PRESIDENCE DE LA FANAF : Mamadou G. Koné porté au pinacle

Mercredi 11 Février 2026

L’ivoirien Mamadou G. K. Koné, jusqu’ici Directeur général de SanlamAllianz Côte d’Ivoire et président de l’Association des Sociétés d’Assurances de Côte d’Ivoire (ASACI), succède à César Ekomie-Afene (Gabon), dont le mandat à la tête de la Fédération des Sociétés d’Assurances de Droit National Africaines (FANAF) a pris fin avec la 50ème Assemblée générale de l’organisation qui s’est tenue du 9 au 11 février 2026 à Abidjan (Côte d’Ivoire).


La Fédération des Sociétés d’Assurances de Droit National Africaines (FANAF) a élu Mamadou G. K. Koné à sa présidence à l’issue de sa 50ᵉ Assemblée générale, tenue du 9 au 11 février à Abidjan (Côte d’Ivoire). Avec un score de 101 voix sur 201 votants, M. Koné a supplanté les deux autres candidats en lice, à savoir la camerounaise Mme Fassinou (62 voix) et le sénégalais Mamadou Faye (38 voix). Il succède ainsi au Gabonais César Ekomie-Afene, qui était à la tête de la fédération depuis 2020.

L’élection du nouveau Bureau exécutif a bien entendu suivi et cinq nouveaux membres ont été élus.

Au-delà du symbole, cette élection intervient à un moment charnière pour l’assurance africaine.

La FANAF fête 50 ans d’existence dans un contexte paradoxal : le secteur s’est considérablement structuré depuis la création de la CIMA ; les exigences prudentielles se sont renforcées ; les groupes panafricains ont gagné en puissance.

En parallèle, le taux de pénétration de l’assurance en Afrique subsaharienne reste faible (souvent inférieur à 3 % du PIB) ; la profondeur des marchés financiers demeure limitée ; le rôle macroéconomique des assureurs reste sous-exploité.

La question est simple : La FANAF doit-elle rester une organisation professionnelle ou devenir un acteur stratégique du développement financier africain ?
L’élection de Koné arrive précisément dans ce débat.
 
Dans un contexte de mutation profonde
 
Avec cette élection, la FANAF, organisation continentale créée en 1976, engage désormais un dirigeant issu d’un marché assurantiel en pleine expansion, ce qui en dit long sur les enjeux actuels : proximité, proximité institutionnelle et leadership régional. La nomination de Mamadou Koné intervient dans un contexte de mutation profonde du secteur assurantiel africain et ouvre une nouvelle phase pour l’organisation, avec l’ambition d’un rôle plus stratégique, davantage ancré dans le développement des marchés et la construction d’un environnement financier intégré.

L’Assemblée générale 2026 s’est tenue dans un contexte particulier marqué par la célébration des 50 ans de la FANAF, un demi-siècle de structuration du secteur.

La nomination de Koné apparaît, à plusieurs égards, cohérente avec les exigences du secteur : Il dirige une filiale d’un groupe panafricain majeur, SanlamAllianz, ce qui lui confère une expérience de gouvernance à grande échelle ; il préside aux destinées de l’ASACI      , montrant une connaissance approfondie des défis nationaux et régionaux ; et son élection intervient alors que la FANAF cherche à renforcer son rôle non seulement consultatif, mais aussi stratégique dans les évolutions réglementaires et économiques du marché.

Le message et les défis de la FANAF

Les défis ne manquent pas pour le nouveau président de la FANAF. Parmi les enjeux prioritaires souvent évoqués dans les couloirs d’Abidjan, il y a l’amélioration de la pénétration de l’assurance sur le continent ; l’accroissement du rôle des assureurs dans le financement des économies ; l’adaptation des cadres réglementaires aux réalités numériques ; mais surtout l’évolution du statut institutionnel de la FANAF pour accroître son influence.

La feuille de route du nouveau président inclura probablement ces axes, en lien étroit avec les attentes de la base professionnelle.

Choisir un président ivoirien, issu d’un grand marché d’assurance ouest-africain comme la Côte d’Ivoire, envoie un message fort : la FANAF entend s’affirmer comme un acteur régional plutôt que simplement une plateforme de coordination.

Alors que l’industrie des assurances africaines fait face à des défis nouveaux (digitalisation, inclusion, risques climatiques), la fédération mise sur des dirigeants aux expériences diversifiées entre marchés nationaux et organisations professionnelles.

Dans un contexte marqué par l’importance croissante des mécanismes de coopération régionale et par les attentes des marchés, le rôle du président élu est crucial pour impulser une dynamique renouvelée.

Historiquement perçue comme une organisation à vocation consultative, la FANAF sous la présidence de Koné pourrait chercher à jouer un rôle plus visible dans les discussions normatives en matière de régulation, les relations avec les instances supranationales (CIMA, UEMOA, etc.), l’intégration régionale et l’harmonisation des pratiques.
 
Les atouts du candidat Koné
 
Dans le type d’organisme professionnel comme la FANAF, l’élection repose en général sur l’examen des candidatures formelles, et le vote des délégués des sociétés membres réunis en Assemblée générale. Des critères objectifs semblent avoir joué en faveur de la candidature de Mamadou Koné pour présider aux destinées de la FANAF.

