Promouvoir ensemble le développement : 75 ans d’innovations à l’appui du progrès et d’une prospérité partagée

Dimanche 14 Juillet 2019

La lutte contre la pauvreté, à laquelle la Banque mondiale a consacré son Rapport sur le développement dans le monde 1990, gravera dans l’histoire la fin du XXe et le début du XXIe. Depuis lors, la poursuite d’une croissance économique largement répartie et d’approches inclusives du développement a permis de réduire de plus de 1,1 milliard le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté. Selon les estimations, le taux de pauvreté était tombé à 8,6 % en 2018, soit le niveau le plus faible jamais enregistré.


730 délégués représentant les 44 nations alliées ont assisté à la conférence de Bretton Woods. Henry Morgenthau Jr., président de la conférence, s'adresse aux délégués. Photo: © Bettmann / Getty Images
730 délégués représentant les 44 nations alliées ont assisté à la conférence de Bretton Woods. Henry Morgenthau Jr., président de la conférence, s'adresse aux délégués. Photo: © Bettmann / Getty Images
Malgré ces progrès, nous restons confrontés à des défis pressants. Plus de 700 millions de personnes — soit  une personne sur douze dans le monde — vivent encore dans l’extrême pauvreté. En Afrique subsaharienne, le nombre d’individus extrêmement pauvres augmente, et il faudrait créer 15 millions d’emplois chaque année uniquement pour suivre l’expansion démographique. Les taux de croissance du revenu actuels ne suffiront pas à assurer une prospérité partagée ni à permettre aux individus de réaliser pleinement leur potentiel. Trop d’êtres humains n’enregistrent aucune amélioration de leur niveau de vie, de leurs qualifications ou de leur aptitude à faire face à des catastrophes naturelles.

Le Groupe de la Banque mondiale, qui se développe, évolue et soutient l’innovation depuis 75 ans, s’emploie à relever ces défis. Il dispose, sous sa forme actuelle, d’une bien plus vaste panoplie d’outils et suit des approches également bien plus nombreuses qu’auparavant pour promouvoir de solides programmes nationaux qui visent à stimuler la croissance, accroître les revenus médians et marquer des avancées décisives pouvant améliorer la situation des groupes de population les plus pauvres et les plus vulnérables.
Ces efforts reposent sur les idées et les principes débattus, forgés et adoptés lors d’une réunion sans précédent tenue il y a trois quarts de siècle dans une petite ville, au pied des montagnes du New Hampshire.
 

Ériger les bases de nouvelles opportunités

Dans la soirée du 1er,  juillet 1944, le Secrétaire américain au Trésor, Henry Morgenthau se tenait devant les délégués de 44 pays au Mount Washington Hotel. De l’autre côté de l’Atlantique, les armées alliées avançaient en Normandie, les combats faisaient rage aussi bien en Europe que dans le Pacifique, et l’on ne savait pas encore qui sortirait vainqueur de la guerre la plus étendue et la plus meurtrière de l’histoire.

Les nations alliées avaient commencé, bien avant d’avoir une idée claire de l’issue des conflits, à envisager le monde de l’après-guerre. Le président des États-Unis, Franklin Roosevelt, qui savait qu’il ne suffirait pas d’ériger un ordre mondial à l’issue des combats, contemplait la possibilité de construire un système entièrement nouveau qui permettrait non seulement d’éviter une autre guerre mondiale, mais aussi d’assurer une paix durable.

Le Président Roosevelt avait tiré d’importantes leçons des suites de la Première Guerre mondiale : Woodrow Wilson, alors Président des États-Unis, avait dit que la paix devait reposer sur « le principe de la justice pour tous les peuples et toutes les nationalités, et le droit pour tous les êtres humains — forts ou faibles — de vivre les uns avec les autres dans les mêmes conditions de liberté et de sécurité ».

