- Madame la Présidente, comment se porte la place bancaire de Dakar ? Comment le marché sénégalais a-t-il évolué en termes de taille du bilan, de crédits, de rentabilité et de résilience face aux chocs de la dernière décennie ?
La place bancaire de Dakar s’est affirmée, au fil de la décennie écoulée, comme l’un des pôles les plus dynamiques et les plus résilients de la sous-région. Sur la décennie, le marché sénégalais a plus que doublé de taille, traduisant la solidité d’un système bancaire en constante expansion et la confiance renouvelée des acteurs économiques.
Elle se distingue aujourd’hui par sa résilience, son ancrage technologique et son rôle structurant dans le financement du développement, consolidant ainsi la position du Sénégal comme place bancaire de référence au sein de l’Union Monétaire Ouest-Africaine.
Juste à titre indicatif :
- Entre 2014 et 2024, le total bilan bancaire du Sénégal est passé d’environ 6 900 milliards à 13 940 milliards FCFA, soit une progression supérieure à 100 % sur dix ans, représentant près de 19,3 % du total de la zone UMOA. Cette évolution confirme la croissance d’un système bancaire national robuste dans un environnement international marqué par des tensions inflationnistes et un renchérissement du coût du crédit. Et son rôle moteur dans la mobilisation de l’épargne et le financement de l’économie (Commission Bancaire de l’UMOA, Rapports annuels 2015, p. 54 ; 2024, p. 41, Tableau n°6).
- Les crédits à la clientèle ont suivi une tendance similaire, le financement des entreprises, des ménages et des projets structurants reste soutenu, dans un contexte où la part des crédits au secteur privé dans le PIB sénégalais était estimée à 29,7 % en 2024, alors qu’elle se situait autour de 27,8 % à la fin des années 2010 (Banque mondiale – Domestic credit to private sector (% of GDP), Sénégal).
- Le résultat net agrégé du système bancaire sénégalais s’inscrit, quant à lui, dans la tendance régionale. À l’échelle de l’Union, il s’est établi à 1 105 milliards FCFA en 2024, en progression de 11,7 % sur un an (Commission Bancaire, Rapport 2024, p. 40). Cette dynamique traduit la bonne résistance du secteur à la remontée des taux directeurs et aux pressions inflationnistes, grâce à la diversification des produits et à une maîtrise accrue du coût du risque.
Ces indicateurs démontrent la capacité du secteur à absorber les chocs successifs — pandémie, inflation, resserrement monétaire et volatilité des marchés — tout en maintenant un financement stable de l’économie.
- Quelles sont les principales leçons tirées de ce bilan décennal qui vont orienter la stratégie du secteur bancaire pour les prochaines années ?
La décennie écoulée a profondément transformé le paysage bancaire sénégalais et nous enseigne plusieurs leçons structurantes. D’abord, que la solidité du système repose sur une gouvernance renforcée et une supervision exigeante. Le nombre d’établissements de crédit a augmenté pour atteindre un total de 33 acteurs, traduisant à la fois une dynamique concurrentielle et la nécessité d’une régulation plus stricte en matière de contrôle des risques, de conformité et de transparence.
Un second enseignement est la place centrale de la digitalisation. Les actifs bancaires de l’Union ont progressé de 9 % en 2024 pour atteindre 72 068 milliards de francs CFA , (Commission Bancaire de l’UMOA, Rapport annuel 2024, p. 40 – Tableau n° 6), et cette croissance est en grande partie portée par les services numériques et l’essor de la monnaie électronique. Le Sénégal a ainsi vu son taux d’inclusion financière dépasser 80 % de la population adulte, contre moins de 20 % en 2012. (BCEAO, Stratégie Nationale d’Inclusion Financière du Sénégal – Bilan 2023, p. 7 ; Banque mondiale, Global Findex Database 2011 – Sénégal) Cela confirme que les investissements dans les technologies financières ne sont plus un avantage compétitif, mais une nécessité vitale.
Troisièmement, le secteur doit continuer à veiller à la qualité de ses portefeuilles. Le taux de créances en souffrance reste élevé, autour de 8,5 % fin 2024 (après 9,2 % en 2023). (Commission Bancaire de l’UMOA, Rapport annuel 2024, p. 68 – Tableau n° 15) La croissance future exigera donc une meilleure anticipation du risque de crédit, un accompagnement plus fin des entreprises, et des outils comme la titrisation pour assainir les bilans.
