La finance islamique, il faut le rappeler, a fait ses débuts au Sénégal dans les années 1980. « Depuis cette date, il y a eu une certaine évolution de la finance islamique, à la fois, du point de vue du marché, où la demande est plus forte avec un intérêt croissant manifesté pour la finance islamique , que du point de vue de l’offre, en ce sens que plusieurs structures proposent désormais des produits conformes à ce modèle », tel est le constat fait dans un récent entretien, par Dr Abdou Diaw, qui aujourd’hui est l’ administrateur du Fonds de Développement de la Microfinance Islamique (FDMI).
Même si la loi 2008-47 du 3 septembre 2008 ouvrait la voie à une diversification des opérations des Institutions de Microfinance (IMF), il a fallu attendre 2018 pour que la BCEAO légifère à travers l’instruction n°03-003-2018 et dans ce sens a formalisé l’ouverture des IMF à la finance islamique. Plus récemment, la loi n°2025-04 du 19 février 2025, en son article 4, a intégré de manière explicite les opérations de finance islamique parmi les activités autorisées aux IMF. Désormais, celles-ci peuvent exercer la finance islamique soit à titre exclusif, soit via une branche dédiée.
Toutefois, cette loi promulguée en mars 2025, a limité les formes juridiques applicables dans ce secteur. Selon Mamadou Lamine Guèye, expert en finance inclusive et président du Comité de dialogue social du secteur de la microfinance (CDS/MF), « la nouvelle loi vient combler un vide. Elle consolide le cadre juridique et clarifie les conditions et modalités d’exercice de la microfinance islamique, ouvrant ainsi de réelles opportunités aux investisseurs intéressés ». Mais, les entités accompagnées par l’État devront désormais se constituer en société coopérative ou en société anonyme. L’ambition est de faire de la microfinance un levier de croissance économique dans des secteurs porteurs comme l’agriculture, l’élevage ou le numérique.
Pour Mamadou Ndiaye, directeur de cabinet du ministre de la Microfinance, de l’Économie sociale et solidaire, la modernisation du secteur permettra de viabiliser les projets solidaires et d’assurer leur durabilité, notamment en zones rurales : « En articulant la microfinance à l’économie sociale et solidaire, nous créons les conditions d’un nouveau modèle centré sur l’accès équitable au financement, la viabilité des projets solidaires et l’autonomisation durable des populations vulnérables entreprenantes. »
Afin de renforcer l’inclusion financière et l’impact socio-économique de la microfinance islamique, l’État a mis en place le Fonds de Développement de la Microfinance Islamique (FDMI) par décret n°2025-651 du 23 avril 2025.
Le financement islamique constitue en effet, selon Mamadou Lamine Guèye, un système alternatif et innovant qui offre de réelles opportunités de mobilisation de ressources au profit des économies émergentes. D’ailleurs note-t-il, ces dernières années, les marchés financiers islamiques se sont fortement développés au Moyen-Orient, en Asie du Sud-Est et en Afrique, offrant des perspectives de levées de fonds considérables pour les IMF locales.
Celles-ci pourront ensuite investir dans le financement de l’économie réelle. La microfinance islamique devrait également permettre de capter l’épargne des populations musulmanes locales et de la diaspora, qui hésitent à déposer leurs fonds dans les institutions conventionnelles. Ainsi, en proposant des produits éthiques, diversifiés et attractifs, la finance islamique séduit aussi bien les musulmans que les non-musulmans. « Grâce à son adossement à des actifs réels, la finance islamique est moins spéculative et donc moins vulnérable aux crises financières. Elle offre donc un système plus résilient », conclut M. Guèye.
À ce jour, seules deux IMF de financement islamique exclusif ont reçu l’agrément du ministère des Finances : Taysir Finance (2021) et Al Rahma (2023). Selon M. Guèye, la microfinance islamique doit encore être « boostée », mais avec un accompagnement renforcé de l’État . Celle-ci dispose d’un potentiel considérable pour contribuer à l’objectif d’inclusion financière fixé par le gouvernement sous la supervision de la BCEAO.