Le Traité de Versailles de 1919 avait échoué, en partie parce que les crises économiques avaient aidé l’idéologie nazie à prendre racine et poussé le monde vers un nouveau conflit armé. En 1944, il était clair que la paix devait reposer non seulement sur la liberté et la sécurité, mais aussi sur l’existence d’opportunités et la prospérité.
C’est ainsi que les délégués se sont retrouvés dans un hôtel vieillissant, bien qu’encore majestueux, dans le village de Bretton Woods (New Hampshire) au pied du Mont Washington .La Conférence monétaire et financière des Nations Unies avait pour objet de construire un système financier mondial entièrement nouveau qui stabiliserait les taux de change, remédierait aux déséquilibres de paiement, reconstruirait les pays dévastés par la guerre et favoriserait le développement des régions les plus pauvres du monde. Dans son discours d’ouverture, Henry Morgenthau, qui présidait la conférence, a expliqué que celle-ci avait pour but de créer « une économie mondiale dynamique offrant à tous les peuples de toutes les nations la possibilité de réaliser leur potentiel dans un climat de paix … de relever leur niveau de vie et, de plus en plus, de jouir des fruits du progrès matériel».

Durant trois semaines, les délégués se sont entretenus autour de tables de conférence et dans des bars ; ils ont discuté pendant les repas et lors de séances techniques, tard dans la nuit. Il aura fallu moins d’un mois pour créer un nouveau système financier mondial et de nouvelles institutions : le Fonds monétaire international et la Banque internationale pour la reconstruction et le développement, devenue plus tard la  Banque mondiale. 

Le nouveau système financier intégrait les principes fondamentaux considérés par les délégués lors de la séance d’ouverture. La conférence elle-même avait été conçue dans l’idée que la prospérité n’avait pas de limite, et que toutes les nations pourraient bénéficier de la croissance et du développement. Le système issu de la conférence était structuré de manière à permettre de relever des défis que les pays ne pouvaient pas surmonter à eux seuls. Enfin, cette entreprise massive reposait sur le principe que tous les êtres humains devaient avoir des opportunités. « La liberté d’avoir des opportunités » avait dit Henry Morganthau « est la source de toutes les autres libertés ».

u cours des 75 dernières années, la mission du Groupe de la Banque mondiale s’est élargie et a évolué pour passer de la reconstruction après un conflit à la réduction de la pauvreté. La Banque s’emploie, par-dessus tout, à exploiter les possibilités offertes par les marchés, une croissance économique inclusive et le partage des connaissances pour améliorer le niveau de vie des populations les plus pauvres et les plus vulnérables. Cette mission revêt aujourd’hui un caractère plus pressant que jamais.
 

Ouvrir une voie à travers les ruines

L’année 1947 a été marquée par d’importantes évolutions pour le nouveau système de Bretton Woods. Alors que la Banque mondiale lançait ses premières opérations et demandait à ses pays membres de souscrire à son capital, le profil de sa mission a commencé à se dessiner, à l’appui non seulement de la reconstruction et du développement, mais aussi de l’organisation du nouveau système financier. Ses premiers pas ont été hésitants. Le premier président de la Banque a démissionné soudainement au bout de six mois et, moins de deux mois plus tard, le vice-président a brusquement décédé. L’avenir de la Banque, qui n’avait pas encore accordé son premier prêt, était incertain.

L’institution a néanmoins persévéré et peu à peu élaboré ses politiques. Elle a signé au début de 1947 son premier prêt, d’un montant de 250 millions de dollars, au titre d’opérations de reconstruction en France. Ce dernier demeure, en termes réels, l’un des plus importants de toute l’histoire de la Banque puisqu’il représente 2,85 milliards de dollars après ajustement au titre de l’inflation.

Les premières opérations de la Banque semblent remarquablement simples avec le recul du temps. L’État français a présenté une demande de prêt pour son programme de reconstruction dans une lettre par laquelle il sollicitait des financements de 106 millions de dollars pour l’achat de matériels, de 180 millions de dollars pour l’achat de charbon et de produits pétroliers, et de 214 millions de dollars pour l’achat de matières premières. Les membres des services de la Banque de l’époque ont expliqué qu’ils avaient appris quels examens effectuer et quelles questions poser au fil de leurs activités. « Personne ne savait par où commencer. Nous n’avions aucune expérience », a plus tard expliqué Richard Demuth, qui occupait les fonctions d’assistant du vice-président. « Comme toute nouvelle institution opérant dans un nouveau domaine nous…avancions à tâtons. »

« Personne ne savait par où commencer. Nous n’avions aucune expérience » — Richard Demuth

Alors même qu’elle s’efforçait de trouver son chemin, la Banque mondiale a entrepris de redéfinir le financement du développement en construisant de nouveaux liens entre ce dernier et les marchés des capitaux. En juillet 1947, elle a lancé sa première émission obligataire qui a permis de lever 250 millions de dollars pour des projets de reconstruction et de développement. Vers la fin de l’été, elle a prêté près de 500 millions de dollars au titre de la reconstruction des Pays-Bas, du Danemark et du Luxembourg.