Enfin, la décennie a démontré l’importance d’être préparé aux chocs externes. De ce point de vue, la pandémie, les tensions inflationnistes et les défis climatiques ont souligné la valeur de fonds propres solides et de coussins de liquidité adaptés. C’est cette combinaison : gouvernance robuste, digitalisation, inclusion financière et gestion prudente du risque qui guidera la stratégie bancaire des prochaines années, afin de concilier performance économique et stabilité financière.
- Le marché local fait partie des réseaux bancaires de l’UMOA les plus denses, avec la présence d’une trentaine d’établissements de crédit offrant une diversité de services. Quels sont les principaux facteurs qui ont milité en faveur d’un tel approfondissement ?
Le Sénégal dispose aujourd’hui de l’un des marchés bancaires les plus étoffés de l’Union, avec 33 établissements de crédit agréés. Plusieurs facteurs expliquent ce développement. D’abord, la croissance démographique et économique : avec plus de 18 millions d’habitants et une croissance du produit intérieur brut estimée à +6,9 % en 2024, (Commission Bancaire de l’UMOA, Rapport annuel 2024, p. 54), le Sénégal offre ainsi un potentiel considérable de bancarisation. Cette dynamique est appelée à se renforcer avec l’exploitation des hydrocarbures et la modernisation des infrastructures.
Ensuite, le cadre réglementaire stable et attractif, sous l’autorité de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest et de la Commission bancaire, a favorisé l’arrivée et le maintien d’acteurs régionaux et internationaux. Cette stabilité réglementaire constitue un gage de confiance pour les investisseurs et pour les clients.
Le troisième facteur est la montée en puissance de la classe moyenne et le développement des petites et moyennes entreprises. Ces segments de clientèle exigent des services financiers diversifiés — crédits, épargne, etc.— ce qui a incité les banques à multiplier leurs produits et leurs canaux de distribution (digitalisation, agency banking).
Enfin, la concurrence des fintechs et des opérateurs de monnaie électronique a joué un rôle d’aiguillon, poussant les banques à innover et à densifier à la fois leurs réseaux physiques et leurs solutions digitales.
La densité du marché bancaire sénégalais résulte aussi d’une combinaison de croissance économique, d’attractivité réglementaire, de transformation sociale et de dynamique technologique, qui positionne Dakar comme une place financière de référence au sein de l’Union Monétaire Ouest-Africaine.
- La modernisation des services bancaires et l’innovation constituent aujourd’hui un impératif de compétitivité pour les banques. En quoi la montée en puissance du mobile money et des fintechs a-t-elle transformé le modèle d'affaires des banques traditionnelles ?
La montée en puissance du mobile money et des fintechs a, c’est vrai, profondément transformé l’écosystème bancaire sénégalais. En moins de dix ans, nous avons assisté à un véritable basculement. En effet, là où les services bancaires traditionnels dominaient, les transactions via la monnaie électronique représentent aujourd’hui plus de 50 % des opérations de paiement au Sénégal et dans l’Union Monétaire Ouest-Africaine.
Concrètement, le taux d’inclusion financière au Sénégal dépasse 80 %, mais, je vous fais remarquer que cette progression est due pour près de 56 % aux services de monnaie électronique (BCEAO, Stratégie Nationale d’Inclusion Financière du Sénégal – Bilan 2023, p. 7 ; Commission Bancaire de l’UMOA, Rapport annuel 2024, pp. 105-109). Cela signifie que le mobile money est devenu la première porte d’entrée vers la finance, pour des millions de Sénégalais, notamment en zone rurale.
Pour les banques, ce phénomène a été un catalyseur de transformation. Il ne s’agit plus de considérer les fintechs comme de simples concurrents, mais comme des partenaires dans un modèle de compétition. Beaucoup d’établissements bancaires ont intégré les rails du mobile money dans leurs offres, notamment à travers l’interopérabilité des paiements, les comptes reliés à des portefeuilles électroniques, les crédits de petite taille adossés à l’historique de transactions digitales....
