Me Babacar Ndiaye, Directeur Général de la Société Nationale de Recouvrement (SNR) : « Notre objectif est de faire de la SNR un instrument structurant de la gouvernance financière »

Mercredi 18 Février 2026

Discrète mais efficace, la Société Nationale de Recouvrement (SNR) du Sénégal, chargée de la gestion et de la valorisation des actifs non performants (créances douteuses et litigieuses) des entités publiques et semi-publiques, est aujourd’hui à la croisée des chemins. Instituée par la loi n°91-21 du 16 avril 1991, sa mission justifie une réforme visant notamment à élargir son champ d'action ou à redéfinir ses missions. Celle-ci s'inscrit en effet, dans une stratégie globale d'optimisation de la gestion des actifs de l'État et de ses démembrements, afin qu'elle réponde plus efficacement aux défis actuels de la gouvernance économique et de la gestion des finances publiques. En poste depuis le 19 juin 2024, le Directeur Général, Me Babacar Ndiaye a accepté avec Lejecos, de passer en revue la quintessence des activités de la SNR.


  • La Société Nationale de Recouvrement (SNR) a été créée pour assainir le secteur bancaire à travers le recouvrement des créances issues des anciennes banques d’État liquidées. Pouvez-vous nous rappeler les missions fondamentales de la SNR dans ce cadre, et nous présenter le plan d’actions mis en œuvre pour apurer définitivement le passif hérité de ces établissements, notamment en ce qui concerne le remboursement des dépôts gelés et la gestion des créances historiques ?
 
La SNR a été instituée, vous l’avez dit, par la loi n°91-21 du 16 avril 1991, avec pour mission principale le recouvrement des créances issues de la liquidation des anciennes banques d’État telles que la BNDS, la BIAO-Sénégal, la SOFISEDIT, la SONABANQUE, la SONAGA, l’Union Sénégalaise de Banque et la BSK. Elle vise d’une part, à assainir le secteur bancaire, et d’autre part, à garantir le remboursement des dépôts gelés des clients et restaurer la confiance des acteurs économiques.

L’apurement du passif hérité de ces établissements représentait un engagement fort de l’État du Sénégal envers les bailleurs de fonds. Grâce à une stratégie inclusive, la politique de remboursement a permis de toucher un large éventail de petits déposants, tout en assurant le remboursement quasi total des gros déposants.

Le plan d’actions repose sur 4 axes:
- Une approche ciblée des débiteurs restants ;
- Des solutions amiables et de médiation ;
- L’exploitation des actifs récupérés pour renforcer les capacités de remboursement ;
- Une coordination étroite avec les autorités de tutelle pour finaliser l’apurement total du passif.
 
  • Quel bilan chiffré tirez-vous aujourd'hui du recouvrement des créances issues des anciennes banques d'État ?
 Au 30 juin 2025, le montant cumulé des créances recouvrées sur le portefeuille originel s’élève à 68 110 321 116 FCFA. À cela s’ajoute le recouvrement des portefeuilles récemment confiés, qui atteint 14 065 707 026 FCFA, portant le total global des créances recouvrées par la SNR à 82 176 022 142 FCFA.

Les montants transférés des anciennes banques d’État liquidées sont estimés à 512 787 567 864 FCFA. Sur cet encours, 92 407 037 595 FCFA ont fait l’objet d’un enrôlement effectif, soit un taux de 18 %, réparti comme suit :
- 10 % pour la BNDS ;
- 4 % pour l’UCB ;
- 2 % pour la BSK.

Concernant les montants dégelés jusqu’au deuxième trimestre de 2025, ils s’élèvent à 39 008 635 217 FCFA, traduisant les efforts soutenus de la SNR pour restituer les fonds aux ayants droit.

Depuis ma prise de fonction, le 19 juin 2024, nous avons recouvré 4 180 231 317 FCFA sur les portefeuilles en cours, et versé plus de 3 milliards de FCFA au Trésor Public, renforçant ainsi notre contribution directe à la mobilisation des ressources de l’État.
 
  • Le recouvrement, notamment lorsqu’il est forcé, peut susciter des tensions ou des incompréhensions, en particulier dans les cas de contestation sérieuse des titres exécutoires. Quelles sont les approches juridiques, opérationnelles et éthiques mises en œuvre par la SNR pour garantir un recouvrement efficace, équitable et conforme aux droits des débiteurs ?
 
La SNR a engagé une transformation profonde de ses méthodes de recouvrement, fondée sur une triple exigence : efficacité opérationnelle, sécurité juridique et équité procédurale. Consciente des enjeux humains et économiques qui s’y attachent, la Direction Générale a mis en place un dispositif structuré garantissant le respect des droits des débiteurs tout en assurant la performance de ses missions.

