Entre Ourossogui, Kaolack, Ziguinchor, Dakar… Six marchés ont pris feu entre le 1er janvier et le 7 avril 2025, pis, cela se serait répété presque toutes les deux semaines.
Ainsi en décembre 2023 à Ziguinchor, l’Incendie du Marché Saint Maur a causé 2,5 milliards de FCFA de pertes, selon les estimations. A Boucotte (Ziguinchor) en février 2025, 1,5 milliard de FCFA sont partis en fumée affectant près de 200 commerçants, sur une surface sinistrée d’environ 4000m². La liste n’est pas finie. Le marché central de la commune de Tambacounda (à l’est du pays) aussi a été victime d’un incendie dans la nuit du vendredi au samedi 21/08/2023 - Les dégâts matériels causés sont évalués à 650 millions de francs CFA , quant au marché central de Thiès environ 30 cantines détruites, pertes estimées à 100 millions FCFA et plus de 200 points de vente impactés (55 cantines, 90 étals) lors des ’incendies de novembre 2024 et janvier 2025. Enfin à Kaolack le marché Guedj / Zinc livre un bilan provisoire de plus d’un milliard FCFA de marchandises détruites et (marché Zinc) : destruction d’environ 15 cantines. Ces dommages jugés “considérables” se sont produits lors du double incendie qui s’est produit en décembre 2024 et février 2025
A chaque nouvel incendie, c’est le même spectacle de désolation et des promesses d’autorités vite oubliées pour combien de temps encore ? Les marchés de Dakar, Thiès ou Kaolack ne peuvent plus être abandonnés à la fatalité du feu. Ils sont le cœur battant de l’économie populaire, le fruit du travail acharné de milliers de familles. Les laisser se consumer, c’est accepter fatalement la ruine des artisans et commerçants, c’est tolérer l’injustice d’une économie vis-à-vis des plus vulnérables qui n’ont ni assurance, ni recours.
Les assureurs sénégalais proposent des solutions, mais combien de commerçants en connaissent l’existence, et combien d’entre eux peuvent s’offrir ces contrats ? Là réside la responsabilité collective. En moins de six mois, la fréquence des sinistres majeurs au niveau des marchés est plutôt alarmante. Les pertes sont énormes et tournent autour de quelques dizaines de milliards de FCFA, sans oublier l’impact social non négligeable chez des centaines de commerçants affectés. Cette sinistralité récurrente est due à un cocktail « explosif » entre installations électriques anarchiques, branchements clandestins, absence de bouches d'incendie, étroitesse des voies, manque d’issues de secours ou d’extincteurs. Le phénomène n’est certes pas nouveau.
Déjà en 1998, suite à un conseil des ministres, les ministres de l’Intérieur, du Commerce et de l’Urbanisme avaient pris l’arrêté interministériel numéro 0123 du 12 janvier 1998 pour réglementer la sécurité incendie ; aucun marché ne l’avait respecté.
23 ans plus tard, le décret n°2021-932 du 14 juillet 2021 créant le Programme de Modernisation et de Gestion des Marchés (Promogem), vient traduire une prise de conscience des autorités, de la nécessité de moderniser les marchés à travers le territoire, avec l’objectif d’améliorer les conditions d'hygiène, de sécurité, de salubrité et de sûreté. A l’arrivée, le constat est implacable : ce texte n’est pas suivi d’effet.
Pendant ce temps, les sinistres continuent de dévaster les marchés et le caractère dramatique des conséquences humaine, économique et social est accentué par une culture du risque inexistante, matérialisée par une faible couverture des commerçants. Pourtant, l’assurance, levier de protection financière fondamental, est rarement sollicitée par les acteurs.
