Du 3 au 4 novembre 2025, plus de 1 250 dirigeants (banques, assurances, marchés, fintech, régulateurs, décideurs publics) en provenance d’une quarantaine de pays d’Afrique et au-delà, ont convergé à Casablanca (Maroc) pour la 5ème édition de l’Africa Financial Industry Summit (AFIS). Une édition qui, selon le patron de Jeune Afrique Media, Amir Ben Yahmed, initiateur de l’évènement, « Incarne l’urgence de moderniser les instruments et de mobiliser les capitaux africains, pour les orienter sur les projets stratégiques afin de consolider le développement économique ».
L’enjeu, a-t-il déclaré d’emblée, n’est pas tant le manque d’épargne, que la capacité à la structurer et à la mobiliser. Ce qu’a confirmé Mme Nadia Fettah, ministre marocaine de l’Economie et des finances : « l’Afrique épargne près de 500 milliards de dollars par an » clame-t-elle. « Or, 80 % des transactions intra-africaines se font encore en devises internationales, renchérissant les coûts et alimentant la vulnérabilité financière. »
Elle réaffirme ainsi, une conviction désormais partagée selon laquelle, l’avenir du continent dépendra de sa capacité à mobiliser ses propres ressources et à parler d’une seule voix sur le terrain de la finance.
Ce n’est donc pas un hasard conclut-elle, si le thème principal : « Notre capital, notre puissance, libérons la souveraineté financière de l’Afrique » a été choisi comme thème principal de l’AFIS 2025. Il est question désormais de passer à l’action et Makhtar Diop, Directeur général de l’International Finance Corporation (IFC), ne dit pas autre chose. Il veut battre le fer, maintenant et de ce point de vue « L’IFC est prête à accompagner le mouvement de mobilisation de l’épargne domestique et la consolidation des marchés financiers locaux que doit porter le secteur privé ».
En effet, l’institution du Groupe Banque mondiale, selon MakhtarDiop, investit de plus en plus en monnaie locale, tout en renforçant ses capacités de garantie à travers la plateforme Unify Guaranty, mais aussi en ciblant des secteurs stratégiques comme l’agriculture et les collectivités locales.
Joignant l’acte à la parole, le Directeur général de l’IFC a annoncé 310 millions de dollars d’investissements pour soutenir les PME et la création d’emplois dans plusieurs pays africains.
Six piliers clés
L’urgence est d’autant plus présente qu’on vit aujourd’hui dans un contexte mondial traversé par des tensions géopolitiques, des marges budgétaires réduites, et une volatilité financière persistante, entre autres.
La séance inaugurale a ouvert une fenêtre à travers un panel consacré à la nécessité de « Débloquer » la puissance financière africaine. Au cours des échanges, il est apparu plusieurs axes notamment : la nécessité d’approfondir les marchés et d’attirer davantage les investisseurs institutionnels.
De même, le défi monétaire a été évoqué pour souligner, à la fois, la multiplicité des monnaies sur le continent, mais surtout, la fragmentation règlementaire, ainsi que la problématique de la perception du risque pointée par Jérémy Awori, CEO du Groupe Ecobank.
Mais Aigboje Aig-Imoukhuede, président de Access Bank PLC, a quant à lui, plaidé pour le « dé-risquage » du marché africain, tandis que Jules Ngankam de African Guarantee Fund, a rappelé que les coûts de transaction constituent le premier frein pour les PME.
En fait, l’AFIS veut repenser les fondations de la finance africaine autour de six piliers clés notamment :
- la stabilité économique mondiale,
- l’avenir de la banque commerciale,
-la gestion d’actifs et les marchés des capitaux,
-la finance durable,
-l’assurance
- et l’innovation numérique.
L’objectif déclaré est de réduire la dépendance aux capitaux étrangers, et d’orienter l’épargne et le capital domestiques vers le développement africain. Pour ce faire et accélérer la mobilisation des ressources africaines, la voie indiquée est d’encourager l’implication des fonds souverains, caisses de pension, banques, assurances et marchés de capitaux pour financer des projets structurants (infrastructures, énergie, industrie, agriculture, digital).
