- Monsieur le Directeur National, comment se porte la place bancaire de Dakar à fin juin 2025 ?
La place bancaire de Dakar regroupe le nombre le plus important d’établissements de crédit en activité dans la zone UMOA, avec 33 établissements de crédit (29 banques et 4 établissements financiers) à fin juin 2025. Deux nouveaux entrants ont reçu l’agrément des Autorités monétaires au cours des deux dernières années, ce qui démontre de l’attractivité vis-à-vis des investisseurs locaux et étrangers et du potentiel économique du pays et de la région UEMOA. Le secteur bancaire du Sénégal est par conséquent très concurrentiel et compétitif, représentant 19,3% du total des actifs au plan régional, derrière la Côte d’Ivoire.
Par ailleurs, en dépit des chocs internes et externes, la place bancaire est jugée également globalement résiliente, ayant tiré profit des enseignements de la crise de la Covid 19, en grande partie, grâce aux mesures importantes de renforcement des fonds propres des banques, sous l’incitation de la Commission Bancaire de l’UMOA et de la BCEAO. Aussi, les fonds propres du secteur bancaire se sont accrus de 345,3 milliards (+50,3%) entre 2021 et 2024.
En conséquence, le ratio de solvabilité des banques s’est affiché à 14,2% à fin juin 2025, au-dessus de la norme minimale de 11,5% fixée dans l’UMOA. La situation de conformité vis-à-vis du dispositif prudentiel est jugée globalement satisfaisante, même si certaines infractions sont notées au plan individuel. Le total bilan de la place bancaire de Dakar a progressé de 3,2% au cours du premier semestre 2025, atteignant 14 383,6 milliards FCFA, contre 13 940,1 milliards FCFA à fin décembre 2024.
Le secteur affiche également une rentabilité positive, les établissements de crédit ayant réalisé un résultat net bénéficiaire de 205,4 milliards FCFA au titre de l’exercice 2024.
Ces indicateurs démontrent assez bien le dynamisme et les performances des établissements de crédit du Sénégal, qui ont poursuivi le financement de l’activité économique en 2024 et au cours des six premiers mois de l’année 2025. En effet, le total des emplois du secteur s’est établi à 12.536,30 milliards à fin juin 2025, contre 12.231,10 milliards à décembre 2024, soit une hausse de 7,3%. Ces emplois sont constitués notamment de crédits à la clientèle, à hauteur de 7.784,60 milliards, et de titres publics, dont l’encours s’élève à 3.971,30 milliards.
Pour assurer ces financements, les établissements de crédit ont intensifié leurs efforts de mobilisation des ressources, dont l’encours se situe à 11.765,50 milliards à fin juin 2025, après 11.464,70 milliards à fin décembre 2024.
Par ailleurs, en dépit des chocs internes et externes, la place bancaire est jugée également globalement résiliente, ayant tiré profit des enseignements de la crise de la Covid 19, en grande partie, grâce aux mesures importantes de renforcement des fonds propres des banques, sous l’incitation de la Commission Bancaire de l’UMOA et de la BCEAO. Aussi, les fonds propres du secteur bancaire se sont accrus de 345,3 milliards (+50,3%) entre 2021 et 2024.
En conséquence, le ratio de solvabilité des banques s’est affiché à 14,2% à fin juin 2025, au-dessus de la norme minimale de 11,5% fixée dans l’UMOA. La situation de conformité vis-à-vis du dispositif prudentiel est jugée globalement satisfaisante, même si certaines infractions sont notées au plan individuel. Le total bilan de la place bancaire de Dakar a progressé de 3,2% au cours du premier semestre 2025, atteignant 14 383,6 milliards FCFA, contre 13 940,1 milliards FCFA à fin décembre 2024.
Le secteur affiche également une rentabilité positive, les établissements de crédit ayant réalisé un résultat net bénéficiaire de 205,4 milliards FCFA au titre de l’exercice 2024.
Ces indicateurs démontrent assez bien le dynamisme et les performances des établissements de crédit du Sénégal, qui ont poursuivi le financement de l’activité économique en 2024 et au cours des six premiers mois de l’année 2025. En effet, le total des emplois du secteur s’est établi à 12.536,30 milliards à fin juin 2025, contre 12.231,10 milliards à décembre 2024, soit une hausse de 7,3%. Ces emplois sont constitués notamment de crédits à la clientèle, à hauteur de 7.784,60 milliards, et de titres publics, dont l’encours s’élève à 3.971,30 milliards.
Pour assurer ces financements, les établissements de crédit ont intensifié leurs efforts de mobilisation des ressources, dont l’encours se situe à 11.765,50 milliards à fin juin 2025, après 11.464,70 milliards à fin décembre 2024.
- Peut-on parler de consolidation ou de performance dans la mesure où le secteur bancaire sénégalais reste encore confronté à de nombreux défis : faiblesse du taux de bancarisation, qualité des services bancaires à améliorer, coût élevé du crédit, etc.
Effectivement, les indicateurs d’activité et de performance évoqués précédemment démontrent une consolidation du secteur, mais des défis subsistent.
A propos du faible taux de bancarisation, des progrès considérables ont été notés sur l’ensemble des indicateurs, y compris le taux de bancarisation strict qui est ressorti à 24,15%% en 2024 contre un niveau de 18,93% en 2021. De plus les dernières statistiques sur l’inclusion financière de la BCEAO font ressortir un taux de bancarisation élargi (TBE) au Sénégal qui est passé de 59,7% en 2022 à 62,42 en 2024, soit une progression de 2,7 point de pourcentage. Il convient de souligner que les évolutions significatives en matière d’inclusion financière ont été notées grâce à l’essor encadré de la monnaie électronique offerte par les banques mais davantage par les établissements de monnaie électronique, avec le concours des Fintech’s.
