DIFFICILE SITUATION ECONOMIQUE DU SENEGAL : Le prix du baril de pétrole : le coupable idéal

Mercredi 14 Novembre 2018

L’économie du Sénégal n’était pas aussi solide qu’on a voulu le faire croire au monde entier et particulièrement aux bailleurs de fonds. Il a en effet suffit d’une petite secousse avec la hausse du prix du baril de pétrole pour que le bateau commence à tanguer. Le commandant devrait dès lors être beaucoup plus attentif et se concentrer davantage sur son navire qu’il a l’obligation de mener à bon port, au lieu de se divertir dans le champ politique. Parce qu’en économie, il est clairement établit qu’on ne sait jamais de quoi demain sera fait.


DIFFICILE SITUATION ECONOMIQUE DU SENEGAL :  Le prix du baril de pétrole : le coupable idéal
Décidément le prix du baril de pétrole a bon dos. Dès que les solutions deviennent rares voire inexistantes, on se tourne vers le prix du baril de pétrole pour tout lui mettre sur le dos. C’est ce qu’a encore fait le ministre de l’économie et des finances du Sénégal  lors de sa dernière rencontre avec la Directrice des opérations de la banque mondiale. Il voulait justifier la difficile situation économique que traverse le pays. Amadou Ba y était obligé. Il faut expliquer et rassurer  la banque mondiale, l’un des partenaires de premier plan du Sénégal. Est-ce que c’est suffisant ? En tout cas, les observations de la Directrice des opérations de la banque mondiale au Sénégal, Louise Corde sont bien fondées et non pas au vue de la réaction du ministre ,   le même poids que celles de tous  ces observateurs de la scène économique sénégalaise  qui ont alerté depuis des mois sur la situation que traverse le pays. Amadou Ba ne peut se permettre de nier l’évidence devant un bailleur aussi sérieux que la banque mondiale. D’où son mea culpa. Cependant, se réfugier derrière le prix du baril de pétrole pour expliquer cette situation difficile peut-il passer ? La réponse devrait sans aucun doute être  négative. L’argentier de l’Etat devrait même être gêné d’avancer un tel argument. D’abord  parce qu’il reconnaît enfin que l’Etat a de sérieuses difficultés de trésorerie. C’est quand bien même une bonne chose  car Il avait refusé de le faire il y a quelques mois, quand l’ancien Premier ministre, Mamadou Lamine Loum avait alerté sur la situation de trésorerie du pays. Au lieu prendre en compte cette alerte, le ministre de l’économie s’était empressé de convoquer la presse pour déclarer devant ses services que l’Etat avait 700 milliards de FCFA dans ses caisses. Une grossière erreur de communication ! Un Etat aussi liquide mais qui ne peut pas payer ses arriérés, et étouffe son secteur privé, cela n’existe sans doute qu’au Sénégal.     Ensuite, Amadou Ba avoue que ce n’est pas à cause  de l’exécution de ce fameux plan Sénégal émergent qu’il y a eu ces dernières années une hausse continue de la croissance. En vérité, au cours des premières années du magistère du Président Macky Sall, le Sénégal s’est retrouvé dans l’un des trois scénarios qu’avaient imaginé les experts de l’Unité de coordination et de suivi des politiques économiques   quand ils rédigeaient le document de politique économique et sociale (DPES) en 2012. C’était le scénario le plus favorable. Dans celui-ci, en effet, il n’y avait pas de crise encore moins de facteur exogène pouvant affecter la croissance comme par exemple une hausse des cours du baril de pétrole. Il n’y avait pas alors de quoi bomber le torse et crier partout que les bons résultats économiques du Sénégal étaient dus au bon travail du gouvernement de la seconde alternance. Si aujourd’hui, le ministre de l’économie est obligé de se réfugier derrière le prix du baril de pétrole,  c’est parce qu’effectivement le Sénégal se trouve dans l’autre scénario. Celui dans lequel, le pays doit faire face à des chocs exogènes, comme la hausse du prix du baril de pétrole. Une situation que le gouvernement ne maîtrise pas du tout. Malheureusement, c’est une situation qui risque de perdurer. Le gouvernement est dès lors obligé de se rendre à l’évidence et essayer de gérer la situation en agissant sur les prix de l’électricité et des hydrocarbures et par ricochet sur les prix des autres produits. Ce qui va certainement remettre totalement en cause la pertinence des résultats de l’année sociale.  Dans tous les cas le risque est réel. Parce que si le gouvernement continue à soutenir ces prix, le déficit budgétaire qui s’était très sensiblement réduit, ces dernières années, et faisait d’ailleurs l’objet de beaucoup de publicité va reprendre l’ascenseur, comme cela  fut le cas lors des dernières années du régime de Abdoulaye Wade.
Cette situation est donc  très risquée pour le gouvernement de Macky Sall et pour sa réélection. Parce qu’il faudra se résoudre à dire la vérité aux populations et à appliquer la vérité des prix pour trouver une porte de sortie.  Le fera-t-on ? Là est toute la question.
Oumar Nourou
La rédaction
Economie

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