« PI-SPI est une plateforme unifiée de paiement instantané. Elle efface les frontières entre banques, institutions de microfinance et établissements de monnaie électronique, afin que chaque citoyen de l’Union puisse envoyer ou recevoir de l’argent, facilement, partout dans l’Union, 24h/24, 7j/7. Nous franchissons ainsi un nouveau cap vers une Union plus intégrée, plus fluide et plus inclusive. » - Jean-Claude Kassi BROU, Gouverneur de la BCEAO
Un tournant historique pour l’Union
Le 30 septembre 2025, à Dakar, le Gouverneur de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest a convié les Hautes autorités du Sénégal et les partenaires internationaux, au Siège de l’institution, pour un événement de portée historique dans la sphère financière africaine. Il s’agit du lancement officiel de la Plateforme Interopérable de Système de Paiement Instantané baptisée PI-SPI. La cérémonie, retransmise en direct dans les huit pays de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), marque, en effet, un tournant majeur dans l’évolution des systèmes de paiement numérique dans l’Union.
Ce moment solennel, rehaussé par la présence du Ministre sénégalais des Finances et du Budget, de son homologue en charge de la Communication, des Télécommunications et du Numérique, ainsi que des représentants des ministères des finances de la région et des dirigeants des principaux établissements financiers, a mis en avant la dimension stratégique, par sa portée, de la PI-SPI ; une initiative phare de la BCEAO.
Des démonstrations in situ ont illustré toute la simplicité et la rapidité du système dans toutes les opérations classiques notamment : le transfert interbancaire, le paiement marchand via mobile, le règlement instantané entre plateformes.
Désormais, banques, opérateurs de mobile money et fintechs disposent d’une infrastructure commune, pour effectuer des transactions instantanées et sécurisées.
La vision du Gouverneur de la BCEAO : « Faire de PI-SPI un levier de croissance »
Dans une ambiance solennelle, et une salle archi-comble aux couleurs des huit (8) pays membres de l'UEMOA, le Gouverneur de la BCEAO, M. Jean-Claude Kassi BROU, s’est adressé, avec fierté, au parterre de personnalités, cadres, invités de marque, experts du monde de la finance, banques, fintechs . L’émotion est perceptible à l’entame de son discours, sur des mots de reconnaissance à l’endroit de M . Cheikh DIBA, Ministre des Finances et du Budget de la République du Sénégal, représentant le Président du Conseil des Ministres de l’UMOA qui, « en dépit de ses multiples obligations, a bien voulu nous faire l’honneur de présider cette cérémonie officielle », a-t-il dit. Il a ensuite insisté sur « l’importance de PI-SPI comme levier d’inclusion financière et de modernisation du système de paiement régional », soulignant à ce propos, que l’interopérabilité permet de « rendre les paiements plus rapides, moins coûteux et accessibles à tous ».
Cette vision est d’ailleurs partagée par les autorités nationales, notamment le Ministre des Finances et du Budget du Sénégal, M. Cheikh DIBA, qui présidait la cérémonie. A ce titre, il a tenu, lors de son allocution,à féliciter chaleureusement le Gouverneur de la BCEAO pour, dit-il : « son leadership », ensuite « les partenaires de la Banque Centrale sur ce projet, et l’ensemble des institutions financières, ainsi que les acteurs du secteur privé, pour leur large implication dans la concrétisation de cette ambition ». Il a en outre annoncé l'intégration prochaine et effective du Trésor Public sénégalais à la plateforme. Une mesure qui facilitera grandement le recouvrement des recettes publiques et le décaissement des dépenses.
Le cœur du réacteur
« Instantanéité, irrévocabilité, sécurité, inclusivité, fluidité et gratuité au sein d’un même pays de l’Union » : ce sont les six piliers qui soutiennent PI-SPI pour tenir sa promesse, dixit Mme Fatou Dieng GUEYE, Adjointe au Directeur des systèmes et moyens de paiement à la BCEAO, par ailleurs chef de projet chargée de l'implémentation du système de paiement instantané (PI-SPI) de l'UEMOA. Devant les invités, elle a détaillé avec une grande pédagogie, comment le système a été pensé pour réduire au maximum, les risques et s’aligner sur les standards internationaux.
