7ᵉ EDITION DES FINANCIAL AFRIK AWARDS À Banjul : L’Afrique des PPP teste sa maturité

Jeudi 9 Avril 2026

Les 22 et 23 janvier 2025, la 7ᵉ édition des Financial Afrik Awards (FAA) s’est tenue à Banjul, qui pour la circonstance, n’était pas seulement la capitale paisible de la Gambie, mais le lieu de convergence des décideurs publics, financiers, investisseurs et experts autour d’une question centrale : les partenariats public-privé (PPP). L’événement a eu pour cadre le Centre de Conférences Sir Dawda Kairaba.


Le temps de deux journées intenses, Banjul, la capitale gambienne, a été le laboratoire des ambitions africaines en matière de financement du développement.

A l’ouverture de la cérémonie, le président gambien Adama Barrow a donné le ton : « Il n’y a pas de développement sans infrastructures. » Une évidence ? Peut-être. Mais derrière cette phrase, un rappel ferme : « Les PPP ne doivent pas être de simples montages financiers. Ils doivent servir une vision. Il nous faut une Gouvernance solide, une stabilité institutionnelle, et un cadre clair. Sans ces piliers, le modèle reste fragile » a-t-il déclaré

Du concept aux routes impraticables

Le débat aurait pu rester théorique. Il ne l’a pas été. Quand Ibrahima Diouf, Conseiller spécial du président de la BOAD, explique avoir mis près de six heures pour rejoindre Banjul  à partir de Dakar, l’assemblée sourit. Mais le message est sérieux : la connectivité régionale reste l’un des talons d’Achille de l’Afrique de l’Ouest.

La Banque Ouest-Africaine de Développement a déjà financé 53 projets en PPP. Un chiffre qui montre que les institutions régionales montent en puissance. Pourtant, le fossé entre les besoins et les réalisations demeure immense. Routes, ports, énergie, transports… l’infrastructure est encore le maillon faible de la compétitivité africaine.
D’où la question qui revient sans cesse : comment structurer des projets solides, attractifs et bancables ?

400 milliards de dollars… par an

Le chiffre a circulé dans les couloirs. Il a sonné comme un rappel brutal . En effet, il faut plus de 400 milliards de dollars par an   pour combler le déficit d’infrastructures du continent, que les États, seuls, ne peuvent pas mobiliser.

Didier Acouetey, fondateur d’AfricSearch Group et conseiller spécial du président de la BAD pour la Nouvelle architecture financière africaine, l’a résumé sans détour : « Le secteur privé dispose des capacités de mobilisation, d’ingénierie et d’efficacité. Encore faut-il que le partage des risques soit équilibré ».

Le principe des PPP tient en une équation simple : le privé apporte le capital, l’expertise et l’efficacité opérationnelle, en revanche le public garantit l’intérêt général et la stabilité du cadre. Sur le papier, l’équilibre est séduisant. Dans la réalité, il se heurte à des cadres juridiques parfois incomplets, à des risques mal répartis, et à des procédures opaques.

L’autre urgence évoquée lors de cette 7ème édition de Financial Afric Awards est l’urbanisation fulgurante.

En effet d’ici 2050, quelque 700 millions d’Africains supplémentaires vivront en ville. Le déficit de logements est estimé à 50 millions d’unités et pour le résorber, il faudrait mobiliser environ 1 200 milliards de dollars.

Amadou Thiam, responsable régional de Shelter Afrique, insiste et attire l’attention : « Construire les villes de demain exige planification, cadre réglementaire fiable, maîtrise du foncier et baisse des coûts d’accès au financement. Sans cela, le secteur privé ne pourra pas passer à l’échelle ». Autrement dit, l’Afrique ne peut plus improviser ses villes. Elle doit les concevoir.

Les fonds arabes : manne ou mirage ?

L’un des moments forts de cette édition a porté sur la montée en puissance des fonds souverains et institutions financières arabes dans le financement des infrastructures africaines.

Ces ressources sont perçues comme complémentaires aux financements multilatéraux traditionnels. Mais une question a animé les échanges. A qui profitent réellement ces flux ?
Pierre Atepa Goudiaby, PDG d’Atepa Group, s’exprimant au nom du Club des investisseurs sénégalais, a quant à lui pointé un malaise : « Ces financements semblent souvent s’adresser directement aux gouvernements, laissant les entreprises africaines en marge », a-t-il déclaré.