Les prêts consentis aux pays européens peuvent sembler incongrus dans l’optique de la mission de développement actuelle. Toutefois, lorsque les services de la Banque ont examiné la situation économique des pays d’Europe de l’Ouest, ils ont pu constater l’ampleur de leurs besoins en aliments, en combustibles, en matières premières et en capital. En 1947, des régions entières du continent étaient en ruine. Des millions d’êtres humains avaient été tués au cours de six années de combat, les infrastructures étaient détruites et un grand nombre de survivants étaient des réfugiés. 

Les perspectives économiques étaient sombres durant l’hiver  1947, lorsque la Banque a commencé à apporter une partie de l’aide si nécessaire. Comme certains l’ont fait remarquer, « la direction s’est montrée quelque peu optimiste lorsqu’elle a conclu que les perspectives de remboursement étaient raisonnables ; le rapport sur la situation économique en France, par exemple, mettait l’accent, non pas sur des ressources financières ou des perspectives d’exportation particulière, mais sur la volonté collective de reprise des Français. » Les premiers prêts de la Banque mondiale ont été consacrés à des investissements dans des matériels et des matières premières et, ce qui est bien plus important, dans la volonté collective de peuples déchirés par la guerre de reconstruire leur vie.
 

Promouvoir le développement

Nombreux sont ceux qui pensent que la Banque mondiale s’est entièrement consacrée à la reconstruction durant ses premières années d’existence pour ne porter son attention sur les questions de développement qu’après le lancement du Plan Marshall. S’il est vrai que ce dernier a permis à l’institution de ne plus jouer un rôle central dans la reconstruction de l’économie de l’Europe de l’Ouest après la guerre, les questions de développement étaient, dès le départ, inscrites dans l’ADN de la Banque.

Le premier paragraphe des statuts de l’institution dispose que la Banque internationale pour la reconstruction et le développement a, notamment, pour objectif de faciliter « l’encouragement au développement des ressources et moyens de production des pays les moins avancés ». Selon de récentes études, la Conférence de Bretton Woods a été consacrée dans une plus large mesure au développement qu’on ne le pensait antérieurement. Eric Helleiner, professeur d’économie politique internationale à l’Université de Waterloo, fait valoir que les aspirations de développement des puissances émergentes ont largement contribué aux débats de Bretton Woods. « Il faut reconnaître que, loin de négliger les objectifs de développements internationaux », écrit Helleiner, « les négociations de Bretton Woods ont joué un rôle pionnier en intégrant pour la première fois ces objectifs dans l’architecture financière libérale multilatérale. »

Cette intégration a commencé en 1948 avec l’approbation par la Banque de deux prêts souverains au Chili : un prêt de 13,5 millions de dollars à une société publique de développement pour l’achat de matériels destinés à une centrale électrique, et un prêt de 2,5 millions de dollars pour l’importation de machines agricoles. 

La Banque a défini sa conception du développement dans son troisième rapport annuel, en notant qu’elle était « prête à aider ses pays membres à analyser leurs problèmes de développement, à collaborer avec eux pour définir les grandes lignes d’action pouvant placer leur développement sur une trajectoire aussi solide et rapide que possible et à financer, dans la mesure du possible, en premier lieu les projets qui semblent offrir les meilleures chances de contribuer à ces progrès ». Suivant cette approche, la Banque a consenti 68 prêts au cours des cinq années suivantes ; 64 prêts – de l’ordre, en moyenne, de 14 millions de dollars chacun – ont été attribués à des projets susceptibles de promouvoir les priorités de pays en développement de la manière la plus productive et la plus rapide possible. Entre 1947 et 1952, c’est-à-dire en à peine cinq ans, la Banque a réorienté ses priorités qui sont passées de la reconstruction de l’Europe à l’offre d’opportunités aux populations du monde en développement.