Cette mutation a aussi poussé les banques à revoir leur stratégie de distribution. Aux agences physiques se sont ajoutées des applications bancaires, des API ouvertes aux fintechs et des partenariats avec les opérateurs télécoms. Résultat : le modèle d’affaires bancaire n’est plus centré uniquement sur le guichet, mais sur un écosystème digital intégré, capable de servir aussi bien les grandes entreprises, que les populations jusque-là exclues du système financier.
L’essor du mobile money et des fintechs a permis à la fois, d’élargir l’accès aux services financiers, de stimuler l’innovation, et d’accélérer la transformation digitale des banques sénégalaises, les obligeant alors à devenir à la fois des acteurs financiers et technologiques.
- Quelle a été la contribution des banques à la digitalisation des services financiers, et quelles leçons en tirent-elles pour l'avenir ?
Les banques sénégalaises ont joué un rôle déterminant dans la digitalisation des services financiers. Elles ont massivement investi dans les plateformes numériques, les applications mobiles et les services interconnectés. Aujourd’hui, plus de 60 % des opérations courantes passent par des canaux digitaux, signe d’une adoption rapide par la clientèle. (GSMA, 2024 Country Brief: Senegal, p. 5) Le lancement, en 2025, du système régional de paiement instantané par la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest marque une étape décisive. Ainsi, pour la première fois, les clients pourront effectuer des transferts sécurisés en temps réel, entre établissements et pays de l’Union.
Au-delà de ces réalisations, plusieurs leçons majeures s’imposent. La première est que la digitalisation est bien plus qu’une modernisation, elle constitue aujourd’hui un levier de compétitivité et un outil d’élargissement de l’inclusion financière, notamment auprès des jeunes, des femmes et des populations rurales. La deuxième est que la banque de demain doit être pensée désormais, comme une plateforme ouverte et technologique, capable d’intégrer les fintechs, les opérateurs télécoms et les solutions locales innovantes.
Enfin, sur un plan plus large : notre continent a démontré sa capacité à innover et parfois à devancer d’autres régions. Le succès du mobile money en Afrique de l’Est ou la généralisation des portefeuilles électroniques en Afrique de l’Ouest en sont des exemples parlants. Ces innovations, nées de contraintes locales : faible bancarisation, coûts élevés d’infrastructures physiques se sont transformées en modèles mondiaux. La digitalisation conduite par les banques sénégalaises illustre une double capacité à accompagner la transformation de notre économie, et à démontrer que l’Afrique peut être un laboratoire d’innovation financière, où naissent les solutions inclusives et durables de demain.
- La gestion de la relation clientèle et les exigences de protection des clients (qualité de service, mobilité transparence tarifaire, éducation financière, etc.) sont souvent des questions sur lesquelles on attend beaucoup le secteur. Quelle est votre appréciation sur ces points ?
La relation clientèle et la protection des usagers se sont considérablement améliorées au cours des dernières années. La digitalisation a rendu les services plus accessibles : qu’il s’agisse des applications bancaires, des cartes ou du mobile banking. Cette évolution a renforcé la mobilité et la disponibilité des services.
Sur la transparence tarifaire, des efforts ont été faits pour adapter et clarifier les grilles, conformément aux directives de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest. Les clients disposent désormais d’une meilleure visibilité sur les coûts de leurs opérations.
L’éducation financière progresse également, mais elle reste néanmoins un chantier prioritaire. Bien que le taux d’inclusion financière au Sénégal ait dépassé 80 % en 2023, (Tableau de bord de l’inclusion financière dans l’UEMOA au titre de l’année 2023 de la BCEAO) la compréhension des produits et la maîtrise des outils digitaux pour y accéder, restent inégales. Des programmes pédagogiques, des ateliers et des campagnes d’information sont mis en place pour combler ce décalage.
Conscientes du souci permanent de la clientèle pour le renforcement de la qualité de services et la sécurité des données et des opérations, les banques, en tant que contributeurs essentiels de la digitalisation et de la modernisation des activités financières, mettent un accent particulier sur le renforcement de l’expérience client, sans pour autant sacrifier la sécurité à la vitesse, dans le respect des textes des réglementations, instructions et lois.
- Comment le secteur bancaire a pu s’adapter face à l'évolution du cadre réglementaire, notamment l'application des standards de Bâle et de la nouvelle loi bancaire (loi n°2025-03) ?
