BABACAR TALL, PRÉSIDENT DE L’ASSOCIATION SÉNÉGALAISE DES PROFESSIONNELS DU PÉTROLE : NOUS DÉNONÇONS LES ACCORDS DE TOTAL AVEC ORANGE ET EIFFAGE...

Mardi 24 Juin 2014

Président de l’Association Sénégalaise des Professionnels du Pétrole (ASPP) et Directeur Général de ELTON Oil Company, Babacar Tall intervient dans le débat en cours sur les enjeux du secteur, notamment sur le stockage national, la polémique contre TOTAL, la sécurisation de l’approvisionnement avec la SAR...


Babacar Tall, directeur général de ELTON Oil Company et Président de l’Association Sénégalaise des Professionnels du Pétrole (ASPP)
Babacar Tall, directeur général de ELTON Oil Company et Président de l’Association Sénégalaise des Professionnels du Pétrole (ASPP)
Depuis septembre 2012, les prix du carburant à la pompe n’ont pas changé, malgré les variations du prix du pétrole sur le marché mondial, avez-vous une explication ?
En effet, depuis septembre 2012, les prix à la pompe du supercarburant (889 FCFA) et du gasoil (792 FCFA) sont restés constants. Cela doit être certainement une décision politique, car en principe, les prix des produits pétroliers au Sénégal doivent être changés toutes les 4 semaines, en fonction du prix du baril sur le marché international et de la variation du taux de change EURO/USD. Que peut-on déduire de cette décision politique ? Peut-être pour maintenir une certaine stabilité des prix. Mais, je pense plutôt que c’est pour ne pas renoncer à une certaine manne fiscale pétrolière qui constitue une bonne partie des recettes budgétaires de l’Etat à travers le FSIPP (Fonds de Sécurisation des Importations des Produits Pétroliers). Le prix du baril sur le marché international a baissé et l’Euro a perdu de la valeur par rapport au dollar; logiquement, on aurait du sentir ces effets sur les prix du carburant.
Pouvez-vous nous donner la position de votre association sur la problématique du stockage national ?
La position de l’ASPP sur le projet de stockage national a fait l’objet d’un mémorandum transmis au Ministre de l’Energie le 30 juillet 2013. Nous comprenons la volonté et l’ambition du gouvernement de doter le Sénégal de capacités de stockage suffisantes, tout en garantissant le libre jeu de la concurrence. L’ASPP salue l’idée de ce projet ambitieux et structurant pour le secteur. Nous avons la conviction que ce projet pourrait apporter de la valeur à notre secteur et créer les conditions d’une concurrence plus saine et plus équilibrée entre les différents acteurs tout en développant et améliorant l’infrastructure de stockage du pays.Pour cela, ce projet doit être inclusif, consensuel et il doit respecter l’esprit de la loi de 1998 sur la libéralisation du sous-secteur des hydrocarbures. Pour l’ASPP, un stockage national doit être créateur de valeur et offrir plus d’opportunités aux acteurs. L’Etat ne doit ni précipiter, ni imposer sans concertations ce projet de stockage national dont l’impact sur la concurrence, son utilité sur la sécurisation de l’approvisionnement du pays, sa valeur ajoutée pour la profession et les conséquences à moyen et long termes sur le secteur n’ont pas encore été analysés et évalués.
Nous avons constaté une levée de boucliers sur la construction d’une station TOTAL sur l’autoroute à péage et sur le partenariat TOTAL/ Orange. C’est quoi le problème ?
C’est deux problèmes différents dans leur nature, avec les mêmes conséquences dommageables sur la libre concurrence. Commençons par le partenariat TOTAL/ Orange. Ces deux sociétés ont signé un partenariat que je résume ainsi : vous achetez du carburant chez TOTAL et Orange vous offre 10% de crédit de la valeur achetée. Nous nous posons juste une question très simple : comment une société qui fait une marge d’environ 2000 FCFA peut offrir un bonus de 5000 FCFA ? Economiquement, cela n’est pas possible. Alors qui finance la différence ? Bien sûr, c’est Orange qui subventionne indirectement les ventes de TOTAL. Nous dénonçons un tel accord car il fausse les règles de la concurrence en offrant un avantage concurrentiel déloyal à TOTAL. Il est contraire aux règles de la concurrence et est interdit par le Code du Commerce. L’autre problème, c’est la concession faite à TOTAL par Eiffage pour la construction de stations-services sur l’autoroute à péage. Pour rappel, au début des années 