En à peine cinq ans, la Banque a réorienté ses priorités : de la reconstruction de l’Europe, elles sont passées à l'offre d’opportunités aux populations du monde en développement.

L’innovation, source de possibilités

Au cours des décennies suivantes, la Banque mondiale a conçu de nouvelles méthodes d’utiliser son capital et ses compétences spécialisées pour répondre aux besoins de plus en plus importants et de plus en plus complexes des pays en développement. Lorsqu’il n’existait pas d’instrument permettant de relever un défi particulier, la Banque mondiale en créait un.  Elle a même, à cette fin, modernisé sa structure organisationnelle pour devenir le Groupe de la Banque mondiale tel qu’il se présente actuellement. 

Société financière internationale 

Il était déjà évident, à la fin des années 40, que les entreprises privées des pays en développement avaient besoin de volumes de capitaux d’investissement bien supérieurs à ceux qu’elles pouvaient se procurer sur le marché. Lorsque la Société financière internationale (IFC) a ouvert ses portes en 1956, elle avait une mission difficile qui consistait à investir dans des projets privés uniquement « lorsque le capital privé ne pouvait être trouvé à des conditions raisonnables ». En d’autres termes, il lui fallait investir dans des projets qui n’étaient pas jugés suffisamment attractifs par les investisseurs privés, mais qui offraient la possibilité de promouvoir les priorités de développement des pays. La Société a trouvé de nombreux dossiers d’investissement remplissant ces critères. Au cours des 60 dernières années, elle a contribué à l’apport de plus de 250 milliards de dollars de financements à des entreprises des pays en développement et établit à présent des marchés dans certaines des régions les plus difficiles du monde. 

Association internationale de développement

Durant les années qui ont suivi la création de la Banque, les pays les plus pauvres du monde avaient désespérément besoin de capitaux, mais n’avaient pas les moyens d’emprunter aux mêmes taux que les pays à revenu intermédiaire. Les actionnaires de la Banque ont donc créé l’Association internationale de développement (IDA) en 1960 en tant que fonds pour les pays les plus pauvres afin d’accorder des dons ainsi que des crédits concessionnels à des taux d’intérêt pratiquement nuls. Depuis l’année de sa création, l’IDA, dont les ressources sont reconstituées tous les trois ans, a apporté des capitaux d’investissement à hauteur de 360 milliards de dollars à 113 pays. Uniquement en 2018, elle a décaissé 24 milliards de dollars sous forme de dons et de crédits concessionnels au titre de projets devant créer des emplois et stimuler la croissance économique ; aider les femmes à pleinement participer à la vie économique ; accroître la résilience au climat ; et faire face aux situations de fragilité, de conflit et de violence. En 2018 également, l’IDA a émis une obligation inaugurale de 1,5 milliard de dollars qui permettra d’accroître les ressources du fonds sans contribution supplémentaire des bailleurs. 

Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements 

L’idée de constituer un groupe d’experts techniques chargés de régler les différends est née pratiquement dès que la Banque mondiale a commencé à accorder des financements. Durant ses premières années d’existence, la Banque et son président ont reçu un tel nombre de demandes de médiation entre les investisseurs et les gouvernements que les actionnaires ont décidé de prendre des mesures systémiques pour assurer ce service. En 1966, le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) a entrepris de faciliter l’arbitrage des différends entre les investisseurs et les États. Au cours des décennies suivantes, il a aidé à régler de nombreux différends dans le monde entier, dont plusieurs liés à l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA). 

Agence multilatérale de garantie des investissements

La possibilité de mettre en place un système d’assurance contre le risque politique a été évoquée peu de temps après le début des activités de financement de la Banque. Des mesures concrètes n’ont toutefois été prises que 40 ans plus tard, avec l’adoption de la Convention internationale portant création de l’Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA), qui est ainsi devenue le dernier membre en date du Groupe de la Banque. Aujourd’hui la MIGA permet aux projets, aux secteurs et aux pays de promouvoir le développement grâce à ses produits d’assurance contre le risque politique et à ses instruments d’amélioration du crédit. 

