Pèche : Le regroupement des écoles de pêche francophones œuvre pour l’harmonisation des modules de formation

Lundi 30 Juillet 2018

Dans la plupart des pays côtiers du monde, la formation aux métiers de la pêche et de l’aquaculture a toujours été le parent pauvre, malgré le rôle ô combien primordial que joue le secteur de la pêche dans l’économie de ces pays. Au Sénégal, comme dans beaucoup d’autres pays d’Afrique, la formation aux métiers de la mer a toujours occupé une place de seconde zone, malgré l’existence de ressources humaines de qualité à tous les niveaux. Comme pour apporter une solution définitive à cette situation et permettre à ce secteur porteur de richesses et créateur d’emplois, les responsables et autres acteurs spécialisés dans la formation dans le domaine de la pêche et de l’aquaculture ont décidé de s’associer avec les professionnels, surtout ceux du secteur artisanal de la pêche pour faire en sorte que la formation basée sur une approche par compétence soit une réalité incontournable dans leurs interventions.


Selon Malick Diouf , Professeur à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), directeur de l’Institut universitaire des pêches et de l’aquaculture (IUPA) du Sénégal, membre du réseau des écoles de pêche francophones ,  leur entité est un regroupement de structures de formation professionnalisante en pêche maritime, qui ont en commun la langue française, la mer et qui partagent des expériences pour harmoniser leurs formations, en essayant d’insister sur l’employabilité de leurs sortants.
 
‘’La méthode pédagogique utilisée qui est  l’approche par compétence vise un savoir-faire. Car, dans nos pays respectifs, la formation est restée très longtemps théorique et la pêche était le parent pauvre de ces types de formation, alors que c’est le secteur d’activité où on trouve plus d’informel, avec des gens qui n’ont pas une qualification professionnelle attestée’’, a fait remarquer M. Diouf au cours d’une rencontre entre ce réseau et la Confédération africaine des organisations professionnelles de la pêche artisanale (CAOPA), une organisation faitière panafricaine qui s’intéresse beaucoup au renforcement des capacités des différents acteurs de la filière pêche
 
D’ailleurs, face à l’insécurité grandissante constatée dans le secteur de la pêche, avec des accidents et autres disparitions de pêcheurs en mer, l’actuel président de la CAOPA, le sénégalais Gaoussou Guèye  garde toujours son envie de voir les capitaines de pirogues et leurs adjoints être formés pour pouvoir être à même de diriger un équipage dans les règles de l’art. Ce qui, à son avis, serait un premier pas vers la réduction voire l’éradication des accidents en mer avec leurs lots de pertes en vies humaines et de matériels de pêche.
Les débarquements ne sont pas enregistrés
‘’La formation est devenue capitale, alors que dans nos pays, il y a énormément de gens qui pratiquent des métiers sans pour autant avoir une formation formelle. Maintenant, quand on n’a pas une bonne formation, il y a forcément des éléments qu’on ne peut pas prendre en considération dans la pratique. C’est pourquoi, j’estime qu’il faut qu’on harmonise nos différents types de formation’’, a insisté le directeur de l’IUPA du Sénégal qui relève qu’au niveau des économies de pays d’Afrique, par exemple, il n’y a pas de relevé sur les ressources débarquées. Par conséquent,  il n’y a pas de statistique parce que tout simplement aucune embarcation ne détient un carnet de bord. En d’autres termes, les débarquements ne sont pas enregistrés.
 
‘’Si les capitaines de pirogues avaient ces types de formation, l’information capitale que constituent les statistiques qui permettent de définir des politiques de pêche et de donner des orientations sur la ressource halieutique pourront être prises en compte de façon beaucoup plus efficiente’’, a indiqué Malick Diouf qui estime qu’il faut penser au nouveau profil de pêcheurs, c'est-à-dire un pêcheur qui a été formé de façon participative, car il ne s’agit pas, selon lui, de dire que seule la formation diplômante peut donner ce profil de pêcheur.
 
Il y a un système de formation continue qui peut être développé pour lequel les gens auront un renforcement de capacités qui leur permet d’engranger tout ce que les gens détiennent en termes de connaissances et de pouvoir vivre dignement de leur métier, selon le directeur de l’IUA. Malick Diouf  reste persuadé que des organisations professionnelles comme la CAOPA, qui joue un rôle important dans la promotion d’une pêche responsable et durable basée sur la transparence et la bonne gouvernance, ont simplement besoin de considération de la part des Etats. Elles pourront les aider dans la définition et les orientations de leurs politiques de pêche, notamment dans la conservation et la durabilité de la ressource.
 
Appui conseil à la CAOPA, le chercheur sénégalais Alassane Samba, pour qui ‘’il est temps d’avoir des professionnels entrepreneurs’’, a salué l’initiative du regroupement des écoles de pêche francophones qui, dans leur démarche de formation axée sur l’approche par compétence, permet aux acteurs concernés de pouvoir disposer d’aptitudes dans les domaines de la pêche et de l’aquaculture pouvant leur permettre d’apporter un mieux-être à ce secteur, en s’appuyant sur les besoins exprimés par les différentes communautés de pêche à la base, surtout artisanale, parce qu’il y a un réel déficit de formation.
 
