DIENE MOHAMED KAMARA, DIRECTEUR GENERAL D’AFA : « Les IOB constituent un maillon essentiel dans la distribution de produits et services bancaires »

Lundi 2 Février 2026

Malgré la transformation réglementaire imminente (le statut d'IOB devant être remplacé par agent bancaire), Diène Mohamed Kamara, directeur général d'African Financial Agent (AFA) réaffirme le rôle pivot de ces intermédiaires dans la distribution des produits et services bancaires en zone UMOA. Il soutient que les IOB constituent un « pont » vital pour les banques, permettant un ancrage physique et la gestion du cash là où les coûts d'exploitation bancaires sont trop élevés. M. Kamara note qu’AFA combine ce réseau de proximité avec des services de paiement digitalisés et appelle les institutions financières à faire confiance aux IOB – rigoureusement conformes – pour démultiplier l'accès au « supermarché financier » auprès des populations non-bancarisées.


  • Comment combinez-vous l'expansion de votre réseau physique avec la montée du digital, et quelle est votre stratégie pour améliorer l'intermédiation ?
Notre stratégie repose sur la complémentarité et la non-exclusivité entre le physique et le digital. Nous intégrons ces deux mondes sans les opposer, chacun ayant un rôle clé dans l'inclusion financière.

Pour le physique (Agency Banking), nous continuerons de développer notre réseau de proximité via l'Agency Banking (agents bancaires), réseau permis par notre agrément d’IOB (Intermédiaire en Opérations de Banque). Ce réseau est crucial pour assurer la gestion du liquide (cash-in/cash-out), qui reste une nécessité fondamentale, au début et à la fin de tout processus financier dans notre environnement.

S’agissant du digital, et notamment des services de paiement, AFA a récemment obtenu l’agrément d’établissement de paiement. Elle assure actuellement la mise en œuvre des diligences idoines, afin de devenir un acteur majeur des services de paiement au Sénégal.
Il existe de nombreuses synergies entre l’activité d’intermédiation et celle de paiement. En effet, pendant que l'agency banking facilite l'accès aux services bancaires traditionnels, l’offre de services de paiement elle, permet de promouvoir d'autres produits financiers, d'améliorer la rapidité des transactions, et de renforcer l’inclusion financière.

Bref, nous utilisons le digital pour la facilitation et les services de paiement, tandis que le réseau physique sert pour l'ancrage territorial et la gestion du cash.

 
  • La nouvelle loi bancaire uniforme de l’UEMOA prévoit la suppression du statut d'IOB, imposant une régularisation dans les douze mois suivant son entrée en vigueur. Quel sera le nouveau statut réglementaire d'AFA ?

AFA a déjà obtenu sa licence d'IOB (Intermédiaire en Opérations de Banque). Nous avons connaissance du projet de loi bancaire en cours, mais il n'est pas encore promulgué. Toutefois, nous restons sereins quant à notre situation, parce que nous sommes en conformité. Nous ne pensons pas avoir de régularisation à effectuer sur le plan du capital. En revanche, nous sommes quasi-certains que l'appellation IOB sera remplacée par celle d'Agent Bancaire. Dans tous les cas, nous nous alignerons rigoureusement sur les exigences de la Banque centrale dès que la nouvelle réglementation entrera en vigueur.
 
  • Comment cette éventuelle transformation statutaire (nouvelles exigences en capital, contraintes opérationnelles) va-t-elle impacter le modèle économique et la structure des coûts d'AFA ?

Pour AFA, la conformité n'est pas une contrainte, mais un prérequis. Nous respectons scrupuleusement le cadre réglementaire actuel. En ce qui a trait au capital social, à ma connaissance, les évolutions réglementaires ne devraient pas impacter les exigences de capital pour le statut d’IOB (futur agent bancaire). S’agissant du modèle économique, le nôtre ne devrait pas être affecté par ces changements réglementaires. Nous continuerons de nous concentrer sur l'inclusion financière, qui est au cœur de notre mission, en respectant le cadre imposé par la Banque centrale sans réviser nos tarifs ni restreindre notre clientèle.
 