Le défi du « bancable »
Pour le secteur privé et les institutions financières, le message est clair : l’État ne peut plus porter seul le développement. Il faut des partenariats public-privé, des marchés domestiques robustes, des mécanismes de garantie et des produits financiers adaptés.
Dans la même veine, il a été question, lors de cette édition, de renforcer l’inclusion financière & le financement des PME, à travers la promotion des fintechs, les instruments de financement innovants, le développement de l'accès au crédit pour les petites et moyennes entreprises.
Au demeurant, même si l’épargne existe, les défis sont là mais aussi le principal obstacle, reste selon les participants, la capacité à structurer des projets “bancables” — fiables, sûrs, avec des rendements clairs — pour attirer le capital africain. D’où le besoin d’instruments financiers adaptés (marchés de capitaux locaux, obligations africaines, mécanismes de garantie, financiers innovants) sans quoi le capital reste inactif ou fuit à l’étranger.
Le défi de la confiance, de la gouvernance et de l’harmonisation réglementaire a aussi été un point d’attention de ce panel. Les investisseurs demandent en effet, la mise en place de cadres stables, transparents et prévisibles avant de s’engager. Les panélistes ont toutefois insisté sur la nécessaire modernisation des cadres réglementaires, la transparence dans la gouvernance, la confiance, la protection des investisseurs et des épargnants.
Réserves de change : le pari risqué
Lors d’un panel sur la gestion des réserves de change, le gouverneur de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), Jean Claude Kassi Brou, est revenu sur l’importance stratégique des réserves de change pour la stabilité monétaire, la résilience macroéconomique et la souveraineté collective. Selon lui en effet, « Les réserves de change sont essentielles pour maintenir l’équilibre macroéconomique, financer les importations essentielles, stabiliser le taux de change et préserver la confiance dans la monnaie. »
La BCEAO, de ce point de vue, s’appuie dans la gestion des réserves sur trois principes : la sécurité du capital, la liquidité et la rentabilité. Cette triade, selon le gouverneur, « reste la base pour éviter les risques liés à un usage risqué des réserves », conclut -il.
Le panel a surtout discuté, en outre sur l’idée de confier une part des réserves non plus aux institutions offshore, mais à des banques africaines ou régionales. L’objectif serait d’une part, de réduire la dépendance aux structures extérieures, renforcer, d’autre part, la souveraineté monétaire, enfin de stimuler les marchés financiers locaux et favoriser le financement interne.
Un “pari risqué” s’il n’est pas bien calibré, selon plusieurs intervenants. Pour eux, confier les réserves à des banques commerciales africaines peut être une opportunité de souveraineté, mais aussi un risque systémique car, si ces banques ne sont pas robustes, mal régulées, en cas de crise monétaire ou de banques fragiles, cela pourrait fragiliser tout le système.
L’enjeu est donc de trouver un équilibre : sécurité + liquidité + rendement, sans tomber dans l’effet “mauvais placement de réserve”. Pour cela, il faudrait des mécanismes de gouvernance rigoureux, de transparence, et des cadres régionaux solides.
Ce panel a en tout cas lancé un message fort en faisant noter que ce n’est pas juste un débat technique mais une question de souveraineté, de stratégie, et de survie financière.
Le moment de l’exécution
L’AFIS 2025 a clairement confirmé une volonté collective — États, institutions financières, secteur privé — de faire de la mobilisation du capital domestique africain le pilier de la transformation du continent.
Mais la réussite de cette ambition dépend désormais de la capacité à transformer les engagements en financements effectifs, de structurer des projets viables, et de construire des instruments financiers adaptés. L’édition 2025 marque un jalon stratégique : ce n’est plus le moment des intentions, mais de l’action.
