En soufflant ses 50 bougies, ce lundi 9 février 2026 dans la salle polyvalente du Palais des Congrès du Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire, situé au bord de la lagune Ebrié, sur les hauteurs du quartier chic de Cocody, la Fédération des sociétés d’assurances de droit national africaines (FANAF) a aussi rallumé la flamme qui va bâtir le futur de l’assurance africaine.
La 50ème Assemblée générale de l’organisation faîtière dont la cérémonie d’ouverture a été présidée par le ministre ivoirien des Finances et du Budget et réhaussée par la présence du Président de la Banque Africaine de Développement (BAD) Sidi Ould TAH, a refusé du monde (Plus de 1 700 participants) venu de partout.
Une cérémonie qui a donné le ton, marquée par des allocutions de haut niveau, notamment celles du président de la FANAF, du président de la Banque africaine de développement (BAD) et du ministre ivoirien de l’Économie, des Finances et du Budget, représentant le Premier ministre.
Des prises de parole qui ont souligné la symbolique de cet anniversaire qui, pour Mamadou G. K. Koné, président de l’ASACI, « est un moment important pour notre organisation car il permet de marquer une étape, de rappeler le chemin parcouru et d’ouvrir la réflexion sur les perspectives. »
Le président de la FANAF, César Ekomie Afene, après avoir fait un point sur ses années de présidence, rappelant qu’en 1967, « Mes prédécesseurs n’ont pas seulement créé une association, ils ont semé une graine », a insisté sur le caractère historique du retour à Abidjan, cinquante ans après la création en 1976 de l’organisation.
Assureurs : investisseurs majeurs des économies africaines ?
Au-delà de la symbolique, la FANAF ne célèbre pas seulement son histoire : elle cherche désormais à peser dans l’architecture financière du continent.
Dans les faits, l’assurance africaine demeure un acteur financier secondaire, alors même qu’elle dispose d’un atout stratégique majeur : sa capacité à mobiliser de l’épargne longue.
À Abidjan, ce décalage entre potentiel et réalité a constitué l’arrière-plan de nombreuses interventions, comme celle de Dr. Sidi Ould Tah, président depuis mai 2025 du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) et dont la présence souligne le lien stratégique entre le développement financier et le secteur de l'assurance.
Eu égard aux ressources financières nécessaires et estimées à 400 milliards de dollars chaque année pour financer le développement, le président de la BAD indique que « Cela requiert une mobilisation accrue de tous les acteurs y compris de l’industrie de l’assurance et de la réassurance. »
Le rôle stratégique de l’assurance dans la résilience économique et le financement du développement du continent est évoqué, ici.
Il s’agit, selon lui, d’une nouvelle architecture financière africaine qui vise à rassembler tous les acteurs financiers du continent pour répondre aux besoins de financement du développement.
Lui, comme Messieurs Koné et César Ekomie Afene, ont toutefois déploré qu’en dépit des efforts déployés ces dernières années, le taux de pénétration de l’assurance en Afrique demeure encore limité à 3%, soit un peu moins de la moitié de la moyenne internationale qui se situe à 7,5%. Ce différentiel résume à lui seul le potentiel encore inexploité du secteur.
Pourtant, l’industrie africaine de l’assurance a réussi à mobiliser des ressources conséquentes estimées à plus de 320 milliards de dollars.
Le paradoxe est connu mais rarement assumé : l’assurance reste l’un des secteurs financiers les plus sous-exploités du continent.
La proposition structurante
Marchés fragmentés, de petite taille, un potentiel encore sous exploité, peu profonds, ce sont entre autres les limites actuelles de l’industrie de l’assurance africaine. Dans sa conférence inaugurale sur le thème : « Assurance et souveraineté financière : L’Afrique face à ses défis de transformation », Jean Kacou Diagou a posé l’un des débats les plus concrets de cette édition : celui de l’élargissement obligatoire de certaines couvertures.
Selon lui, la généralisation de mécanismes d’assurance obligatoire dans plusieurs segments pourrait permettre de mobiliser jusqu’à 700 milliards de FCFA, soit un quasi-doublement du volume actuel du marché. « En un an, avec l’assurance obligatoire, il est possible de doubler la taille du marché ivoirien », souligne-t-il.
Au-delà de la mesure technique, la proposition soulève une question plus large : celle du rôle que les États souhaitent réellement confier au secteur dans la structuration de l’épargne nationale.