Ainsi en décembre 2023 à Ziguinchor, l’Incendie du Marché Saint Maur a causé 2,5 milliards de FCFA de pertes, selon les estimations. A Boucotte (Ziguinchor) en février 2025, 1,5 milliard de FCFA sont partis en fumée affectant près de 200 commerçants, sur une surface sinistrée d’environ 4000m². La liste n’est pas finie. Le marché central de la commune de Tambacounda (à l’est du pays) aussi a été victime d’un incendie dans la nuit du vendredi au samedi 21/08/2023 - Les dégâts matériels causés sont évalués à 650 millions de francs CFA , quant au marché central de Thiès environ 30 cantines détruites, pertes estimées à 100 millions FCFA et plus de 200 points de vente impactés (55 cantines, 90 étals) lors des ’incendies de novembre 2024 et janvier 2025. Enfin à Kaolack le marché Guedj / Zinc livre un bilan provisoire de plus d’un milliard FCFA de marchandises détruites et (marché Zinc) : destruction d’environ 15 cantines. Ces dommages jugés “considérables” se sont produits lors du double incendie qui s’est produit en décembre 2024 et février 2025
A chaque nouvel incendie, c’est le même spectacle de désolation et des promesses d’autorités vite oubliées pour combien de temps encore ? Les marchés de Dakar, Thiès ou Kaolack ne peuvent plus être abandonnés à la fatalité du feu. Ils sont le cœur battant de l’économie populaire, le fruit du travail acharné de milliers de familles. Les laisser se consumer, c’est accepter fatalement la ruine des artisans et commerçants, c’est tolérer l’injustice d’une économie vis-à-vis des plus vulnérables qui n’ont ni assurance, ni recours.
Les assureurs sénégalais proposent des solutions, mais combien de commerçants en connaissent l’existence, et combien d’entre eux peuvent s’offrir ces contrats ? Là réside la responsabilité collective. En moins de six mois, la fréquence des sinistres majeurs au niveau des marchés est plutôt alarmante. Les pertes sont énormes et tournent autour de quelques dizaines de milliards de FCFA, sans oublier l’impact social non négligeable chez des centaines de commerçants affectés. Cette sinistralité récurrente est due à un cocktail « explosif » entre installations électriques anarchiques, branchements clandestins, absence de bouches d'incendie, étroitesse des voies, manque d’issues de secours ou d’extincteurs. Le phénomène n’est certes pas nouveau.
Déjà en 1998, suite à un conseil des ministres, les ministres de l’Intérieur, du Commerce et de l’Urbanisme avaient pris l’arrêté interministériel numéro 0123 du 12 janvier 1998 pour réglementer la sécurité incendie ; aucun marché ne l’avait respecté.
23 ans plus tard, le décret n°2021-932 du 14 juillet 2021 créant le Programme de Modernisation et de Gestion des Marchés (Promogem), vient traduire une prise de conscience des autorités, de la nécessité de moderniser les marchés à travers le territoire, avec l’objectif d’améliorer les conditions d'hygiène, de sécurité, de salubrité et de sûreté. A l’arrivée, le constat est implacable : ce texte n’est pas suivi d’effet.
Pendant ce temps, les sinistres continuent de dévaster les marchés et le caractère dramatique des conséquences humaine, économique et social est accentué par une culture du risque inexistante, matérialisée par une faible couverture des commerçants. Pourtant, l’assurance, levier de protection financière fondamental, est rarement sollicitée par les acteurs.
Lumière sur le business, ombre sur la sécurité collective
Derrière les étals colorés, les marchandises entassées et les vendeurs à la criée, une réalité moins visible met en péril la sécurité de milliers de personnes. Il s’agit des branchements électriques illégaux et précaires. Nous sommes au marché Tilène, l’un des marchés les plus emblématiques, en plein cœur de la Medina, quartier historique de Dakar, la capitale sénégalaise, qui a pris feu en mars 2017. « Quand on nous a dit que c’était un court-circuit, ça ne m’a même pas surpris. Les câbles passent partout, parfois on marche dessus. J’ai perdu plus d’un million de francs CFA de marchandises », témoigne Demba K., commerçant.
Dans le dédale des couloirs étroits entre les cantines, des dizaines de fils électriques serpentent le sol, grimpent sur les murs, certains à nu exposent les passants à des risques d’électrocution. « On n’a pas le choix. Si tu veux brancher ton congélateur ou ton ventilateur, tu trouves un fil, tu paies un gars, il te connecte. C’est 5 000 ou 10 000 francs par mois », lance un vendeur de téléphones adossé au mur décrépi, qui a remarqué mon manège en m’observant depuis un moment… En effet, les branchements proviennent souvent d’un unique compteur légal, autour duquel plusieurs cantines se “greffent” de façon artisanale.
Des rallonges surchargées, des prises multiples vétustes, et parfois même des câbles dénudés posés à même le sol. Un décor ubuesque !.
