POUR 60 MILLIARDS DE FCFA, CGF BOURSE REUNIT LES GESTIONNAIRES D’ACTIFS : Opération de charme sur les bords de l’Ebrié

Lundi 14 Septembre 2026

La Société de Gestion et d’Intermédiation (SGI) de référence au Sénégal et dans l'UEMOA, CGF Bourse, a réuni ce jeudi 10 septembre, à La Résidence (à Abidjan-Côte d’Ivoire), les investisseurs institutionnels ivoiriens autour de Shelter Afrique Development Bank. En jeu : 60 milliards de FCFA d'obligations durables, dont l'émission s'ouvre le 7 octobre. Et un label durable qu'il reste à faire accepter.


Arrangeur principal et chef de file, CGF Bourse a tenu ce 10 septembre, à La Résidence, l'étape abidjanaise du roadshow de sa prochaine opération : l'emprunt obligataire durable de Shelter Afrique Development Bank (ShafDB), 60 milliards de FCFA, ouvert à la souscription à partir du 7 octobre 2026. Le format (un afterwork de trois heures, sur invitation) visait un public précis : gérants d'OPCVM, assureurs et trésoriers institutionnels de la place ivoirienne.
 
Le choix n'est pas anodin. C'est cette catégorie d'investisseurs, longtemps traitée comme un canal d'appoint derrière les compagnies d'assurance, que la SGI sénégalaise est venue chercher en priorité.
 
« Une seule SGI ne peut pas réussir seule »
 
Kalidou Diallo, directeur général de CGF Bourse (élue meilleure SGI de l'UEMOA en 2025 et 2026), ouvre la soirée sans fioritures. Il commence par remercier ses partenaires du syndicat de placement, puis pose le cadre : sur des opérations de cette taille, personne ne s'en sort seul. « Une seule SGI comme CGF Bourse ne peut pas réussir », dit-il. « Nous sommes tous solidaires. »
 
Le choix d'Abidjan, ensuite, n'est pas un hasard de calendrier. « Abidjan, c'est une place financière. On ne peut pas le définir autrement. C'est là que se trouve le régulateur, la commission bancaire, la bourse, le dépositaire central. » S'y ajoute, dit-il, le dynamisme économique ivoirien.
 
Puis il y a aussi cette petite anecdote qui en dit long. Une expérience récente a montré à CGF Bourse combien les sociétés de gestion pouvaient jouer un rôle important dans la mobilisation de ressources. L’épisode a laissé une leçon : les gérants d’OPCVM ne sont plus seulement des interlocuteurs parmi d’autres, mais des partenaires qu’il faut désormais associer pleinement. D’où cette rencontre, pensée comme un espace d’échange ouvert autour des opportunités de collaboration.

Ancien patron de CGF Gestion avant de basculer « de l'autre côté », Kalidou Diallo s'adresse à ses anciens homologues en connaissance de cause. Il voit en eux la relève de la place financière régionale. « Je regarde vos encours, le nombre de fonds que vous avez mis en place : vous êtes nos interlocuteurs. »
 
Un émetteur qui revient, transformé

Vient le tour de l'émetteur. Shelter Afrique n'est pas un inconnu de l'UEMOA : l'institution a déjà émis cinq fois sur ce marché, la première remontant à 2014 avec, déjà, CGF Bourse comme arrangeur.

Mais la banque qui s'est présentée ce soir-là n'est plus tout à fait la même. Créée il y a plus de quatre décennies, détenue par 44 États africains aux côtés de la BAD et d'Africa Re, elle a achevé en juin dernier, à Rabat, sa mutation en banque de développement, changement de nom compris. Une transformation que son directeur général, Thierno-Habib Hann, décrivait cet été dans les colonnes de Forbes Afrique comme tout sauf cosmétique : élargissement du mandat, refonte de la relation actionnariale, gouvernance renforcée. À Abidjan, la délégation a repris les mêmes marqueurs, dont une augmentation de capital destinée à tripler les fonds propres sur un horizon de trois à cinq ans.
 