S’agissant de la qualité des services bancaires, elle s’est nettement améliorée au cours des dernières années, avec la digitalisation, même si des efforts restent encore à faire dans ce domaine. Ce point fait l’objet d'échanges réguliers lors des rencontres trimestrielles, que je préside, entre la BCEAO et l’Association Professionnelle des Banques et Etablissements Financiers (APBEFS) du Sénégal. A cet égard, je dois féliciter l’engagement des Directeurs Généraux des établissements de crédit qui ont mis en place un dispositif d’écoute et de traitement des réclamations de leur clientèle.
Par ailleurs, je rappelle que le Secrétariat Général de la Commission Bancaire de l’UMOA, l’Autorité de contrôle du secteur bancaire de l’UMOA, s’assure, lors de ses contrôles sur pièces et sur place, du respect par les établissements assujettis, des dispositions réglementaires relatives à la protection des déposants. Ces contrôles couvrent, entre autres, la tarification bancaire (taux effectif global, taux de l’usure, services à offrir à titre gratuit, etc.), la confidentialité des données sur les clients, le traitement des réclamations et le droit au compte. De plus, l'Autorité de contrôle a édicté la Circulaire n°002-2020/CB/C du 18 septembre 2020 relative au traitement des réclamations des clients des établissements assujettis à son contrôle. Les réclamations des clients vis-à-vis de leurs banques peuvent donc être adressées à la Commission Bancaire, directement ou via l’Agence Principale de la BCEAO à Dakar, qui les instruit avec diligence, en relation avec les établissements concernés. Le taux de résolution en faveur des réclamants est important, en moyenne plus de 65% en 2023 et 2024, mais traduit des insuffisances dans le dispositif interne de traitement des réclamations clients par les institutions financières.
Je voudrais également souligner la contribution significative des actions de sensibilisation et de médiation menées par l’Observatoire de la Qualité des Services Financiers (OQSF) au cours de ces dernières années, qui vise notamment une amélioration continue de la qualité de l’offre de produits et services financiers et une réduction de l’incompréhension et de la méfiance dans la relation entre les établissements financiers et leurs clients.
Sur la question du coût du crédit, il convient de relever que les taux débiteurs appliqués au Sénégal font partie des plus bas de l’UMOA. En effet, en 2025, le taux débiteur moyen ressort à 5,86% au deuxième trimestre, après 5,93% au premier trimestre, contre une moyenne régionale de 6,80% et 6,73% respectivement. La perception de la clientèle ne confirme pas la statistique susmentionnée parce qu’il s'agit d’une moyenne pondérée selon l’objet du crédit et la nature du débiteur. Ainsi, à titre d’exemple, les taux appliqués aux ménages sont plus élevés que les concours accordés aux entreprises. Il faut noter que la dynamique des taux d'intérêt obéit à plusieurs composantes dont les plus fondamentales sont le coût de la ressource, les dépôts de la clientèle, et le coût du risque ou plus simplement le défaut de remboursement par l’emprunteur.
Pour le coût des ressources, il est à noter que le Comité de Politique Monétaire (CPM) de la BCEAO a décidé, à l’issue de sa réunion tenue le 04 juin 2025, de baisser de 0,25 point de base le principal taux directeur auquel la Banque Centrale prête ses ressources aux banques qui passe de 3,50% à 3,25% et le taux d’intérêt sur le guichet de prêt marginal de 5,5% à 5,25%. Cette réduction mesurée des taux directeurs vise à détendre les conditions de financement de l’activité économique, notamment celles du secteur privé.
Par ailleurs, je rappelle que le Secrétariat Général de la Commission Bancaire de l’UMOA, l’Autorité de contrôle du secteur bancaire de l’UMOA, s’assure, lors de ses contrôles sur pièces et sur place, du respect par les établissements assujettis, des dispositions réglementaires relatives à la protection des déposants. Ces contrôles couvrent, entre autres, la tarification bancaire (taux effectif global, taux de l’usure, services à offrir à titre gratuit, etc.), la confidentialité des données sur les clients, le traitement des réclamations et le droit au compte. De plus, l'Autorité de contrôle a édicté la Circulaire n°002-2020/CB/C du 18 septembre 2020 relative au traitement des réclamations des clients des établissements assujettis à son contrôle. Les réclamations des clients vis-à-vis de leurs banques peuvent donc être adressées à la Commission Bancaire, directement ou via l’Agence Principale de la BCEAO à Dakar, qui les instruit avec diligence, en relation avec les établissements concernés. Le taux de résolution en faveur des réclamants est important, en moyenne plus de 65% en 2023 et 2024, mais traduit des insuffisances dans le dispositif interne de traitement des réclamations clients par les institutions financières.
Je voudrais également souligner la contribution significative des actions de sensibilisation et de médiation menées par l’Observatoire de la Qualité des Services Financiers (OQSF) au cours de ces dernières années, qui vise notamment une amélioration continue de la qualité de l’offre de produits et services financiers et une réduction de l’incompréhension et de la méfiance dans la relation entre les établissements financiers et leurs clients.
