Il est indéniable que la confiance dans la technologie s'érode. De plus en plus, les gens ont le sentiment que la technologie se sert d'eux, et non l'inverse. Leurs données personnelles servent à entraîner de grands modèles de langage, leurs communautés supportent les coûts de centres de données gourmands en électricité, tandis que chaque jour apporte son nouveau déluge d'arnaques et de fraudes en ligne.
Dans le même temps, les entreprises technologiques les plus puissantes du monde prennent des décisions aux conséquences immenses, souvent avec peu d'apports d'experts techniques et du grand public. L'IA de pointe, par exemple, est façonnée par un petit nombre de gouvernements et d'entreprises qui se hâtent de consolider leur domination. Les chercheurs et les organisations de la société civile sont certes invités à donner leur avis, mais on ignore encore totalement comment, voire si, leurs contributions sont prises en compte.
Pourtant, protéger l'intérêt général ne doit pas se faire au détriment de l'innovation. L'internet lui-même en est la preuve : son modèle multipartite montre comment accompagner une transformation technologique profonde d'une manière qui sert l'intérêt public tout en créant une valeur économique considérable.
L'internet n'a pas été construit par un seul gouvernement ni par une seule entreprise. Il est né de la coopération entre États, entreprises et société civile. Cette coopération a contribué à créer et à maintenir les briques de l'internet mondial tel que nous le connaissons aujourd'hui : des normes techniques ouvertes et interopérables, des systèmes sécurisés et une infrastructure résiliente.
Le World Wide Web en est un exemple emblématique. Développé à l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire, il a d'abord servi à permettre aux scientifiques de partager des informations entre institutions. En 1993, le CERN a mis gratuitement à disposition le logiciel du Web, renonçant à ses droits de propriété intellectuelle afin que chacun puisse l'utiliser, le modifier et le distribuer. Cette décision a contribué à transformer un outil conçu pour les chercheurs en une force qui continue de bouleverser les économies et les sociétés.
Il y a là une leçon précieuse pour l'ère de l'IA. Les technologies de rupture se diffusent et se développent plus vite lorsque l'infrastructure sur laquelle elles reposent est ouverte, et que des personnes partout dans le monde peuvent s'en saisir pour construire à partir d'elle. Nombre des technologies qui ont facilité l'essor de l'IA – y compris celles conçues à l'origine pour rendre l'internet plus accessible et plus participatif – doivent beaucoup à cette tradition de collaboration transfrontalière au service de l'intérêt général.
C'est pourquoi l'Internet Society travaille depuis des décennies avec des parties prenantes à tous les niveaux, des communautés locales jusqu'à l'ONU, afin de contribuer à garantir que l'internet dont nous dépendons tous demeure ouvert et interopérable. Cette approche a ses défauts – l'industrie avance vite, tandis que le processus, plus lent, de recherche du consensus peine parfois à suivre – mais l'alternative, qui consisterait à abandonner la prise de décision à une poignée de gouvernements et d'entreprises puissants, est bien pire.
Malheureusement, c'est bien là que nous semblons nous diriger. À mesure que la consolidation du secteur concentre le contrôle de l'internet entre moins de mains, la fragmentation géopolitique pousse les gouvernements à le morceler. Ces évolutions, à leur tour, menacent toutes les technologies bâties au-dessus de lui, en particulier l'IA.
Les conséquences sont déjà visibles. Les jardins clos et les intranets nationaux limitent ce à quoi les gens peuvent accéder, transformant un réseau mondial en un patchwork d'espaces confinés, et les coupures d'internet imposées par les gouvernements peuvent priver des populations de vie économique et civique pendant des jours, voire davantage. De nombreuses communautés ne peuvent toujours pas se connecter, faute d'infrastructures adéquates.
Reconstruire la confiance dans la technologie exige plus que de rendre chaque système, pris isolément, plus sûr ou plus fiable. Il nous faut aussi protéger le socle dont dépendent ces technologies et veiller à ce que son avenir ne soit pas décidé par des intérêts commerciaux et gouvernementaux. Un internet qui reste ouvert et accessible peut soutenir une économie numérique dynamique, où les idées et l'innovation circulent librement au-delà des frontières, donnant à chacun, partout, la capacité de développer de nouvelles technologies au service du bien commun.
La naissance de l'internet a montré ce qui peut advenir lorsque ces conditions sont réunies. Son ouverture a donné à des générations d'innovateurs la liberté d'expérimenter et de créer des choses que ses architectes n'auraient jamais pu imaginer. Alors que l'IA accélère, rappelons-nous que cette ouverture est une condition préalable à l'innovation, non un obstacle.