L’alignement sur les standards internationaux de Bâle a permis de consolider les fonds propres et d’améliorer la gestion des risques. Au niveau de l’Union Monétaire Ouest-Africaine, le ratio de solvabilité moyen des banques s’établit à plus de 12 % en 2024, au-dessus du minimum réglementaire de 8 %, confirmant la robustesse du système (Commission Bancaire de l’UMOA, Rapport annuel 2024, p. 25). Cette exigence a certes mobilisé des ressources importantes, mais elle a renforcé la confiance des investisseurs et des déposants.
Ensuite, la mise en œuvre de la nouvelle loi bancaire n°2025-03 a introduit des changements structurants, qui se traduisent par un élargissement du périmètre de supervision aux fintechs et aux émetteurs de monnaie électronique, et le renforcement des obligations en matière de gouvernance, d’une part, et d’autre part, la protection accrue des consommateurs et responsabilisation des dirigeants. Les banques ont dû adapter leurs organes de contrôle interne, revoir leurs politiques de conformité et mettre à jour leurs systèmes d’information pour répondre à ces nouvelles obligations.
Enfin, cette transition a souligné l’importance de la formation continue des équipes, car la complexité réglementaire s’accroît. La charge de mise en conformité est lourde, surtout pour les établissements de taille moyenne, mais elle est essentielle pour maintenir la stabilité du système financier, et son intégration dans les standards internationaux.
Le secteur bancaire sénégalais a su absorber ces évolutions réglementaires, au prix d’investissements conséquents, mais avec un bénéfice clair : un système plus solide, mieux gouverné, et mieux préparé à accompagner la croissance économique dans un environnement exigeant et compétitif.
- La conformité bancaire qui est en évolution constante, constitue un point d’attention pour le secteur. Globalement, pouvons-nous dire que le dispositif est solide ? Quelles sont les difficultés éventuelles à relever ?
Le dispositif de conformité bancaire au Sénégal, comme dans l’ensemble de l’Union Monétaire Ouest-Africaine, est aujourd’hui beaucoup plus structuré qu’il ne l’était il y a dix ans. Toutes les banques disposent de départements spécialisés, dotés d’outils de surveillance automatisés et de procédures de contrôle interne. De son côté l’APBEF du Sénégal (APBEFS) a mis en place une Commission Conformité, qui a mené plusieurs travaux dans le cadre d’ateliers ou rencontres réalisés souvent de concert avec la BCEAO et la CENTIF pour des formations, des échanges et des analyses communes autour des solutions, et à travers des visions prospectives, notamment pour la sortie du Sénégal de la Zone grise, objectif finalement atteint grâce aux efforts conjoints des différents acteurs. L’ensemble de ces actions a permis de renforcer la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et la fraude, en conformité avec les recommandations du Groupe d’Action Financière (GAFI).
Les résultats sont tangibles : selon les données régionales, plus de 95 % des banques de l’Union sont désormais en conformité avec les exigences minimales en matière de contrôle interne et de gouvernance (Commission Bancaire de l’UMOA – Rapport annuel 2024, section II.1, Cadre prudentiel et dispositifs de gouvernance). Le ratio de solvabilité moyen supérieur à 12 % en 2024 illustre également la capacité du système à absorber les chocs, tout en respectant les normes internationales.
- Le traitement des créances bancaires en souffrance est également une préoccupation. Quelles sont les actions et initiatives qui devraient concourir à une amélioration de la qualité du portefeuille ?
La question des créances en souffrance reste un défi majeur pour le secteur bancaire sénégalais. Même si des progrès ont été réalisés, le taux brut de dégradation du portefeuille de crédits se situait encore autour de 8,5 % fin 2024, contre 9,2 % en 2023 (Commission Bancaire de l’UMOA, Rapport annuel 2024, p. 68 – Tableau n°15). Cette amélioration reste fragile et nécessite des actions ciblées.
Plusieurs initiatives sont en cours :
- Renforcement de l’évaluation et du suivi du risque : A ce titre, l’adoption d’outils de scoring plus précis, l’utilisation des données digitales et le suivi rapproché des clients, permettent d’anticiper les difficultés avant qu’elles ne se transforment en défauts.