En termes d’appareils électriques, « Les commerçants pensent qu’il suffit d’acheter moins cher, or, dans nos actions de sensibilisation, nous usons de la formule « moins cher aujourd’hui, plus cher demain », pour leur expliquer qu’il vaut mieux investir dans des appareils de qualité », explique Moustapha Kamal Ndao
Une poudrière textile au cœur du marché HLM
Derrière la Pharmacie Léopold, au marché HLM, le fameux coin des tailleurs grouille de vie. On y trouve des dizaines d’ateliers improvisés, des étals débordant de wax, bazins, tulles et soies entassés parfois jusqu’au plafond. Mais derrière les couleurs et l’effervescence, se cache un danger silencieux : le risque permanent d’incendie. Les ruelles étroites, souvent encombrées par des ballots de tissus et des machines à coudre branchées sur des rallonges surchargées, rendent la circulation difficile, voire impossible surtout en cas d’évacuation.
Les tissus, très inflammables, sont empilés sans aucune précaution, parfois à quelques centimètres seulement des plaques chauffantes ou des fers à repasser, laissés allumés des heures entières. La promiscuité est telle que le moindre court-circuit ou étincelle pourrait embraser l’ensemble en quelques minutes. L’absence quasi totale d’extincteurs visibles, de bouches d’incendie fonctionnelles et d’issues de secours accentue la vulnérabilité du site.
Les témoignages des riverains et commerçants évoquent d’ailleurs une crainte constante : « Ici, si le feu prend, tout brûle en un instant. On n’aura pas le temps de sortir, ni de sauver la marchandise », confie un tailleur installé ici depuis dix ans.
Ce coin, qui symbolise à la fois l’ingéniosité et la créativité des artisans, ressemble à une poudrière textile. À Dakar, où plusieurs marchés (Sandaga, Petersen, HLM) ont déjà connu de violents incendies par le passé, le coin des tailleurs de la Pharmacie Léopold apparaît comme une zone à haut risque, nécessitant en urgence des mesures de prévention et de sécurité adaptées.
Plus haut, au quartier du Plateau, c’est le même scénario dans ce vaste centre commercial situé au cœur de Dakar et très fréquenté pour son dynamisme et sa variété d’activités. Réputé pour son effervescence constante, le marché Petersen regroupe un important réseau de commerçants informels et formels. Un lieu de vie où se mêlent circulation, échanges commerciaux intenses et diversité culturelle. En mars 2019, un incendie important a ravagé ce marché, détruisant des étals et installations. Les soldats du feu (sapeurs-pompiers), régulièrement appelés en urgence, avaient dénoncé une situation devenue presque incontrôlable. « Tout est parti en fumée. J’ai travaillé plus de dix ans pour constituer ce stock… En une nuit, c’était fini. Les pompiers sont venus, mais il n’y avait pas de bouches d’incendie, on a dû les attendre longtemps », témoigne Ibrahima D., commerçant.
A l’image de tous les marchés du pays, l’indiscipline notoire est la chose la mieux partagée. Ici et là le constat est le même : infrastructures vétustes ou mal entretenues, une sur occupation voire une étroitesse des couloirs d’accès souvent obstrués par des étals ou des marchandises. Bref, il ya un trop grand nombre de commerçants dans un espace non prévu à cet effet, donc aucune distance de sécurité n’est possible entre les étals. Par conséquent, en cas de sinistre, la propagation rapide des flammes se fera sur fond d’absence voire d’obstruction des bouches d’incendie.
Ondes d’impacts
Les conséquences des sinistres pour les commerçants vont des pertes économiques (stocks, matériel, interruption d’activité) importantes, au traumatisme psychologique voire une perte de confiance dans les autorités, en passant par l’absence d’assurance et donc pas d’indemnisation.
Les pertes financières sont estimées environ à plus de 10 milliards FCFA en tenant compte des sinistres non encore quantifiés. Entre la destruction des stocks de marchandises, des étals, des boutiques et de l'ensemble des équipements nécessaires à l'activité commerciale, les commerçants se retrouvent dans l'incapacité d'exercer leur activité, entraînant une perte de revenus et une perturbation de la chaîne d'approvisionnement.
Le phénomène est récurrent à l’échelle nationale et pas moins de 70 incendies ont été recensés dans les marchés sénégalais au cours des 5 dernières années (jusqu’en 2022). Ces sinistres répétés entraînent des pertes cumulées évaluées en centaines de millions voire en milliards de FCFA.
La reconstruction des marchés endommagés nécessite des investissements importants, souvent à la charge des collectivités locales ou de l'État, sans oublier les pertes de recettes fiscales pour les collectivités locales et les perturbations causées aux consommateurs.