Par ailleurs, elle a insisté sur un élément fondamental de la: PI-SPI ,en ce sens qu’elle a été, conçue sur un socle de sécurité conforme aux standards les plus élevés pour les systèmes de paiement. Selon Mme Dieng Gueye, « Dans la conception et les choix structurants qui ont été adoptés, la réduction du risque de fraude de l’utilisateur a été un référent ». Dans ce cadre, une analyse a été faite sur les typologies de fraude connues, afin de les intégrer dans la plateforme pour la sécuriser au maximum.
Quant à l’inclusivité, c’est le quatrième principe de PI-SPI à travers lequel toutes les institutions financières agréées par la Banque centrale, sans distinction, sont éligibles. Les mêmes règles s’appliquent à tous les acteurs bancaires et non bancaires.
Enfin, la fluidité et la gratuité nationale constituent les cinquième et sixième principe sur lesquels repose PI-SPI. Au titre de la gratuité, les particuliers ne paieront, désormais plus de frais pour envoyer de l’argent à un proche, ou régler leurs factures. En orientant clairement la préférence vers l’électronique plutôt que le cash, cette gratuité crée les conditions d’une accélération massive des paiements numériques dans la zone UEMOA.
Les deux mécanismes qui rendent ces expériences fluides au quotidien ont suscité un vif intérêt. Il s’agit de l’Alias et du Qr Code interopérable. L’Alias est un identifiant unique de compte, choisi par les clients, afin de recevoir des paiements sans divulguer les informations de compte. « Cela simplifie la vie des clients, tout en protégeant leurs données personnelles », explique Mme GUEYE. Cette innovation pourrait bien tout changer dans l’usage quotidien, en simplifiant les transactions et en réduisant les risques de fraude. Pour sa part, le Qr Code interopérable permet aux commerçants d’accepter tous les paiements quel que soit le compte du client.
Le schéma, projeté sur grand écran, a montré la simplicité du parcours.
Comment ça marche ? Un usager saisit le numéro Alias de son bénéficiaire → PI-SPI traite la demande → les fonds apparaissent immédiatement sur le compte du destinataire.
De la conception à la mise en œuvre
PI-SPI est bien plus qu'une simple mise à jour technologique, c’est une réforme structurelle visant à garantir la fluidité, la sécurité et l'accessibilité des transactions financières dans l’ensemble des huit pays de l'Union.
La conception de la Plateforme Interopérable du Système de Paiement Instantané (PI-SPI) s'est faite par étapes successives, sur plusieurs années, alternant une phase test démarrée le 22 juillet 2024, et des phases de tests en conditions réelles réalisées en juin 2025 avec satisfaction.
La conception, elle-même, a démarré en 2022. Elle a mobilisé des ingénieurs et jeunes talents sous la direction des équipes de la BCEAO ; l’objectif étant de créer un système de paiement numérique universel et sécurisé.
Revenant sur le choix stratégique de la BCEAO de concevoir et de développer cette infrastructure intégralement en interne, le gouverneur a tenu à saluer la mobilisation de jeunes talents, des ingénieurs issus des meilleures écoles et universités de l’Union, dirigés par les équipes de la Banque Centrale, et guidés dans leur mission par Monsieur Abdoulaye SECK, alors Secrétaire Général de la BCEAO. De même, il s’est félicité de la mobilisation des banques, établissements de monnaie électronique et institutions de microfinance déjà connectés à la plateforme, tout en appelant l’ensemble des institutions de paiement de l’Union à rejoindre la dynamique.
La phase pilote de PI-SPI, qui a démarrée le 5 juin 2025, a permis de tester le système en conditions réelles, et de confirmer sa fiabilité, sa sécurité et sa fluidité pour des transactions instantanées et interopérables entre tous les acteurs financiers de l'UEMOA.