- Promotion du recouvrement amiable et des restructurations Ainsi, la renégociation des échéances, l’étalement des paiements ou la consolidation des dettes, constituent des alternatives qui préservent à la fois, la relation bancaire et la stabilité du portefeuille.
- Mobilisation du Bureau d’Information sur le Crédit (BIC) : L’utilisation plus systématique des BIC permet d’évaluer avec plus de justesse le profil de l’emprunteur et de réduire l’asymétrie d’information entre banques.
- Développement d’instruments financiers spécifiques : la titrisation des créances ou leur cession à des structures spécialisées peuvent contribuer aujourd’hui, à assainir les bilans et à libérer des marges de manœuvre pour financer l’économie.
- Renforcement des dispositifs judiciaires et extrajudiciaires Il vise à adresser l’efficacité du traitement des litiges, la rapidité des procédures et l’application des décisions de justice, qui sont également déterminantes pour la discipline de paiement, d’où l’intérêt attendu de la mise en œuvre, sous l’autorité de la Commission Médiation Conciliation près le Ministère de la Justice du Sénégal, des procédures de médiations et conciliations de divers acteurs tels que le Tribunal de Commerce de Dakar, l’Observatoire de la Qualité des Services Financiers..
- Quels sont les principaux défis que les banques rencontrent dans l'application des réglementations de lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme (LBC/FT) ?
La lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme est une priorité absolue pour les banques sénégalaises, compte tenu des risques accrus liés à la criminalité financière et aux flux transfrontaliers. Les établissements ont mis en place des cellules de conformité dédiées, des procédures de contrôle automatisées et des programmes de formation réguliers. La Commission conformité de l’APBEFS a, de son côté, beaucoup œuvré à la sensibilisation, à la formation continue et au plan d’action commun sur la LBC FT notamment le partage d’actions conjointes et à minima de dresser la cartographie des risques, la gestion des personnes politiquement exposées, celle des bénéficiaires effectifs, la fiche type de KYC, etc. Toutefois, plusieurs défis demeurent.
Le premier défi est lié à la complexité croissante des normes internationales. Les recommandations du Groupe d’Action Financière (GAFI), les directives de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest et les exigences nationales imposent une adaptation constante des procédures, et mobilisent beaucoup de ressources financières et humaines..
Le deuxième défi réside dans la qualité et la disponibilité de l’information. L’identification et la vérification de l’identité des clients (KYC) restent parfois difficiles, en particulier pour les populations rurales ou opérant dans l’informel. Cela complique la détection des opérations suspectes ou la fiabilité des bases de données.
Un troisième défi est d’ordre opérationnel : la nécessité de concilier fluidité des transactions et rigueur des contrôles. Trop de contraintes peuvent décourager la clientèle et ralentir les échanges commerciaux, tandis qu’une surveillance insuffisante expose les banques à des risques de réputation et à des sanctions.
Enfin, l’intégration des fintechs et des émetteurs de monnaie électronique dans le dispositif de LBC/FT est encore en cours de consolidation. Ces acteurs jouent un rôle majeur dans l’inclusion financière, mais ils ne disposent pas toujours de la même maturité que les banques en matière de conformité. Une harmonisation des pratiques est indispensable pour éviter la création de « maillons faibles » dans la chaîne de contrôle.
Le premier défi est lié à la complexité croissante des normes internationales. Les recommandations du Groupe d’Action Financière (GAFI), les directives de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest et les exigences nationales imposent une adaptation constante des procédures, et mobilisent beaucoup de ressources financières et humaines..
Le deuxième défi réside dans la qualité et la disponibilité de l’information. L’identification et la vérification de l’identité des clients (KYC) restent parfois difficiles, en particulier pour les populations rurales ou opérant dans l’informel. Cela complique la détection des opérations suspectes ou la fiabilité des bases de données.
Un troisième défi est d’ordre opérationnel : la nécessité de concilier fluidité des transactions et rigueur des contrôles. Trop de contraintes peuvent décourager la clientèle et ralentir les échanges commerciaux, tandis qu’une surveillance insuffisante expose les banques à des risques de réputation et à des sanctions.
Enfin, l’intégration des fintechs et des émetteurs de monnaie électronique dans le dispositif de LBC/FT est encore en cours de consolidation. Ces acteurs jouent un rôle majeur dans l’inclusion financière, mais ils ne disposent pas toujours de la même maturité que les banques en matière de conformité. Une harmonisation des pratiques est indispensable pour éviter la création de « maillons faibles » dans la chaîne de contrôle.
