PAPA AMADOU SARR, MINISTRE DELEGUE GENERAL DE LA DER : « La DER est au service de la promotion du développement et de l’entreprenariat »

Mercredi 26 Juin 2019

A peine quelques mois après le début de ses activités, la Délégation générale à l’entreprenariat rapide des femmes et des jeunes (DER) a obtenu des résultats très encourageants. Papa Amadou SARR, le Ministre Délégué général de la DER, aborde ici les différentes actions menées dans le pays, et les changements qui sont en train de s’opérer, au profit de la croissance économique.


PAPA AMADOU SARR, MINISTRE DELEGUE GENERAL DE LA DER
PAPA AMADOU SARR, MINISTRE DELEGUE GENERAL DE LA DER
Monsieur le Délégué général, est ce que vous pouvez nous faire une présentation des missions et objectifs de la Délégation générale à l’entreprenariat rapide (DER) pour les femmes et les jeunes ? 
 
Créée en novembre 2017 par décret présidentiel, la DER est une structure étatique rattachée à la Présidence de la République du Sénégal avec comme principale mission d'accompagner et promouvoir le secteur dynamique de l’entreprenariat. Essentiellement conçue pour les jeunes et les femmes. Ses ambitions peuvent se résumer autour de 5 points : 
- créer des emplois formels et durables pour les femmes et les jeunes ; 
- faciliter la formalisation de l’économie et le renforcement de l’inclusion financière ; 
- contribuer à la création de richesses et soutenir la croissance économique ;
- insuffler un nouvel élan au développement socio-économique inclusif ;
-  promouvoir l’équité sociale et territoriale. 
L’entreprenariat est ainsi perçu comme une opportunité pour la mise en place d’un cadre catalysant afin d’impulser et de dynamiser le secteur de l’emploi. 
 
La DER cible principalement les femmes et les jeunes âgés de 18 ans et plus avec une limite d’âge fixée à 40 ans pour les hommes. A cette cible, la DER propose deux (2) types d’accompagnement : un accompagnement financier et un accompagnement non financier.
Dans le cadre de l’accompagnement financier, nous proposons des produits répondant aux besoins des différentes cibles. Ainsi, il y a:
• l’autonomisation économique avec des financements allant de 10 000 FCFA à 500 000 FCFA ; la moyenne étant de 250 000 FCFA ; 
• l’appui aux TPME : 500 000 FCFA et plus ; 
• la structuration des chaines de valeurs agricoles, artisanales et industrielles ; 
 
En outre, les conditions de financement sont allégées, intégrant un taux d’intérêt plafonné à 5 % (TEG, soit tous frais compris), des garanties privilégiant le gage ou le nantissement du matériel d’exploitation, des différés de paiement allant de 3 à 6 mois en fonction de l’activité. 
 
Par ailleurs, il y a une discrimination positive à l’endroit des personnes vivant avec un handicap, qui bénéficient d’un taux d’intérêt à 0%. 
 
Concernant l’accompagnement non financier, nous proposons la formation, le renforcement des capacités ainsi que l’appui à la formalisation, les frais liés à l'acquisition du NINEA et à l’enregistrement au RCCM qui sont à la charge de la DER. 

Par ailleurs, notre accompagnement se fonde sur le principe du respect de l’équité territoriale. En effet, les enveloppes régionales, départementales et communales sont allouées de manière à s’assurer qu’il n’y ait pas de concentration dans certaines zones au détriment des autres. En outre, pour 2018, les 14 régions, 45 départements et 549/552 communes du Sénégal ont eu à bénéficier de financements de la DER. 
 
 
Quel est le bilan que vous tirez de vos premiers mois d’exercice (nombre de bénéficiaires, montant crédits accordés, secteurs touchés, taux de remboursement des crédits, emplois créés, les régions touchées) ? 
 