Après avoir testé le système de manière concluante durant trois mois, sur un échantillon de clients et 86 établissements participants dont 70 banques, 6 institutions de microfinance et 10 émetteurs de monnaie électronique, le lancement officiel a été annoncé pour le 30 septembre 2025, marquant le début de la mise à disposition des services au public.
A ce stade, le Gouverneur a rendu un vibrant hommage aux membres de l’équipe projet « pour leur engagement exemplaire et leur sens du devoir ».
De STAR-UEMOA à la PI-SPI : vingt ans d’innovation continue
Comme l’a si bien rappelé le Gouverneur, depuis le 25 juin 2004, date du lancement du système de règlement brut en temps réel de l’Union dénommé STAR-UEMOA, « la Banque Centrale œuvre à la modernisation de l’écosystème des paiements au sein de l’UMOA, en adaptant constamment ses infrastructures et son cadre réglementaire à l’évolution des technologies, aux usages et aux attentes des acteurs économiques et des populations », a indiqué le Gouverneur.
- L’histoire du système de paiements dans l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) est en effet celle d’une modernisation progressive, portée avec constance par la BCEAO.
Dès le 25 juin 2004, la Banque Centrale posait déjà une première pierre avec le Système de Transfert Automatisé et de Règlement en temps réel (STAR-UEMOA). Cette infrastructure régionale, qui permettait pour la première fois le règlement brut en temps réel (RTGS) entre les huit banques centrales nationales et les établissements de crédit, a marqué un tournant décisif dans les transactions. En effet, elle a d’une part, réduit le délai de règlement interbancaire de plusieurs jours à quelques minutes, et permis d’autre part, à la zone UEMOA de se hisser au niveau des standards internationaux de paiement (SWIFT, ISO 20022).
Une décennie d’innovation et de consolidation (2004–2014)
Durant cette période, la BCEAO a renforcé la stabilité du système, ainsi :
Durant cette période, la BCEAO a renforcé la stabilité du système, ainsi :
- Plus de 40 000 opérations quotidiennes sont traitées dès 2010 via STAR-UEMOA ;
- Une Hausse de 230 % du volume total des transactions interbancaires a été notée sur dix ans ;
- En plus de l’introduction du Système de Compensation Automatisé (SICA-UEMOA) pour les paiements de masse (chèques, virements, prélèvements).
Ces deux systèmes (STAR et SICA) ont constitué l’ossature du marché monétaire régional, permettant aux États et aux entreprises de disposer d’un environnement de règlement fiable.
La bascule numérique (2014–2024)
À partir de 2015, la BCEAO anticipe la vague du digital en adoptant un cadre réglementaire pour la monnaie électronique. Les résultats de cet effort de normalisation le confirme, ainsi qu’il suit:
La bascule numérique (2014–2024)
À partir de 2015, la BCEAO anticipe la vague du digital en adoptant un cadre réglementaire pour la monnaie électronique. Les résultats de cet effort de normalisation le confirme, ainsi qu’il suit:
- le volume de transactions en e-money passe de 260 millions en 2014 à plus de 11 milliards en 2024 ;
- le nombre de comptes de monnaie électronique explose de 18 millions à 248 millions ;
- la part des paiements numériques dans les transactions domestiques atteint près de 60 % dans certains pays de l’Union.
Ce bond numérique crée une multitude de plateformes fermées (banques, opérateurs de mobile money, fintechs), chacune opérant dans son propre réseau, limitant ainsi l’interopérabilité et la fluidité des paiements transfrontaliers.
C’est pour lever ces barrières que la BCEAO a conçu la PI-SPI, plateforme interopérable de paiement instantané, qui vient couronner vingt ans d’évolution.
Cette trajectoire de STAR-UEMOA à PI-SPI, illustre, si besoin est, la vision d’une Banque Centrale proactive, moteur de la transformation digitale du système financier régional.
