Il aura fallu une échéance réglementaire, et même un report, pour que Wave figure sur la liste. Le 30 septembre, la BCEAO a publié une version actualisée des établissements autorisés à ouvrir au public les services de la PI-SPI. Ils sont désormais 175 dans l'UEMOA, et Wave Digital Finance en fait partie. La Banque centrale avait d'abord fixé la date butoir au 30 juin, avant de la repousser de trois mois le 25 juin, sans que l'opérateur ne s'explique jamais publiquement sur son absence d'une plateforme inaugurée à Dakar, sur son principal marché.
Être sur la liste ne dit pas grand-chose de ce que verra l'utilisateur. Les premières informations font état d'une autorisation pour le Sénégal ; la Côte d'Ivoire n'est pas citée. Quant aux services qui seront activés, à leur calendrier et à leur prix, Wave ne les a pas précisés.
Le paradoxe tarifaire
Wave a construit son succès sur une grille simple. Le dépôt et le retrait ne coûtent rien ; c’est l'envoi qui est facturé 1 %, dans la limite de 5 000 FCFA. Les passerelles ouvertes avec UBA ou Banque Atlantique appliquent le même taux, et c'est sur les transferts que l'opérateur réalise l'essentiel de ses revenus.
La PI-SPI part du principe inverse. Pour un particulier, envoyer de l'argent à l'intérieur du pays ou payer un commerçant est gratuit, comme les trente premières réceptions du mois. Passé ce seuil, des frais sont possibles, mais la BCEAO les plafonne à 1 % du montant reçu.
Un exemple suffit à mesurer le décalage. Un client qui envoie 50 000 FCFA à un proche sur Wave paie 500 FCFA de commission. S'il envoie la même somme à un proche sur Orange Money, ou sur son propre compte bancaire, en passant par la PI-SPI, il ne devrait payer aucune commission.
Aucune issue gratuite
En droit, Wave n'est pas tenu d'aligner ses transferts internes, qui ne passent pas par l'infrastructure de la BCEAO. En pratique, l'écart risque de se voir. Les Sénégalais ont adopté Wave parce qu'il était moins cher que ses concurrents, et ils ne mettront pas longtemps à remarquer qu'un détour par un autre établissement leur évite la commission.
L'opérateur peut baisser ses frais pour ne pas donner à ses clients de raison de partir. Ce serait toutefois amputer la source de revenus sur laquelle il a bâti sa rentabilité, et miser sur des recettes encore à développer, celles des paiements marchands et des services aux entreprises, que la gratuité pour les particuliers épargne. Il peut aussi faire le pari inverse et laisser la fonction PI-SPI au fond de son application, en espérant que peu de clients s'en servent. Le calcul serait hasardeux face à une Banque centrale qui a attendu un an, et bouleversé son propre calendrier, pour obtenir ce raccordement.
L'interopérabilité que Wave a longtemps tenue à distance l'oblige ainsi à reconsidérer le modèle qui lui a donné le marché.
Ce scénario suppose que Wave appliquera la gratuité de la PI-SPI à ses envois vers les autres établissements, ce que rien ne permet encore d'affirmer. S'il choisissait de les facturer, la question deviendrait réglementaire plutôt que commerciale : il reviendrait alors à la BCEAO de dire si la gratuité qu'elle défend depuis le lancement s'impose à tous ses participants.
Un réseau qui perd sa clôture
Au Sénégal, Wave revendique environ 11 millions de clients. Les estimations de parts de marché divergent selon les sources, mais aucune ne conteste son avance sur Orange Money et Free Money. Cette avance tenait en partie à un effet d'entraînement : on ouvrait un compte Wave parce que la famille, les collègues et le boutiquier du quartier en avaient un. Avec la PI-SPI, l'argument s'émousse. Un client d'Orange Money pourra régler un marchand équipé d'un QR code Wave compatible, et un salarié garder sa banque tout en payant partout.
Rien ne dit pourtant que Wave en sortira perdant. Si l'argent circule librement, il ira là où le service est le plus simple et le moins cher, deux terrains sur lesquels l'opérateur a forgé sa réputation. Les salaires et virements venus des banques pourraient eux aussi prendre le chemin de ses portefeuilles. Les concurrents dont les clients restaient surtout par habitude ont peut-être davantage à craindre.
Les prochaines semaines
Pour la BCEAO, le raccordement de Wave complète la plateforme ; reste à savoir s'il se traduira dans les usages. On verra vite si l'option PI-SPI apparaît clairement dans l'application et combien d'étapes il faut pour envoyer vers un autre réseau, si les alias (numéro de téléphone, adresse de paiement) sont proposés aux clients et si les marchands Wave acceptent les paiements venus d'ailleurs. L'extension de l'autorisation à la Côte d'Ivoire sera un autre indicateur.