Depuis 2011, Pamecas propose également des produits de microfinance islamique. « Doté d’une enveloppe de 50 millions de dollars, le PROMISE avait suscité beaucoup d’espoir, mais le projet a tardé à se déployer, en particulier dans sa composante financement. La particularité de ce genre de projets est qu’ils ne peuvent pas financer directement ; ils doivent donc passer par des structures agréées (banques, SFD, guichets), ce qui prend du temps et explique en partie les lenteurs constatées. »
Contraintes
Malgré son fondement éthique et son potentiel de croissance, la microfinance islamique se heurte à plusieurs contraintes. La première concerne la gouvernance. Chaque institution doit mettre en place un conseil de conformité interne, appelé Sharia Board. Une exigence lourde pour les petites structures. C’est pourquoi le président du CDS/MF , Mamadou Lamine Guèye propose une mutualisation via l’association professionnelle des IMF.
Un autre facteur limitant, est le manque de compétences spécialisées. La finance islamique requiert une double expertise en ingénierie financière et en droit islamique, mais les ressources humaines qualifiées restent rares. À cela s’ajoutent la nécessité d’adapter le cadre juridique et fiscal, et la nécessité d’agir sur le coût élevé de certains montages (Murabaha, Ijara), ainsi que sur le risque de réputation. « Si les principes éthiques ne sont pas scrupuleusement respectés, les investisseurs pourraient se détourner du système », alerte M. Guèye.
De son côté, Abdou Diaw pointe également du doigt, les lenteurs administratives : « Sur les huit dossiers que nous suivons, sept sont encore à la BCEAO, un seul a obtenu une autorisation », expliquait-il lors d’une visite de parlementaires au FDMI, le 27 août 2025. Ces délais entraînent de faibles taux de décaissement, retardant le déblocage des financements de la BID.
La fiscalité aussi constitue une autre préoccupation. « À l’état actuel, les instruments de la finance islamique sont défavorisés par rapport aux produits de la finance classique », regrette Abdou Diaw, qui en appelle à une « neutralisation fiscale », afin que les clients des banques et IMF islamiques ne soient pas pénalisés.
Enfin, les acteurs du secteur rencontrent des difficultés à mobiliser des ressources concessionnelles. Sur ce point, le FDMI mise sur le soutien des parlementaires pour obtenir une ligne budgétaire de 2 milliards de FCFA.
Lejecos Magazine Novembre 2025
Même si la loi 2008-47 du 3 septembre 2008 ouvrait la voie à une diversification des opérations des Institutions de Microfinance (IMF), il a fallu attendre 2018 pour que la BCEAO légifère à travers l’instruction n°03-003-2018 et dans ce sens a formalisé l’ouverture des IMF à la finance islamique. Plus récemment, la loi n°2025-04 du 19 février 2025, en son article 4, a intégré de manière explicite les opérations de finance islamique parmi les activités autorisées aux IMF. Désormais, celles-ci peuvent exercer la finance islamique soit à titre exclusif, soit via une branche dédiée.
Toutefois, cette loi promulguée en mars 2025, a limité les formes juridiques applicables dans ce secteur. Selon Mamadou Lamine Guèye, expert en finance inclusive et président du Comité de dialogue social du secteur de la microfinance (CDS/MF), « la nouvelle loi vient combler un vide. Elle consolide le cadre juridique et clarifie les conditions et modalités d’exercice de la microfinance islamique, ouvrant ainsi de réelles opportunités aux investisseurs intéressés ». Mais, les entités accompagnées par l’État devront désormais se constituer en société coopérative ou en société anonyme. L’ambition est de faire de la microfinance un levier de croissance économique dans des secteurs porteurs comme l’agriculture, l’élevage ou le numérique.
Pour Mamadou Ndiaye, directeur de cabinet du ministre de la Microfinance, de l’Économie sociale et solidaire, la modernisation du secteur permettra de viabiliser les projets solidaires et d’assurer leur durabilité, notamment en zones rurales : « En articulant la microfinance à l’économie sociale et solidaire, nous créons les conditions d’un nouveau modèle centré sur l’accès équitable au financement, la viabilité des projets solidaires et l’autonomisation durable des populations vulnérables entreprenantes. »
Afin de renforcer l’inclusion financière et l’impact socio-économique de la microfinance islamique, l’État a mis en place le Fonds de Développement de la Microfinance Islamique (FDMI) par décret n°2025-651 du 23 avril 2025.