Évolution des infrastructures de paiement dans l’UEMOA (2004–2025)
2004 → STAR-UEMOA (RTGS)
2006 → SICA-UEMOA (compensation automatisée)
2015 → Cadre monnaie électronique
2018 → Interconnexion mobile money
2022 → Conception PI-SPI
2025 → Lancement PI-SPI : Paiement instantané, 24/7, interopérable
Quand le Gouverneur de la BCEAO prêche par l’exemple
Depuis le siège de l’institution à Dakar (Sénégal), le gouverneur de la BCEAO a pu recevoir, de manière instantanée, un transfert symbolique par téléphone portable, effectué sur son compte par le président de la Fédération des associations de banques et établissements financiers de l’Uemoa (APBEF-UEMOA). L’image est saisissante mais surtout parlante, témoignant par l’exemple, l’opérationnalité de la Plateforme Interopérable du Système de Paiement Instantané (PI-SPI). L’ambition est devenue une réalité !
C’est l’aboutissement d’une vision commune des autorités de l’Union portée par la banque centrale, celle d’un écosystème financier plus inclusif, plus dynamique et plus performant, répondant aux besoins des populations de l’UEMOA. « Nous franchissons ainsi un nouveau cap avec une union économique et monétaire plus intégrée, plus fluide et plus inclusive », s’est félicité Jean-Claude Kassi BROU, gouverneur de la BCEAO.
Une infrastructure au service de tous et pour tous
Le projet PI-SPI, ainsi que l’a rappelé M. le Gouverneur dans son allocution, lors de la cérémonie de lancement, a pour objectifs de renforcer l’inclusion financière, de réduire l’usage des espèces fiduciaires, d’une part, et d’autre part, de promouvoir l’innovation et consolider l’intégration économique et financière de l’Union. Il s’agit, selon lui, de faire des paiements numériques un véritable bien public, accessible à tous, à des coûts compétitifs, et un vecteur de progrès.
L'innovation majeure de PI-SPI réside dans son caractère fondamentalement interopérable. Il faut dire que jusque-là, les utilisateurs étaient confinés dans des « enclaves » fermées, qui faisaient qu’un client Orange Money ne pouvait pas transférer directement vers un client Wave ou une banque.
Depuis le 25 juin 2004, date du lancement du système de règlement brut en temps réel de l’Union, dénommé STAR-UEMOA, « la Banque Centrale œuvre à la modernisation de l’écosystème des paiements au sein de l’UMOA, en adaptant constamment ses infrastructures et son cadre réglementaire à l’évolution des technologies, aux usages et aux attentes des acteurs économiques et des populations », a indiqué le Gouverneur.
Désormais, grâce à l’interopérabilité, les barrières tombent. PI-SPI promet de démocratiser les paiements numériques, de réduire les coûts de transfert et d’ouvrir la voie à de nouveaux services : micro-crédits instantanés, paiements marchands interbancaires, assurance digitale, intégration aux marketplaces régionales.
Des bénéfices concrets pour l’écosystème
Au-delà de la technique, le lancement de la PI-SPI est aussi et surtout un acte politique fort. L’infrastructure permettra de digitaliser les paiements publics, de canaliser plus efficacement les aides sociales, et de renforcer la collecte fiscale. Autant d’initiatives qui consolident la souveraineté financière des États de l’UEMOA.
Pour des secteurs comme l’agriculture et les Petites et moyennes entreprises qui constituent des moteurs du développement économique et social, les possibilités offertes par la PI-SPI devraient, selon le ministre Cheikh DIBA, « faciliter le déploiement du crédit à un coût plus faible, en particulier grâce aux micro et pico-crédits.»
L'impact du PI-SPI est en effet multisectoriel, il va au-delà de l’aspect technique, pour produire des impacts concrets qui retiennent l’attention. « Pour une commerçante de Kaolack, c’est la facilité pour elle d’encaisser un paiement en quelques secondes, sans se soucier de l’heure. Ou pour une PME d’Abidjan, la possibilité de régler ses fournisseurs instantanément et d’améliorer sa trésorerie ».