Les principales approches adoptées sont :
- Recouvrement amiable priorisé : Plans d’apurement personnalisés selon la capacité financière du débiteur ;
- Médiation institutionnelle : Cellules spécialisées avec juristes et experts indépendants pour les dossiers complexes ;
- Audit juridique systématique : Vérification de chaque titre exécutoire par la Direction des Affaires Juridiques (DRAJ) ;
- Formation continue des agents : Recouvrement éthique et gestion des conflits ;
- Digitalisation du suivi : Le Système numérique va assurer  la traçabilité et la transparence.
La SNR s’inscrit ainsi dans une démarche de conciliation intelligente, où la performance financière est indissociable des principes de justice et de bonne gouvernance.
 
  • Dans un souci d'efficacité et de transparence, quelle est la feuille de route de la SNR en matière de digitalisation, notamment la modernisation des processus de gestion des dossiers, la mise en place de plateformes pour les débiteurs, et l'amélioration de la traçabilité des fonds recouvrés ?
 
Depuis ma prise de fonction, la digitalisation occupe une place de choix au sein de la SNR. Nous avons acquis un logiciel intégré couvrant tous les métiers de la SNR. La numérisation des archives, notamment celle des dossiers de crédits, a débuté en 2025.
Nous avons également lancé la digitalisation des processus internes, notamment : le traitement du courrier, la gestion des dossiers, la traçabilité des fonds, avec une mise en œuvre complète prévue à partir de 2026.

Cette modernisation vise 4 choses  :
- Renforcer la transparence des opérations ;
- Accroître la réactivité dans le traitement des dossiers ;
- Sécuriser les flux financiers ;
- Améliorer l’accessibilité des services pour les débiteurs et les partenaires institutionnels.
 
  • En  organisant un séminaire sur le devenir de la SNR, vous souhaitez élargir ses missions. Comment la SNR entend-elle jouer un rôle structurant dans la gestion globale des créances en souffrance, qu’elles soient publiques ou privées ? Quelles sont d’abord, les retombées attendues en matière de mobilisation de ressources pour le Trésor Public, ensuite en termes d’assainissement du secteur financier, et de contribution aux objectifs de l’Agenda Sénégal 2050 ?
 
Ce séminaire a, il est vrai marqué un tournant décisif dans l’histoire de la SNR. Il a permis de réunir les parties prenantes , autorités publiques, institutions financières, experts nationaux et internationaux autour d’une réflexion stratégique sur l’avenir de notre institution. L’objectif était clair : faire de la SNR un instrument structurant de la gouvernance financière, capable de répondre aux défis contemporains liés aux créances en souffrance, qu’elles soient d’origine publique ou privée.

Notre nouvelle orientation repose sur cinq piliers structurants :
1. Gestion globale des créances : Elle se fera à travers la mise en place d’un guichet unique pour le traitement des créances non performantes, en partenariat avec les institutions financières, les entreprises publiques et les collectivités territoriales.
2. Renforcement de la solvabilité du système financier : Par  la réduction des encours douteux, l’amélioration des bilans bancaires, et  bien sûr la restauration de la confiance des investisseurs.
3. Mobilisation accrue des ressources pour le Trésor Public : Ainsi, grâce  à une stratégie proactive, la SNR ambitionne de doubler ses versements au Trésor d’ici 2027.
4. Appui à la gouvernance économique : La SNR contribuera de ce point de vue, à la mise en œuvre de politiques publiques de redressement financier, en accompagnant les réformes structurelles et en soutenant la compétitivité des entreprises.
5. Contribution à l’Agenda Sénégal 2050 ( le référentiel de politique économique): En tant qu’instrument de développement inclusif, la SNR participera à la consolidation de l’État stratège, à la modernisation de l’administration financière, et à la promotion d’une économie résiliente et équitable.
 
  • La SNR gère un portefeuille important d’actifs issus des anciennes banques d’État liquidées. Quelle est votre stratégie actuelle en matière de valorisation, de conservation et de cession de ce patrimoine, et comment ces actifs peuvent-ils contribuer à renforcer les capacités de remboursement ou à soutenir les politiques publiques ?
La gestion du patrimoine issu des anciennes banques liquidées constitue un levier stratégique essentiel pour la SNR. Ce portefeuille comprend des biens immobiliers, des titres financiers, des créances résiduelles et divers actifs matériels. Notre approche repose sur une triple logique :  mobilisation, sécurisation  et  valorisation des actifs.
Lejecos Magazine Novembre 2025
 
 
Actu-Economie

La rédaction

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