Sur la question du coût du crédit, il convient de relever que les taux débiteurs appliqués au Sénégal font partie des plus bas de l’UMOA. En effet, en 2025, le taux débiteur moyen ressort à 5,86% au deuxième trimestre, après 5,93% au premier trimestre, contre une moyenne régionale de 6,80% et 6,73% respectivement. La perception de la clientèle ne confirme pas la statistique susmentionnée parce qu’il s'agit d’une moyenne pondérée selon l’objet du crédit et la nature du débiteur. Ainsi, à titre d’exemple, les taux appliqués aux ménages sont plus élevés que les concours accordés aux entreprises. Il faut noter que la dynamique des taux d'intérêt obéit à plusieurs composantes dont les plus fondamentales sont le coût de la ressource, les dépôts de la clientèle, et le coût du risque ou plus simplement le défaut de remboursement par l’emprunteur.
Pour le coût des ressources, il est à noter que le Comité de Politique Monétaire (CPM) de la BCEAO a décidé, à l’issue de sa réunion tenue le 04 juin 2025, de baisser de 0,25 point de base le principal taux directeur auquel la Banque Centrale prête ses ressources aux banques qui passe de 3,50% à 3,25% et le taux d’intérêt sur le guichet de prêt marginal de 5,5% à 5,25%. Cette réduction mesurée des taux directeurs vise à détendre les conditions de financement de l’activité économique, notamment celles du secteur privé.
- Il se pose également l’équation du financement de l’économie et de l’accès aux crédits. Quel est le dispositif d’incitation et d’accompagnement mis en place par la BCEAO pour apporter des solutions durables à cette lancinante problématique ?
A propos du financement de l’économie et de l'accès aux crédits, les actions mises en œuvre par la BCEAO pourraient être regroupées en trois catégories, à savoir (i) les actions visant le renforcement d’un environnement favorable au financement, (iii) la mise en place d’un mécanisme spécifique dédié au financement des PME et (ii) la promotion d’instruments de diversification du financement des économies.
Au titre du renforcement d’un environnement favorable au financement, on peut relever principalement :
- le renforcement de la capacité des banques pour un financement sain des économies, à travers (i) l’augmentation du capital minimum exigé des banques, afin d’accroître leurs fonds propres, (ii) l’amélioration du dispositif de supervision et de contrôle du système bancaire, avec l’adoption des normes de Bâle II/III et (iii) la mise en œuvre de plusieurs réformes réglementaires visant à rationaliser les normes prudentielles applicables aux établissements de crédit et à les adapter aux enjeux liés à l'accroissement du financement des économies ;
- la création des Bureaux d'Information sur le Crédit (BIC), dans le cadre de la mise en place d'un système de centralisation d'informations et d'analyse des risques sur les personnes physiques et morales, afin de réduire l'asymétrie d'informations entre l'emprunteur et le prêteur ;
- la définition de nouvelles modalités pour la fixation du taux d'usure, afin d’améliorer les conditions de banque pour accroître l’accès à ces services, ainsi que d’éviter des taux d’intérêts exorbitants qui pouvaient freiner la demande de financement.
La BCEAO a également initié plusieurs réformes réglementaires pour faciliter le financement des PME/PMI parmi lesquelles :
- l’assouplissement des règles prudentielles pour encourager les banques à financer les PME, notamment à travers l’application d’une pondération de 75% au lieu de 100% à leurs expositions sur les PME de petite taille ;
- l’allongement du délai de déclassement des créances en souffrances pour les financements bancaires accordés aux PME/PMI, fixée désormais à 180 jours d’impayés au lieu de 90 jours ;
- le dispositif des accords de classement des entreprises de la BCEAO, régi par l’Instruction n°008-03-2020 (révisé en 2022), qui permet aux établissements de crédit de refinancer auprès de la BCEAO les créances sur des entreprises non financières ayant obtenu un classement A ou B délivré par la Banque Centrale ;
- le dispositif de refinancement des crédits alloués aux Systèmes Financiers Décentralisés (SFD) par la BCEAO, encadré par l’Instruction n° 009-03-2020, qui permet aux SFD agréés et répondant à certains critères prudentiels d’accéder au refinancement auprès de la Banque Centrale. Ce dispositif vise à renforcer la liquidité des SFD afin de soutenir le financement des populations exclues du système bancaire classique, notamment les micro-entrepreneurs, artisans et petits commerçants.
Concernant toujours le financement des PME, la Banque Centrale a mis en place un Dispositif de Soutien au financement des PME/PMI. Le Dispositif PME est un mécanisme qui apporte une réponse à la problématique de l'accès des PME/PMI au financement bancaire, à travers les incitations offertes par la Banque Centrale aux établissements de crédit et une meilleure organisation de l'accompagnement de cette catégorie d'entreprises. Il comporte quatre principaux axes, à savoir (i) la promotion des PME, (ii) l'amélioration de l'encadrement de ces entreprises, (iii) le refinancement des créances bancaires sur les PME et (iv) la diversification des instruments financiers adaptés pour leur financement. Ainsi, sa mise en œuvre implique l’ensemble des acteurs de l’écosystème, en l’occurrence les États, les structures d'appui et d'encadrement des PME, les établissements de crédit, la Banque Centrale et le marché financier régional.