Pour les particuliers, le transfert d’argent devient aussi simple qu’un appel téléphonique. Pour les entreprises, c’est une optimisation de la gestion de trésorerie.
L'adhésion du secteur privé
Le Président de la Fédération des Associations de Banques et Établissements Financiers de l'UEMOA (FAPBEF-UEMOA), Monsieur Guy-Martial AWONA a, quant à lui, qualifié l’infrastructure de « révolution silencieuse en marche ». Il a par ailleurs insisté sur le rôle que les institutions privées devront jouer dans l’adoption rapide et massive de cet outil. Grâce à l’engagement de la BCEAO, déclare-t-il, « nous franchissons un cap décisif vers un écosystème où banques, institutions de microfinance, établissements de paiement, fintechs et émetteurs de monnaie électronique pourront échanger sur une même plateforme numérique, au bénéfice de nos populations. » Rappelons que la FAPBEF-UEMOA regroupe les Associations professionnelles de banques et établissements financiers des huit pays membres de l’Union.
Une Banque Centrale au diapason
A la faveur des mutations enregistrées au plan international, l’UMOA a amorcé dès 2015, une transformation digitale marquée par l’adoption d’un cadre réglementaire pour les activités de monnaie électronique, leur conférant ainsi une place importante et croissante dans les transactions financières.
Ces initiatives se sont notamment traduites par un accroissement significatif du volume des transactions en monnaie électronique au sein de l’Union, lequel est passé de 260 millions à 11 milliards, entre 2014 et 2024. Le nombre de comptes de monnaie électronique a également progressé, évoluant de 18 millions à près de 248 millions sur la même période.
Évolution de la monnaie électronique dans l’UEMOA (2014–2024)
C’est pour lever ces barrières que la BCEAO a conçu la PI-SPI, plateforme interopérable de paiement instantané, qui vient couronner vingt ans d’évolution.
Cette trajectoire de STAR-UEMOA à PI-SPI, illustre, si besoin est, la vision d’une Banque Centrale proactive, moteur de la transformation digitale du système financier régional.
Évolution des infrastructures de paiement dans l’UEMOA (2004–2025)
2004 → STAR-UEMOA (RTGS)
2006 → SICA-UEMOA (compensation automatisée)
2015 → Cadre monnaie électronique
2018 → Interconnexion mobile money
2022 → Conception PI-SPI
2025 → Lancement PI-SPI : Paiement instantané, 24/7, interopérable
Quand le Gouverneur de la BCEAO prêche par l’exemple
Depuis le siège de l’institution à Dakar (Sénégal), le gouverneur de la BCEAO a pu recevoir, de manière instantanée, un transfert symbolique par téléphone portable, effectué sur son compte par le président de la Fédération des associations de banques et établissements financiers de l’Uemoa (APBEF-UEMOA). L’image est saisissante mais surtout parlante, témoignant par l’exemple, l’opérationnalité de la Plateforme Interopérable du Système de Paiement Instantané (PI-SPI). L’ambition est devenue une réalité !
C’est l’aboutissement d’une vision commune des autorités de l’Union portée par la banque centrale, celle d’un écosystème financier plus inclusif, plus dynamique et plus performant, répondant aux besoins des populations de l’UEMOA. « Nous franchissons ainsi un nouveau cap avec une union économique et monétaire plus intégrée, plus fluide et plus inclusive », s’est félicité Jean-Claude Kassi BROU, gouverneur de la BCEAO.
Une infrastructure au service de tous et pour tous
Le projet PI-SPI, ainsi que l’a rappelé M. le Gouverneur dans son allocution, lors de la cérémonie de lancement, a pour objectifs de renforcer l’inclusion financière, de réduire l’usage des espèces fiduciaires, d’une part, et d’autre part, de promouvoir l’innovation et consolider l’intégration économique et financière de l’Union. Il s’agit, selon lui, de faire des paiements numériques un véritable bien public, accessible à tous, à des coûts compétitifs, et un vecteur de progrès.