En réunissant les principaux acteurs publics et privés du monde de la finance, AFIS 2025 cherche ainsi à transformer cette «urgence» en action, en mobilisant « des solutions innovantes pour lever les capitaux privés nécessaires à la création d'emplois, à une résilience accrue et à une croissance économique inclusive », explique Ethiopis Tafara, vice-président de la Société financière internationale (SFI) pour l'Afrique.
Lejecos Magazine Mars 2026
L’enjeu, a-t-il déclaré d’emblée, n’est pas tant le manque d’épargne, que la capacité à la structurer et à la mobiliser. Ce qu’a confirmé Mme Nadia Fettah, ministre marocaine de l’Economie et des finances : « l’Afrique épargne près de 500 milliards de dollars par an » clame-t-elle. « Or, 80 % des transactions intra-africaines se font encore en devises internationales, renchérissant les coûts et alimentant la vulnérabilité financière. »
Elle réaffirme ainsi, une conviction désormais partagée selon laquelle, l’avenir du continent dépendra de sa capacité à mobiliser ses propres ressources et à parler d’une seule voix sur le terrain de la finance.
Ce n’est donc pas un hasard conclut-elle, si le thème principal : « Notre capital, notre puissance, libérons la souveraineté financière de l’Afrique » a été choisi comme thème principal de l’AFIS 2025. Il est question désormais de passer à l’action et Makhtar Diop, Directeur général de l’International Finance Corporation (IFC), ne dit pas autre chose. Il veut battre le fer, maintenant et de ce point de vue « L’IFC est prête à accompagner le mouvement de mobilisation de l’épargne domestique et la consolidation des marchés financiers locaux que doit porter le secteur privé ».
En effet, l’institution du Groupe Banque mondiale, selon MakhtarDiop, investit de plus en plus en monnaie locale, tout en renforçant ses capacités de garantie à travers la plateforme Unify Guaranty, mais aussi en ciblant des secteurs stratégiques comme l’agriculture et les collectivités locales.
Joignant l’acte à la parole, le Directeur général de l’IFC a annoncé 310 millions de dollars d’investissements pour soutenir les PME et la création d’emplois dans plusieurs pays africains.
Six piliers clés
L’urgence est d’autant plus présente qu’on vit aujourd’hui dans un contexte mondial traversé par des tensions géopolitiques, des marges budgétaires réduites, et une volatilité financière persistante, entre autres.
La séance inaugurale a ouvert une fenêtre à travers un panel consacré à la nécessité de « Débloquer » la puissance financière africaine. Au cours des échanges, il est apparu plusieurs axes notamment : la nécessité d’approfondir les marchés et d’attirer davantage les investisseurs institutionnels.
De même, le défi monétaire a été évoqué pour souligner, à la fois, la multiplicité des monnaies sur le continent, mais surtout, la fragmentation règlementaire, ainsi que la problématique de la perception du risque pointée par Jérémy Awori, CEO du Groupe Ecobank.
Mais Aigboje Aig-Imoukhuede, président de Access Bank PLC, a quant à lui, plaidé pour le « dé-risquage » du marché africain, tandis que Jules Ngankam de African Guarantee Fund, a rappelé que les coûts de transaction constituent le premier frein pour les PME.
En fait, l’AFIS veut repenser les fondations de la finance africaine autour de six piliers clés notamment :
- la stabilité économique mondiale,
- l’avenir de la banque commerciale,
-la gestion d’actifs et les marchés des capitaux,
-la finance durable,
-l’assurance
- et l’innovation numérique.
L’objectif déclaré est de réduire la dépendance aux capitaux étrangers, et d’orienter l’épargne et le capital domestiques vers le développement africain. Pour ce faire et accélérer la mobilisation des ressources africaines, la voie indiquée est d’encourager l’implication des fonds souverains, caisses de pension, banques, assurances et marchés de capitaux pour financer des projets structurants (infrastructures, énergie, industrie, agriculture, digital).
Le défi du « bancable »
Pour le secteur privé et les institutions financières, le message est clair : l’État ne peut plus porter seul le développement. Il faut des partenariats public-privé, des marchés domestiques robustes, des mécanismes de garantie et des produits financiers adaptés.
