MARCHE DES TITRES PUBLICS DE L'UEMOA (2016-2025) : UNE DECENNIE DE CONSOLIDATION ET DE SOUVERAINETE FINANCIERE

Vendredi 31 Juillet 2026

Le Marché des Titres Publics (MTP) de l'UEMOA est l'espace financier régional où les huit États membres (Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo) émettent des titres de créance pour financer leurs budgets et leurs projets de développement.


MARCHE DES TITRES PUBLICS DE L'UEMOA (2016-2025) :  UNE DECENNIE DE CONSOLIDATION ET DE SOUVERAINETE FINANCIERE
Le marché est animé par un écosystème réglementé :
 
  • Les Émetteurs : Trésors Publics des 8 États de l'Union.
  • La BCEAO (Banque Centrale des États de l'Afrique de l'Ouest) : assure la supervision globale, définit la politique monétaire et gère les infrastructures de règlement-livraison (système SAGETIL-UMOA).
  • L’Agence UMOA-Titres (AUT) : organe pivot, elle conseille les États sur leurs stratégies d'émission, organise les adjudications et assure la promotion des titres auprès des investisseurs.
  • L'AMF-UMOA (Autorité des Marchés Financiers) : régule le compartiment obligataire par appel public à l'épargne (marché financier régional) et agrémente les intermédiaires.
  • Les Spécialistes en Valeurs du Trésor (SVT) : Institutions partenaires (banques et SGI) ayant l'obligation de participer aux enchères et de dynamiser le marché secondaire.
Le marché est fortement influencé par la politique monétaire de la BCEAO. Lorsque la BCEAO relève ses taux pour contrer l'inflation, les rendements des titres publics augmentent. Pour les investisseurs résidents, les revenus des titres publics sont généralement exonérés d'impôts sur le revenu des valeurs mobilières (IRVM), ce qui booste leur rendement net.

Les émissions se font via la plateforme SAGETIL-UMOA. Les investisseurs (principalement les banques et SGI) proposent un taux (pour les bons du trésor) ou un prix (pour les obligations). L'État émetteur retient les offres les plus compétitives jusqu'à concurrence du montant recherché.

En une décennie, le Marché des Titres Publics (MTP) est devenu le moteur de la souveraineté financière de la zone, géré techniquement par l'agence UMOA-Titres.

A travers ce numéro spécial, Lejecos retrace le bilan décennal (2016-2025) du MTP, une période marquée par une transformation profonde, avec le passage d'un marché de niche à un véritable poumon financier pour les huit États membres.

Dynamique des opérations sur le Marché Primaire par adjudication : le changement d'échelle

Le Marché Primaire par adjudication est le compartiment du Marché des Titres Publics (MTP) où les États de l'UEMOA émettent de nouveaux titres de créance (Bons et Obligations du Trésor) pour mobiliser l'épargne régionale. Contrairement à la syndication (prix fixe), l'adjudication repose sur un mécanisme d'enchères compétitives. Le processus est piloté techniquement par l'agence UMOA-Titres en collaboration avec la BCEAO et comprend les étapes suivantes : Appel d'Offres, Soumission, Arbitrage.

Le marché primaire propose deux instruments majeurs selon les besoins de financement. Les Bons du Trésor (BT) qui sont des titres de court terme (jusqu'à 2 ans) et servent généralement à la gestion infra-annuelle de la trésorerie de l'État.
Les Obligations du Trésor (OT), titres de moyen et long terme (3 à 15 ans) sont destinés au financement des projets d'investissement public (infrastructures, énergie, santé).

Une nouvelle dimension

En dix ans d’activité, le marché primaire par adjudication au sein de l'UEMOA a connu une croissance à un rythme exponentiel, passant d'un volume global de 3 330 milliards FCFA en 2016 à près de 11 860 milliards FCFA en 2025. Ce résultat illustre le changement de dimension des politiques de financement des États membres.

Le marché primaire par adjudication suit une courbe en "N" révélatrice des chocs économiques. Durant la période 2016 – 2018, le marché était en phase de transition. On note même un creux en 2018 (2 433 Mds), année où certains États (comme le Sénégal avec une valeur à zéro) ont privilégié les financements extérieurs ou des sorties sur le marché financier régional par syndication.

En 2020, il est noté une explosion historique à 8 742 Mds. Ce saut de près de 150 % en un an s'explique par les "Bons COVID" à 3 mois, émis massivement pour répondre à l'urgence sanitaire.

Le marché franchit un nouveau palier sur la période 2023 – 2025. En 2025, avec près de 12 000 Mds émis, le marché par adjudication devient le moteur exclusif du financement budgétaire, compensant la fermeture relative des marchés internationaux.

L’analyse par pays émetteur révèle des stratégies divergentes. La locomotive, la Côte d'Ivoire passe de 966 Mds à 5 149 Mds. Sa part de marché en 2025 représente 43,4 % du volume total de l'Union, étant ainsi l'émetteur qui garantit la profondeur du marché pour les investisseurs régionaux.

Après une absence notable sur les adjudications en 2018 (recours aux Eurobonds), le Sénégal revient en force pour atteindre 2 225 Mds en 2025, soit son plus haut niveau historique sur ce segment.

