MINERAIS CRITIQUES : La Sadc mise sur la transformation locale pour accélérer son industrialisation

Mardi 11 Août 2026

La transformation locale des minerais critiques apparaît comme l’un des principaux leviers d’industrialisation et de diversification économique de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). Alors que la demande mondiale en minerais indispensables à la transition énergétique continue de progresser, les pays de la région cherchent à capter davantage de valeur en développant des chaînes de production locales.


Cette ambition était au cœur de la 9ᵉ SADC Industrialisation Week and Exhibition, organisée à Durban, en Afrique du Sud, sous le thème : « Une industrialisation résiliente, durable et inclusive grâce au développement des infrastructures, à la transformation de l’agriculture et des minerais critiques, au service d’un monde juste ».

Transformer les minerais sur place

La région australe dispose d’importantes réserves de minerais stratégiques pour la transition énergétique mondiale. La Zambie est notamment un important producteur de cuivre, la République démocratique du Congo (Rdc) de cobalt, l’Afrique du Sud de manganèse et le Zimbabwe de lithium.

Pour les acteurs réunis à Durban, l’enjeu n’est plus seulement d’extraire ces ressources, mais de développer leur transformation et leur valorisation sur place. Une stratégie qui permettrait aux économies de la Sadc de renforcer leurs chaînes de valeur, de créer des emplois et de réduire leur dépendance à l’exportation de matières premières brutes.

« L’exploitation responsable et la valorisation des minerais critiques de transition énergétique constituent un levier essentiel pour le développement des chaînes de valeur, l’industrialisation, la transformation et la diversification économique », a souligné Oliver Maponga, responsable des affaires économiques à la Commission économique pour l’Afrique (Cea).

Six pays au cœur d’un projet régional

Soutenu financièrement par l’Initiative internationale pour le climat (IKI), un projet régional de cinq ans consacré aux chaînes de valeur responsables et inclusives des minerais de transition énergétique est mis en œuvre dans six pays : la Rdc, le Mozambique, la Namibie, l’Afrique du Sud, la Zambie et le Zimbabwe.

Le projet, piloté par la Cea, vise à promouvoir une exploitation minière responsable et une industrialisation durable. Il doit notamment contribuer à l’élaboration de politiques minières conformes aux principes environnementaux, sociaux et de gouvernance (Esg), à l’amélioration du suivi environnemental et climatique et au renforcement de la participation des communautés locales à la gouvernance minière.

Plusieurs partenaires sont associés à cette initiative, dont le Centre africain de développement minier de la Commission de l’Union africaine, Wits Enterprise, WWF Allemagne, l’Institut fédéral allemand des géosciences et des ressources naturelles (BGR) et Projekt Consult GmbH.

Les exploitants artisanaux au cœur de la chaîne de valeur

La question de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle a également occupé une place importante dans les discussions de Durban. Lors d’un panel organisé par l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (Onudi) et la Cea sur l’industrialisation compétitive et résiliente en Sadc, les participants ont insisté sur le rôle des exploitants artisanaux dans l’approvisionnement en minerais critiques.

Selon Oliver Maponga, ces acteurs occupent « des maillons importants » des chaînes de valeur des minerais de transition énergétique et constituent des sources fiables d’approvisionnement malgré leurs limites en matière de technologie, de financement et de compétences.

L’objectif est donc de faire en sorte que les retombées économiques de l’exploitation et de la transformation des minerais bénéficient à l’ensemble de la chaîne de valeur, y compris aux communautés minières et aux exploitants artisanaux.

Cette orientation rejoint les recommandations du Panel du secrétaire général des Nations unies sur les minerais critiques pour la transition énergétique, qui préconise notamment une meilleure intégration des exploitants artisanaux et à petite échelle dans les chaînes de valeur responsables.

Infrastructures et compétences, conditions de réussite

Pour la Sadc, la transformation locale des minerais ne pourra toutefois se faire sans investissements massifs dans les infrastructures et les compétences. Le secrétaire exécutif de la Sadc, Elias Magosi, a souligné que la région dispose déjà des ressources minières, des marchés et des partenariats nécessaires pour accélérer son industrialisation.

La priorité doit désormais être donnée aux investissements dans les infrastructures et les compétences, à la transformation des chaînes de valeur agricoles et surtout à la valorisation des minerais critiques à leur source.

Pour la Sadc, l’enjeu est donc de passer progressivement d’un modèle fondé sur l’exportation de minerais bruts à une économie davantage orientée vers la transformation locale, la création de valeur et l’industrialisation verte.

Avec l’essor mondial des technologies liées aux énergies propres, le cuivre, le cobalt, le lithium, le manganèse, les métaux du groupe du platine et les terres rares placent ainsi l’Afrique australe au cœur de la nouvelle économie énergétique mondiale. La capacité de la région à transformer localement ces ressources pourrait déterminer une part importante de ses perspectives de croissance et de diversification dans les prochaines années.
Bassirou MBAYE
 
Actu-Economie

La rédaction

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