Après un an d’exercice, le tableau de bord affiche un bilan satisfaisant. La DER a effectué un travail remarquable (qui peut être amélioré et amplifié dans le futur) en termes de financements octroyés, de bénéficiaires touchés, de soutien aux PME, d’appui à la structuration des chaînes de valeur et à la formalisation, sans oublier le déploiement sur l’ensemble du territoire national. 
En chiffres, la DER, c’est aujourd’hui : 
• 183 017 bénéficiaires ;  
• 30 milliards FCFA injectés dans l’économie nationale pour promouvoir l’inclusion sociale, économique et financière ; 
• 1 Milliard 061 millions FCFA au profit d’une cinquantaine de startups du secteur de l'économie numérique avec des tickets allant de 2,5 à 60 millions de FCFA ; 
• 58 000 comptes bancaires ouverts ; 
• 14/14 régions, 45/45 départements, 549/552 communes touchées ; 
• 70% des femmes financées dans les secteurs de l’agriculture, l’élevage, la pêche et l’artisanat ; 
• 370 points de distribution via les partenaires financiers que sont principalement la BNDE, la CNCAS, le PAMECAS et le CMS (accessibilité aux services financiers) ;
• 1513 PME financées dans les différents secteurs (dont le tiers a été formalisé avec le concours de la DER et a bénéficié de programmes de renforcement de capacités adaptés à leurs besoins) ; 
 
Des projets structurants ont été mis en place, parmi lesquels le programme conjoint avec le « Women’s Investment Club » (WIC) pour financer, en dette et/ou en capital, des entreprises dirigées par des femmes. Le fonds d’investissement dédié au financement de projets entrepreneuriaux portés par des femmes avec une ligne de crédit de 500 000 000 FCFA, le programme de renouvellement des camions frigorifiques pour la pêche avec 87 bénéficiaires, 61 camions frigorifiques de capacités comprises entre 5 tonnes et 25 tonnes pour un montant global de 2 000 000 000 FCFA, en partenariat avec la BNDE etc. 
Dans l’agriculture, nous avons, entre autres, mis en place un accompagnement financier pour les marchands ambulants dans la production et la commercialisation de riz dans la vallée du fleuve Sénégal sur une superficie de 70 hectares. Notez également le programme de remplacement des motos « Jakarta » par des tricycles modernes : appui à la modernisation des réseaux de transports publics. Avec 2 milliards de FCFA alloués sous forme de crédits aux conducteurs des motos « Jakarta » en collaboration avec le Ministère de l’Emploi et la Banque Nationale pour le Développement Economique (BNDE).

Le sport et la culture bénéficient du programme « 1 ASC, 1 Projet » pour la mise en place de mini-boulangeries et fermes avicoles en partenariat avec l’ONCAV et l’ISEG à raison de 5.000.000 FCFA par ASC pour un montant global de 500 000 000 FCFA. De même, nous avons financé 736 projets de groupements de femmes dans les secteurs de la pêche, de l’agriculture, de l’élevage, de l’artisanat et des services, en partenariat avec le Ministère de la Femme (MFFG) avec 51.000 bénéficiaires au total. Enfin le secteur de l’élevage a bénéficié de la mise en place de mini-fermes intégrées avec l’introduction de races de vaches améliorées pour permettre l’augmentation de la production laitière. L’objectif est d’accroitre les revenus des éleveurs en optimisant la collecte du lait en partenariat avec la Laiterie Du Berger (LDB) et la CNCAS. 

« Le taux de remboursement avoisine 80 % dans certaines localités » 

 
Quelles sont les solutions que vous avez envisagées pour faire face au non remboursement éventuel des crédits accordés à certains bénéficiaires ? 
 
Pour le moment, le niveau de remboursement est satisfaisant avec des taux avoisinant 80 % dans certaines localités et une chose importante à souligner : les femmes remboursent mieux.  
La moyenne nationale tourne autour de 60%. 

Pour accompagner ce dynamisme, nous nous appuyons beaucoup sur les institutions financières partenaires qui sont rodées à ce type d’actions.  Par la même occasion, nous mettons en place un dispositif conjoint de recouvrement avec ces mêmes institutions et l’administration territoriale, qui est au cœur de notre intervention depuis le lancement. Le dispositif sera adossé à une campagne massive de communication pour faire appel à la responsabilité et au patriotisme de nos bénéficiaires. 
 
Car le remboursement permettra de pérenniser notre modèle, mais aussi de renforcer les entreprises financées par le décaissement des tranches supplémentaires. Car il faut le dire, les prêts ne sont pas décaissés en une seule fois ; nous procédons par tranche, afin de mitiger le risque et d’assurer un meilleur suivi des financements. 

En outre, le remboursement de leur crédit permet d’asseoir une confiance entre le bénéficiaire et l’institution financière qui, à terme, pourra le financer sans l’intervention de la DER (le taux d’intérêt, les garanties et les apports étant les principaux freins à l’accès au crédit). 
 
