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Un compte pour les laissés pour compte

Vendredi 17 Novembre 2017

Dans une mer de sombres nouvelles, il en est une qui laisse pointer une lueur. Les chiffres de la Banque mondiale, qui seront diffusés au printemps, sur le nombre de comptes ouverts par des particuliers auprès des banques et des autres institutions financières montreront probablement une augmentation.


Reeta Roy est présidente directrice générale de la Fondation Mastercard.
Reeta Roy est présidente directrice générale de la Fondation Mastercard.
Le dernier rapport Global Findex, publié en avril 2015 par la Banque mondiale, estimait à 700 millions le nombre d’adultes, pour la plupart dans les pays en développement, ayant obtenu l’accès aux services financiers dans les trois années précédentes. Cela représentait une augmentation de près de 21% du nombre total de personnes disposant d’« un compte ». L’accès aux services financiers contribue à ouvrir des voies de sortie de la pauvreté, et toute augmentation de ce chiffre constitue donc pour le développement humain une bonne nouvelle. 
Pour autant, mon organisation ne criera pas victoire lorsque paraîtra le prochain rapport. Quoi que puissent montrer les données de la Banque mondiale, l’intégration bancaire universelle n’est pas pour demain, et les populations les plus pauvres de la planète demeureront longtemps privées de services bancaires.
Aujourd’hui même, quelque deux milliards d’adultes sont exclus des services financiers ordinaires. Les preuves trop pointilleuses d’identité qui sont exigées, les commissions élevées, les difficultés d’accès aux agences, et l’idée répandue selon laquelle les institutions financières ne seraient « que pour les riches », comptent parmi les obstacles les plus tenaces et difficiles à surmonter.
À la Fondation Mastercard, nous nous efforçons de contribuer à lever ces barrières pour les plus pauvres. Ce mois-ci, à Accra, au Ghana, nous avons organisé le cinquième Symposium annuel sur l’intégration financière, où se sont retrouvés des centaines de fournisseurs de services financiers, de décideurs politiques, d’universitaires et d’experts du développement, pour examiner comment il est possible d’élargir et d’approfondir l’intégration financière.
Nous tenons cette conférence mondiale depuis 2016, et chaque année, réapparaît la même préoccupation : les institutions financières pourraient faire plus pour répondre aux besoins de leurs clients les plus pauvres. Les banques, bien souvent, ne s’intéressent guère aux comportements ni aux aspirations de leurs clients pauvres, et n’offrent donc pas toujours les produits et les services dont ils ont besoin. Si les priorités de l’industrie changent, les barrières à l’intégration tomberont.
Il devrait être plus facile qu’il ne l’est en réalité de renverser la tendance. Après tout, lorsque les gens sont prospères, les banques le sont aussi. Les pauvres épargnent plus lorsqu’ils ont la possibilité d’ouvrir un compte en banque ou lorsqu’ils peuvent effectuer des paiements par l’intermédiaire d’un téléphone mobile. Avec l’épargne, la prospérité générale s’accroît. Les performances scolaires des enfants s’améliorent lorsque les parents ont les moyens de payer des droits d’inscription. Les femmes s’autonomisent et peuvent lancer une activité. Les ménages pauvres résistent mieux à l’adversité – à une mauvaise récolte, à une maladie ou à une catastrophe naturelle.
Les effets d’entraînement positifs sur l’économie sont évidents. Avec un compte en banque, des entrepreneurs débutants peuvent démontrer leur solvabilité, et obtenir des fonds de prêteurs officiels et responsables. Avec du capital, les petites entreprises peuvent croître, augmenter leur activité, créer des emplois, notamment pour les jeunes.
La technologie a permis, ces dernières années, de diminuer l’écart. Le succès des plateformes de paiement en ligne, comme l’application pour téléphone mobile M-Pesa  au Kenya, démontre avec quelle rapidité des clients vulnérables peuvent s’approprier et utiliser des produits et des services bon marché s’ils sont conçus en fonction des besoins de leurs usagers.
En outre, des entreprises spécialisées dans les technologies de la finance découvrent, en Afrique comme en Asie, des manières innovantes d’analyser les données générées par les activités des personnes pauvres, et de s’en servir pour concevoir et proposer de meilleurs services bancaires. Des stratégies non conventionnelles font aussi leur apparition, qui consistent notamment à s’adresser aux personnes dépourvues de compte bancaire par l’intermédiaire d’entreprises indépendantes auxquelles elles ont déjà recours et accordent leur confiance.
Mais la charge de l’intégration, pour l’essentiel, demeurera du ressort des institutions financières. J’entends souvent dire que le secteur des services financiers est peu enclin au risque. Étant donné les obligations fiduciaires des banques envers leurs clients, ce n’est pas là un véritable défaut. Mais les banques, comme les autres institutions financières, doivent comprendre qu’il leur est parfaitement possible de se garantir contre les risques tout en offrant leurs services à des clients pauvres.
En ignorant les besoins des pauvres, les institutions financières négligent un marché potentiellement immense. Pour atteindre des centaines de millions de nouveaux clients, les institutions financières de la planète n’ont besoin que d’emboîter le pas aux pauvres pour faire avec eu un petit bout de chemin. Elles verraient alors que nul ne doit être exclu sur la base d’hypothèses fausses, dépassées et injustes.
Jamais plus de gens n’ont bénéficié d’un accès à des services financiers responsables et modernes. Il ne fait aucun doute que l’année prochaine, la Banque mondiale indiquera de nouveaux progrès. Mais pour construire un monde dont personne ne sera exclu, l’industrie financière doit placer les besoins de ses clients pauvres au centre de ses stratégies économiques. Alors seulement les bonnes nouvelles concernant l’intégration financière deviendront de vraies grandes nouvelles.
Traduction François Boisivon
Reeta Roy est présidente directrice générale de la Fondation Mastercard.
 
La rédaction
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