Le débat s’est alors déplacé vers la préparation des projets. Car pour attirer ces capitaux, il faut des dossiers structurés, une stabilité macroéconomique, et une crédibilité institutionnelle solide. Cependant , il  ya un  consensus  sur la coopération Sud-Sud, évoquée comme levier stratégique, mais pour aussitôt ajouter qu’elle ne sera efficace que si elle repose sur des partenariats transparents et alignés sur les priorités nationales.

Plus qu’une cérémonie, un espace stratégique

Créés en 2018 par Financial Afrik, média économique de référence dirigé par Adama Wade, les Financial Afrik Awards dépassent désormais le simple cadre des distinctions. Ils s’affirment comme une plateforme de réflexion stratégique sur le financement du développement africain.

À Banjul, le message a été clair : le PPP n’est plus une option expérimentale. Il est devenu une nécessité structurelle. Mais sa réussite dépendra moins des montants annoncés, que de la qualité de la gouvernance, de la transparence des procédures et de la capacité des États à préparer des projets robustes.

En filigrane, il ya une conviction partagée, autour de l’idée que l’Afrique ne manque ni d’opportunités ni de capitaux, mais elle  doit désormais consolider la confiance.

Et peut-être qu’un jour, rejoindre Banjul depuis Dakar ne prendra plus six heures, mais le temps symbolique d’une région réellement intégrée.
 
Le palmarès 2025 : miroir des priorités africaines

Au-delà des panels et des débats stratégiques, la 7ᵉ édition des Financial Afrik Awards a livré un message clair à travers son palmarès. Les distinctions attribuées à Banjul dessinent une cartographie précise des priorités économiques du continent qui ont noms : stabilité macroéconomique, financement des infrastructures, dynamisation des marchés, inclusion financière et intégration régionale.

Leadership public et crédibilité financière

Le prix de Ministre des Finances de l’Année a été décerné à Sheku Fantamadi Bangura, ministre des Finances de la Sierra Leone. Une distinction qui salue ses efforts en matière de stabilité macroéconomique et de gouvernance des finances publiques, dans un contexte budgétaire particulièrement contraint.

Le Prix spécial du jury – Leadership financier est revenu à Serge Ekue, président de la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD), pour son rôle moteur dans la mobilisation de financements régionaux et l’accompagnement des États de l’UEMOA dans leurs projets structurants.

Finance, marchés et opérations emblématiques

Le Deal de l’Année a distingué Arsène Dansou, CEO de la Banque Internationale pour l’Industrie et le Commerce (BIIC). L’introduction en Bourse de la BIIC au Bénin a été saluée comme une opération phare, symbole du dynamisme croissant des marchés financiers en Afrique de l’Ouest.

Le titre de Financier de l’Année a été attribué à Birahim Diouf, directeur général du DC/BR, récompensant son engagement dans la structuration d’opérations économiques à fort impact.

Pensée stratégique et parcours d’exception

Le prix de l’Économiste de l’Année a été remis à Mohamed H’Midouche, distingué pour sa contribution à l’analyse des trajectoires de croissance et des transformations structurelles africaines.

Le Lifetime Achievement Award a honoré Zul-Kifl Salami, saluant un parcours marqué par une contribution durable au développement économique et financier du continent.

Le Prix du Champion de l’Inclusion Financière et Sociale a été attribué conjointement à AMIFA et à la Banque Centrale Populaire, avec une mention spéciale pour Cherkaoui Mouhsine, pour son engagement en faveur de l’accès élargi aux services financiers.

Le titre de CEO de l’Année est revenu à Gagan Gupta, dirigeant de ARISE Integrated Industrial Platforms (ARISE IIP), pour son rôle dans le développement de plateformes industrielles sur le continent.

Coopération et intégration régionale

La dimension internationale a été mise à l’honneur avec le Prix de la Coopération Arabo-Africaine, attribué à Ali Alshimmari, PDG de Global South Utilities (GSU).

Le Prix du leadership du commerce et de l’intégration africaine a récompensé Latifa El Bouabdellaoui, directrice générale du Centre Islamique pour le Développement du Commerce (CIDC).

Enfin, une Médaille d’honneur a été remise à Alagie Sanyang, CEO de Cornerstone Group, pour son engagement entrepreneurial.

Un baromètre plus qu’une célébration

À travers ces distinctions, ce n’est pas seulement une série de parcours individuels qui est consacrée mais, une lecture stratégique des dynamiques économiques africaines qui s’esquisse notamment dans le sens de renforcer la discipline budgétaire, structurer les marchés, industrialiser, financer l’inclusion et consolider l’intégration régionale.
Lejecos Magazine Mars 2026
 
 
 
Actu-Economie

La rédaction

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