Déjà vulnérables, les petits commerçants sont durement touchés par les pertes financières et la perte de leur outil de travail. Pis c’est l’après sinistre qui est beaucoup plus dur avec les tensions sociales qu’entraînent chez les commerçants lorsque vient le moment de les reloger souvent dans des conditions précaires. Quant à l’impact psychologique, il est difficile à évaluer.
Des commerçants à découvert
Le taux de pénétration (la part des primes d’assurance dans le PIB) de l’assurance au Sénégal reste très faible à 1,49 % en 2024. On est très loin derrière la moyenne africaine (3,3 %) et la moyenne mondiale (8 %) (enqueteplus.com). La densité, c’est-à-dire la prime moyenne par habitant, s’élève à environ 15 705 FCFA, en 2024, contre 19608FCFA en Côte d’Ivoire (lejecos.com). La très large majorité des acteurs informels que sont les commerçants des marchés qui représentent près de 97% des emplois au Sénégal, n’a pas accès aux produits d'assurance classiques: peu de couverture maladie, immobilisations, incidents, etc. Selon les estimations des courtiers, moins de 5% des commerçants de marché sont assurés contre l’incendie.
Moustapha Kamal Ndao, Ingénieur polytechnicien, Directeur Souscription IARD-SANLAM Assurances, confirme : « La part du secteur informel ne dépasse pas 5% dans les primes incendies du marché sénégalais des assurances », précise-t-il. Plusieurs raisons expliquent cette faible couverture : la méfiance envers les compagnies d’assurance, les difficultés administratives (absence de preuves d’achat ou d’inventaire du stock), le prix perçu comme inabordable. « L’ignorance est aussi un facteur explicatif, beaucoup de commerçants ne savent pas que l’assurance incendie existe pour leur activité, persuadés que cette protection est réservée aux grandes entreprises ou aux magasins formels », dit-il.
Cette absence de culture collective du risque représente le plus grand danger . L’assurance est ici perçue comme une dépense facultative, et non comme un investissement protecteur. Même avec des initiatives ciblées comme l’assurance via mobile money, l’adoption de l’assurance reste faible en raison de la faible confiance. Du coup, les exigences des assureurs (sécurité électrique, extincteurs, certificat de conformité) ne sont pas respectées dans les marchés traditionnels.
En somme, la couverture des commerçants de marchés est très limitée, bien en dessous des niveaux déjà faibles pour l’ensemble du pays. Des efforts importants sont nécessaires dans l’offre, la sensibilisation et l’adaptation des produits pour toucher ce segment essentiel de l’économie sénégalaise.
Les pertes financières sont estimées environ à plus de 10 milliards FCFA en tenant compte des sinistres non encore quantifiés. Entre la destruction des stocks de marchandises, des étals, des boutiques et de l'ensemble des équipements nécessaires à l'activité commerciale, les commerçants se retrouvent dans l'incapacité d'exercer leur activité, entraînant une perte de revenus et une perturbation de la chaîne d'approvisionnement.
Le phénomène est récurrent à l’échelle nationale et pas moins de 70 incendies ont été recensés dans les marchés sénégalais au cours des 5 dernières années (jusqu’en 2022). Ces sinistres répétés entraînent des pertes cumulées évaluées en centaines de millions voire en milliards de FCFA.
La reconstruction des marchés endommagés nécessite des investissements importants, souvent à la charge des collectivités locales ou de l'État, sans oublier les pertes de recettes fiscales pour les collectivités locales et les perturbations causées aux consommateurs.
Déjà vulnérables, les petits commerçants sont durement touchés par les pertes financières et la perte de leur outil de travail. Pis c’est l’après sinistre qui est beaucoup plus dur avec les tensions sociales qu’entraînent chez les commerçants lorsque vient le moment de les reloger souvent dans des conditions précaires. Quant à l’impact psychologique, il est difficile à évaluer.
Des commerçants à découvert
Le taux de pénétration (la part des primes d’assurance dans le PIB) de l’assurance au Sénégal reste très faible à 1,49 % en 2024. On est très loin derrière la moyenne africaine (3,3 %) et la moyenne mondiale (8 %) (enqueteplus.com). La densité, c’est-à-dire la prime moyenne par habitant, s’élève à environ 15 705 FCFA, en 2024, contre 19608FCFA en Côte d’Ivoire (lejecos.com). La très large majorité des acteurs informels que sont les commerçants des marchés qui représentent près de 97% des emplois au Sénégal, n’a pas accès aux produits d'assurance classiques: peu de couverture maladie, immobilisations, incidents, etc. Selon les estimations des courtiers, moins de 5% des commerçants de marché sont assurés contre l’incendie.