En ce qui concerne les instruments de diversification du financement, les actions de la Banque ont en particulier porté sur :
En ce qui concerne les instruments de diversification du financement, les actions de la Banque ont en particulier porté sur :
- l’affacturage, en vue d’améliorer le financement des besoins en fonds de roulement des entreprises et de développer la sous-traitance. L’Institut d’émission poursuit la vulgarisation de l’instrument par l'initiation d’actions de formation à l’endroit des établissements de crédit et des institutions de microfinance ;
- le crédit-bail, comme un moyen de financement alternatif pour les entreprises, notamment les PME. Cet outil présente l’avantage de pouvoir financer l’entreprise sans garantie ;
- et la finance islamique qui propose des produits différents de la finance classique. Ainsi, la mise en place par la Banque Centrale d’un cadre réglementaire régissant l’activité de finance islamique a contribué à créer les conditions pour l'amélioration du financement des entreprises du secteur privé.
- Certaines banques de la place de Dakar déplorent de plus en plus la situation d’assèchement de la liquidité bancaire qui compromet l’efficacité de leur intervention en matière d’octroi de crédits. En tant que régulateur du marché monétaire et bancaire, quelles sont les garanties prises par la BCEAO pour assurer les conditions optimales d'injection et d’approvisionnement de la liquidité dans le circuit bancaire ?
Sur la question de la liquidité bancaire, je voudrais vous rassurer car face aux tensions de trésorerie constatées dans le secteur bancaire, la BCEAO continue de jouer pleinement son rôle de régulateur du marché monétaire et de garant de la stabilité financière dans l’Union. A cet égard, il convient tout d’abord de rappeler que pendant la période de la Covid-19 en 2020, la Banque Centrale a adopté des mesures exceptionnelles pour permettre aux banques de faire efficacement face à la crise sanitaire dont les conséquences ont affecté toutes les économies de l'UEMOA. Pendant cette période, toutes les sollicitations des banques étaient satisfaites à un taux fixe de 2,0 %. En outre, des guichets spéciaux ont été mis en place ce qui a entraîné une situation de surliquidité au niveau de certaines banques.
Depuis février 2023, l’institut d’émission est revenu au fonctionnement normal de ses guichets de refinancement : les adjudications hebdomadaires et mensuelles sont désormais conduites à taux variables, et les montants offerts sont communiqués à l’avance dans les avis d’appel d’offres. Chaque semaine, la BCEAO injecte en moyenne 7.000 milliards FCFA de liquidité dans les huit pays membres de l’UEMOA, un volume en hausse constante pour répondre aux besoins croissants du système bancaire.
L’allocation des ressources tient compte des besoins réels de liquidité des banques, pour garantir une couverture adéquate de leur besoin de trésorerie. En parallèle, la liquidité bancaire, définie par la somme de la liquidité propre et du refinancement de la BCEAO, disponible dans les comptes ordinaires et de règlement des banques à la Banque Centrale s’est nettement améliorée sur l’année 2025. Entre décembre 2024 et juillet 2025, elle a augmenté de 548,2 milliards, pour atteindre 4.273,6 milliards. Cette amélioration a permis aux banques de réduire leur recours aux guichets de la Banque Centrale, l’encours de refinancement ressortant à 8.066,4 milliards au 1er juillet 2025.
Au Sénégal, ce soutien se traduit concrètement par le recours actif de 21 banques aux guichets de refinancement de la Banque Centrale. À fin juin 2025, l’encours des refinancements au profit des banques sénégalaises s’est établi à 1.288 milliards FCFA, en progression de 7,4 % par rapport à l’année précédente. Cette intervention renforcée de la BCEAO a permis de couvrir l’essentiel du déficit de trésorerie des banques sénégalaises, qui a atteint -770,8 milliards FCFA, contre -648,2 milliards un an plus tôt.
En parallèle, les transactions sur le marché interbancaire sénégalais ont atteint 490 milliards FCFA à la même période, contribuant également à l’approvisionnement en liquidité. Ainsi, entre les refinancements BCEAO et le marché interbancaire, les besoins des banques ont été entièrement couverts, permettant de soutenir la dynamique de financement de l’économie. Du reste, les réflexions sont avancées au niveau de la BCEAO pour développer les infrastructures nécessaires à fluidifier l’information requise sur le marché interbancaire et le marché secondaire des titres.
Au-delà de nos interventions traditionnelles, nous travaillons avec le secteur bancaire pour redynamiser le marché interbancaire en favorisant la circulation de la liquidité entre établissements de crédit, de telle sorte que les banques excédentaires puissent venir en appui à celles en besoin.
- Nos banques sont de plus en plus vulnérables aux cyberattaques (fraudes à la carte bancaire, hameçonnage, intrusion, etc.). Est-ce à dire que le dispositif de contrôle et de conformité au sein des banques est à renforcer ? Quelles sont les mesures réglementaires édictées dans ce sens ?
La vulnérabilité des banques aux cyberattaques est liée notamment à la digitalisation croissante des opérations. Celles –ci font naître de nouveaux risques d'ordre financier et de réputation pour les acteurs du secteur financier. En outre, le fort niveau d'interconnexion des systèmes d'information des acteurs économiques et financiers donne aux cyberattaques une portée potentiellement systémique.
Effectivement, face à l’essor de la digitalisation des services financiers, les établissements de crédit sont de plus en plus vulnérables aux menaces liées à la cybersécurité. Il est donc important que les institutions financières disposent de systèmes d’information robustes et résilients, permettant de détecter les cyberattaques.