Au cours de ses trois premières années d’existence, la MIGA a émis des garanties à hauteur de 45 milliards de dollars à l’appui de plus de 800 projets réalisés dans 111 pays. L’année dernière, l’Agence a émis des produits d’assurance contre le risque politique et des instruments d’amélioration du crédit pour un montant de 5,3 milliards de dollars et a ainsi contribué à financer des projets d’une valeur de près de 18 milliards de dollars dans des pays en développement. Bien qu’elle ne prête pas directement, la MIGA est devenue la troisième banque multilatérale de développement en importance en ce qui concerne la mobilisation de capitaux privés directs en faveur de pays à faible revenu et à revenu intermédiaire.

Le Groupe de la banque s’est décentralisé en même temps que s’accroissaient l’ampleur et de la complexité de sa mission. Il compte aujourd’hui 141 bureaux locaux, et ses services opèrent fréquemment dans de conditions difficiles, dans des régions caractérisées par des situations de fragilité, de conflit et de violence. 

En 1989, la Banque mondiale a lancé la première émission obligataire négociée et réglée sur les marchés mondiaux.

Les innovations du Groupe de la Banque mondiale ont profondément transformé le secteur de la finance. En 1980, la Banque a fait œuvre de pionnier en procédant avec la société technologique IBM à un swap de devises qui a donné lieu à l’échange de dollars des États-Unis contre des francs suisses et des deutsche marks. La valeur nominale du marché des swaps de devises dépasse à présent 25 000 milliards de dollars.

En 1989, la Banque mondiale a lancé la première émission obligataire négociée et réglée sur les marchés mondiaux, éliminant ainsi les disparités entre les cours pratiqués aux États-Unis et en Europe, et elle a convaincu un groupe de 14 banques de réduire leurs commissions. Ces diverses améliorations lui ont permis de réduire le coût de ses emprunts en dollars.

La Banque mondiale a émis sa première obligation électronique en 2000. Cette obligation a été la première offerte à l’échelle mondiale sur des plateformes Internet et la première à donner aux investisseurs de détail la possibilité d’investir dans les activités de développement de la Banque. Huit ans plus tard, la Banque a émis la première obligation verte au monde et a permis aux investisseurs, pour la première fois, de soutenir directement des projets climatiques sans avoir à assumer le risque de projet. L’obligation verte a contribué à modifier la manière dont les investisseurs décident comment allouer leurs capitaux de manière à équilibrer leurs risques, leurs profits et leur impact. 

Les innovations financières de la Banque continuent de mettre les technologies les plus récentes au service des populations les plus pauvres et les plus vulnérables. Durant l’été  2018, la Banque a lancé la Bond-i. la première obligation au monde juridiquement contraignante négociée sur une plateforme blockchain mondiale. L’émission d’obligations au moyen de technologies blockchain et d’autres technologies à registre distribué est plus simple et plus rapide, est plus productive et réduit les coûts et les risques.

La Banque développe ses activités de collecte, d’analyse et de présentation d’informations sur le développement.

Les innovations poursuivies par le Groupe de la Banque mondiale ne se limitent toutefois pas au domaine de la finance. Depuis des décennies, la Banque développe ses activités de collecte, d’analyse et de présentation d’informations sur le développement. Le rapport Doing Business, qu’elle publie chaque année et qui classe les pays en fonction de leur climat des affaires, notamment leur régime fiscal, leur droit des contrats et leurs réglementations relatives à l’ouverture d’une entreprise, en est un exemple. En 15 ans, Doing Business a inspiré plus de 3 180 réformes. Le Rapport sur le développement dans le monde, qui est également une publication annuelle, montre quant à lui depuis 1978 comment la croissance économique, les investissements dans la santé et la lutte contre le changement climatique, les inégalités entre les sexes et le manque d’instruction ainsi que les mutations du monde du travail sont des aspects essentiels de la lutte contre la pauvreté dans le monde. 

