Cheikh DIBA, Ministre des Finances et du Budget du Sénégal
Le Sénégal s’offre un répit. Les ressources collectées sur les emprunts sur le marché régional UEMOA, les émissions de bons du Trésor, et sur les mesures d’austérité budgétaire, ont permis au gouvernement sénégalais de réunir l’argent nécessaire pour honorer ses échéances de mars 2026.
L’État sénégalais a payé environ 471 millions de dollars (plus de 268 milliards FCFA) de principal et d’intérêts sur ses eurobonds, avant la date fatidique du 13 mars 2026.
Si on regarde toute l’année 2026, la facture est beaucoup plus lourde que l’échéance de mars, qui était considérée comme un test majeur pour éviter un défaut de paiement.
La crédibilité souveraine du Sénégal ne sera pas pour autant mesurée à cette date, mais plutôt dans les douze mois à venir, lorsque les marchés évalueront l’écart entre les engagements documentés et les actions budgétaires efficaces.
Le « mur de dette »
Le service total de la dette (principal + intérêts) est estimé à environ 5 490 milliards FCFA pour l’année 2026. Cela correspond à près de 9–10 milliards de dollars soit 15 milliards FCFA par jour.
C’est un niveau record pour le pays et nettement supérieur aux années précédentes.
Le paiement de mars règle un pic de dette, mais pas toute la situation financière. Le pays doit rembourser environ 1,1 milliard $ d’eurobonds sur la période 2026 – 2028.
Dans un contexte où ces obligations se négocient entre 50 et 70 cents par euro (un niveau typique pour les dettes en difficulté) et où les taux d’intérêt de ces instruments sont passés de 4 % à plus de 12 % ces dernières années, les besoins de financement de l’État pour 2026 dépassent 6 000 milliards FCFA, dont plus de 4 300 milliards pour rembourser la dette.
Les paiements de dette extérieure représentent plus de 50 % des recettes publiques, un niveau considéré risqué par les économistes.
C’est ce qu’on appelle un “mur de dette”.
Autrement dit, le Sénégal ne fait pas face à une échéance unique catastrophique, mais plutôt à plusieurs remboursements importants, concentrés entre 2026 et 2031. C’est pour cela que le pays cherche à reprofiler plutôt que restructurer.
Les principales échéances sont approximativement : 2026 : remboursements et coupons importants (dont l’échéance payée en mars) ; 2027–2028 : charges encore élevées ; 2029 : échéance majeure d’un eurobond d’environ 1 milliard $ ; 2031 : autre eurobond important autour de 1 milliard $. Cela signifie que certaines années, l’État doit trouver des centaines de milliards voire plus de 1 000 milliards FCFA.
Le véritable test
La tentation du reprofilage de la dette est forte, mais compter trop sur le marché régional pour refinancer la dette augmente le risque, si la liquidité se resserre.
Le marché régional joue bien un rôle dans ce mur de dette.
Il sert souvent à refinancer des échéances, combler les besoins de trésorerie, remplacer des dettes arrivant à maturité, mais si ce marché commence à montrer des signes de saturation, cela limite cette stratégie.
Sur les 24 000 milliards FCFA de la dette totale du Sénégal, la dette intérieure représente environ 40 à 45%, empruntée sur le marché financier de l’UEMOA, auprès des banques, des assurances, des investisseurs régionaux. Or, le marché régional montre des signes de saturation : entre le 12 et le 19 décembre 2025, les taux d’abonnement aux enchères UEMOA sont tombés à des niveaux critiques, et le rendement moyen pondéré a bondi de 158 points de base en un mois.
Continuer à renouveler la dette sur ce marché à des coûts croissants confère le risque souverain aux soldes bancaires régionaux — créant une fragilité systémique au-delà du seul Sénégal.
En somme, le véritable test n’est pas l’évitement d’un défaut, mais la crédibilité des réformes et la capacité à les faire durer.
Malick NDAW
L’État sénégalais a payé environ 471 millions de dollars (plus de 268 milliards FCFA) de principal et d’intérêts sur ses eurobonds, avant la date fatidique du 13 mars 2026.
Si on regarde toute l’année 2026, la facture est beaucoup plus lourde que l’échéance de mars, qui était considérée comme un test majeur pour éviter un défaut de paiement.
La crédibilité souveraine du Sénégal ne sera pas pour autant mesurée à cette date, mais plutôt dans les douze mois à venir, lorsque les marchés évalueront l’écart entre les engagements documentés et les actions budgétaires efficaces.
Le « mur de dette »
Le service total de la dette (principal + intérêts) est estimé à environ 5 490 milliards FCFA pour l’année 2026. Cela correspond à près de 9–10 milliards de dollars soit 15 milliards FCFA par jour.
C’est un niveau record pour le pays et nettement supérieur aux années précédentes.
Le paiement de mars règle un pic de dette, mais pas toute la situation financière. Le pays doit rembourser environ 1,1 milliard $ d’eurobonds sur la période 2026 – 2028.
Dans un contexte où ces obligations se négocient entre 50 et 70 cents par euro (un niveau typique pour les dettes en difficulté) et où les taux d’intérêt de ces instruments sont passés de 4 % à plus de 12 % ces dernières années, les besoins de financement de l’État pour 2026 dépassent 6 000 milliards FCFA, dont plus de 4 300 milliards pour rembourser la dette.
Les paiements de dette extérieure représentent plus de 50 % des recettes publiques, un niveau considéré risqué par les économistes.
C’est ce qu’on appelle un “mur de dette”.
Autrement dit, le Sénégal ne fait pas face à une échéance unique catastrophique, mais plutôt à plusieurs remboursements importants, concentrés entre 2026 et 2031. C’est pour cela que le pays cherche à reprofiler plutôt que restructurer.
Les principales échéances sont approximativement : 2026 : remboursements et coupons importants (dont l’échéance payée en mars) ; 2027–2028 : charges encore élevées ; 2029 : échéance majeure d’un eurobond d’environ 1 milliard $ ; 2031 : autre eurobond important autour de 1 milliard $. Cela signifie que certaines années, l’État doit trouver des centaines de milliards voire plus de 1 000 milliards FCFA.
Le véritable test
La tentation du reprofilage de la dette est forte, mais compter trop sur le marché régional pour refinancer la dette augmente le risque, si la liquidité se resserre.
Le marché régional joue bien un rôle dans ce mur de dette.
Il sert souvent à refinancer des échéances, combler les besoins de trésorerie, remplacer des dettes arrivant à maturité, mais si ce marché commence à montrer des signes de saturation, cela limite cette stratégie.
Sur les 24 000 milliards FCFA de la dette totale du Sénégal, la dette intérieure représente environ 40 à 45%, empruntée sur le marché financier de l’UEMOA, auprès des banques, des assurances, des investisseurs régionaux. Or, le marché régional montre des signes de saturation : entre le 12 et le 19 décembre 2025, les taux d’abonnement aux enchères UEMOA sont tombés à des niveaux critiques, et le rendement moyen pondéré a bondi de 158 points de base en un mois.
Continuer à renouveler la dette sur ce marché à des coûts croissants confère le risque souverain aux soldes bancaires régionaux — créant une fragilité systémique au-delà du seul Sénégal.
En somme, le véritable test n’est pas l’évitement d’un défaut, mais la crédibilité des réformes et la capacité à les faire durer.
Malick NDAW


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