De gauche à droite Karim Diarassouba, directeur général de la CICA-RE et Abdoulaye Daffé, vice-président de la BOAD
La Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) et la CICA-RE (Compagnie de réassurance des États membres de la zone CIMA) ont décidé de travailler ensemble de façon structurée. Partage d'expertise, renforcement des capacités, couverture des risques liés aux projets financés par la BOAD. Sur le papier, c'est technique. Dans les faits, c'est un aveu : financer le développement en Afrique de l'Ouest sans maîtriser les mécanismes d'assurance, c'est construire sur du sable.
Le nœud du partenariat
La BOAD finance des projets (routes, énergie, eau, infrastructures portuaires). Des investissements lourds, sur des durées longues, dans des environnements exposés à des risques multiples : climatiques, politiques, opérationnels. Pendant longtemps, la gestion de ces risques relevait soit des États, soit des marchés internationaux de réassurance (Londres, Paris, Zurich). Les capacités africaines existaient mais restaient sous-utilisées, sous-capitalisées, peu intégrées aux montages financiers des grandes banques de développement.
C'est précisément le nœud que ce partenariat cherche à défaire. Dans le communiqué parvenu à notre rédaction, Abdoulaye Daffé, vice-président de la BOAD, a mentionné l'approche dite « Originate to Distribute », un mécanisme par lequel la banque accorde un financement, puis le cède partiellement à d'autres investisseurs pour libérer son bilan et financer davantage. Pour que ce schéma fonctionne à grande échelle, il faut que les projets sous-jacents soient correctement couverts. Sinon, personne n'achète. La CICA-RE entre dans ce montage comme le rouage manquant.
Le vrai sujet
Une banque de développement a un bilan limité. Elle ne peut prêter que jusqu'à un certain plafond, faute de quoi elle dégrade ses ratios prudentiels et perd sa notation financière. Le modèle classique (prêter et garder le prêt jusqu'à son terme) finit donc par bloquer la machine : on ne peut plus financer de nouveaux projets parce que les anciens encombrent encore le bilan.
L'« Originate to Distribute » casse cette logique. La BOAD accorde le financement, puis cède une partie du risque à d'autres investisseurs (fonds de pension, assureurs, marchés de capitaux). Son bilan se libère, elle peut refinancer autre chose. C'est ce que les grandes banques commerciales font depuis des décennies avec la titrisation.
Pour céder ce risque, il faut que les acheteurs potentiels soient rassurés sur la qualité du projet sous-jacent. Et l'une des conditions de cette réassurance, c'est précisément que le projet soit correctement couvert contre les risques opérationnels, climatiques, politiques.
C'est là qu'entre la CICA-RE. Elle n'est pas un simple prestataire d'assurance, elle devient une condition d'activation du modèle financier que la BOAD veut déployer à grande échelle.
En clair : sans couverture locale crédible, pas de cession de risque. Sans cession de risque, pas de libération du bilan. Sans libération du bilan, pas de nouveaux projets financés.
Cet accord est donc moins un accord de coopération qu'un maillon structurel dans une ambition de changement d'échelle.
Deux ambitions qui se trouvent
La BOAD déroule son plan stratégique « Djoliba… La Suite ». La CICA-RE poursuit « AMBITION 2029 ». Les deux feuilles de route convergent sur un même constat : la région a les institutions, elle a les marchés, elle a les projets, mais elle manque encore d'intégration entre ses acteurs financiers.
Créée en 1981 par douze États de la zone franc, notée B+ par AM Best et AAA dans la zone CIMA par GCR, La CICA-RE figure parmi les deux meilleurs réassureurs de son marché domestique. Elle connaît le terrain, les régulateurs, les compagnies d'assurance locales. Ce n'est pas une start-up cherchant une légitimité, mais plutôt une institution établie qui cherche à peser davantage dans les grands montages financiers régionaux.
Karim Diarassouba, directeur général de la CICA-RE, a dit l'essentiel sans détour : il s'agit de « mobiliser les capacités africaines au service du développement durable ». La formule aurait pu sonner creux. Elle décrit pourtant une réalité concrète : chaque franc de prime qui reste dans la zone plutôt que de partir vers un réassureur londonien est un franc qui finance quelque chose en Afrique.
Les chantiers restent à ouvrir
Une architecture existe. Il reste à en savoir davantage sur les modalités opérationnelles. On parle de « synergie », de « mécanismes innovants de mitigation des risques », de « partage d'expertise ». Ce sont des intentions, pas encore des engagements chiffrés.
Cela permettra également de savoir sur quels projets concrets la CICA-RE interviendra-t-elle en premier ? Quelle part du risque sera effectivement retenue dans la région plutôt que rétrocédée à des réassureurs internationaux ? Comment cela changera-t-il concrètement la capacité de la BOAD à financer davantage ou à de meilleures conditions ?
