intitulé « The new global context », beaucoup de networking ce qui fait du Forum Economic Mondial, comme l'a dit un jour Jacques Attali, le plus grand « café du commerce du monde ». Attali qui était d'ailleurs présent dés hier, invité à parler aujourd'hui du développement de l'Afrique. On a aussi pu observer Bruno Lemaire, le Mr 30% de la récente élection à la présidence de l'UMP discuter économie numérique avec l'entrepreneur Loïc Le Meur ou l'un des représentants de Google. Davos, c'est aussi cela, une immense plate-forme de rencontre, un réseau social où se nouent des contacts, où les dirigeants d'entreprise qui font le voyage disent en profiter pour économiser une dizaine de déplacements dans le monde entier. Au total, 1700 jets privés seraient annoncés sur la région de Zurich pour transporter tous ces patrons, au point que l'armée suisse a dû leur ouvrir un aéroport militaire. Une armée de jets qui ne correspond pas vraiment à l'attitude très écologiquement correcte et responsable que l'on promeut ici (Greener Davos) alors que le réchauffement climatique est le grand sujet de l'année.

Renzi qui chante, Li qui rit

Davos est aussi, pour les pays qui y participent, une plateforme de communication sans égal. Les pays émergents y font assaut de publicité pour attirer les investisseurs. Les Brics sont partout : "Malaysia, more opportunities", "South Africa, inspiring new ways"... Tous les chefs d'Etat qui y parlent, dans une conversation très normée avec le maître des lieux, en profitent pour vendre leur pays. Ce mercredi, c'étaient Matteo Renzi, puis le Premier ministre chinois, Li Keqiang. Renzi, avec son air de vendeur de chemise italienne, a fait un portrait chantant d'une Italie « résiliente », « un pays musée et chargé d'histoire », certes, mais aussi « un laboratoire d'innovations ». Né en 1975, une époque où l'Italie en pleine croissance était meurtrie par le terrorisme des Brigades rouges, Matteo Renzi, ancien « Young Global Leader » (jeune plein de promesse en langage local), n'a à vrai dire pas vraiment fait forte impression, à la différence d'un David Cameron absent cette année : ses réformes, il ferait mieux de les faire, avant d'en parler, ironisait un habitué des lieux...
Avec Li Keqiang, on a quitté la verve latine pour entrer dans l'ennui. Le Premier ministre chinois a fait le service minimum, sur l'air de « ne vous inquiétez pas, la Chine va très bien ». Le ralentissement de la conjoncture : « 7,4% de croissance, c'est supérieur en net aux 10% d'il y a cinq ans... » ; le risque de bulle du crédit : « il n'y aura pas de crise financière régionale en Chine » a assuré avec un sourire mystérieux celui dont le pays est assis sur 4000 milliards de dollars de réserves en devises. La Chine se dirige vers « une croissance plus équilibrée, plus inclusive », a-t-il assuré.

La force tranquille des Etats-Unis

Le seul pays qui n'a pas pris la peine de faire parler de lui, mais qui était dans tous les esprits, ce sont les Etats-Unis, venus avec la plus forte délégation de chefs d'entreprise et de financiers, mais à part le secrétaire d'Etat John Kerry, aucun représentant de haut niveau. L'Amérique n'a pas besoin de la ramener, elle est chez elle à Davos, et est le seul pays à être, apparemment en tout cas, complètement sorti de la crise : créations d'emplois, croissance de plus de 4%, les Etats-Unis qui s'apprêtent à normaliser leur politique monétaire au moment où la BCE agit enfin avec retard, avec un programme d'achats de dettes de 50 milliards d'euros par mois, sont plus que jamais les maîtres du monde. Ils affichent sereinement la puissance retrouvée de leur industrie, grâce à l'énergie bon marché des gaz et pétrole de schiste, celle de leurs champions numériques, presque tous présents sauf Apple, et celle de leur finance. Pas la peine d'en rajouter : à Davos, c'est l'Europe qui inquiète, et cela risque de ne pas s'arranger de sitôt.
Latribune.fr
 
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