Le candidat ivoirien réunissait plusieurs atouts reconnus dans le milieu, avant son élection. D’abord une expérience sectorielle solide. Il est dirigeant dans l’industrie des assurances depuis de nombreuses années, notamment comme Directeur général de SanlamAllianz Côte d’Ivoire et président de l’Association des Sociétés d’Assurances de Côte d’Ivoire (ASACI) ; avant d’être candidat à la présidence de la FANAF, il avait déjà siégé au bureau exécutif de la FANAF pendant plusieurs années ; son leadership et son engagement dans l’assurance au niveau national et continental renforce sa crédibilité comme candidat capable de fédérer les acteurs africains de l’assurance.

Dans une élection professionnelle, ces éléments comptent beaucoup. Il ne s’agit pas simplement d’un choix politique, mais d’un vote des pairs reconnaissant la compétence, l’expérience et le réseau du candidat dans le secteur assurantiel. Un soutien fort d’une grande association membre (comme l’ASACI) et d’institutions nationales peut influencer positivement les votes des autres membres.

Certes, un autre élément qui a joué en sa faveur est le soutien explicite de l’État ivoirien à sa candidature, émis auprès des acteurs du secteur, relayé dans les milieux professionnels et même assumé à l’ouverture de l’Assemblée générale par le ministre ivoirien des Finances et du Budget.

Ce soutien visait à créer un large consensus autour de sa candidature, en valorisant son profil comme “expérimenté et fédérateur”.

Là, on entre dans la dimension géopolitique sectorielle.
La Côte d’Ivoire qui abrite des sièges régionaux de groupes financiers est un hub économique majeur en Afrique de l’Ouest et pèse lourd dans la zone CIMA. Avoir un Ivoirien à la tête de la FANAF, renforce son influence dans les débats techniques continentaux, consolide son image de place financière régionale, donne un levier indirect dans les discussions réglementaires.

Ce n’est pas anodin. Dans les fédérations africaines, l’équilibre entre pays moteurs est toujours un sujet sensible.

Par ailleurs, la FANAF regroupe des pays membres issus de différentes zones. Il y a souvent un souci d’équilibre : géographique, linguistique, économique. Malgré son profil francophone, G. Koné est issu d’un pays économiquement central, expérimenté mais pas clivant, capable de dialoguer avec différents blocs.

Dans ce type d’organisation, on élit souvent quelqu’un qui représente un compromis acceptable par plusieurs zones.

Son élection peut donc être vue comme une reconnaissance de compétences individuelles, une consolidation de l’influence ivoirienne dans le secteur, un compromis continental équilibré. Ce n’est pas l’un ou l’autre. C’est généralement la convergence des trois.
La question, au fond, c’est : sa présidence peut-elle transformer la FANAF… ou va-t-elle rester dans une logique de continuité institutionnelle ?
 
Continuité ou modernisation
 
Deux scénarios peuvent être envisagés dans le choix de G. Koné à la tête de la FANAF.
La continuité maîtrisée est le scénario le plus fréquent dans les organisations professionnelles continentales. Dans ce cas, la FANAF poursuit ses actions traditionnelles (colloques, coordination, représentation). Les réformes restent progressives. L’équilibre politique entre pays prime sur les transformations structurelles rapides. Le rôle reste surtout fédérateur et diplomatique.
 
Ce scénario est plausible parce que la FANAF fonctionne sur le consensus. Or, plus une organisation est large et hétérogène, plus elle avance par étapes prudentes.
Dans le cas d’une présidence de modernisation, on serait dans une logique plus ambitieuse. Cela impliquerait la mutualisation de plateformes, la réflexion sur l’insurtech, l’harmonisation des standards technologiques.

L’Assurance climatique et agricole représente un sujet stratégique pour l’Afrique. Si le président impulse un programme structuré continental, ce serait un marqueur fort.
L’inclusion assurantielle à travers la micro-assurance, l’assurance mobile, la pénétration dans le secteur informel sont une préoccupation forte. Tout comme un positionnement politique plus affirmé, pour une FANAF plus visible dans les débats sur la réglementation, la fiscalité du secteur, l’intégration financière africaine.

L’action du nouveau président dépendra en tout cas de trois facteurs : son autonomie réelle face aux équilibres internes ; si les membres veulent surtout la stabilité donc la continuité ; s’il dispose d’une marge d’action plus large dans le sens de repositionner la FANAF ; sa capacité à créer une coalition réformatrice car une réforme continentale ne se fait pas seul. Il faudra rallier plusieurs grands marchés.

In fine, le profil de M. Koné laisse penser qu’il pourrait chercher une modernisation progressive plutôt qu’une rupture brutale. En clair : Pas une révolution, mais possiblement une présidence plus structurante sur les enjeux techniques (digital, risques climatiques, solidité financière).

La vraie mesure de son mandat sera simple : Est-ce que, dans 3 ou 4 ans, la FANAF sera plus influente dans les politiques publiques africaines qu’aujourd’hui ?

Le vrai enjeu : le rapport à la régulation

C’est probablement là que se jouera l’essentiel. Depuis la montée en puissance de la CIMA, la FANAF est perçue comme un organe consultatif, un espace de concertation, mais pas un acteur décisionnel. Or, plusieurs compagnies estiment que les relèvements de capital, les nouvelles exigences prudentielles, les règles de placements, ont parfois été adoptés sans concertation suffisamment approfondie.

Sous Koné, la question pourrait devenir centrale : Comment structurer un dialogue institutionnel plus équilibré entre profession et régulateur ?
Malick NDAW
Actu-Economie

La rédaction

Nouveau commentaire :

Actu-Economie | Entreprise & Secteurs | Dossiers | Grand-angle | Organisations sous-régionales | IDEE | L'expression du jour | Banque atlatinque





En kiosque.














Inscription à la newsletter