Ce qui est certain, c'est que la logique de fond est solide. Les banques de développement africaines qui veulent passer à la vitesse supérieure ne peuvent pas continuer à dépendre des marchés occidentaux pour couvrir leurs risques. Construire cette capacité localement prend du temps, des ressources, et des accords comme celui-ci.
Malick NDAW
Le nœud du partenariat
La BOAD finance des projets (routes, énergie, eau, infrastructures portuaires). Des investissements lourds, sur des durées longues, dans des environnements exposés à des risques multiples : climatiques, politiques, opérationnels. Pendant longtemps, la gestion de ces risques relevait soit des États, soit des marchés internationaux de réassurance (Londres, Paris, Zurich). Les capacités africaines existaient mais restaient sous-utilisées, sous-capitalisées, peu intégrées aux montages financiers des grandes banques de développement.
C'est précisément le nœud que ce partenariat cherche à défaire. Dans le communiqué parvenu à notre rédaction, Abdoulaye Daffé, vice-président de la BOAD, a mentionné l'approche dite « Originate to Distribute », un mécanisme par lequel la banque accorde un financement, puis le cède partiellement à d'autres investisseurs pour libérer son bilan et financer davantage. Pour que ce schéma fonctionne à grande échelle, il faut que les projets sous-jacents soient correctement couverts. Sinon, personne n'achète. La CICA-RE entre dans ce montage comme le rouage manquant.
Le vrai sujet
Une banque de développement a un bilan limité. Elle ne peut prêter que jusqu'à un certain plafond, faute de quoi elle dégrade ses ratios prudentiels et perd sa notation financière. Le modèle classique (prêter et garder le prêt jusqu'à son terme) finit donc par bloquer la machine : on ne peut plus financer de nouveaux projets parce que les anciens encombrent encore le bilan.
L'« Originate to Distribute » casse cette logique. La BOAD accorde le financement, puis cède une partie du risque à d'autres investisseurs (fonds de pension, assureurs, marchés de capitaux). Son bilan se libère, elle peut refinancer autre chose. C'est ce que les grandes banques commerciales font depuis des décennies avec la titrisation.
Pour céder ce risque, il faut que les acheteurs potentiels soient rassurés sur la qualité du projet sous-jacent. Et l'une des conditions de cette réassurance, c'est précisément que le projet soit correctement couvert contre les risques opérationnels, climatiques, politiques.
C'est là qu'entre la CICA-RE. Elle n'est pas un simple prestataire d'assurance, elle devient une condition d'activation du modèle financier que la BOAD veut déployer à grande échelle.
En clair : sans couverture locale crédible, pas de cession de risque. Sans cession de risque, pas de libération du bilan. Sans libération du bilan, pas de nouveaux projets financés.
Cet accord est donc moins un accord de coopération qu'un maillon structurel dans une ambition de changement d'échelle.
Deux ambitions qui se trouvent
La BOAD déroule son plan stratégique « Djoliba… La Suite ». La CICA-RE poursuit « AMBITION 2029 ». Les deux feuilles de route convergent sur un même constat : la région a les institutions, elle a les marchés, elle a les projets, mais elle manque encore d'intégration entre ses acteurs financiers.
Créée en 1981 par douze États de la zone franc, notée B+ par AM Best et AAA dans la zone CIMA par GCR, La CICA-RE figure parmi les deux meilleurs réassureurs de son marché domestique. Elle connaît le terrain, les régulateurs, les compagnies d'assurance locales. Ce n'est pas une start-up cherchant une légitimité, mais plutôt une institution établie qui cherche à peser davantage dans les grands montages financiers régionaux.
Karim Diarassouba, directeur général de la CICA-RE, a dit l'essentiel sans détour : il s'agit de « mobiliser les capacités africaines au service du développement durable ». La formule aurait pu sonner creux. Elle décrit pourtant une réalité concrète : chaque franc de prime qui reste dans la zone plutôt que de partir vers un réassureur londonien est un franc qui finance quelque chose en Afrique.
Les chantiers restent à ouvrir
Une architecture existe. Il reste à en savoir davantage sur les modalités opérationnelles. On parle de « synergie », de « mécanismes innovants de mitigation des risques », de « partage d'expertise ». Ce sont des intentions, pas encore des engagements chiffrés.
Cela permettra également de savoir sur quels projets concrets la CICA-RE interviendra-t-elle en premier ? Quelle part du risque sera effectivement retenue dans la région plutôt que rétrocédée à des réassureurs internationaux ? Comment cela changera-t-il concrètement la capacité de la BOAD à financer davantage ou à de meilleures conditions ?
Ce qui est certain, c'est que la logique de fond est solide. Les banques de développement africaines qui veulent passer à la vitesse supérieure ne peuvent pas continuer à dépendre des marchés occidentaux pour couvrir leurs risques. Construire cette capacité localement prend du temps, des ressources, et des accords comme celui-ci.
Malick NDAW

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