Le rapport de la Banque intitulé Women, Business, and the Law offre un autre exemple d’analyse internationale détaillée des lois et réglementations qui déterminent la mesure dans laquelle les femmes peuvent pleinement participer à la vie économique. Le rapport comprend un nouvel indice qui fournit des informations sur les obstacles rencontrés par les femmes dans les domaines de l’emploi, de l’entrepreneuriat et de leur pleine intégration économique, et les répercussions de ces obstacles sur les résultats économiques. La Banque a constaté, grâce à Doing Business, qu’en établissant un classement des pays, il était possible d’attirer l’attention des dirigeants nationaux et de leur présenter les données et les faits. Nous utilisons également l’indice de capital humain, que nous avons commencé à établir l’année passée pour mesurer de manière objective le capital humain de chaque pays et montrer à quel point les travailleurs pourraient être plus productifs s’ils étaient en pleine santé, acquéraient de solides connaissances et obtenaient les qualifications nécessaires pour pouvoir soutenir la concurrence dans des activités rentables. Il est essentiel d’améliorer le capital humain pour réduire la pauvreté et promouvoir une prospérité partagée.
 
La Banque suit l’évolution du patrimoine de 141 pays depuis plus de 20 ans en considérant à la fois le capital naturel (notamment les ressources minérales et les forêts), le capital produit (comme les infrastructures et les bâtiments) et les actifs extérieurs nets. L’année dernière, elle a pour la première fois également pris en compte le capital humain dans ses calculs et a estimé que ce dernier représentait plus des deux tiers du patrimoine de tous les pays. Conscient de l’extrême complexité des questions de développement, le Groupe de la Banque mondiale a également accru ses propres compétences spécialisées dans des domaines sortant largement des cadres de la finance et de l’infrastructure qui avaient initialement fait l’objet de ses activités. En 1970, la Banque a recruté son premier conseiller pour les questions relatives à l’environnement, James Lee, et au cours des 10 années suivantes, son premier sociologue, Michael Cernea, sa première conseillère pour les questions sur la femme et le développement, Gloria Scott ; et sa première anthropologue, Gloria Davis. L’approche pluridisciplinaire du développement adoptée par la Banque mondiale allait devenir indispensable, car l’institution avait une nouvelle mission, qui revêt aujourd’hui un caractère tout aussi pressant. 
 

Lutter contre la pauvreté et améliorer la situation des populations pauvres

Durant l’automne 1973, le cinquième président de la Banque mondiale, Robert McNamara, a gravé dans la conscience de la communauté internationale le concept de la pauvreté, absent des statuts de l’institution. Dans le discours qu’il a prononcé devant les actionnaires de la Banque lors des Assemblées annuelles tenues à Nairobi (Kenya), il a fait valoir que la Banque devrait avoir pour mission de lutter contre la « pauvreté absolue », « une condition d’existence dégradante au point de faire insulte à la dignité humaine et pourtant assez répandue pour être celle de quelque 40 % des habitants des pays en développement».

« Nous, qui tolérons cette pauvreté alors qu’il est en notre pouvoir de réduire le nombre de ceux qui en sont affligés, ne manquons-nous pas aux obligations fondamentales acceptées par les hommes civilisés depuis le début des temps ? », a demandé Robert McNamara aux actionnaires de la Banque.

Robert McNamara a collaboré avec Eugene Rotberg, directeur de la Trésorerie, pour guider une expansion considérable des financements de la Banque mondiale en procédant à des emprunts sur de nouveaux marchés des capitaux dans le monde entier et en adoptant des techniques financières novatrices. Grâce à sa connaissance approfondie des marchés obligataires, M. Rotberg a contribué à doubler le volume global du programme de financement de la Banque pendant la période de cinq ans allant de 1968 à 1973.

Robert McNamara a fait valoir qu’il importait de mettre une plus grande partie des ressources au service des populations les plus pauvres et les plus vulnérables en privilégiant le développement rural, l’élargissement de l’accès aux services publics et le recadrage des politiques de développement pour lutter contre les inégalités. « Plus qu’à aucun moment de l’histoire, nous avons aujourd’hui les moyens d’assurer une vie décente à tous les hommes qui peuplent cette terre » a-t-il expliqué aux actionnaires réunis à Nairobi. « Les formes extrêmes de la surabondance et du dénuement sont devenues intolérables. C’est au développement qu’il revient de mettre fin à cet état de choses. »

Lorsque Robert McNamara a quitté le Groupe de la Banque mondiale en 1980, le taux de pauvreté était de 42 % à l’échelle mondiale. Le défi qu’il fallait relever, et la nouvelle mission du Groupe de la Banque perdureraient pendant des décennies.