Dans la même veine, il a été question, lors de cette édition, de renforcer l’inclusion financière & le financement des PME, à travers la promotion des fintechs, les instruments de financement innovants, le développement de l'accès au crédit pour les petites et moyennes entreprises.
Au demeurant, même si l’épargne existe, les défis sont là mais aussi le principal obstacle, reste selon les participants, la capacité à structurer des projets “bancables” — fiables, sûrs, avec des rendements clairs — pour attirer le capital africain. D’où le besoin d’instruments financiers adaptés (marchés de capitaux locaux, obligations africaines, mécanismes de garantie, financiers innovants) sans quoi le capital reste inactif ou fuit à l’étranger.
Le défi de la confiance, de la gouvernance et de l’harmonisation réglementaire a aussi été un point d’attention de ce panel. Les investisseurs demandent en effet, la mise en place de cadres stables, transparents et prévisibles avant de s’engager. Les panélistes ont toutefois insisté sur la nécessaire modernisation des cadres réglementaires, la transparence dans la gouvernance, la confiance, la protection des investisseurs et des épargnants.
Réserves de change : le pari risqué
Lors d’un panel sur la gestion des réserves de change, le gouverneur de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), Jean Claude Kassi Brou, est revenu sur l’importance stratégique des réserves de change pour la stabilité monétaire, la résilience macroéconomique et la souveraineté collective. Selon lui en effet, « Les réserves de change sont essentielles pour maintenir l’équilibre macroéconomique, financer les importations essentielles, stabiliser le taux de change et préserver la confiance dans la monnaie. »
La BCEAO, de ce point de vue, s’appuie dans la gestion des réserves sur trois principes : la sécurité du capital, la liquidité et la rentabilité. Cette triade, selon le gouverneur, « reste la base pour éviter les risques liés à un usage risqué des réserves », conclut -il.
Le panel a surtout discuté, en outre sur l’idée de confier une part des réserves non plus aux institutions offshore, mais à des banques africaines ou régionales. L’objectif serait d’une part, de réduire la dépendance aux structures extérieures, renforcer, d’autre part, la souveraineté monétaire, enfin de stimuler les marchés financiers locaux et favoriser le financement interne.
Un “pari risqué” s’il n’est pas bien calibré, selon plusieurs intervenants. Pour eux, confier les réserves à des banques commerciales africaines peut être une opportunité de souveraineté, mais aussi un risque systémique car, si ces banques ne sont pas robustes, mal régulées, en cas de crise monétaire ou de banques fragiles, cela pourrait fragiliser tout le système.
L’enjeu est donc de trouver un équilibre : sécurité + liquidité + rendement, sans tomber dans l’effet “mauvais placement de réserve”. Pour cela, il faudrait des mécanismes de gouvernance rigoureux, de transparence, et des cadres régionaux solides.
Ce panel a en tout cas lancé un message fort en faisant noter que ce n’est pas juste un débat technique mais une question de souveraineté, de stratégie, et de survie financière.
Le moment de l’exécution
L’AFIS 2025 a clairement confirmé une volonté collective — États, institutions financières, secteur privé — de faire de la mobilisation du capital domestique africain le pilier de la transformation du continent.
Mais la réussite de cette ambition dépend désormais de la capacité à transformer les engagements en financements effectifs, de structurer des projets viables, et de construire des instruments financiers adaptés. L’édition 2025 marque un jalon stratégique : ce n’est plus le moment des intentions, mais de l’action.
En réunissant les principaux acteurs publics et privés du monde de la finance, AFIS 2025 cherche ainsi à transformer cette «urgence» en action, en mobilisant « des solutions innovantes pour lever les capitaux privés nécessaires à la création d'emplois, à une résilience accrue et à une croissance économique inclusive », explique Ethiopis Tafara, vice-président de la Société financière internationale (SFI) pour l'Afrique.
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