Sally Wentworth est présidente-directrice générale de l’Internet Society et de la Fondation Internet Society.
Dans le même temps, les entreprises technologiques les plus puissantes du monde prennent des décisions aux conséquences immenses, souvent avec peu d'apports d'experts techniques et du grand public. L'IA de pointe, par exemple, est façonnée par un petit nombre de gouvernements et d'entreprises qui se hâtent de consolider leur domination. Les chercheurs et les organisations de la société civile sont certes invités à donner leur avis, mais on ignore encore totalement comment, voire si, leurs contributions sont prises en compte.
Pourtant, protéger l'intérêt général ne doit pas se faire au détriment de l'innovation. L'internet lui-même en est la preuve : son modèle multipartite montre comment accompagner une transformation technologique profonde d'une manière qui sert l'intérêt public tout en créant une valeur économique considérable.
L'internet n'a pas été construit par un seul gouvernement ni par une seule entreprise. Il est né de la coopération entre États, entreprises et société civile. Cette coopération a contribué à créer et à maintenir les briques de l'internet mondial tel que nous le connaissons aujourd'hui : des normes techniques ouvertes et interopérables, des systèmes sécurisés et une infrastructure résiliente.
Le World Wide Web en est un exemple emblématique. Développé à l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire, il a d'abord servi à permettre aux scientifiques de partager des informations entre institutions. En 1993, le CERN a mis gratuitement à disposition le logiciel du Web, renonçant à ses droits de propriété intellectuelle afin que chacun puisse l'utiliser, le modifier et le distribuer. Cette décision a contribué à transformer un outil conçu pour les chercheurs en une force qui continue de bouleverser les économies et les sociétés.
Il y a là une leçon précieuse pour l'ère de l'IA. Les technologies de rupture se diffusent et se développent plus vite lorsque l'infrastructure sur laquelle elles reposent est ouverte, et que des personnes partout dans le monde peuvent s'en saisir pour construire à partir d'elle. Nombre des technologies qui ont facilité l'essor de l'IA – y compris celles conçues à l'origine pour rendre l'internet plus accessible et plus participatif – doivent beaucoup à cette tradition de collaboration transfrontalière au service de l'intérêt général.
C'est pourquoi l'Internet Society travaille depuis des décennies avec des parties prenantes à tous les niveaux, des communautés locales jusqu'à l'ONU, afin de contribuer à garantir que l'internet dont nous dépendons tous demeure ouvert et interopérable. Cette approche a ses défauts – l'industrie avance vite, tandis que le processus, plus lent, de recherche du consensus peine parfois à suivre – mais l'alternative, qui consisterait à abandonner la prise de décision à une poignée de gouvernements et d'entreprises puissants, est bien pire.
Malheureusement, c'est bien là que nous semblons nous diriger. À mesure que la consolidation du secteur concentre le contrôle de l'internet entre moins de mains, la fragmentation géopolitique pousse les gouvernements à le morceler. Ces évolutions, à leur tour, menacent toutes les technologies bâties au-dessus de lui, en particulier l'IA.
Les conséquences sont déjà visibles. Les jardins clos et les intranets nationaux limitent ce à quoi les gens peuvent accéder, transformant un réseau mondial en un patchwork d'espaces confinés, et les coupures d'internet imposées par les gouvernements peuvent priver des populations de vie économique et civique pendant des jours, voire davantage. De nombreuses communautés ne peuvent toujours pas se connecter, faute d'infrastructures adéquates.
Reconstruire la confiance dans la technologie exige plus que de rendre chaque système, pris isolément, plus sûr ou plus fiable. Il nous faut aussi protéger le socle dont dépendent ces technologies et veiller à ce que son avenir ne soit pas décidé par des intérêts commerciaux et gouvernementaux. Un internet qui reste ouvert et accessible peut soutenir une économie numérique dynamique, où les idées et l'innovation circulent librement au-delà des frontières, donnant à chacun, partout, la capacité de développer de nouvelles technologies au service du bien commun.
La naissance de l'internet a montré ce qui peut advenir lorsque ces conditions sont réunies. Son ouverture a donné à des générations d'innovateurs la liberté d'expérimenter et de créer des choses que ses architectes n'auraient jamais pu imaginer. Alors que l'IA accélère, rappelons-nous que cette ouverture est une condition préalable à l'innovation, non un obstacle.
Sally Wentworth est présidente-directrice générale de l’Internet Society et de la Fondation Internet Society.

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