Moustapha Kamal Ndao, Ingénieur polytechnicien, Directeur Souscription IARD-SANLAM Assurances, confirme : « La part du secteur informel ne dépasse pas 5% dans les primes incendies du marché sénégalais des assurances », précise-t-il. Plusieurs raisons expliquent cette faible couverture : la méfiance envers les compagnies d’assurance, les difficultés administratives (absence de preuves d’achat ou d’inventaire du stock), le prix perçu comme inabordable. « L’ignorance est aussi un facteur explicatif, beaucoup de commerçants ne savent pas que l’assurance incendie existe pour leur activité, persuadés que cette protection est réservée aux grandes entreprises ou aux magasins formels », dit-il.
Cette absence de culture collective du risque représente le plus grand danger . L’assurance est ici perçue comme une dépense facultative, et non comme un investissement protecteur. Même avec des initiatives ciblées comme l’assurance via mobile money, l’adoption de l’assurance reste faible en raison de la faible confiance. Du coup, les exigences des assureurs (sécurité électrique, extincteurs, certificat de conformité) ne sont pas respectées dans les marchés traditionnels.
En somme, la couverture des commerçants de marchés est très limitée, bien en dessous des niveaux déjà faibles pour l’ensemble du pays. Des efforts importants sont nécessaires dans l’offre, la sensibilisation et l’adaptation des produits pour toucher ce segment essentiel de l’économie sénégalaise.
L’évolution erratique d’une couverture
Le Sénégal est classé 2ᵉ marché de la zone CIMA depuis 2024 (derrière la Côte d’Ivoire), avec un chiffre d’affaires de 295,692 milliards de FCFA (IARD 182,066 milliards de FCFA et 113,625 milliards de FCFA en Vie ). Au sein de la branche IARD, l’offre d’assurance « Incendie et dommages aux biens » est bien structurée.
Quatrième sous-branche plus importante du marché non-vie, après les accidents corporels, l'automobile et les autres risques, elle représente 16,83% en 2024 contre 22,72% en 2023 , soit une baisse de 5,89% de la part de marché.
La même tendance baissière en valeur est observée sur la production du segment qui passe de 39,3 milliards de Fcfa en 2023 à seulement 30,3 milliards de Fcfa en 2024, soit un recul de 21,3 % en valeur relative et 8,3 milliards de Fcfa en valeur absolue. La particularité est que, dans la même période, les autres sous-branches plus dynamiques telles que « Accidents corporels et Maladies » et « Automobile » ont connu un léger recul en termes de parts de marché et une production en hausse.
L'évolution erratique de l'assurance "incendie et dommages aux biens" entre 2023 et 2024 sur le marché sénégalais résulterait d'une combinaison de facteurs économiques, sociaux, réglementaires et environnementaux.
Entre fluctuation des Primes et conditions de Marché
L’augmentation des coûts des sinistres peut être un facteur explicatif de la part de marché erratique de l'assurance "incendie et dommages aux biens". Ainsi, les assureurs ont dû ajuster leurs tarifs pour couvrir les coûts croissants liés aux sinistres, notamment en raison de l'inflation des prix des matériaux et de la main-d'œuvre . Par conséquent, les conditions de renouvellement des contrats ont dû évoluer, avec des primes plus élevées pour les assurés existants et de nouvelles conditions pour les nouveaux contrats.
Cependant, la demande pour l'assurance "incendie et dommages aux biens" a montré une tendance erratique en raison de la sensibilité. Les commerçants, en particulier les petits et moyens, sont sensibles aux augmentations de primes, ce qui peut les amener à réduire ou annuler leurs couvertures en période de hausse des tarifs. Par ailleurs, l'entrée de nouveaux acteurs sur le marché a intensifié la concurrence, poussant certains assureurs à revoir leurs offres et tarifs, ce qui a pu affecter la stabilité de la demande.
Il s’y ajoute que la fréquence et la gravité des sinistres ont augmenté, influençant l'évolution du marché. Les incendies dans les marchés, tels que ceux de Sandaga et de Tilène, ont entraîné des pertes importantes, incitant les assureurs à ajuster leurs politiques et tarifs. De même, les événements climatiques extrêmes ont également contribué à une augmentation des sinistres, affectant la rentabilité des assureurs et influençant leurs stratégies de tarification.
