À l’heure où le Sénégal accueille les Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ) 2026 (le tout premier événement olympique de l'histoire organisé sur le sol africain), la question de la place réelle du sport dans les stratégies de développement du continent s’impose avec une acuité inédite. Longtemps cantonné au simple rôle de divertissement ou de loisir occasionnel, le secteur sportif est appelé à se muer en un véritable levier de transformation structurelle, économique et sociale.
C’est tout l’enjeu d'une étude codirigée par l'Agence française de développement (AFD), la Banque mondiale et le Comité international olympique (CIO), intitulée : « Libérer le potentiel du sport en Afrique » présentée, le mercredi 04 octobre 2026, à BEM Dakar (Bordeaux École de Management). Dans leur éditorial conjoint, Christophe Lecourtier (Directeur général du groupe AFD) et Makhtar Diop (Directeur général de la Société financière internationale) campent bien le sujet. « Alors que s’ouvrent à Dakar les Jeux Olympiques de la Jeunesse 2026, premier évènement olympique sur le continent africain, une question s’impose : à quelle condition le sport peut-il contribuer à répondre aux défis de l’Afrique d’aujourd’hui, que ce soit en matière de création d’emplois, de santé publique, d’éducation ou de cohésion sociale ? [...] Ces constats invitent à changer de regard : penser le sport comme un investissement économique et social à part entière. »
Supervisé par Thomas Melonio et Linda Zanfini (AFD) pour la coordination éditoriale générale aux côtés de Typhaine Christaen et Etienne Charrière (AFD), Maureen Rosita Ojong Ebob-Besong et Barbara Schweizer (CIO), ainsi que Marcelo Buitron et Khadija Binladen (Banque mondiale), l'ouvrage s'appuie sur des données empiriques de premier plan. Il combine une enquête auprès de 6 000 individus dans neuf pays, une cartographie des politiques publiques sportives de vingt gouvernements et des contributions d'acteurs de terrain comme Laureus Sport for Good et la Development Bank of Southern Africa (DBSA).
Un immense potentiel inexploité
Le rapport met en lumière un écart saisissant : alors que l'économie du sport représente plus de 2 % du PIB mondial et atteint environ 2,5 % en Europe, elle plafonne à moins de 1 % du PIB en Afrique. Il s'agit d'un manque à gagner considérable pour le continent le plus jeune de la planète, où plus de 10 millions de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail alors que les trajectoires de croissance actuelles ne créent qu'environ 3 millions d'emplois formels.
Au-delà des grands événements, les chercheurs Gérard A. Akindès (Josoor Institute), Arnaud Moisan (IPSOS Senegal), Thomas Melonio et Linda Zanfini analysent aux chapitres 2, 3 et 4 le fonctionnement réel du marché : la consommation des ménages, la pratique inclusive et la dynamique des métiers du sport. Le constat est sans appel : les activités liées au sport structurent un tissu d'entreprises locales majoritairement informelles, tandis qu'une part importante de la valeur ajoutée reste captée par des acteurs hors du continent.
Dans le premier chapitre consacré aux politiques publiques, Marcelo Buitron, Filipe Campante (Johns Hopkins University) et Emilio Depetris-Chauvin (PUC-Chile) analysent les choix stratégiques des États africains. Si les discours et cadres réglementaires affichent des ambitions élevées en matière de cohésion et d'identité nationale, la réalité budgétaire impose des limites strictes.
Mesurer l'impact réel et bâtir un héritage à Dakar
Les auteurs soulignent trois constats majeurs. D'abord, une étroite dépendance budgétaire régit le secteur : les ressources allouées aux ministères des Sports demeurent fortement bridées par le niveau de revenu global de chaque État et ses contraintes structurelles. Ensuite, les dépenses publiques s'avèrent très sensibles aux aléas des cycles politiques, oscillant au gré des échéances électorales et des périodes d'instabilité. Enfin, l'étude démontre le rôle déterminant de la densité institutionnelle : les pays s'appuyant sur des cadres administratifs solides et pérennes investissent davantage par habitant et enregistrent des résultats nettement supérieurs, d'autant plus lorsqu'ils privilégient un soutien continu au sport de haut niveau plutôt que des interventions ponctuelles.
Au chapitre 5, la revue systématique des travaux scientifiques menée par Rafael Novella, Richard Freund, Michaela Ho (MIDE Development) et Camille Tchounikine vient évaluer scientifiquement les effets réels de l'activité physique sur le capital humain, la santé mentale, l'éducation et l'inclusion des femmes. Cette rigueur scientifique prend tout son sens à l'heure des Jeux Olympiques de la Jeunesse 2026 à Dakar, tout comme lors des Championnats du monde de cyclisme 2025 au Rwanda. Pour les signataires de l'éditorial, l'héritage de telles compétitions ne doit rien au hasard. « Les retombées économiques ne sont jamais garanties : elles se préparent en amont et reposent sur des stratégies de long terme. La construction d’infrastructures et l’acquisition d’équipements doivent ainsi s’accompagner d’une réflexion sur leurs usages futurs, leur modèle économique et leur capacité à répondre durablement aux besoins des populations. »
En combinant recherche académique, données de terrain et cadrage politique, cet ouvrage offre une feuille de route claire aux décideurs publics. L'enjeu à Dakar comme sur l'ensemble du continent n'est plus seulement d'organiser de grandes fêtes du sport, mais d'inscrire durablement la pratique sportive au cœur des politiques d'éducation, de santé et d'emploi de l'Afrique.