A cet égard, le cadre réglementaire en vigueur dans l’Union est composé notamment des Circulaires n°01-2017/CB/C relative à la gouvernance des établissements de crédit et des compagnies financières, n°03-2017/CB/C relative au contrôle interne et n°04-2017/CB/C relative à la gestion des risques. Ces Circulaires rappellent aux assujettis leurs obligations en matière de gouvernance des systèmes d’informations, de sécurité desdits systèmes, ainsi qu’en matière de gestion des risques informatiques.
Par ailleurs, conformément à l’article 16 de la Circulaire N°03-2017/CB/C relative au contrôle interne des établissements de crédit et des compagnies financières, les fonctions d’audit internes des assujettis doivent intégrer des compétences techniques en infrastructure et en cybersécurité, essentielles à la mise en œuvre des contrôles associés. Afin de garantir le respect des dispositions de la Circulaire susmentionnée, les établissements assujettis sont tenus de transmettre à la Commission Bancaire des rapports semestriels sur le contrôle interne, élaborés par les responsables des fonctions d’audit interne et approuvés par l’organe délibérant.
En sus, les établissements doivent disposer d’un plan de secours et de continuité d’activité afin de faire face efficacement aux situations susceptibles de perturber leur fonctionnement. Cela inclut notamment les incidents pouvant endommager ou rendre inaccessibles les installations et les infrastructures, pouvant entraîner des pertes financières significatives. Ce plan doit être testé au moins une fois par an, et les résultats des tests doivent être dûment documentés et analysés. Afin de se prémunir contre ces risques, l’Association Professionnelle des Banques et Etablissements Financiers du Sénégal (APBEFS) a mis en place une commission interne chargée des risques de cybersécurité, dont l’objectif est d’identifier, d’évaluer et de prévenir les menaces potentielles.
Enfin, eu égard à la digitalisation croissante des activités bancaires comme je l’indiquais plus haut, et dans un souci de renforcer les dispositifs de gestion des risques au sein des institutions financières de l’UMOA, la BCEAO a entamé des travaux en vue d’édicter un texte réglementaire spécifique à la cybersécurité. Ce nouveau texte permettra notamment (i) de renforcer et préciser le rôle des organes de gouvernance en matière de gestion des risques liés à la cybersécurité, (ii) d’imposer aux institutions financières la réalisation périodique de tests d'intrusion, (iii) de définir la notion de résilience opérationnelle, (iv) d’assurer la planification de la continuité des activités en cas d’incident et (v) d’encadrer la gestion des services informatiques externalisés.
Vous l’aurez compris, au-delà des mesures mises en place par la BCEAO, il est indispensable que les systèmes d’information et de gestion des banques évoluent constamment pour faire face aux menaces liées à cet important risque. En ce sens, la collaboration ainsi qu’une mutualisation des expériences entre les institutions financières au sein de l’APBEFS pourraient constituer une arme efficace contre le fléau de la cybercriminalité.
- La problématique du traitement du contentieux bancaire se pose avec acuité dans la mesure où les créances en souffrance restent encore à un niveau élevé. Quelles sont les actions et pistes exploratoires que la BCEAO est en train de mener avec les acteurs (Justice, APBEFS, etc.) pour améliorer la qualité du portefeuille des banques ?
Cette question du contentieux nous ramène à la problématique du coût du risque évoqué précédemment avec le niveau des taux d’intérêt débiteurs. Il faut dire que le taux brut de dégradation du portefeuille des banques se chiffre à 10,3%, soit près de 850,6 milliards à fin juin 2025, en hausse par rapport à fin décembre 2024. Le classement d’un dossier en contentieux entraîne directement une réduction de l’offre de crédit à la clientèle ainsi que des charges financières supplémentaires, à savoir des dépréciations, pour les banques.
Dans le cadre du traitement du stock de dossiers en contentieux bancaires auprès des tribunaux, il convient de rappeler que des travaux ont été entamés au sortir de la crise de la Covid 19, à travers la mise en place d’un cadre d’échange et de concertation entre le Tribunal de Commerce Hors Classe de Dakar (TCHCD), l’APBEFS et la BCEAO.
A ce titre, des réunions ont été organisées à la BCEAO entre le Président du TCHCD et les Directeurs Généraux des établissements de crédit, en vue d’une sensibilisation sur les initiatives du Tribunal de Commerce en matière de règlement des litiges notamment le dispositif de médiation et de conciliation. Ces actions ont permis de définir des procédures d’introduction des dossiers de manière plus efficiente ainsi qu’un règlement diligent des dossiers.
Par conséquent, nous avons exhorté les dirigeants des établissements de crédit à poursuivre les échanges, déjà entamés, avec le Ministère de la Justice et le TCHCD, dans le cadre de la promotion de la procédure de médiation pour le traitement du contentieux bancaire.
Par ailleurs, un recensement est également entamé par l'OQSF, en sa qualité de médiateur auprès du Tribunal du Commerce. Ainsi, l'OQSF et l’APBEFS poursuivent leurs discussions sur les dossiers en suspens auprès des tribunaux, en dépit de l’attente d’une décision des autorités étatiques compétentes pour un agrément de l’OQSF au niveau du Comité National de Médiation et de Conciliation (CNMC), qui permettrait le traitement desdits dossiers en contentieux.
Je relève que la nouvelle Loi portant réglementation bancaire prévoit un dispositif de règlement des différends entre les établissements agréés et leur clientèle à travers un mécanisme, interne aux établissements, de traitement des réclamations formulées par leur clientèle.