Durant ses deux mandats de président du Groupe de la Banque mondiale (1995- 2005), Jim Wolfensohn n’a cessé d’insister sur le caractère impératif de cette tâche. « Si nous voulons que la stabilité règne sur la planète, nous devons lutter pour éliminer la pauvreté », a-t-il expliqué en 2014. C’est encore à ce défi que nous sommes aujourd’hui confrontés.

Jim Wolfensohn savait toutefois qu’il ne serait pas possible de gagner la lutte contre la pauvreté sans s’attaquer à ce qu’il appelait « le cancer de la corruption  ». Il a fait valoir que les populations pauvres étaient celles qui souffraient le plus de la corruption, parce que cette dernière détournait des ressources qui auraient permis de fournir des médicaments essentiels, des routes praticables, et une instruction offrant de meilleures perspectives d’avenir. Il disait aussi que les environnements corrompus étaient bien moins susceptibles d’attirer des investissements à l’appui du développement et que, de ce fait, les pauvres étaient doublement punis.

Ces luttes se poursuivent. À l’issue d’une période caractérisée par une forte réduction de la pauvreté, mais aussi par des défis mondiaux pressants, le Groupe de la Banque mondiale a une solide base financière, possède les outils et les ressources dont il a besoin, et est doté d’un personnel qualifié et professionnel. Les effectifs du Groupe de la Banque ne se sont jamais autant caractérisés par leur diversité. Par exemple, seulement 2  des plus de 700 délégués présents à Bretton Woods étaient des femmes. Aujourd’hui, ces dernières constituent près de 53 % des effectifs du Groupe de la Banque, 42 % de son personnel de direction et près de 49 % de sa haute direction. 

Nous continuerons de chercher au cours des ans à marquer des avancées dans les pays en développement pour relever les revenus médians, créer des emplois, pleinement intégrer les femmes et les jeunes dans les activités économiques, et soutenir une économie plus solide et plus stable pour tous. Ces objectifs, et la coopération nécessaire pour les atteindre, étaient ce que souhaitaient les délégués à Bretton Woods depuis le tout début. Ils ont, à cette fin, créé de solides institutions qui donnent aux nations du monde entier la possibilité de collaborer pour relever les défis les plus graves et améliorer le niveau de vie des peuples du monde entier. 
Le 22 juillet 1944, les négociations se sont achevées et M. Morgenthau a clôturé la conférence. « La Conférence de Bretton Woods a permis de signaler l’existence d’une voie suffisamment large pour que tous les hommes avancent côte à côte, au même rythme », a-t-il dit aux délégués. « S’ils décident de partir ensemble, rien au monde ne pourra les arrêter. »

Aujourd’hui, le rythme de l’innovation s’accélère, et des millions de personnes continuent d’échapper à la pauvreté. Le monde est toutefois plus fragile qu’au cours des récentes décennies, car un plus grand nombre des pauvres du monde entier vivent dans des régions en proie à des conflits et à la violence et sont exposés aux effets des changements climatiques. Les dirigeants doivent s’employer à promouvoir la liberté et la sécurité, en même temps que les opportunités et la prospérité.

Offrir à tous les mêmes opportunités est le principal défi qu’il nous faut relever, et notre mission en ce domaine revêt un caractère plus pressant que jamais. Si nous décidons tous, hommes et femmes, d’avancer de concert et de mettre nos puissants outils au service des plus pauvres et les plus vulnérables, nous pourrons mettre un terme à l’extrême pauvreté et promouvoir le développement et une prospérité partagée à l’échelle mondiale. Si nous poursuivons ensemble et conjointement ce même objectif, rien ne pourra nous arrêter.
Par David MALPASS
Banque Mondiale
 
 
 
La rédaction
Actu-Economie


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