L'innovation majeure de PI-SPI réside dans son caractère fondamentalement interopérable. Il faut dire que jusque-là, les utilisateurs étaient confinés dans des « enclaves » fermées, qui faisaient qu’un client Orange Money ne pouvait pas transférer directement vers un client Wave ou une banque.
Depuis le 25 juin 2004, date du lancement du système de règlement brut en temps réel de l’Union, dénommé STAR-UEMOA, « la Banque Centrale œuvre à la modernisation de l’écosystème des paiements au sein de l’UMOA, en adaptant constamment ses infrastructures et son cadre réglementaire à l’évolution des technologies, aux usages et aux attentes des acteurs économiques et des populations », a indiqué le Gouverneur.
Désormais, grâce à l’interopérabilité, les barrières tombent. PI-SPI promet de démocratiser les paiements numériques, de réduire les coûts de transfert et d’ouvrir la voie à de nouveaux services : micro-crédits instantanés, paiements marchands interbancaires, assurance digitale, intégration aux marketplaces régionales.
Des bénéfices concrets pour l’écosystème
Au-delà de la technique, le lancement de la PI-SPI est aussi et surtout un acte politique fort. L’infrastructure permettra de digitaliser les paiements publics, de canaliser plus efficacement les aides sociales, et de renforcer la collecte fiscale. Autant d’initiatives qui consolident la souveraineté financière des États de l’UEMOA.
Pour des secteurs comme l’agriculture et les Petites et moyennes entreprises qui constituent des moteurs du développement économique et social, les possibilités offertes par la PI-SPI devraient, selon le ministre Cheikh DIBA, « faciliter le déploiement du crédit à un coût plus faible, en particulier grâce aux micro et pico-crédits.»
L'impact du PI-SPI est en effet multisectoriel, il va au-delà de l’aspect technique, pour produire des impacts concrets qui retiennent l’attention. « Pour une commerçante de Kaolack, c’est la facilité pour elle d’encaisser un paiement en quelques secondes, sans se soucier de l’heure. Ou pour une PME d’Abidjan, la possibilité de régler ses fournisseurs instantanément et d’améliorer sa trésorerie ».
Pour les particuliers, le transfert d’argent devient aussi simple qu’un appel téléphonique. Pour les entreprises, c’est une optimisation de la gestion de trésorerie.
L'adhésion du secteur privé
Le Président de la Fédération des Associations de Banques et Établissements Financiers de l'UEMOA (FAPBEF-UEMOA), Monsieur Guy-Martial AWONA a, quant à lui, qualifié l’infrastructure de « révolution silencieuse en marche ». Il a par ailleurs insisté sur le rôle que les institutions privées devront jouer dans l’adoption rapide et massive de cet outil. Grâce à l’engagement de la BCEAO, déclare-t-il, « nous franchissons un cap décisif vers un écosystème où banques, institutions de microfinance, établissements de paiement, fintechs et émetteurs de monnaie électronique pourront échanger sur une même plateforme numérique, au bénéfice de nos populations. » Rappelons que la FAPBEF-UEMOA regroupe les Associations professionnelles de banques et établissements financiers des huit pays membres de l’Union.
Une Banque Centrale au diapason
A la faveur des mutations enregistrées au plan international, l’UMOA a amorcé dès 2015, une transformation digitale marquée par l’adoption d’un cadre réglementaire pour les activités de monnaie électronique, leur conférant ainsi une place importante et croissante dans les transactions financières.
Ces initiatives se sont notamment traduites par un accroissement significatif du volume des transactions en monnaie électronique au sein de l’Union, lequel est passé de 260 millions à 11 milliards, entre 2014 et 2024. Le nombre de comptes de monnaie électronique a également progressé, évoluant de 18 millions à près de 248 millions sur la même période.