En outre, il convient de saluer l’impact positif du dispositif régional de partage de données sur le crédit, dénommé Bureau d'Information sur le Crédit (BIC). Celui-ci a permis de collecter, auprès des organismes financiers, des sources publiques et des grands facturiers (sociétés de fourniture d'eau, d'électricité, sociétés de téléphone, etc.), des données sur les antécédents de crédit ou de paiement d'un client. Ces informations sont, ensuite, mises à la disposition des établissements de crédit, des institutions de microfinance, et des grands facturiers, sous la forme de rapports de solvabilité détaillés.
A ce jour, 51 établissements assujettis sont enrôlés, soit 29 banques, 3 établissements financiers et 19 institutions de microfinance. Certaines structures de financement de l’Etat, telles que la DER-FJ, le FONSIS et le FONGIP, ainsi que les grands facturiers, sont intégrées au dispositif.
L’exploitation des statistiques du BIC révèle que 95% des emprunteurs sont des particuliers, contre 5% des personnes morales. En sus, le nombre de rapports consultés par le système bancaire représente 91,3% du nombre de prêts mis en place.
Cette démarche participative dans le traitement du contentieux associé à un rôle préventif du Bureau d’information sur le crédit contribue sans nul doute à un financement efficace des besoins des populations et des investissements privés.
- L’application des dispositions bâloises, je veux nommer les normes prudentielles de Bâle 2 et Bâle 3, est en vigueur depuis 2018 dans les pays de l’Union. Quelle lecture après plus de six années de mise en œuvre, pourrait-on faire pour le cas des banques sénégalaises ? Y a-t-il des contraintes relevées dans la phase opérationnelle et quelles sont les perspectives envisagées ?
L’application des dispositions bâloises entrées en vigueur le 1er janvier 2018 et adoptées par le Conseil des Ministres lors de sa session ordinaire du 24 juin 2016 à Lomé avait pour objectif de renforcer la solidité financière des établissements de crédits de l’Union, par le relèvement des exigences en terme de fonds propres et par l'amélioration du dispositif de gestion des risques de ces établissements, tout en répondant aux besoins de financement des économies des Etats membres de l’Union.
Le paysage bancaire sénégalais, plus de six ans après l’entrée en vigueur du dispositif, fait ressortir des avancées notables. En termes de solvabilité, les établissements ont respecté les exigences minimales fixées par la réglementation, avec des ratios de solvabilité supérieurs aux seuils requis. L’exemple de l’année 2020, marquée à la fois par la pleine application du dispositif et par les impacts significatifs de la pandémie du COVID 19, illustre cette résilience, par le fait que les banques sénégalaises en moyenne aient pu maintenir des niveaux de fonds propres confortables, traduisant ainsi leur capacité à absorber les chocs tout en poursuivant leurs activités de financement. Parallèlement, le dynamisme du crédit s’est maintenu, en particulier au bénéfice des entreprises et des secteurs productifs, ce qui démontre que le relèvement des exigences prudentielles n’a pas pu freiner le financement de l’économie.
Il convient toutefois de reconnaître que certaines contraintes ont été observées dans la phase opérationnelle, notamment pour les banques de taille moyenne, qui ont dû procéder à des renforcements de capital. À ce titre, des dispositions transitoires ont également été prévues en vue de permettre aux assujettis de se conformer progressivement à ces nouvelles exigences. Par ailleurs, ces banques ont fait l’objet d’une surveillance rapprochée par l’autorité de supervision, en vue d’implémenter les dispositifs nécessaires à l'anticipation des risques et des chocs qui pourraient impacter leur résilience.
En 2025, la Banque Centrale s’est engagée dans un projet de révision du dispositif prudentiel applicable aux établissements de crédit, aux holdings bancaires et aux compagnies financières de l'UMOA. Ce processus sera piloté, comme à l’accoutumée, selon une concertation et une implication de l'écosystème des acteurs, en l’occurrence les banques, les associations de clientèle, les services officiels de l’Etat.
- Depuis 2014, au titre de la première phase de rationalisation, une liste concertée de dix-neuf (19) services et opérations ont été offerts à titre gratuit par les établissements de crédit de l’UEMOA. En termes d’évaluation, quels ont été les impacts et la portée de ces mesures de gratuité ? Une deuxième phase de rationalisation modérée des services bancaires est-elle prévue ? Si oui, quels seraient les services à cibler ?
Effectivement, dans le cadre de la promotion de l’accès des populations aux services financiers de base, la Banque Centrale a édicté l’Instruction n°004-06-2014 du 25 juin 2014 qui précise les services bancaires que les établissements de crédit de l'Union doivent offrir, à titre gratuit, à leur clientèle. A travers cette Instruction, la BCEAO a annoncé la gratuité de 19 services bancaires offerts par les établissements de crédit de l’Union.
Un peu plus de 10 ans après, le bilan ressort globalement satisfaisant dans la mesure où la décision est appliquée par les établissements concernés, sans que cela n’impacte leur performance en termes de rentabilité.
Toutefois, en termes d’évaluation, il convient de préciser que ce rôle est en partie partagé avec l’OQSF qui, dans ses missions, doit effectuer le suivi de la qualité des services financiers, la médiation gratuite des litiges entre clients et établissements, l'éducation et l'information financière des populations, ainsi que la promotion de la transparence et de la concurrence dans le secteur.
A ce titre, des enquêtes de satisfaction ont été effectuées en 2017 puis 2024. Globalement, il est ressorti une satisfaction de la clientèle du système bancaire qui a favorisé l’inclusion financière à travers une gratuité sur les ouvertures de compte et une réduction et une rationalisation graduelle des conditions bancaires appliquées à la clientèle.