‘’Les professionnels de la pêche artisanale ont  besoin d’une formation, dans la mesure où ils doivent prendre leur destin en main. Les acteurs de la pêche qui se limitaient à faire des choses très simples dans le cadre de leur travail, doivent penser maintenant en professionnels. Le monde a  changé, les techniques aussi ont changé, la façon d’apprécier le commerce mondial aussi ayant changé. Et il faut aussi que les professionnels puissent s’adapter à ces changements. Pour cela,  il faut qu’ils aillent vers les gens qui peuvent leur apporter ce savoir-là qui leur permette d’être compétitifs dans leur secteur’’, a  dit M. Samba qui a été aussi pendant très longtemps chef de programme de la recherche halieutique au Centre de recherche océanographique de Dakar-Thiaroye (CRODT) avant d’en être le directeur.
 
La régénération et la préservation de la ressource halieutique est quelque chose de ‘’primordiale’’ pour Alassane Samba, qui croit que ‘’sans la ressource halieutique, il n’y a point de professionnels de la pêche’’. ‘’Les agents de l’Etat, à la fin du mois, perçoivent leurs salaires, qu’il y ait du poisson ou pas. Mais le professionnel de la pêche n’existe que parce qu’il y a du poisson’’, a martelé M. Samba, également consultant pour plusieurs organismes sous-régionaux, régionaux et internationaux.
 
L’appropriation par les professionnels d’une charte de protection des océans souhaitée
 
Au cours de la visite, des membres du regroupement des écoles de pêche francophones ont rappelé la nécessité voire l’urgence pour les organisations professionnelles de la pêche de s’approprier la charte de protection des océans. Mais pour Alassane Samba, le problème, ce n’est pas de produire des documents ou même de signer des conventions, mais plutôt de se les approprier et de les appliquer. ‘’Ces documents qui sont élaborés, le sont dans l’intérêt des communautés de pêche. Et ceux qui les élaborent savent maintenant qu’il faut s’appuyer sur les préoccupations des professionnels du secteur de la pêche’’, a-t-il affirmé, estimant que pour que ce genre de documents soient bien appropriés, il faut la vulgarisation, le partage avec les parties prenantes.
 
Conduisant, au Sénégal, la délégation du regroupement des écoles de pêche francophones qui a été reçu au siège de la CAOPA, Marc Millette qui en est le secrétaire général a souligné l’importance de leur visite au cours de laquelle, avec des responsables de la CAOPA, ses collègues et lui ont discuté sur des possibilités de partenariat à développer, des sources de financement à partager et des renforcements de capacités à favoriser. ‘’Notre regroupement peut être un partenaire fiable et important dans les activités de consolidation des acquis et activités de la CAOPA’’, a-t-il notamment indiqué.
 
M. Millette, qui a rappelé que cette charte de protection des océans a été adoptée par les pays participants à la réunion du G7 tenue récemment au Canada, a proposé à ce que la CAOPA, instance leader dans le domaine des organisations professionnelles de la pêche, de relire cette charte en fonction des préoccupations et des besoins des pêcheurs artisans, particulièrement africains.
 
L’interpellation faite à la CAOPA pour la relecture de la charte de protection des océans s’explique, à en croire le secrétaire général du regroupement des écoles de pêche francophones, par le fait qu’elle a activement participé à l’élaboration des Directives volontaires de la FAO pour une pêche plus responsable et durable. La CAOPA est donc invitée à faire un travail de réflexion, parallèlement au regroupement des écoles de formation, pour voir dans quelle mesure la charte prend en compte les besoins et les attentes des acteurs de la pêche artisanale africaine.
 
‘’Notre regroupement, qui est composé de 32 écoles de formation réparties dans 14 pays francophones principalement concentrés en Afrique, est un jeune réseau qui existe juridiquement depuis 2001. Il faut voir notre réseau, essentiellement, comme un organisme de collaboration et d’échanges entre établissements de formation dans le secteur de la pêche maritime’’, a précisé Marc Millette qui pense que, puisque la formation est ‘’capitale et essentielle’’ pour aider les pêcheurs artisans à se professionnaliser, leur réseau à tout un rôle à jouer en matière d’accompagnement dans le développement de la pêche artisanale.
 
 La sécurité des pêcheurs et de leurs embarcations en mer
 
Pour lutter de façon efficace contre l’insécurité des pêcheurs, surtout en mer, le secrétaire général du regroupement des écoles de pêche francophones soutient qu’il y a des actions qui doivent être menées à différents niveaux, notamment en termes d’encadrement, de prévention, de sensibilisation, surtout au niveau des écoles de formation qui, d’après lui, peut se  faire à travers une collaboration entre ces établissements de formation et les organisations professionnelles.
 
Cela est d’autant plus important que le rapprochement entre les écoles de formation au métier de la mer et les organisations de professionnels, qui est déjà amorcé par certains des établissements de formation membre de ce regroupement, doit être renforcé, parce que, pour Marc Millette, le savoir-faire traditionnel de pêcheur est indispensable pour une gestion des pêches plus durables. ‘’Notre coopération avec la CAOPA peut servir à renforcer cette présence des établissements directement auprès des acteurs et autres professionnels’’, a conclu Marc Millette.
 
Serigne Makhtar Fall
 
 
 
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