Un secteur encore fragmenté
Malgré les progrès réglementaires et l’harmonisation engagée dans certaines zones, l’assurance africaine reste caractérisée par : une forte fragmentation des marchés, des niveaux de capitalisation encore limités, une dépendance persistante à la réassurance internationale. Ces contraintes réduisent la capacité du secteur à financer massivement des projets d’infrastructures ou à accompagner des politiques industrielles ambitieuses.
Le problème est ailleurs, si l’on considère l’analyse de Geraldine Mermoux, Directrice générale associée de FINACTU, qui a axé son propos en termes de perspectives, sur la nécessité pour l’assurance africaine, d’assoir une action collective. L’écosystème assurantiel, dit-elle : « présente un environnement où de nombreux acteurs s’activent mais sans coordination or, dans une chaîne, un seul maillon défaillant peut fragiliser tout le système. » En termes de bonnes pratiques, les exemples du Maroc et de la Tunisie ont été évoqués.
Au-delà, les experts présents ont ainsi insisté sur la nécessité de renforcer la taille critique des acteurs, la mutualisation des risques et la profondeur des marchés.
Le moment de vérité
Finalement, la question posée à Abidjan dépasse donc largement le cadre corporatiste. Elle touche à la souveraineté financière du continent. Derrière la célébration d’un demi-siècle d’existence, c’est en réalité le modèle économique du secteur qui est sur la table de la FANAF.
La 50ᵉ édition intervient dans un contexte où plusieurs réformes sont en cours : modernisation des cadres prudentiels, digitalisation des services, stratégies d’inclusion financière, montée des enjeux climatiques et agricoles. Ces évolutions pourraient élargir la base de clients et augmenter la pénétration dans les prochaines années.
Mais elles posent aussi une question sensible : le modèle actuel des compagnies africaines est-il dimensionné pour absorber une croissance rapide du marché ?
À 50 ans, la FANAF joue plus qu’un anniversaire. L’événement rassemble plus de 1 700 participants, issus des compagnies d’assurance, de réassurance, des autorités de régulation et d’autres institutions financières africaines, et confirme le rôle d’Abidjan comme hub régional du secteur assurantiel. L’assemblée doit également préparer le terrain pour le renouvellement de la gouvernance de la FANAF et poser les bases des orientations futures du secteur.
En réalité, l’organisation engage une bataille de crédibilité et la question qui plane désormais sur les marchés est simple : l’assurance africaine peut-elle devenir l’un des piliers du pouvoir financier du continent ?
Malick NDAW
La 50ème Assemblée générale de l’organisation faîtière dont la cérémonie d’ouverture a été présidée par le ministre ivoirien des Finances et du Budget et réhaussée par la présence du Président de la Banque Africaine de Développement (BAD) Sidi Ould TAH, a refusé du monde (Plus de 1 700 participants) venu de partout.
Une cérémonie qui a donné le ton, marquée par des allocutions de haut niveau, notamment celles du président de la FANAF, du président de la Banque africaine de développement (BAD) et du ministre ivoirien de l’Économie, des Finances et du Budget, représentant le Premier ministre.
Des prises de parole qui ont souligné la symbolique de cet anniversaire qui, pour Mamadou G. K. Koné, président de l’ASACI, « est un moment important pour notre organisation car il permet de marquer une étape, de rappeler le chemin parcouru et d’ouvrir la réflexion sur les perspectives. »
Le président de la FANAF, César Ekomie Afene, après avoir fait un point sur ses années de présidence, rappelant qu’en 1967, « Mes prédécesseurs n’ont pas seulement créé une association, ils ont semé une graine », a insisté sur le caractère historique du retour à Abidjan, cinquante ans après la création en 1976 de l’organisation.
Assureurs : investisseurs majeurs des économies africaines ?
Au-delà de la symbolique, la FANAF ne célèbre pas seulement son histoire : elle cherche désormais à peser dans l’architecture financière du continent.
Dans les faits, l’assurance africaine demeure un acteur financier secondaire, alors même qu’elle dispose d’un atout stratégique majeur : sa capacité à mobiliser de l’épargne longue.
À Abidjan, ce décalage entre potentiel et réalité a constitué l’arrière-plan de nombreuses interventions, comme celle de Dr. Sidi Ould Tah, président depuis mai 2025 du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) et dont la présence souligne le lien stratégique entre le développement financier et le secteur de l'assurance.