Le message adressé aux investisseurs tient en une phrase : nous ne sommes pas là pour une opération ponctuelle. « Ce n'est pas la première fois que nous émettons sur ce marché, ce sera la sixième. Et nous comptons revenir beaucoup plus souvent. » L'argument est celui d'une institution qui se dit tenue par son statut de faire ce que les acteurs privés ne font pas : allonger les maturités, ouvrir des portes, épaissir le marché. La référence citée est la CRRH-UEMOA (devenue AFINHAB), première institution de la région à émettre à 15 ans, avant même les États.
 
Côté financement, la banque rappelle qu'elle pourrait se tourner vers ses partenaires multilatéraux habituels. Si elle vient sur le marché régional, c'est aussi pour lever en monnaie locale (là où sont les besoins des promoteurs et des institutions financières qu'elle finance) et pour éviter à ses clients le risque de change.
 
Deux tranches, un label, et un pari sur la rareté

La mécanique de l'opération a été présentée par l'équipe de banque d'affaires de CGF Bourse (rôle que la SGI dakaroise tient pour ShafDB sur le marché de l'UEMOA depuis la première émission de l'institution, en 2014). Montant recherché : 60 milliards de FCFA, en deux tranches. Une à 5 ans, assortie d'un coupon annuel de 6,10 %. Une à 7 ans, à 6,30 %. Chacune avec deux ans de différé sur le remboursement du capital, et une valeur nominale de 10 000 FCFA par titre.
 
Le papier est estampillé durable, et les intervenants insistent sur le sérieux du montage : conformité au référentiel de l'AMF-UMOA sur les obligations vertes, sociales et durables, cadre de finance durable validé début août par S&P Global Ratings au regard des principes de l'ICMA, documentation disponible. Un dispositif d'animation du titre sur le marché secondaire a également été prévu, chaque membre du syndicat s'engageant à soutenir la liquidité de la ligne.
 
Les fonds iront au financement de promoteurs et d'institutions financières actives sur le logement abordable et les infrastructures urbaines. Le cadre validé par S&P délimite cinq catégories de projets éligibles : le logement abordable destiné aux ménages à revenus faibles et moyens, les programmes socialement inclusifs, les bâtiments résidentiels verts, les logements économes en énergie et en eau, et les infrastructures d'habitat résilientes au changement climatique. Le financement comme le refinancement sont couverts.
 
Reste l'argument commercial, et il est habilement construit. Les portefeuilles des OPCVM et des compagnies d'assurance de la zone sont massivement composés de titres d'État. Stables, certes. Mais corrélés entre eux, et exposés aux mêmes chocs (un mouvement brutal sur le pétrole, et c'est toute la ligne budgétaire souveraine qui vacille). Face à cela, ShafDB met en avant une signature adossée à 44 pays, un historique de quatorze levées honorées, et une notation locale que la recapitalisation en cours pourrait encore améliorer. À quoi s'ajoute la brique ESG, que beaucoup de gérants cherchent pour leurs rapports annuels.
 
Et la rareté. Sur la BRVM, les obligations vertes, sociales et durables se comptaient jusqu'ici sur les doigts d'une main (de l'ordre de moins de 2 % des encours). Avec les trois opérations que CGF Bourse pilote entre septembre et octobre, pour 90 milliards de FCFA au total, ce nombre passera de quatre à sept.
 
« Mais si, l'Afrique peut faire du durable »
 
C’est l’un des moments où Kalidou Diallo quitte le registre commercial pour défendre une conviction : l’Afrique a toute sa place dans la finance durable. Face au scepticisme encore présent sur le sujet, le Directeur général de CGF Bourse rappelle une réalité simple : sur un continent où les besoins d’investissement et de transformation restent considérables, les opportunités liées. Kalidou Diallo assume ici une conviction forte au développement durable sont immenses. « En Afrique, tout est à construire. »
 
L'émetteur dit exactement la même chose, dans un registre plus feutré : « Nous sommes une banque de développement, pas une banque commerciale. L'objectif final, c'est l'impact. »
 Le roadshow continue. Le livre d'ordres, lui, ouvre le 7 octobre.
Ismaila BA, Abidjan
 
Actu-Economie

La rédaction

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