A date, des travaux sont en cours avec l’AP-SFD, l’OQSF et la DRS-SFD du Ministère des Finances et du Budget pour adopter un projet similaire au niveau du secteur de la microfinance. De même, des réflexions sont menées avec la profession bancaire en vue de l'adoption éventuelle d’une nouvelle liste supplémentaire.
Il convient enfin de noter qu’en 10 ans, les produits et services financiers offerts par ces institutions ont beaucoup évolué, notamment grâce à la digitalisation. Cette nouvelle donne est prise en compte dans les réflexions en cours en vue d’analyser l’opportunité de définir des services bancaires à facturer modérément par les établissements de crédit à leurs clients. Les résultats de ces réflexions seront partagés avec les parties prenantes intéressées, au temps opportun.
- Le risque de blanchiment des capitaux et de financement du terrorisme constitue également un défi majeur. Quelles sont les mesures et dispositions préventives que la BCEAO a mises en place ?
Au titre de la LBC/FT/FP, la BCEAO a entrepris d’énormes réformes ces dernières années. En effet, le Conseil des Ministres de l’UMOA, réuni en mars 2023, a adopté la loi uniforme sur la Lutte contre le Blanchiment de Capitaux, le Financement du Terrorisme et de la Prolifération des armes de destruction massive (LBC/FT/FP). Celle-ci a été transposée en République du Sénégal par la Loi n°2024-08 du 14 février 2024 et publiée au journal officiel n° 7716 du 20 mars 2024. Dans le cadre de la mise en œuvre de cette loi, la BCEAO a déjà publié 5 nouvelles Instructions dont :
- l’Instruction n°231/07/2024 fixant le seuil pour la déclaration des transports physiques internationaux d'espèces et instruments négociables au porteur ;
- l’Instruction n°233/07/2024 du 16 juillet 2024 fixant le seuil pour le paiement d’une dette en espèces ou par instruments négociables au porteur ;
- l’Instruction n°001-03-2025 du 18 mars 2025 portant modalités de mise en œuvre par les institutions financières de leurs obligations en matière d'organisation, de contrôle interne et de conformité aux exigences de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et de la prolifération des armes de destruction massive ;
- l’Instruction n°002-03-2025 du 18 mars 2025 fixant le seuil pour la déclaration des transports physiques intracommunautaires d'espèces et instruments négociables au porteur ;
- l’Instruction n°003-03-2025 du 18 mars 2025 relative à l'identification, la vérification de l'identité et la connaissance de la clientèle par les institutions financières.
Pour rappel, le Sénégal est sorti en octobre 2024 de la liste des juridictions sous surveillance rapprochée du Groupe d’Action financière (GAFI) communément appelée liste grise, sur la base des résultats de la deuxième Évaluation Mutuelle (EM) de son dispositif LBC/FT/FP, après son inscription en janvier 2021.
A ce titre, il convient de souligner que les Autorités étatiques, notamment à travers le Comité National de Coordination LBC/FT instauré au sein du Ministère des Finances et du Budget, dont la BCEAO est membre, ont pris un engagement politique ferme auprès du GAFI pour remédier aux insuffisances identifiées, à travers l’adoption d’un plan d’actions à mettre en œuvre dans un délai court. Parmi ces actions, ont figuré l’adoption d’une nouvelle loi uniforme sur la LBC/FT/FP, la publication de ses textes d’application prenant en compte les dernières évolutions notées sur les recommandations du GAFI.
Egalement, il a été relevé un renforcement de la supervision des établissements de crédit, à travers une récurrence des missions de vérification de la Commission Bancaire de l’UMOA (CBU) auprès desdits établissements, notamment sur la thématique LBC/FT/FP, ainsi que la prise de sanctions disciplinaires et pécuniaires, publiées sur les sites de la BCEAO et de la Commission Bancaire.
A ce titre, il convient de souligner que les Autorités étatiques, notamment à travers le Comité National de Coordination LBC/FT instauré au sein du Ministère des Finances et du Budget, dont la BCEAO est membre, ont pris un engagement politique ferme auprès du GAFI pour remédier aux insuffisances identifiées, à travers l’adoption d’un plan d’actions à mettre en œuvre dans un délai court. Parmi ces actions, ont figuré l’adoption d’une nouvelle loi uniforme sur la LBC/FT/FP, la publication de ses textes d’application prenant en compte les dernières évolutions notées sur les recommandations du GAFI.
Egalement, il a été relevé un renforcement de la supervision des établissements de crédit, à travers une récurrence des missions de vérification de la Commission Bancaire de l’UMOA (CBU) auprès desdits établissements, notamment sur la thématique LBC/FT/FP, ainsi que la prise de sanctions disciplinaires et pécuniaires, publiées sur les sites de la BCEAO et de la Commission Bancaire.
- Monsieur le Directeur National, la problématique du financement agricole occupe une place importante dans les travaux du Conseil National du Crédit (CNC). Comment le secteur bancaire pourrait jouer pleinement son rôle prioritaire de l’économie nationale ? Quelles sont les conditions requises ? Quelles sont les contraintes qui pèsent sur elles ?
Le secteur bancaire intervient de manière importante en matière de financement agricole, notamment par la mise en place d’un pool bancaire même si les concours demeurent limités par rapport à la demande exprimée localement, par les acteurs des différentes filières. Ce pool de banques permet de mutualiser les ressources, de partager les risques et de mieux structurer les financements accordés aux acteurs agricoles. Toutefois, malgré ces efforts, les besoins du secteur agro-industriel ne sont pas encore totalement servis, ce qui souligne la nécessité d’un engagement accru et d’une structuration plus poussée pour accompagner efficacement le développement et la modernisation de cette filière stratégique.
