Souveraineté vs préparation technique de l’ECO : deux débats confondus

Mercredi 5 Août 2026

Le discours officiel autour de l'ECO mêle en permanence deux registres qui obéissent pourtant à des logiques distinctes.


Le registre symbolique et politique porte sur la sortie du franc CFA pour les huit pays de l'UEMOA. Ce système, hérité de la période coloniale, arrime leur monnaie à l'euro. Il a longtemps impliqué le dépôt de 50 % des réserves de change de la BCEAO auprès du Trésor français ; cette obligation a été supprimée par la réforme franco-ivoirienne de décembre 2019, entérinée par une loi française en mai 2020, qui a également mis fin à la présence de représentants français dans les instances de gouvernance de la BCEAO. La parité fixe avec l'euro et la garantie de convertibilité illimitée accordée par le Trésor français demeurent, en revanche, inchangées.

Certains économistes considèrent que cette réforme reste largement administrative dans ses effets (une partie significative des réserves continuant, selon eux, à transiter par des comptes et titres français), tandis que d'autres, comme le montre l'analyse d'agences de notation à l'époque, y voient une clarification réelle de la gouvernance monétaire. Le débat sur l'autonomie de la politique monétaire de la zone reste donc ouvert, mais il porte désormais moins sur la centralisation formelle des réserves que sur l'ancrage à l'euro et la garantie française de convertibilité.

Quant au registre technique, il porte sur la capacité réelle, aujourd'hui, à faire fonctionner une union monétaire à l'échelle de la CEDEAO : convergence budgétaire, maîtrise de l'inflation, réserves de change, architecture de change, banque centrale indépendante. Ce chantier n'a, par construction, rien à voir avec l'héritage colonial du CFA. Il concerne la CEDEAO dans son ensemble, y compris des pays qui n'ont jamais utilisé le franc CFA.

Le glissement rhétorique consiste à faire porter au second registre la légitimité du premier : parce que sortir d'un système hérité de la colonisation serait un objectif juste, le calendrier de la monnaie qui doit le remplacer deviendrait, par association, lui aussi justifié (alors que rien ne garantit que 2027 soit une date techniquement tenable). On peut juger fondée la critique du CFA et, dans le même temps, juger irresponsable un lancement précipité de l'ECO sans les garde-fous macroéconomiques nécessaires : les deux jugements ne sont pas contradictoires.

C'est précisément cette distinction que les communiqués de la CEDEAO ont intérêt à brouiller, puisqu'elle permet de transformer un débat sur la faisabilité en un débat sur la fierté nationale (terrain sur lequel il est bien plus difficile de s'opposer publiquement au calendrier).
Malick NDAW
Actu-Economie

La rédaction

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