SENEGAL - Industrialisation verte : Un levier stratégique pour l'agroalimentaire et l’autonomisation des femmes

Mardi 7 Juillet 2026

L'industrialisation verte du secteur agroalimentaire pourrait constituer l'un des principaux moteurs de la transformation économique du Sénégal. C'est le principal enseignement d'une étude présentée lors d'un atelier de validation, qui met en évidence le potentiel de cette transition pour renforcer la compétitivité des Petites et moyennes entreprises (Pme), améliorer leur rentabilité et favoriser l'autonomisation économique des femmes.


L'étude s'inscrit dans un contexte où le Sénégal s'est engagé, à travers sa Contribution déterminée au niveau national (Cdn) et la Vision Sénégal 2050, à promouvoir une croissance durable tout en réduisant ses émissions de gaz à effet de serre. Cet engagement intervient alors que le coût de l'inaction climatique pourrait atteindre entre 3% et 4% du Produit intérieur brut (Pib) dès 2030, avant de grimper à 9,4% du Pib à l'horizon 2050, avec des conséquences majeures sur la pauvreté, la santé et la sécurité alimentaire.

Un secteur stratégique encore sous-exploité

Pilier de l'économie nationale, le secteur industriel représente 25,4% du Pib, tandis que l'agroalimentaire demeure la principale branche industrielle du pays. Dans ce secteur, l’étude menée par le Bureau de mise à niveau (Bmn) rapporte que plus de 2 150 entreprises y sont recensées, dont plus de 92% sont des Pme, avec une forte prédominance des activités agroalimentaires.

Il y est souligné que ce secteur dispose d'un potentiel considérable pour créer davantage de valeur ajoutée, réduire les pertes post-récoltes (estimées entre 12% et 40% de la production agricole) et limiter la dépendance du Sénégal aux importations alimentaires, qui contribuent à un déficit commercial supérieur à 4 000 milliards de FCFA.

Les femmes, piliers de la transformation agroalimentaire

Les femmes occupent une place centrale dans les filières de transformation agroalimentaire. Elles représentent jusqu'à 95% des acteurs dans certaines filières de transformation des céréales et 80% dans la transformation des produits halieutiques.

Pourtant, cette présence massive contraste avec leur niveau de vulnérabilité économique. La majorité des entreprises dirigées par des femmes restent confinées à un stade artisanal ou semi-industriel, avec des revenus limités et un accès difficile au financement.
L’étude commanditée par le Bmn renseigne que 96,7% des entreprises étudiées sont dirigées par des femmes, mais que 72% d'entre elles réalisent un chiffre d'affaires inférieur à 50 millions de francs Cfa par an.

« Le défi n'est plus d'intégrer les femmes dans le secteur agroalimentaire, elles y sont déjà. L'enjeu est désormais de les faire passer d'une production de subsistance à une industrie compétitive », souligne le rapport.

Le financement, principal obstacle à la transition verte

Contrairement aux idées reçues, l'étude montre que les technologies vertes existent déjà au Sénégal. Séchoirs solaires, fours améliorés, unités de production de biogaz ou encore équipements de valorisation des déchets sont disponibles pour la plupart des filières.

Le principal frein reste leur coût d'acquisition. Les équipements verts nécessitent un investissement initial nettement supérieur à celui des équipements traditionnels. Toutefois, il est relevé qu'ils sont rapidement rentabilisés grâce aux économies réalisées sur l'énergie et à l'amélioration de la productivité.

Selon les simulations réalisées, le délai moyen de récupération de l'investissement est inférieur à trois ans, avec des retours sur investissement pouvant atteindre près de 200% dans certaines filières.

L'étude insiste également sur les opportunités offertes par l'économie circulaire. Les déchets issus de la transformation agroalimentaire (peaux de mangues, coques d'arachides, résidus halieutiques ou biomasse) peuvent être transformés en compost, biogaz, aliments pour bétail ou produits cosmétiques.

Cette valorisation permettrait non seulement de réduire les coûts de production, mais aussi de créer de nouvelles sources de revenus pour les Pme et les groupements de femmes.

Pour les auteurs de l'étude, la transition vers une industrialisation verte ne constitue pas seulement une réponse aux défis environnementaux. Elle représente une véritable stratégie de développement économique, capable d'améliorer la compétitivité des entreprises, de renforcer leur accès aux financements verts et d'accroître la résilience du secteur face aux effets du changement climatique.

Ils recommandent ainsi de renforcer les mécanismes de financement dédiés aux Pme, d'encourager l'investissement dans les technologies vertes et d'accompagner les femmes entrepreneures afin de faire de l'agroalimentaire un moteur de croissance durable.
Au-delà de la dimension écologique, le rapport conclut que l'industrialisation verte constitue désormais un impératif économique, industriel et social pour le Sénégal, en particulier dans un secteur où les femmes représentent la principale force de production.
Bassirou MBAYE
Actu-Economie

La rédaction

Nouveau commentaire :

Actu-Economie | Entreprise & Secteurs | Dossiers | Grand-angle | Organisations sous-régionales | IDEE | L'expression du jour | Banque atlatinque





En kiosque.














Inscription à la newsletter