Le financement islamique constitue en effet, selon Mamadou Lamine Guèye, un système alternatif et innovant qui offre de réelles opportunités de mobilisation de ressources au profit des économies émergentes. D’ailleurs note-t-il, ces dernières années, les marchés financiers islamiques se sont fortement développés au Moyen-Orient, en Asie du Sud-Est et en Afrique, offrant des perspectives de levées de fonds considérables pour les IMF locales.
Celles-ci pourront ensuite investir dans le financement de l’économie réelle. La microfinance islamique devrait également permettre de capter l’épargne des populations musulmanes locales et de la diaspora, qui hésitent à déposer leurs fonds dans les institutions conventionnelles. Ainsi, en proposant des produits éthiques, diversifiés et attractifs, la finance islamique séduit aussi bien les musulmans que les non-musulmans. « Grâce à son adossement à des actifs réels, la finance islamique est moins spéculative et donc moins vulnérable aux crises financières. Elle offre donc un système plus résilient », conclut M. Guèye.
À ce jour, seules deux IMF de financement islamique exclusif ont reçu l’agrément du ministère des Finances : Taysir Finance (2021) et Al Rahma (2023). Selon M. Guèye, la microfinance islamique doit encore être « boostée », mais avec un accompagnement renforcé de l’État . Celle-ci dispose d’un potentiel considérable pour contribuer à l’objectif d’inclusion financière fixé par le gouvernement sous la supervision de la BCEAO.
Depuis 2011, Pamecas propose également des produits de microfinance islamique. « Doté d’une enveloppe de 50 millions de dollars, le PROMISE avait suscité beaucoup d’espoir, mais le projet a tardé à se déployer, en particulier dans sa composante financement. La particularité de ce genre de projets est qu’ils ne peuvent pas financer directement ; ils doivent donc passer par des structures agréées (banques, SFD, guichets), ce qui prend du temps et explique en partie les lenteurs constatées. »
Contraintes
Malgré son fondement éthique et son potentiel de croissance, la microfinance islamique se heurte à plusieurs contraintes. La première concerne la gouvernance. Chaque institution doit mettre en place un conseil de conformité interne, appelé Sharia Board. Une exigence lourde pour les petites structures. C’est pourquoi le président du CDS/MF , Mamadou Lamine Guèye propose une mutualisation via l’association professionnelle des IMF.
Un autre facteur limitant, est le manque de compétences spécialisées. La finance islamique requiert une double expertise en ingénierie financière et en droit islamique, mais les ressources humaines qualifiées restent rares. À cela s’ajoutent la nécessité d’adapter le cadre juridique et fiscal, et la nécessité d’agir sur le coût élevé de certains montages (Murabaha, Ijara), ainsi que sur le risque de réputation. « Si les principes éthiques ne sont pas scrupuleusement respectés, les investisseurs pourraient se détourner du système », alerte M. Guèye.
De son côté, Abdou Diaw pointe également du doigt, les lenteurs administratives : « Sur les huit dossiers que nous suivons, sept sont encore à la BCEAO, un seul a obtenu une autorisation », expliquait-il lors d’une visite de parlementaires au FDMI, le 27 août 2025. Ces délais entraînent de faibles taux de décaissement, retardant le déblocage des financements de la BID.
La fiscalité aussi constitue une autre préoccupation. « À l’état actuel, les instruments de la finance islamique sont défavorisés par rapport aux produits de la finance classique », regrette Abdou Diaw, qui en appelle à une « neutralisation fiscale », afin que les clients des banques et IMF islamiques ne soient pas pénalisés.
Enfin, les acteurs du secteur rencontrent des difficultés à mobiliser des ressources concessionnelles. Sur ce point, le FDMI mise sur le soutien des parlementaires pour obtenir une ligne budgétaire de 2 milliards de FCFA.
Lejecos Magazine Novembre 2025


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