L'indicateur décisif restera néanmoins la prochaine grille tarifaire de Wave, et le sort qu'elle réservera à la commission de 1 % sur les transferts internes.
Malick NDAW
Être sur la liste ne dit pas grand-chose de ce que verra l'utilisateur. Les premières informations font état d'une autorisation pour le Sénégal ; la Côte d'Ivoire n'est pas citée. Quant aux services qui seront activés, à leur calendrier et à leur prix, Wave ne les a pas précisés.
Le paradoxe tarifaire
Wave a construit son succès sur une grille simple. Le dépôt et le retrait ne coûtent rien ; c’est l'envoi qui est facturé 1 %, dans la limite de 5 000 FCFA. Les passerelles ouvertes avec UBA ou Banque Atlantique appliquent le même taux, et c'est sur les transferts que l'opérateur réalise l'essentiel de ses revenus.
La PI-SPI part du principe inverse. Pour un particulier, envoyer de l'argent à l'intérieur du pays ou payer un commerçant est gratuit, comme les trente premières réceptions du mois. Passé ce seuil, des frais sont possibles, mais la BCEAO les plafonne à 1 % du montant reçu.
Un exemple suffit à mesurer le décalage. Un client qui envoie 50 000 FCFA à un proche sur Wave paie 500 FCFA de commission. S'il envoie la même somme à un proche sur Orange Money, ou sur son propre compte bancaire, en passant par la PI-SPI, il ne devrait payer aucune commission.
Aucune issue gratuite
En droit, Wave n'est pas tenu d'aligner ses transferts internes, qui ne passent pas par l'infrastructure de la BCEAO. En pratique, l'écart risque de se voir. Les Sénégalais ont adopté Wave parce qu'il était moins cher que ses concurrents, et ils ne mettront pas longtemps à remarquer qu'un détour par un autre établissement leur évite la commission.
L'opérateur peut baisser ses frais pour ne pas donner à ses clients de raison de partir. Ce serait toutefois amputer la source de revenus sur laquelle il a bâti sa rentabilité, et miser sur des recettes encore à développer, celles des paiements marchands et des services aux entreprises, que la gratuité pour les particuliers épargne. Il peut aussi faire le pari inverse et laisser la fonction PI-SPI au fond de son application, en espérant que peu de clients s'en servent. Le calcul serait hasardeux face à une Banque centrale qui a attendu un an, et bouleversé son propre calendrier, pour obtenir ce raccordement.
L'interopérabilité que Wave a longtemps tenue à distance l'oblige ainsi à reconsidérer le modèle qui lui a donné le marché.
Ce scénario suppose que Wave appliquera la gratuité de la PI-SPI à ses envois vers les autres établissements, ce que rien ne permet encore d'affirmer. S'il choisissait de les facturer, la question deviendrait réglementaire plutôt que commerciale : il reviendrait alors à la BCEAO de dire si la gratuité qu'elle défend depuis le lancement s'impose à tous ses participants.
Un réseau qui perd sa clôture
Au Sénégal, Wave revendique environ 11 millions de clients. Les estimations de parts de marché divergent selon les sources, mais aucune ne conteste son avance sur Orange Money et Free Money. Cette avance tenait en partie à un effet d'entraînement : on ouvrait un compte Wave parce que la famille, les collègues et le boutiquier du quartier en avaient un. Avec la PI-SPI, l'argument s'émousse. Un client d'Orange Money pourra régler un marchand équipé d'un QR code Wave compatible, et un salarié garder sa banque tout en payant partout.
Rien ne dit pourtant que Wave en sortira perdant. Si l'argent circule librement, il ira là où le service est le plus simple et le moins cher, deux terrains sur lesquels l'opérateur a forgé sa réputation. Les salaires et virements venus des banques pourraient eux aussi prendre le chemin de ses portefeuilles. Les concurrents dont les clients restaient surtout par habitude ont peut-être davantage à craindre.
Les prochaines semaines
Pour la BCEAO, le raccordement de Wave complète la plateforme ; reste à savoir s'il se traduira dans les usages. On verra vite si l'option PI-SPI apparaît clairement dans l'application et combien d'étapes il faut pour envoyer vers un autre réseau, si les alias (numéro de téléphone, adresse de paiement) sont proposés aux clients et si les marchands Wave acceptent les paiements venus d'ailleurs. L'extension de l'autorisation à la Côte d'Ivoire sera un autre indicateur.
L'indicateur décisif restera néanmoins la prochaine grille tarifaire de Wave, et le sort qu'elle réservera à la commission de 1 % sur les transferts internes.
Malick NDAW

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