Enfin, les politiques publiques et les régulations ont joué un rôle dans l'évolution du marché, à travers des infrastructures de prévention insuffisantes. Le manque d'investissement dans la prévention des risques, comme la modernisation des infrastructures de marché, expose les commerçants à des pertes plus importantes en cas de sinistre. De plus, l'absence de mécanismes de soutien ou de subventions pour les petites entreprises est de nature à limiter leur capacité à souscrire ou maintenir des assurances adéquates.
Face à une éventuelle augmentation des primes, certains assurés peuvent opter pour des couvertures moins étendues ou réduire leurs garanties. Mais les assureurs peuvent probablement concentrer leurs efforts sur des segments plus rentables, réduisant ainsi leur présence dans le segment "incendie et dommages aux biens".
Pour stabiliser ce marché, il est essentiel d'améliorer la prévention des risques, d'adapter les politiques tarifaires et de renforcer le soutien aux assurés, en particulier les petites et moyennes entreprises.
Principales compagnies IARD au Sénégal (2023)
Avec dix huit sociétés en exercice , le marché de l’assurance IARD a une production estimée à 182 milliards en 2024. Dans ladite production, la branche incendie concentre 30,987 milliards de FCFA.
Des initiatives, tout de même
Les assureurs ne se contentent plus d’indemniser ; ils commencent à investir dans la prévention. Des initiatives s’organisent pour sensibiliser les commerçants aux bonnes pratiques, notamment la réduction des risques incendie via des règles électriques saines (éviter les branchements sauvages, l’empilement de matériaux inflammables, etc…).
Les assureurs nationaux proposent par ailleurs des contrats « professionnels » incluant l’incendie, les explosions, la perte d’exploitation, dommages électriques et responsabilité civile. Cependant, elles ont encore du mal avec les commerçants qui, pour la grande majorité, ne respectent pas les recommandations en termes de prévention et consistant notamment, selon Moustapha Kamal Ndao, Ingénieur polytechnicien, Directeur Souscription IRD-ALLIANZ, « à la réunion de trois ingrédients nécessaires pour provoquer le feu : le combustible comme le bois ou le plastique ; le comburant constitué généralement par l’oxygène de l’air ; la source d’énergie comme l’étincelle ou un arc électrique. » Pour M. Ndao, « la situation n’a pas changé depuis 2018 au niveau des normes de sécurité dans les marchés.) Au contraire, dit-il, « C’est encore plus alarmant avec toujours une situation de bombe à retardement à l’intérieur de ces lieux où se retrouvent des milliers d’âmes tous les jours. »
En termes de perspectives, l’assureur suggère entre autres, « un partenariat solide entre les commerçants réunis autour des associations comme l’Unacois et les Collectivités locales pour une meilleure organisation et une meilleure prise en charge dans la gestion des marchés. »
D’un autre côté, les commerçants peinent à accéder aux contrats en raison du coût, pour certains et du manque d’information ou de la complexité des procédures, pour d’autres. En réalité, les assureurs exigent un minimum de conditions et demandent notamment que soient respectées les normes minimales de sécurité notamment, la fourniture électrique réglementaire, l’existence de bouches d’incendies , des voies d’accès pour pompiers, etc. « Sans ces mesures, beaucoup de marchés ne sont pas éligibles à une police d’incendie », tranche Moustapha Kamal.
Pourtant, des initiatives sont nées en 2018 entre les commerçants et les assureurs notamment entre Sunu Assurance et l’Union Unacois Yessal (une organisation de commerçants), qui ont lancé un “package Xodeeku” couvrant le risque incendie, le décès, l'invalidité, et l’épargne pour les commerçants et la diaspora.
Cependant, la majorité des commerçants reclus dans l’informel restent non couverts. Par ailleurs, les assureurs tentent de s’adapter à travers la micro assurance et certaines compagnies proposent aujourd’hui des formules simplifiées, sans document complexes. Des contrats collectifs négociés par des GIE ou associations ; une prise en charge rapide (48h à 72h après sinistre reconnu). Mais ces offres restent peu connues, mal promues, et inégalement accessibles.
Il émerge toutefois un positionnement progressif : les assureurs commencent à se voir comme acteurs de résilience collective, bien au-delà de leur rôle traditionnel. L’objectif affiché : combiner sensibilisation, protection financière et formation, pour limiter les pertes matérielles et humaines.
Une chaîne fragmentée
La gestion déléguée des marchés par les municipalités est bien encadrée juridiquement. Le Code général des collectivités territoriales (CGCT) attribue aux municipalités des compétences en matière de gestion des marchés, sécurité publique locale, urbanisme, et hygiène.