2000, le gouvernement du Sénégal a décidé la construction d’une autoroute à péage. A cette fin et pour des raisons d’utilité publique, les stations-services de Elton et Shell, situées sur le tracé de l’autoroute, ont été démantelées en 2006. Nous constatons aujourd’hui, à notre grande surprise et contre toute attente, que TOTAL Sénégal y a presque fini les travaux de construction d’une station-service. Ces concessions ont été faites par Eiffage en dehors de toute transparence, sans appel d’offres. Ce qui, évidemment, fausse encore une fois le libre jeu de la concurrence et soulève les inquiétudes de toutes les sociétés d’hydrocarbures, en particulier, celles appartenant aux Sénégalais. Sur ces deux dossiers, les autorités ont été saisies et je pense qu’elles réagiront rapidement pour faire respecter les règles de la concurrence.
La SAR est souvent décriée sur son incapacité à satisfaire les besoins du marché et sur ses médiocres performances. A votre avis, est-il pertinent de maintenir la raffinerie en activité ?
C’est une question qui revient souvent. Moi, je la poserai autrement : ‘Que gagnerait le Sénégal en fermant la raffinerie ?’ A mon avis, rien. Le pays perdrait plus qu’il n’y gagnerait. D’autres y trouveraient certainement leurs comptes. Les gens, qui veulent la disparition de la SAR, ont des desseins inavoués. Rappelons que la SAR, même si elle traverse des moments difficiles, est un régulateur indispensable du sous-secteur des hydrocarbures. De toute façon, la SAR ne peut pas disparaître et deux options sont possibles : maintenir l’outil industriel ou transformer la SAR en une société d’importation de produits pétroliers. L’ASPP a toujours défendu la première pour les raisons ci-après. La SAR est un acteur important dans la sécurisation de l’approvisionnement du pays en produits pétroliers. Puis, la SAR approvisionne le marché local à hauteur de 60% et fournit à la Sénélec l’intégralité de son combustible ;la Sar garantit, quelque part, le libre jeu de la concurrence. Enfin, la SAR, c’est plus de 50 ans d’expérience dans le raffinage. Je dois préciser que militer pour le maintien de l’outil industriel de la SAR ne signifie pas cautionner une exploitation déficitaire aux frais du contribuable. Les actionnaires de la raffinerie doivent faire les investissements prévus pour doubler sa capacité de production et le management doit prouver que la raffinerie peut être rentable.Au moment où en Côte d’Ivoire, on construit une deuxième raffinerie, l’Etat serait mal inspiré de transformer la SAR en une société d’importation.
Nous remarquons que les sociétés pétrolières sénégalaises sont absentes des segments de l’Aviation et de la Marine, quelles en sont les raisons ?
Oui, vous avez raison ; aucune société sénégalaise n’opère, pour le moment, sur ces deux segments de marché. Les raisons sont très simples. Pour la Marine, elles n’ont aucun avantage concurrentiel, car elles ne disposent pas de dépôt au Port et n’ayant pas de stock en consignation, leurs prix ne sont pas compétitifs. Quant à l’Aviation, les raisons de leur absence sont plutôt à chercher dans la volonté des multinationales d’en faire une chasse gardée et dans leurs manœuvres dilatoires pour leur refuser l’accès au dépôt de Yoff. Je ne comprends pas pourquoi les règles de libre concurrence qu’elles revendiquent mondialement puissent faire l’objet d’exception au Sénégal. Certainement, elles craignent la compétition sur ce segment, comme cela est le cas sur le Réseau. Ce problème a été soumis au Ministère de l’Energie et j’espère que très bientôt, un rappel à l’ordre sera fait.
Pour finir, pourquoi deux associations dans le secteur des hydrocarbures pour défendre a priori les mêmes intérêts ?
Il faudrait peut-être poser la question aux autres. En tout cas, pour l’exemple de ELTON, nous avions manifesté, à l’époque, notre volonté d’adhérer au GPP (composé des multinationales) mais cela nous a été refusé. Pourquoi ? Je vous laisse deviner. S’il est vrai que sur certains sujets, nos intérêts sont alignés, il arrive souvent aussi que nous ayons des regards différents sur certaines problématiques majeures de la profession. Je peux citer l’exemple du dépôt Aviation, l’avenir de la SAR, et bien d’autres...
 
 Reussirbusiness.com
La rédaction
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