- Comment les banques adaptent-elles leur offre pour répondre aux besoins spécifiques des jeunes et des femmes, qui sont des segments clés pour l'inclusion financière ?
Les jeunes et les femmes représentent deux segments essentiels pour l’avenir du secteur bancaire sénégalais, tant par leur poids démographique que par leur potentiel économique. Les banques ont donc progressivement adapté leurs offres pour mieux répondre à leurs besoins spécifiques.
Pour les jeunes, plusieurs établissements proposent des comptes simplifiés à frais réduits, accessibles dès l’âge étudiant, ainsi que des solutions digitales (applications mobiles, cartes prépayées, portefeuilles électroniques) adaptées à leurs usages quotidiens. L’objectif est de les familiariser tôt avec les services financiers et de créer un lien de fidélité durable. Des programmes d’éducation financière sont également développés dans les universités et les incubateurs afin de renforcer leur capacité à gérer un budget ou à entreprendre.
Pour les femmes, les banques mettent en place des produits de crédit spécifiques, souvent adossés à des mécanismes de garantie, afin de soutenir l’entrepreneuriat féminin. Des partenariats sont noués avec des institutions publiques et des organisations internationales, pour faciliter l’accès des femmes au financement, en particulier dans les secteurs de l’agriculture, du commerce et des services. Selon les données de la Banque Centrale, les femmes représentent déjà près de 40 % des bénéficiaires de services financiers formels dans l’Union, un chiffre en progression constante.
Au-delà des produits, les banques cherchent à améliorer l’accompagnement personnalisé. Des guichets dédiés, des programmes de mentorat et des services de conseil visent à renforcer la confiance de ces segments souvent perçus comme vulnérables face au système financier.
Pour les jeunes, plusieurs établissements proposent des comptes simplifiés à frais réduits, accessibles dès l’âge étudiant, ainsi que des solutions digitales (applications mobiles, cartes prépayées, portefeuilles électroniques) adaptées à leurs usages quotidiens. L’objectif est de les familiariser tôt avec les services financiers et de créer un lien de fidélité durable. Des programmes d’éducation financière sont également développés dans les universités et les incubateurs afin de renforcer leur capacité à gérer un budget ou à entreprendre.
Pour les femmes, les banques mettent en place des produits de crédit spécifiques, souvent adossés à des mécanismes de garantie, afin de soutenir l’entrepreneuriat féminin. Des partenariats sont noués avec des institutions publiques et des organisations internationales, pour faciliter l’accès des femmes au financement, en particulier dans les secteurs de l’agriculture, du commerce et des services. Selon les données de la Banque Centrale, les femmes représentent déjà près de 40 % des bénéficiaires de services financiers formels dans l’Union, un chiffre en progression constante.
Au-delà des produits, les banques cherchent à améliorer l’accompagnement personnalisé. Des guichets dédiés, des programmes de mentorat et des services de conseil visent à renforcer la confiance de ces segments souvent perçus comme vulnérables face au système financier.
- Quel a été l'apport du secteur bancaire au financement du secteur privé et des secteurs stratégiques tels que l'agriculture et l'industrie ?
Le secteur bancaire sénégalais joue un rôle central dans le financement de l’économie, en particulier du secteur privé et des filières stratégiques. En 2024, les crédits à l’économie ont progressé de 5,6 % pour atteindre 36 888 milliards de FCFA au niveau de l’Union Monétaire Ouest-Africaine, dont une part significative bénéficie au Sénégal (Commission Bancaire de l’UMOA, Rapport annuel 2024, p. 40 ; BCEAO – Présentation du 22 septembre 2025, p. 6). Les crédits accordés aux administrations publiques ne représentent qu’environ 6,3 % du total, ce qui illustre la priorité donnée au financement du secteur privé productif(Commission Bancaire 2024, p. 43).
Dans l’agriculture, les banques ont renforcé leurs interventions grâce à des partenariats avec l’État et des institutions spécialisées, afin de soutenir la mécanisation, la transformation locale, et l’agro-industrie. Ces financements visent particulièrement à réduire la dépendance aux importations et à accroître la souveraineté alimentaire, dans un contexte marqué par la volatilité des prix mondiaux. Le financement des campagnes agricoles est régulier et annuel sous l’égide de banques leaders et bien souvent dans une démarche de syndication pour le partage de risques, au sein d’un pool bancaire.
