Promotion des savoirs endogènes africains : Le Prix Amadou Mahtar Mbow lancé

Mardi 31 Mars 2026

La première édition du Prix Amadou Mahtar Mbow pour les savoirs endogènes a été officiellement lancée ce 31 mars à Dakar dans une ambiance solennelle, marquée par des appels forts à valoriser les connaissances africaines et à bâtir une souveraineté scientifique durable sur le continent.


Placée sous le haut patronage du président Bassirou Diomaye Faye, la cérémonie a réuni membres du gouvernement, chercheurs, diplomates et acteurs du monde académique autour d’un même objectif : faire des savoirs endogènes un levier stratégique de développement.

Dans leurs interventions, les officiels ont unanimement salué l’héritage intellectuel et politique de Amadou Mahtar Mbow, présenté comme une figure majeure de la pensée africaine et un défenseur infatigable du patrimoine culturel du continent. Au nom du président de la République, Mary Teuw Niane a insisté sur la portée symbolique du prix, qui s’inscrit dans une volonté affirmée de réhabiliter les savoirs traditionnels, notamment dans le domaine thérapeutique.

La santé au cœur des savoirs endogènes

Prenant la parole, le ministre en charge de la Santé, Ibrahima Sy, a mis en lumière le lien direct entre savoirs endogènes et politiques publiques de santé. Il a rappelé qu’« aucun peuple ne peut se développer durablement en reniant ses propres savoirs et sa culture », soulignant que les connaissances thérapeutiques africaines constituent un patrimoine stratégique pour l’avenir.
Selon lui, ces savoirs, hérités des communautés et transmis de génération en génération, doivent être préservés, étudiés et intégrés dans les systèmes de santé modernes.

Le ministre a également insisté sur les avancées juridiques au Sénégal, notamment la mise en place d’une pharmacopée nationale visant à encadrer et valoriser les médicaments issus de la médecine traditionnelle. Une étape clé pour renforcer l’accès aux soins, réduire les coûts et promouvoir une souveraineté pharmaceutique nationale.

S’appuyant sur les orientations de l’Organisation mondiale de la santé et de l’Union africaine, il a plaidé pour une complémentarité entre médecine traditionnelle et médecine conventionnelle, estimant qu’elles peuvent, ensemble, améliorer durablement la santé des populations.

Au-delà des politiques publiques, Ibrahima Sy a lancé un appel à une transformation profonde : institutionnaliser la recherche sur les savoirs endogènes, protéger juridiquement ces connaissances contre toute appropriation abusive et les intégrer dans les curricula éducatifs. Il a aussi insisté sur la nécessité de reconnaître la valeur des savoirs populaires, souvent détenus par des communautés non académiques, appelant à plus d’humilité dans la recherche scientifique.

Un prix d’encouragement pour une recherche prometteuse

Présentant les délibérations, le jury a mis en avant la rigueur du processus d’évaluation. Sur presqu’une vingtaine de candidatures reçues, seules huit ont été jugées recevables après examen scientifique. Chaque dossier a été évalué selon des critères stricts, notamment la qualité scientifique, le caractère innovant, l’impact sociétal et le potentiel de transformation en solutions concrètes.
Malgré la qualité des travaux, aucun candidat n’a atteint le seuil d’excellence fixé à 17/20 pour l’attribution du grand prix, traduisant l’exigence du jury. Conformément au règlement, un prix d’encouragement a été décerné au professeur Cheikh Sall de l’université Iba Ser Thiam de Thiès, pour ses travaux sur une plante utilisée dans la médecine traditionnelle sénégalaise.

Ses recherches ont mis en évidence des résultats prometteurs dans la lutte contre le diabète, avec des perspectives de développement de médicaments accessibles aux populations.

Dans son allocution, le président du conseil de fondation, Amadou Kane, a rappelé que les savoirs endogènes constituent une ressource vivante, capable de soutenir le développement durable et l’innovation scientifique en Afrique.

L’ensemble des intervenants a insisté sur la nécessité d’une mobilisation collective (Etats, universités, secteur privé et communautés) pour faire émerger une Afrique capable de produire ses propres solutions, notamment dans le domaine de la santé.
Prévu tous les deux ans, le Prix Amadou Mahtar Mbow ambitionne ainsi de s’imposer comme un rendez-vous majeur de la recherche africaine, au service d’une souveraineté scientifique et sanitaire durable.
Bassirou MBAYE
Actu-Economie

La rédaction

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