ETAT DU SENEGAL- EMPRUNT OBLIGATAIRE POUR 200 MILLIARDS : Première syndication depuis l'accord FMI

Vendredi 18 Septembre 2026

Le Ministère de l’Economie, des Finances et du Plan, à travers la Direction Générale des Financements et de la Dette a ouvert ce jeudi 17 septembre les guichets de son deuxième appel public à l'épargne de l'année, pour un emprunt obligataire de 200 milliards de FCFA. L'organisation de cette opération est confiée à Invictus Capital & Finance, la société de gestion et d'intermédiation dakaroise, devenue l'interlocutrice privilégié de l'État du Sénégal sur les émissions syndiquées.


L'émission de ce jeudi 17 septembre est structurée en quatre lignes de maturités étagées, enregistrées auprès de l'AMF-UMOA sous les numéros EE/26-19, EE/26-20, EE/26-21 et EE/26-22 : 3 ans à 6,40 % pour 50 milliards, 5 ans à 6,60 % pour 70 milliards, 7 ans à 6,75 % pour 50 milliards, 10 ans à 6,95 % pour 30 milliards.

Un détail saute aux yeux : les taux affichés reflètent ceux de l'APE (Appel Public à l’Epargne) de février 2026, et de mars 2025 lorsqu’on aligne les prospectus. Seule la répartition par maturité est différente.
 
La référence de février

Invictus Capital & Finance arrive avec un précédent confortable. Le premier APE de l'année, clos le 26 mars, a rapporté 305,01 milliards de FCFA pour un objectif de 200 milliards, soit 153 % de couverture. L'arrangeur y avait lu la confiance des investisseurs et leur volonté d'accompagner les priorités de développement du pays, selon sa communication de clôture.

Le calendrier de l'année était posé dès le départ : 4 132 milliards de FCFA à mobiliser sur le marché intérieur, dont 1 200 milliards par syndication, à raison d'un appel public par trimestre. L'opération du jour est le deuxième jalon d'une séquence prévue, pas une sortie improvisée.

Reste que la caisse a déjà beaucoup tourné. Le Sénégal avait levé 1 698,5 milliards sur le marché UMOA au premier semestre, et 2 075 milliards à fin août, soit 83 à 86 % de l'objectif annuel de mobilisation sur ce marché. Le reliquat tournait autour de 325 à 425 milliards. La question n'est plus de savoir si le programme sera bouclé, mais à quel coût moyen.
 
Un emprunt en pleine renégociation de la dette

L'APE tombe deux semaines après une séquence chargée. Le ministère de l'Économie, des Finances et du Plan a annoncé le 1er septembre le Plan de traitement de la dette du Sénégal, présenté comme un outil de gestion active destiné à restaurer la viabilité de la dette et à ramener le poids du service de la dette aux normes admises. En parallèle, un accord au niveau des services a été conclu avec le FMI pour un programme de 36 mois d'environ 2,2 milliards de dollars, qui attend encore le feu vert du conseil d'administration.
Pour le souscripteur, un point compte plus que les autres : la dette libellée en francs CFA est hors périmètre du plan. Le ministre Cheikh Diba l'a dit sans détour, les titres du Trésor logés dans les bilans des banques de l'UEMOA ne seront pas touchés, le dispositif ne visant que la dette en devises. Acheter une tranche D à dix ans, c'est donc acheter un actif explicitement mis à l'abri.

Le marché a l'air d'avoir entendu. Le 11 septembre, malgré une note souveraine dégradée après l'accord FMI, les investisseurs ont soumis 109,018 milliards pour 100 milliards recherchés. Le Trésor en a retenu 101,339, soit 109 % de couverture, les obligations à cinq ans partant en totalité.

Cela dit, une adjudication réussie ne règle pas grand-chose de fond. Le service de la dette reste lourd, les recettes fiscales en deçà des ambitions de Vision 2050, et la levée offre surtout un ballon d'oxygène, selon Africtelegraph. La signature sénégalaise reste recherchée par les banques, les assureurs et les sociétés de gestion de la zone. C'est déjà beaucoup, vu d'où vient le pays depuis la découverte du misreporting.
 
ICF, un arrangeur que le MEFP connaît bien

Le mandat s'inscrit dans une série. La SGI, agréée par l'AMF-UMOA sous le numéro SGI/2019-02 et basée à Dakar, avait déjà orchestré l'émission obligataire de 200 milliards du Trésor en mars 2023. Elle a aussi mené, avec KF Titrisation, l'opération de titrisation qui a permis au groupe Sonatel de lever 75 milliards. Puis l'APE de 150 milliards de mars-avril 2025, puis celui de février 2026.

Le syndicat de placement mobilisé couvre sept places : Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Mali, Niger, Sénégal et Togo. Une trentaine de SGI y figurent, parmi lesquelles Africabourse, BICI Bourse, Coris Bourse, Atlantic Finances, Attijari Securities WA, NSIA Finances, SGI Mali et SGI Togo. Autrement dit, l'épargne visée déborde largement le Sénégal.
 
Ce qu'il faudra regarder le 8 octobre

Le verdict tiendra moins dans le montant annoncé que dans son détail.
Le taux de couverture, pour commencer. Retrouvera-t-il les 152 % de février, ou l'annonce du reprofilage aura-t-elle refroidi une partie des souscripteurs ?

La répartition par maturité est plus parlante encore. Les coûts d'emprunt du Sénégal tournaient autour de 7 % en moyenne sur le marché régional, avec des maturités qui se raccourcissent et une demande concentrée sur celle d’un an, configuration classique d'un émetteur qui ne trouve plus preneur sur le long. Si les 30 milliards de la tranche D partent sans peine, l'argument tombe.

Il faudra aussi regarder d'où proviennent les fonds. Un APE alimenté par la seule demande bancaire n'a pas la même portée qu'un emprunt réellement souscrit par les ménages et la diaspora. C'est d'ailleurs ce que promet le slogan de l'affiche, "Mobilisons l'épargne au service de la transformation". On verra bien.

Selon l'arrangeur, les fonds couvriront les besoins de trésorerie du budget 2026 et soutiendront les projets de l'agenda national de transformation Vision 2050. Réponse le 8 octobre.
Mamadou DIallo
Actu-Economie

La rédaction

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