Évolution de la monnaie électronique dans l’UEMOA (2014–2024)
- Transactions : de 260 millions à 11 milliards
- Comptes : de 18 à 248 millions
PI-SPI en chiffres : - 8 pays connectés
- 86 établissements participants (Nombre évolutif)
- Service disponible 24h/24, 7j/7, 365 jours/an
Défis et perspectives
Si le lancement est une réussite, le Gouverneur de la BCEAO reconnaît cependant que « le succès dépendra de l’adoption massive, de la cybersécurité et de la capacité des acteurs privés à inventer de nouveaux services ».
Les défis sont clairs. Il s’agit, à la fois, de convaincre les populations rurales, souvent éloignées du numérique, mais aussi , d’harmoniser les infrastructures entre pays d’une part, et d’autre part, de sécuriser le système, dans un contexte de menaces cyber-sécuritaires croissantes et enfin, de préserver l’équilibre économique des opérateurs, dont le modèle économique intégrait des bénéfices via les frais de transfert intra-réseaux.
Cependant, faut-il le noter, le PI-SPI n'est pas un point d'arrivée, mais plutôt une plateforme évolutive destinée à s'enrichir de nouvelles fonctionnalités, et ouvrant une nouvelle ère, qui va transformer ainsi l'expérience utilisateur et les services financiers grâce au développement de nouveaux cas d'usage et l’harmonisation régionale et son expansion d’une part, et d’autre part. le financement numérique et l’innovation
L’ambition
En définitive, PI-SPI est le socle d'une nouvelle architecture financière. Sa réussite complète sera à l’aune, non seulement de la capacité technique de la BCEAO à innover, mais aussi de l'engagement de l'ensemble des États et des acteurs privés à accélérer la transformation numérique inclusive de l'Union. Plusieurs banques, institutions de microfinance et établissements de monnaie électronique des huit pays de l’Union ont déjà satisfait aux exigences techniques, de sécurité, de connectivité et d’homologation définies par la Banque Centrale, et sont d’ores et déjà prêts pour ouvrir leurs services au grand public à travers la plateforme.
Pour M. Jean-Claude Kassi Brou, « La mobilisation des acteurs témoigne de la dynamique d’adhésion au sein du secteur ». Il a également rappelé que « Cet élan est appelé à s’élargir jusqu’à la pleine participation de l’ensemble des institutions de paiement de l’Union : telle est notre ambition. » clame-t-il.
Vingt ans après STAR-UEMOA, la BCEAO confirme son rôle d’architecte de l’intégration financière régionale.
Ainsi, avec la PI-SPI, elle transforme l’idée d’un espace monétaire commun en une réalité opérationnelle et inclusive, où chaque citoyen, commerçant ou entreprise peut effectuer des paiements instantanés à travers huit pays.
Une vaste campagne de communication est annoncée dans les huit Etats membres, ainsi qu’un accompagnement ciblé des Trésors publics pour leur intégration diligente à la plateforme.
« Nous entrons dans une nouvelle ère. Adoptons le réflexe PI », ont déclaré d’une seule voix les différents intervenants, appelant à l’appropriation massive de PI‑SPI par l’ensemble des acteurs économiques, institutionnels et techniques de l’Union.
À Dakar, ce 30 septembre 2025 a marqué une date historique. Ce n’était pas seulement une infrastructure qui a été inaugurée, mais un horizon qui a été tracé : celui d’une Afrique de l’Ouest connectée, inclusive et souveraine.
Pour la BCEAO, le lancement n’est qu’une étape. L’objectif est désormais d’accélérer l’enrôlement de l’ensemble des institutions financières et de stimuler l’appropriation de la PI-SPI par les populations et les entreprises.
Les prochaines phases incluront :
- Un Enrôlement Complet pour assurer l'universalité et la sécurité du système.
- Une Adoption Massive par les Usagers afin de promouvoir un usage quotidien afin de maximiser l'inclusion financière.
- Des Innovations Sectorielles pour prendre en charge le déploiement de nouveaux cas d’usage : micro-crédit instantané, paiements marchands interbancaires, assurance digitale.
- Une Expansion et une Harmonisation Régionale, pour consolider l'intégration économique et financière de l'Union.
Lejecos Magazine Novembre 2025


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