Mamadou DIALLO
C’est tout l’enjeu d'une étude codirigée par l'Agence française de développement (AFD), la Banque mondiale et le Comité international olympique (CIO), intitulée : « Libérer le potentiel du sport en Afrique » présentée, le mercredi 04 octobre 2026, à BEM Dakar (Bordeaux École de Management). Dans leur éditorial conjoint, Christophe Lecourtier (Directeur général du groupe AFD) et Makhtar Diop (Directeur général de la Société financière internationale) campent bien le sujet. « Alors que s’ouvrent à Dakar les Jeux Olympiques de la Jeunesse 2026, premier évènement olympique sur le continent africain, une question s’impose : à quelle condition le sport peut-il contribuer à répondre aux défis de l’Afrique d’aujourd’hui, que ce soit en matière de création d’emplois, de santé publique, d’éducation ou de cohésion sociale ? [...] Ces constats invitent à changer de regard : penser le sport comme un investissement économique et social à part entière. »
Supervisé par Thomas Melonio et Linda Zanfini (AFD) pour la coordination éditoriale générale aux côtés de Typhaine Christaen et Etienne Charrière (AFD), Maureen Rosita Ojong Ebob-Besong et Barbara Schweizer (CIO), ainsi que Marcelo Buitron et Khadija Binladen (Banque mondiale), l'ouvrage s'appuie sur des données empiriques de premier plan. Il combine une enquête auprès de 6 000 individus dans neuf pays, une cartographie des politiques publiques sportives de vingt gouvernements et des contributions d'acteurs de terrain comme Laureus Sport for Good et la Development Bank of Southern Africa (DBSA).
Un immense potentiel inexploité
Le rapport met en lumière un écart saisissant : alors que l'économie du sport représente plus de 2 % du PIB mondial et atteint environ 2,5 % en Europe, elle plafonne à moins de 1 % du PIB en Afrique. Il s'agit d'un manque à gagner considérable pour le continent le plus jeune de la planète, où plus de 10 millions de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail alors que les trajectoires de croissance actuelles ne créent qu'environ 3 millions d'emplois formels.
Au-delà des grands événements, les chercheurs Gérard A. Akindès (Josoor Institute), Arnaud Moisan (IPSOS Senegal), Thomas Melonio et Linda Zanfini analysent aux chapitres 2, 3 et 4 le fonctionnement réel du marché : la consommation des ménages, la pratique inclusive et la dynamique des métiers du sport. Le constat est sans appel : les activités liées au sport structurent un tissu d'entreprises locales majoritairement informelles, tandis qu'une part importante de la valeur ajoutée reste captée par des acteurs hors du continent.
Dans le premier chapitre consacré aux politiques publiques, Marcelo Buitron, Filipe Campante (Johns Hopkins University) et Emilio Depetris-Chauvin (PUC-Chile) analysent les choix stratégiques des États africains. Si les discours et cadres réglementaires affichent des ambitions élevées en matière de cohésion et d'identité nationale, la réalité budgétaire impose des limites strictes.
Mesurer l'impact réel et bâtir un héritage à Dakar
Les auteurs soulignent trois constats majeurs. D'abord, une étroite dépendance budgétaire régit le secteur : les ressources allouées aux ministères des Sports demeurent fortement bridées par le niveau de revenu global de chaque État et ses contraintes structurelles. Ensuite, les dépenses publiques s'avèrent très sensibles aux aléas des cycles politiques, oscillant au gré des échéances électorales et des périodes d'instabilité. Enfin, l'étude démontre le rôle déterminant de la densité institutionnelle : les pays s'appuyant sur des cadres administratifs solides et pérennes investissent davantage par habitant et enregistrent des résultats nettement supérieurs, d'autant plus lorsqu'ils privilégient un soutien continu au sport de haut niveau plutôt que des interventions ponctuelles.
Au chapitre 5, la revue systématique des travaux scientifiques menée par Rafael Novella, Richard Freund, Michaela Ho (MIDE Development) et Camille Tchounikine vient évaluer scientifiquement les effets réels de l'activité physique sur le capital humain, la santé mentale, l'éducation et l'inclusion des femmes. Cette rigueur scientifique prend tout son sens à l'heure des Jeux Olympiques de la Jeunesse 2026 à Dakar, tout comme lors des Championnats du monde de cyclisme 2025 au Rwanda. Pour les signataires de l'éditorial, l'héritage de telles compétitions ne doit rien au hasard. « Les retombées économiques ne sont jamais garanties : elles se préparent en amont et reposent sur des stratégies de long terme. La construction d’infrastructures et l’acquisition d’équipements doivent ainsi s’accompagner d’une réflexion sur leurs usages futurs, leur modèle économique et leur capacité à répondre durablement aux besoins des populations. »
En combinant recherche académique, données de terrain et cadrage politique, cet ouvrage offre une feuille de route claire aux décideurs publics. L'enjeu à Dakar comme sur l'ensemble du continent n'est plus seulement d'organiser de grandes fêtes du sport, mais d'inscrire durablement la pratique sportive au cœur des politiques d'éducation, de santé et d'emploi de l'Afrique.
Mamadou DIALLO

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