Enfin, le remboursement permettrait l’élargissement de l’assiette de financement en permettant à un plus grand nombre de bénéficier du concours de la DER.  
 
Sinon nous avons les fameux 4 P (Préfet, Police, Procureur, Prison) pour les bénéficiaires mauvais payeurs. Toutefois, nous privilégions le dialogue et l’accompagnement pour ceux qui sont de bonne foi. Nous comprenons que certaines activités ont des spécificités qui peuvent impacter les délais de remboursement. Pour ceux-là, nos équipes étudient leurs dossiers et y apportent un traitement adapté. 
 
Pour dérouler votre stratégie, vous avez travaillé avec des institutions financières. Qui sont-elles ? Quelle est la nature des relations qui vous lient et comment se passe cette collaboration ? 
 
Effectivement, pour la première année nous avons travaillé avec quatre institutions que sont la BNDE, la CNCAS, le CMS et PAMECAS. Nous avons signé des conventions spécifiques qui nous ont permis d’aller vite, de faire des financements adaptés aux besoins de nos cibles, notamment en termes d’allègement du taux d’intérêt (taux effectif global plafonné à 5%) et des garanties demandées (gage, nantissement du matériel d’exploitation ou cautionnement solidaire privilégié). Ainsi, tous les guichets ont été servis. 
Nous faisons également de la garantie, du cofinancement et des prises de participation, notamment avec les startups du numérique. En effet, au-delà de notre budget, les mécanismes mis en place avec les banques, notamment dans le cadre de la garantie et du cofinancement, nous ont permis de mobiliser les ressources de nos partenaires financiers à hauteur de 3 milliards de FCFA, qui viennent s’ajouter aux 30 milliards de budget de la DER pour le financement. 

Pour la deuxième année, nous comptons nous ouvrir au reste du secteur financier, tout en focalisant notre intervention sur les spécialités des banques et institutions de microfinance, notamment dans le financement des chaines de valeur et des TPME en général. 
 
Cet instrument de facilitation de l’accès au financement pour certaines catégories de populations a été lancé à quelques mois de la présidentielle de février 2019. Certains ont vite pensé que la DER était un instrument de propagande politique. Qu’en est-il réellement ? 
 
La DER est un instrument de politique publique au service de la promotion du développement et de l’entreprenariat. Elle a été créée par M. le Président de la République pour accompagner la politique de développement du Sénégal, en faveur des femmes et des jeunes, quelle que soit leur appartenance politique. C’est une des principales lignes de conduite de la DER. 

Ses objectifs sont clairs. Il s’agit de mettre en œuvre un dispositif efficace de financement et d’assistance technique en matière d’entreprenariat des jeunes et des femmes d’une part, et d’autre part, d’assurer la rationalisation des projets et programmes dédiés à l’entreprenariat des jeunes et des femmes. 
La DER se projette aussi dans le renforcement de l’équité territoriale et de l’inclusion financière. 
 
Le chef de l’Etat a réaffirmé dans son dernier discours à la nation du 04 avril 2019, l’importance que la DER aura dans sa politique, pour ce second mandat. Comment analysez-vous cet espoir que le chef de l’Etat place en la DER ? 
 
Toutes les politiques publiques sont importantes pour le Chef de l’Etat car elles concourent toutes au développement du pays. C’est vrai qu’un accent particulier est mis sur la DER du fait de son caractère transversal. Elle a été mise en place pour soutenir et accompagner l’écosystème entrepreneurial en appuyant les initiatives dans les secteurs prioritaires, en contribuant à l’effort d’inclusion financière et sociale et en favorisant la création d’emplois. 
 
Ce qui, à mon avis, place la DER sous les feux de la rampe. Ceci nous motive davantage ! C’est une fierté pour mes équipes et moi, de savoir tous les jours que notre action participe à l’émergence d’un Sénégal nouveau et prospère. 

Et c’est ainsi que, conformément au programme du chef de l’Etat, nous travaillons dans nos axes 2019 à la mise en place de fonds dédiés dont le fonds vert pour les projets soucieux de la protection de l’environnement, le fonds diaspora pour l’investissement des Sénégalais de l’extérieur, de la DER innovation hub pour la création d’un environnement propice à l’innovation et à l’accompagnement des startups sénégalaises. 
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