  • Quel rôle jouez-vous dans la promotion de l'inclusion financière ?

Notre rôle repose sur trois piliers fondamentaux : l'ancrage institutionnel, l'ancrage physique et l'éducation.
  1. Ancrage institutionnel : AFA est un acteur engagé. En témoigne notre participation aux ateliers d’élaboration de la stratégie nationale d’inclusion financière du Sénégal. Il y a aussi notre partenariat avec des événements majeurs comme la Financial Inclusion Week (semaine du 06 au 09 octobre 2025). Ceci   montre l’engagement institutionnel fort de AFA, relativement à l’inclusion financière.
  2. Ancrage physique (facilitation et distribution) : Notre métier est d'être un facilitateur et un distributeur de services. Notre objectif est de rapprocher la banque des populations et d'expliquer l'offre financière là où elle est la plus nécessaire.
  3. Éducation Financière : Nous consacrons une part de notre action à l'éducation. De ce point de vue, nous expliquons aux populations le fonctionnement des banques et des systèmes de paiement. Concrètement, nous avons aidé des jeunes à formaliser leurs activités (création d'entreprises individuelles) et à se faire accompagner par des institutions bancaires.
En réalité, nous ne faisons que parler d'inclusion financière, AFA vit pour et par l’inclusion financière.
 
  • Quel type de services financiers offrez-vous aux populations notamment aux non-bancarisées ou sous-bancarisées ?

Nous nous positionnons comme un véritable « supermarché financier ». L'objectif est de permettre à un client d’effectuer l'ensemble de ses « courses financières » chez AFA.
Pour les populations en général il s’agit de:
  • L’Accès aux comptes : Nos clients peuvent retirer ou déposer de l'argent sur leurs comptes bancaires chez AFA à la seule condition que la banque du client soit partenaire. Actuellement, nous travaillons à élargir nos partenariats bancaires.
  • L’Ouverture de compte : Possibilité d'ouvrir un compte bancaire dans les livres de l’une de nos banques partenaires dans une agence AFA.
  • L’Épargne et transfert : Offre de services d'épargne et d'opérations de transfert d'argent (local et international).
  • Le Dépôts de demande de Crédit : Nous recevons les demandes de crédit et les transmettons aux banques partenaires. Notre rôle est ici purement limité à la facilitation et la transmission de la demande et des documents y afférents à la banque. Bien entendu, nous informons le client que la décision d’octroi de crédit revient souverainement à la banque.
Pour le segment non-bancarisé et sous-bancarisé : Notre action principale est l'organisation et l'éducation financière. Notre but est de lever la peur des banques et de faciliter l'accès à la bancarisation et à la compréhension des produits financiers. Il convient à ce stade de noter que cette offre est en pleine évolution. Dans un futur très proche, AFA enrichira son offre d’une palette de services de paiement (gestion de comptes de paiement, agrégation de compte, paiement marchand, etc.)
 
  • Quelle approche développez-vous pour répondre aux besoins spécifiques des clients à faibles revenus et des petites entreprises ?

Notre première et fondamentale approche est d’abord l'écoute. Nous écoutons les agents économiques, nous écoutons le marché. L'écoute est notre meilleure stratégie pour identifier les préoccupations et les soucis réels des populations, afin d'apporter des solutions concrètes. C'est pour cela que nous nous appelons AFA Solutions Financières. Nous nous engageons ensuite à dire de manière objective ce que nous pouvons faire (même si c'est difficile à entendre) et nous accompagnons le client pas à pas vers la bancarisation et/ou l'obtention d'un service financier adapté.
 
  • Quels sont les principaux freins et défis que vous rencontrez ?