Le Code de la protection civile place la prévention des risques et la gestion des catastrophes (dont les incendies) sous la responsabilité conjointe de l’État et des collectivités territoriales. Aussi, au titre des compétences transférées, les communes sont-elles responsables à la fois de la construction, de la gestion et l’entretien des marchés ; de la mise en place de dispositifs de sécurité ( extincteurs, issues de secours, plan d’évacuation, systèmes électriques sûrs, etc ); ainsi que la réglementation de l’occupation du sol (plans d’aménagement du marché, désengorgement des voies de circulation). En somme, les obligations concrètes des municipalités tournent autour de la prévention, la répression et l’organisation ; la réparation.
Mais si la prévention consiste à la sensibilisation des commerçants sur les risques d’incendie, le contrôle régulier des installations électriques, l’imposition de normes de construction sécurisées (éviter les matériaux inflammables) et la mise en place de postes de pompiers de proximité ou de points d’eau fonctionnels, ce sont autant de points névralgiques. La répression et l’organisation interdisent les branchements électriques clandestins, réglementent les dépôts de matières inflammables dans les marchés, et organisent des simulations d’évacuation. Quant à la réparation en cas de sinistre notamment, la responsabilité des municipalités est engagée pour apporter une aide d’urgence aux sinistrés, contribuer à la reconstruction ou réhabilitation du marché, ou une responsabilité civile et pénale en cas de négligence avérée.
Déficit de moyens, absence de coordination et…
Si les compétences sont transférées aux communes, les moyens ne le sont pas, et leur action souffre d’un déficit capacitaire et financier, limitant une mise en œuvre efficace et transparente. L’insuffisance des moyens est caractérisée notamment par une infrastructure dégradée à travers de nombreux marchés qui souffrent d’un manque d’entretien, d’installations vétustes ou inadaptées (absence de toilettes, de points d’eau, de gestion des déchets...).
L’absence de budget limite les actions de salubrité, de désinfection et de prévention des incendies, causant des problèmes d’hygiène et de sécurité, sur fond d’un personnel insuffisant ou mal formé en ce sens que les municipalités peinent à recruter et à former des agents pour superviser la gestion des marchés. Il s’y ajoute un manque criard de planification car, les municipalités ont souvent du mal à investir dans des études techniques, des plans d’aménagement, ou encore des projets de modernisation, au même moment, le manque de moyens logistiques et humains freine la collecte efficace des taxes journalières ou droits de place.
Par ailleurs, l’encombrement des marchés avec les étals anarchiques qui rendent l’accès difficile aux secours, limite également l’efficacité des municipalités. Le déficit de coordination entre mairie, sapeurs-pompiers et commerçants laisse le champ libre à la corruption, ou au laisser-faire dans la gestion des autorisations d’occupation des lieux.
Quant au manque de suivi technique des infrastructures (électricité, plomberie), il a fini d’installer un profond état de délabrement des édifices vétustes des marchés.
Au-delà des Collectivités locales , la chaîne de responsabilités dans les incendies de marché au Sénégal est complexe, car elle implique plusieurs acteurs, chacun ayant une part de responsabilité directe ou indirecte.
Défaillances coupables
Maillon clé, la Protection civile (rattachée au Ministère de l’Intérieur) a un rôle principal de prévention, de secours et de coordination. Avec son rôle pivot dans la prévention à l’échelle territoriale, elle est chargée de l’animation des exercices multi-acteurs et la mobilisation des ressources d’État/partenaires.
Chargée de fournir un réseau électrique fiable et sécurisé, la Senelec a aussi en charge le contrôle des installations électriques des marchés. En fait, à travers le décret n° 2017‑1333 du 8 juin 2017, Senelec a transféré ces charges au Comité Sénégalais pour la Sécurité des Usagers de l’Électricité (COSSUEL), un organisme agréé chargé du contrôle obligatoire (avant et après mise sous tension) des installations électriques intérieures, y compris dans les établissements recevant du public et travailleurs.
Il a en charge la délivrance des attestations de conformité, il effectue des audits et propose des formations spécialisées pour les professionnels. Dans leurs rôles respectifs, le Cossuel garantit la sécurité des installations pour éviter les risques d’accident, d’incendie ou de surconsommation ;et la Senelec s’assure que seuls les clients aux normes accèdent à son réseau, ce qui est censé réduire les incidents techniques et optimiser la gestion du réseau.