Plusieurs contraintes pèsent encore sur l’intervention bancaire, notamment l’insuffisance de garanties adaptées, la faible structuration des filières, le manque de coordination entre acteurs, ainsi que l’absence de procédures unifiées et de données fiables sur les producteurs. Pour lever ces obstacles, une approche concertée et structurée est indispensable afin d’encourager une implication plus forte et durable du secteur bancaire dans le financement agricole.
Pour cela, une meilleure organisation et un financement structuré du secteur agricole apparaissent comme une nécessité. C’est dans ce cadre que le Conseil National du Crédit (CNC) a recommandé la mise en place, sous la conduite de la BCEAO, d’un Comité chargé de proposer une procédure harmonisée visant à structurer le circuit de financement des campagnes agricoles. L’objectif de ce comité est double : établir un diagnostic des contraintes actuelles dans les modes de financement des campagnes agricoles, et proposer une procédure claire et coordonnée entre les structures de financement (Etat, banques, institutions de microfinance) et les acteurs des filières agricoles. Cette démarche vise à définir les modalités d’organisation et de financement des campagnes, tant pour la production que pour la commercialisation, en tenant compte des spécificités de chaque filière.
- Quel est l’état d’avancement du projet d’interopérabilité des services financiers numériques. Quels sont les effets attendus de sa mise en œuvre et particulièrement pour l’inclusion financière des populations ?
Comme vous le savez, la BCEAO vient de lancer officiellement la Plateforme Interopérable du Système de Paiement Instantané (PI-SPI) le 30 septembre 2025. Ce lancement intervient à l’issue d’une phase pilote conduite de juillet 2024 à fin septembre 2025 et jugée concluante. Quarante-cinq (45) établissements étaient prêts, dès le lancement, à ouvrir les services au public. Au Sénégal, treize (13) participants, toutes catégories confondues (8 banques, 3 émetteurs de monnaie électronique, 2 systèmes financiers décentralisés), sont déjà engagés dans cette dynamique.
Concomitamment, nous déployons une campagne de communication d’envergure à destination du grand public et poursuivons l’accompagnement rapproché des autres participants afin d’assurer des activations progressives en fonction de leur état de préparation, dans le strict respect des exigences de sécurité, de conformité et de qualité de service. Nous demeurons constant dans notre objectif d’offrir à l’ensemble des usagers de l’Union un service de paiement instantané, interopérable et fiable, accessible partout et à tout moment.
PI-SPI rend tous les paiements de détail instantanés, 24/7, interopérables et sûrs : qu’ils partent d’un compte bancaire, d’un portefeuille de monnaie électronique ou d’un compte tenu par une institution de microfinance. L’expérience client est unifiée grâce à l’alias et au QR code interopérable, sans compter l’acceptation marchande qui devient universelle : un commerçant peut-être payé par n’importe quel client, quel que soit l’établissement d’origine. Pour les acteurs publics, la plateforme accélère les décaissements et facilite l’encaissement des recettes (impôts, taxes et redevances) à moindre coût.
A court terme, on s’attend à une baisse des frictions de paiement, à une amélioration de la trésorerie des ménages et des entreprises, à une visibilité accrue des flux et à une meilleure sécurité. A moyen terme, les effets attendus porteront sur le renforcement de la concurrence et de l’innovation, une baisse structurelle des coûts d’acceptation pour les petits marchands, une réduction du cash et une formalisation progressive des échanges entre les acteurs.
PI-SPI constitue donc un levier direct d’inclusion financière en simplifiant l’accès au paiement numérique. La politique tarifaire renforce cette dynamique, en privilégiant des niveaux de prix incitatifs, avec la gratuité des transferts entre particuliers au niveau national, afin d’installer des usages quotidiens. Parallèlement, l’interopérabilité entre banques, institutions de microfinance et émetteurs de monnaie électronique mutualise les réseaux d’agents et rapproche le service des zones peu bancarisées, des femmes entrepreneurs, des jeunes, des bénéficiaires de transferts sociaux et des micro-commerçants.
In fine, nous recherchons plus de comptes actifs, un réseau d’acceptation plus dense et une montée confirmée des transactions par adulte, avec un impact direct et durable sur l’économie réelle.
- Quel est le rôle joué par la BCEAO dans l’accompagnement des FINTECHS et autres établissements assimilés ? Y a-t-il des défis à relever ?
Le terme Fintech est associé aux entreprises de technologies spécialisées dans la fourniture de services financiers à travers les nouvelles technologies. Ces structures jouent un rôle essentiel dans l'animation de l’écosystème des paiements électroniques. En effet, avec l’essor de la monnaie électronique, la fourniture de services de paiement s’est développée rapidement et les structures qui fournissent ces facilités ont été amenées, dans le cadre de leurs activités, à assumer de plus en plus de responsabilités vis-à-vis du public.
Ces opérateurs ont fait preuve d’une grande inventivité pour offrir des solutions adaptées aux nouveaux usages des clients, en utilisant notamment des technologies comme l'Intelligence Artificielle et le Machine Learning, les données de masse, l’automatisation robotisée, la blockchain et les interfaces de programmation applicative.
Lejecos Magazine Octobre 2025


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