Le frein principal est le manque de partenariats bancaires. Nous souhaitons travailler avec une majorité d'institutions bancaires pour offrir un service complet et véritablement inclusif. Nos principaux défis on peut les citer :
Il s’agit d’abord, d’élargir les partenariats et dans ce sens,  convaincre davantage de banques de l'intérêt d'une collaboration gagnant-gagnant avec AFA.
Ensuite, la communication, notamment améliorer notre communication sur la nature et les avantages de nos services.

Enfin le maillage territorial. Il faut dire que pour l’instant, nous nous développons uniquement sur la base de nos fonds propres pour conserver notre indépendance. Nous sommes donc limités à la région de Dakar. C'est un choix stratégique, qui nous permet d'avancer lentement mais sûrement, d'apprendre et de maitriser notre croissance avant d'envisager une levée de capitaux.
 
  • Est-il difficile de faire des partenariats avec les banques ?

Oui. Cela est difficile. Les banquiers sont encore frileux et ont du mal à percevoir la valeur de notre métier. Mais nous comprenons qu’il faut du temps de la confiance et de la transparence. Nous devons continuer à travailler afin de gagner leur confiance. Pour les IOB en général, AFA en particulier – avec un réseau d’agences - constituent un maillon essentiel dans la distribution de produits et services bancaires. Un rapide essai de comparaison géographique montre qu’en Europe ou aux États-Unis, les intermédiaires jouent un rôle majeur dans l'octroi de prêts.

Dans la zone UMOA en revanche, les banques gagneraient à comprendre que les IOB leur servent de pont, en facilitant la relation banque-client dans le respect des exigences réglementaires et de celles des banques. Il y a des déserts bancaires (comme autour du marché de Grand Dakar) où nous pouvons être présents là où les banques ne le peuvent pas, en raison de leurs coûts d'exploitation élevés.
 
  • Quelles actions les institutions financières devraient-elles entreprendre pour vous permettre de jouer pleinement votre rôle ?

Une seule chose , c’est nous faire confiance, car nous respectons rigoureusement la réglementation (anti-blanchiment, normes bancaires, réglementation sur les données personnelles, etc.). La finance repose sur la confiance, et en nous faisant confiance, elles nous permettront de démultiplier leurs actions sur le terrain.
 
  • Comment percevez-vous votre mission dans les prochaines années ?

AFA a l'ambition d'être un acteur majeur et percutant de l'écosystème financier dans la zone UEMOA. Cela passera par la poursuite et le développement de nos services d'intermédiation et de paiement, dans le respect des exigences réglementaires et en restant toujours à la proximité et à l’écoute des clients.
 
  • Comment AFA se positionne-t-elle par rapport à l'interopérabilité (PSPI) ?

Nous sommes très à l'aise avec cette évolution, qui d’ailleurs n'est pas une surprise pour nous. AFA s'est positionnée très tôt, en demandant l'agrément d’établissement de paiement. Nous faisons désormais partie des sociétés de paiement autorisées à réaliser des activités de paiement au Sénégal. L'interopérabilité va nous faciliter la vie. Une fois totalement intégrée à SPI, AFA pourra proposer par exemple, une application digitale, un compte de paiement et l'ensemble des autres services de paiement offerts par le système, pour ainsi compléter ses services d'intermédiation.
 
  • Pouvez-vous partager un exemple de client que votre intervention a permis de changer positivement la vie ?

Nous avons un exemple concret d'un jeune menuisier métallique à Grand Dakar. Au début, il travaillait avec un seul apprenti. En voyant sa persévérance et sa création de valeur, nous l'avons accompagné. Aujourd'hui, il est formalisé, travaille en toute légalité, a plusieurs apprentis, et nous lui confions l'ensemble des travaux de métallerie pour AFA et à titre personnel. C'est un bel exemple parmi tant d'autres métiers qu’ils soient d'électriciens ou d'artisans, que nous aidons à s'intégrer dans le circuit formel.
Lejecos Magazine Novembre 2025
 
 
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