Pourtant sur le terrain, on constate à la fois, un taux élevé de branchements frauduleux , une surcharge du réseau par absence de planification,et un faible suivi des normes de sécurité électrique.
Dans la chaîne, les services de secours comme les sapeurs-pompiers ont pour tâche de sensibiliser sur la prévention des incendies et d’intervenir rapidement pour limiter les dégâts. Or, il est souvent noté des retards d’intervention dus à l’encombrement des voies d’accès, mais surtout un manque de moyens adaptés (eau, camions spécialisés).
« Toutes ces structures sont responsables de la sécurité dans les lieux recevant du public », confirme Momar Ndao, président de l’Association des consommateurs du Sénégal (ASCOSEN).
Tout compte fait, les incendies de marchés sont rarement imputables à un seul acteur. C’est un enchaînement de négligences partagées. A défaut d’une synergie réelle entre commerçants, État, collectivités, assureurs, Protection civile, on est en présence d’un véritable « cocktail explosif », car en réalité, les autorités ferment les yeux sur l’occupation anarchique, les commerçants négligent la prévention, les assureurs n’arrivent pas à convaincre, les secours interviennent souvent trop tard.
Du point de vue des associations de consommateurs, la grande problématique, c’est le laisser-aller dans les installations électriques au niveau des marchés.
C’est du moins ce que déclare le président de l’ASCOSEN, qui indique que « Le non-respect des normes d’installations électriques dans les lieux recevant du public est à l’origine des catastrophes que nous vivons. » Tiens, « Moi, je n’ai jamais vu, par exemple, le moindre extincteur au niveau des marchés et par ailleurs, à proximité de ces marchés, il y a plusieurs autres installations à risque comme des restaurants, menuiseries métalliques, ou autres », indique encore M. Ndao. Le rôle des associations de consommateurs se limite pour l’heure à sensibiliser sur le respect des normes et « Nous, nous avons été un peu à la base de la création du Cossuel qui, je le rappelle, a la charge de vérifier les installations électriques avant branchement par Senelec. Dans nos prérogatives, nous faisons pression sur les démembrements de l’Etat pour l’application stricte des textes, mais les décisions, c’est l’Etat qui les prend », conclut M. Ndao.
Un Promogem invisible
Le gouvernement avait lancé en 2019, le programme de modernisation des marchés avec une cartographie des marchés à réaliser dans tout le pays. Une initiative dénommée PROMOGEM (Programme de modernisation et de gestion des marchés).
Dans une première phase d’une durée de 5 ans, ce programme devait être lancée par l’État du Sénégal pour un montant global de 30 milliards de FCfa. Ce projet vise non seulement à participer à la rénovation de ces marchés, mais aussi à les rendre plus vastes pour permettre à une bonne partie des commerçants au Sénégal, d’avoir leur place pour écouler leurs produits.
Malgré les annonces de programmes comme les opérations « Saytu », « Marchés propres », « Aar sunuy marché », la mise en œuvre de cette politique des marchés a du mal à décoller pour plusieurs facteurs, dont les plus importants resteraient l’absence d’adhésion des commerçants qui craindraient, si l’on en croît ce commerçant du marché Petersen : « l’expropriation de leur site et les conflits entre les services de l’Etat et les mairies dû à des oppositions politiques ».
Au niveau de l'ACIS, "Nous avons organisé un Forum auquel nous avons convié l'Etat et les mairies sur la problématique de la modernisation des marchés, mais à notre grande surprise , le Promogem a brillé par absence à cette rencontre " indique encore Mame Thierno Diop.
Nos efforts entrepris pour donner la parole aux responsables du Promogem se sont heurtés à un mur de silence.
Depuis sa création en 2019, le Promogem ne bouge pas et moi je l'ai dit à la Directrice. Au début , ce programme n'a entamé que les marmarchés de Tivaoune Peulh et de Tanbacounda et ils avaient trouvé des marchés en construction mais ça n'avance pas , mais le plus indmissible, c'est le cas du marché Tiléne dont les travaux sont en léthargie depuis 2017 et ce marché n'est toujours pas livré.
La prise de conscience témoigne pourtant de l’intérêt que portaient les pouvoirs publics de la nécessité de moderniser les marchés de la capitale. Une démarche qui doit se faire sans exclure tous les acteurs, particulièrement ceux du privé.
Ces acteurs, qui incluent les entreprises, les investisseurs locaux peuvent être des acteurs majeurs dans la transformation des systèmes de gestion et des pratiques commerciales.
Lejecos Magazine Septembre 2025


chroniques