Eu égard aux ressources financières nécessaires et estimées à 400 milliards de dollars chaque année pour financer le développement, le président de la BAD indique que « Cela requiert une mobilisation accrue de tous les acteurs y compris de l’industrie de l’assurance et de la réassurance. »
Le rôle stratégique de l’assurance dans la résilience économique et le financement du développement du continent est évoqué, ici.
Il s’agit, selon lui, d’une nouvelle architecture financière africaine qui vise à rassembler tous les acteurs financiers du continent pour répondre aux besoins de financement du développement.
Lui, comme Messieurs Koné et César Ekomie Afene, ont toutefois déploré qu’en dépit des efforts déployés ces dernières années, le taux de pénétration de l’assurance en Afrique demeure encore limité à 3%, soit un peu moins de la moitié de la moyenne internationale qui se situe à 7,5%. Ce différentiel résume à lui seul le potentiel encore inexploité du secteur.
Pourtant, l’industrie africaine de l’assurance a réussi à mobiliser des ressources conséquentes estimées à plus de 320 milliards de dollars.
Le paradoxe est connu mais rarement assumé : l’assurance reste l’un des secteurs financiers les plus sous-exploités du continent.
La proposition structurante
Marchés fragmentés, de petite taille, un potentiel encore sous exploité, peu profonds, ce sont entre autres les limites actuelles de l’industrie de l’assurance africaine. Dans sa conférence inaugurale sur le thème : « Assurance et souveraineté financière : L’Afrique face à ses défis de transformation », Jean Kacou Diagou a posé l’un des débats les plus concrets de cette édition : celui de l’élargissement obligatoire de certaines couvertures.
Selon lui, la généralisation de mécanismes d’assurance obligatoire dans plusieurs segments pourrait permettre de mobiliser jusqu’à 700 milliards de FCFA, soit un quasi-doublement du volume actuel du marché. « En un an, avec l’assurance obligatoire, il est possible de doubler la taille du marché ivoirien », souligne-t-il.
Au-delà de la mesure technique, la proposition soulève une question plus large : celle du rôle que les États souhaitent réellement confier au secteur dans la structuration de l’épargne nationale.
Un secteur encore fragmenté
Malgré les progrès réglementaires et l’harmonisation engagée dans certaines zones, l’assurance africaine reste caractérisée par : une forte fragmentation des marchés, des niveaux de capitalisation encore limités, une dépendance persistante à la réassurance internationale. Ces contraintes réduisent la capacité du secteur à financer massivement des projets d’infrastructures ou à accompagner des politiques industrielles ambitieuses.
Le problème est ailleurs, si l’on considère l’analyse de Geraldine Mermoux, Directrice générale associée de FINACTU, qui a axé son propos en termes de perspectives, sur la nécessité pour l’assurance africaine, d’assoir une action collective. L’écosystème assurantiel, dit-elle : « présente un environnement où de nombreux acteurs s’activent mais sans coordination or, dans une chaîne, un seul maillon défaillant peut fragiliser tout le système. » En termes de bonnes pratiques, les exemples du Maroc et de la Tunisie ont été évoqués.
Au-delà, les experts présents ont ainsi insisté sur la nécessité de renforcer la taille critique des acteurs, la mutualisation des risques et la profondeur des marchés.
Le moment de vérité
Finalement, la question posée à Abidjan dépasse donc largement le cadre corporatiste. Elle touche à la souveraineté financière du continent. Derrière la célébration d’un demi-siècle d’existence, c’est en réalité le modèle économique du secteur qui est sur la table de la FANAF.
La 50ᵉ édition intervient dans un contexte où plusieurs réformes sont en cours : modernisation des cadres prudentiels, digitalisation des services, stratégies d’inclusion financière, montée des enjeux climatiques et agricoles. Ces évolutions pourraient élargir la base de clients et augmenter la pénétration dans les prochaines années.
Mais elles posent aussi une question sensible : le modèle actuel des compagnies africaines est-il dimensionné pour absorber une croissance rapide du marché ?
À 50 ans, la FANAF joue plus qu’un anniversaire. L’événement rassemble plus de 1 700 participants, issus des compagnies d’assurance, de réassurance, des autorités de régulation et d’autres institutions financières africaines, et confirme le rôle d’Abidjan comme hub régional du secteur assurantiel. L’assemblée doit également préparer le terrain pour le renouvellement de la gouvernance de la FANAF et poser les bases des orientations futures du secteur.
En réalité, l’organisation engage une bataille de crédibilité et la question qui plane désormais sur les marchés est simple : l’assurance africaine peut-elle devenir l’un des piliers du pouvoir financier du continent ?
Malick NDAW


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