SUSPENSIONS À LA BRVM : Le sabre à moitié tiré

Vendredi 18 Septembre 2026

En suspendant trois sociétés ivoiriennes le même jour, la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) vient de rompre avec des années de mansuétude. Mais en frappant uniquement sur le terrain de l'information financière, elle laisse intacte celui du flottant. Deux des trois suspendues sont pourtant les mêmes qui verrouillent leur capital depuis dix ans.


SUSPENSIONS À LA BRVM : Le sabre à moitié tiré
Trois avis datés du mercredi 16 septembre 2026, publiés sur le site de la BRVM, le lendemain. Trois sociétés ivoiriennes renvoyées hors cotation : Sonoco Metal Packaging SIEM Côte d'Ivoire, spécialiste de l'emballage métallique, SICOR SA, transformatrice de noix de coco, et Sucrivoire SA, sucrier du groupe SIFCA. En une matinée, l'entreprise de marché vient de faire plus qu'en deux ans. Cette décision s'appuie sur l'article 1511 du règlement de la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM), visant à protéger l'égalité des investisseurs face à l'information financière

Deux motifs distincts se cachent derrière ces trois décisions, et la nuance compte.
Pour Sonoco Metal Packaging SIEM et SICOR, le grief est identique : le non-respect des dispositions réglementaires relatives à la diffusion des informations financières périodiques.

Les faits sont têtus. Les derniers états financiers et rapports d'activités publiés par ces deux sociétés remontent respectivement aux exercices 2023 et 2024. Pendant que la BRVM tirait, avis après avis, le bilan du respect des obligations de publication (le dernier en date du 22 juillet 2026 portait sur les comptes annuels 2025 et l'activité du premier trimestre 2026), ces deux émetteurs continuaient de n'en faire qu'à leur tête. Les investisseurs, eux, plaçaient leur argent à l'aveugle. La levée de la suspension est conditionnée à la régularisation.

Le cas de Sucrivoire relève d'une autre logique. La BRVM y invoque l'Instruction II-C et suspend la cotation pour permettre à la société de publier, le cas échéant, une information importante non encore publique et susceptible d'influencer le cours. Ce n'est pas une sanction : c'est une mesure conservatoire, destinée à protéger le marché d'une asymétrie d'information. La cotation reprendra dès publication d'un communiqué. On notera toutefois que Sucrivoire n'a pas davantage satisfait à son obligation de diffusion du rapport d'activités du premier trimestre 2026.

L'alerte avait été lancée

Il y a quelques semaines, dans ces colonnes, Lejecos écrivait que la BRVM abritait des sociétés cotées depuis des années avec moins de 5 % de capital flottant, et une réglementation sans mors pour les corriger. Nous pointions moins l'absence de règles que l'absence d'application : des textes clairs, un arsenal de sanctions existant sur le papier (mise en demeure, déclassement, suspension, radiation) mais utilisé sans gradation, sans calendrier et surtout sans systématicité. Nous relevions qu'au 31 décembre 2021, six sociétés affichaient un flottant inférieur au seuil de 20 %, et qu'aucune sanction publique de l'AMF-UMOA n'avait jamais visé spécifiquement ce manquement.

Les avis du 16 septembre constituent une première réponse. Elle mérite d'être saluée pour ce qu'elle apporte de neuf : cette fois, le motif est nommé. En janvier 2024, quand la BRVM avait suspendu pour six mois le titre de l'ex-Crown SIEM, le communiqué se contentait d'évoquer le non-respect de certaines dispositions réglementaires en vigueur, laissant le marché deviner lesquelles. La précision d'aujourd'hui (la diffusion des informations périodiques) est un progrès de transparence qui n'est pas anecdotique.

Mais le verrou tient toujours

Reste que le sabre n'est sorti qu'à moitié.
D'abord parce que l'auteur de la décision n'est pas celui que l'on attendait. C'est la BRVM, entreprise de marché, qui agit dans le cadre de ses prérogatives de cotation. L'AMF-UMOA, régulateur régional doté depuis 2022 d'un pouvoir de sanction pécuniaire, administrative et disciplinaire, demeure muette.

Ensuite parce que le terrain choisi n'est pas celui du flottant. Or la coïncidence est troublante. Sonoco Metal Packaging SIEM n'est autre que l'ancienne Crown SIEM, devenue Eviosys Packaging SIEM en septembre 2021 puis Sonoco Metal Packaging SIEM en décembre 2025, et qui affichait 10,42 % de flottant. SICOR en affichait 12,26 %. Deux des trois sociétés suspendues ce 16 septembre figuraient déjà, il y a cinq ans, sur la liste des non-conformes au seuil des 20 %. La BRVM les rattrape par la publication de leurs comptes, pas par la structure de leur capital. C'est une prise par la bande.

Et pendant ce temps, Unilever Côte d'Ivoire continue de coter 0,22 % de son capital. CFAO Côte d'Ivoire, 4,15 %. Aucune des deux n'a jamais été inquiétée. La question posée il y a quelques semaines reste entière : pourquoi les unes et pas les autres ?

Ce qu'il resterait à faire

Le marché boursier régional a franchi les 20 000 milliards de FCFA de capitalisation, et l'indice Composite évolue désormais autour de 553 points. Cette ascension continue de reposer sur une poignée de valeurs liquides, dans un marché dont le taux de rotation est tombé à 2 % en 2025.

Trois suspensions ne renversent pas cette mécanique. Pour que le geste du 16 septembre devienne autre chose qu'un coup d'éclat, il faudrait qu'il s'inscrive dans une doctrine : publication trimestrielle de la liste des sociétés non conformes avec leurs flottants exacts, gradation automatique des sanctions assortie d'un calendrier, pénalités financières rendant la non-conformité coûteuse, et voie de sortie honorable pour celles qui préfèrent quitter la cote.

La BRVM a montré cette semaine qu'elle savait tirer. Il lui reste à prouver qu'elle sait viser, et qu'elle tirera deux fois.
Malick NDAW
Actu-Economie

La rédaction

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