Dans l’industrie, le crédit bancaire accompagne la modernisation et l’extension de secteurs clés tels que l’énergie, la cimenterie, l’agro-alimentaire et les matériaux de construction. Ces projets bénéficient souvent de financements structurés, combinant ressources locales et concours extérieurs, afin de sécuriser leur viabilité.
Pour les petites et moyennes entreprises (PME/PMI), qui constituent plus de 90 % du tissu économique national, les banques développent des produits adaptés, souvent adossés à des mécanismes de garantie publique ou régionale. Ces initiatives visent à lever la contrainte de l’accès au crédit, encore considérée comme le principal frein à leur développement. Ces dernières années ont vu le relèvement des financements bancaires pour ce segment, à travers notamment le Dispositif de la BCEAO pour le soutien au financement des PME/PMI du pays.
Les banques sénégalaises apportent une contribution essentielle au financement de l’économie réelle. Elles orientent leurs ressources vers les secteurs porteurs de croissance, mais aussi, soutiennent les chaînes de valeur agricoles et industrielles, et facilitent l’accès des PME au crédit, confirmant leur rôle de catalyseur dans la transformation structurelle du pays.
- Compte tenu des défis actuels, comment les banques contribuent-elles à la relance de l'économie sénégalaise notamment dans le cadre des Appel Public à l’Epargne (APE), du financement structuré et de la titrisation bancaire ?
La relance de l’économie sénégalaise repose en grande partie sur la capacité des banques à mobiliser et canaliser les ressources financières vers les secteurs stratégiques.
En 2024, le Sénégal a levé près de 750 milliards de FCFA sur le marché financier régional de l’UEMOA, à travers ses différentes émissions obligataires et Appels Publics à l’Épargne (APE), dont le dernier a permis de mobiliser plus de 450 milliards de FCFA (Ministère des Finances et du Budget – Direction Générale du Trésor, communiqué du 28 décembre 2024 ; BCEAO – Marché des Titres publics, rapport annuel 2024).
L’encours de la dette domestique a ainsi approché 2 865 milliards de FCFA à fin 2024, confirmant le rôle croissant du marché régional dans la couverture des besoins de financement de l’État (BCEAO, Statistiques de la dette publique, T4 2024 ; DGCPT, Bulletin de la dette intérieure, décembre 2024).
Les banques sénégalaises y tiennent une place essentielle : en tant qu’arrangeurs, teneurs de compte et souscripteurs principaux, elles participent activement à la mobilisation de l’épargne nationale au service des infrastructures et de la transition énergétique (AMF-UMOA, Rapport sur le Marché Financier Régional 2024, pp. 18-20).
Les banques sénégalaises se sont également engagées dans le financement structuré de projets majeurs : centrales électriques, infrastructures de transport, projets industriels et agricoles intégrés. Ces financements, souvent réalisés en partenariat avec des institutions multilatérales (Banque Mondiale, Banque Africaine de Développement, Banque Européenne d’Investissement), permettent de sécuriser les risques, de mutualiser les ressources et de mobiliser des capitaux privés à grande échelle.
La titrisation quant à elle, est un outil encore émergent dans l’Union, mais elle représente une opportunité importante pour assainir les bilans bancaires et libérer de nouvelles capacités de financement. En transformant des créances (notamment immobilières ou de consommation) en titres négociables, les banques peuvent diversifier leurs sources de liquidité et réduire la pression sur leurs fonds propres. Des opérations pilotes sont en préparation dans la région, et le Sénégal, avec la profondeur de son marché bancaire riche de 33 acteurs est bien placé pour en bénéficier.
En résumé, les banques sénégalaises sont au cœur de la relance économique, non seulement en finançant directement les entreprises et les ménages, mais aussi en utilisant les marchés de capitaux et les instruments innovants pour canaliser l’épargne vers l’investissement productif.
C’est par cette combinaison d’intermédiation bancaire et d’ingénierie financière que le secteur contribuera à transformer durablement l’économie nationale.
Lejecos Magazine Novembre 2025


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