Pour le Niger, une progression fulgurante est notée en fin de période (1 313 Mds en 2025), multipliant par 4,6 ses levées de fonds par rapport à 2016.

Le Bénin présente un profil atypique avec des baisses de volume sur les adjudications (exemple : 263 Mds en 2024) avec une stratégie d'optimisation : le pays arbitre le plus entre adjudications (UMOA-Titres) et emprunts obligataires par syndication ou financements extérieurs directs.

Le défi majeur du marché primaire reste la diversification de la base d'investisseurs. Il  doit pouvoir attirer davantage d'épargnants individuels et d'investisseurs hors-zone pour maintenir sa profondeur sans saturer la liquidité des banques locales.

Evolution décennale du Marché Primaire par adjudication suivant les pays de l’UEMOA (en Mds)
Evolution décennale du Marché Primaire par adjudication suivant les pays de l’UEMOA (en Mds)

  • Le duo de tête, la Côte d'Ivoire et le Sénégal cumulent 62,18% en 2025 des intentions d'émission du marché primaire par adjudication
En 2025, le marché primaire par adjudication de l'UEMOA reste structurellement dominé par deux émetteurs majeurs qui captent à eux seuls plus de la moitié des ressources mobilisées sur le marché régional.

La Côte d'Ivoire demeure le premier émetteur de l'Union (43,42%) avec un volume de 5 149 milliards de FCFA. Cette situation témoigne d'une perception de risque maîtrisée. Pour les institutionnels, la signature ivoirienne est souvent perçue comme une valeur refuge au sein de l'Union, favorisée par une croissance économique soutenue et une gestion proactive de la dette publique.

Le Sénégal consolide la deuxième place (18,76%) en 2025 pour un volume d’émissions de 2 225 milliards de FCFA. Sa stratégie est marquée par l'allongement des maturités. Le pays réussit régulièrement à lever des fonds sur des durées longues (10 à 15 ans), témoignant d'une forte confiance des Spécialistes en Valeurs du Trésor (SVT). De même, sur le plan de la diversification, le Sénégal est très actif sur le segment des Obligations du Trésor (OT) pour financer ses projets structurants.

Malgré des contextes parfois complexes, les pays de l'Hinterland (Niger, Burkina Faso, Mali) restent des acteurs pour la profondeur du marché, bien que leurs volumes soient plus corrélés aux besoins de refinancement de court terme (Bons du Trésor), avec des proportions d’émissions respectives de 11,07%, 8,91% et 8,36%.

Le Bénin se distingue par ses émissions sur les thématiques de finance durable (Social Bonds) avec une part de 3,47% ; la même proportion est relevée par le Togo (3,47%).
La Guinée-Bissau ferme la marche avec des volumes plus modestes (299 milliards de FCFA), soit une proportion de 2,52%.

Si cette dynamique porte le marché, elle met également en lumière l'enjeu de la diversification géographique. Pour l'équilibre de la zone, l'un des défis majeurs reste l'accroissement de la fréquence et du volume d'émissions des autres États membres afin d'éviter une trop forte concentration des risques sur un seul émetteur.

  • Sur la période décennale, le duo de tête, la Côte d'Ivoire et le Sénégal se maintient
Sur la période décennale allant de 2016 à 2025, l'analyse de la répartition des émissions par adjudication révèle une concentration marquée des opérations autour de deux locomotives économiques de l'Union, qui captent structurellement plus de la moitié des ressources mobilisées. Ces deux pays dominent historiquement le marché primaire en raison de la taille de leur PIB et de la maturité de leurs administrations financières.

La Côte d'Ivoire (leader incontesté) est le principal animateur du marché primaire avec 36,44% pour un volume cumulé de 21 372 milliards d’émissions de FCFA. Sur la décennie, le Trésor ivoirien a maintenu une présence quasi-mensuelle. C'est l'émetteur qui offre la plus grande profondeur de titres, rassurant ainsi les investisseurs régionaux.

Solidement installé à la deuxième place avec une part de marché de 14,30% pour des émissions cumulées de 8 386 milliards de FCFA sur la période 2016-2025, le Sénégal (challenger stratégique) se distingue par sa capacité à étendre la courbe des taux. C'est l'un des rares émetteurs de la zone à avoir réussi, sur cette période, à lever régulièrement des fonds sur des maturités longues (10, 12 et 15 ans), témoignant d'une signature souveraine appréciée des banques et des investisseurs institutionnels.

Malgré les défis liés aux contextes sécuritaires et aux périodes de sanctions politiques, le Burkina Faso (11,48%), le Mali (10,39%) et le Niger (10,20%) sont restés des acteurs essentiels pour le marché, se repliant souvent sur des Bons du Trésor (BT) à court terme pour gérer l'urgence budgétaire.

Sur la période consolidée 2016-2025, le Togo (8,16%) a eu à recourir au marché pour la gestion active de sa dette et le financement de ses infrastructures logistiques et portuaires. Pour sa part, le Bénin enregistre une proportion de 7,01% des émissions primaires. 

En 10 ans, la Guinée-Bissau reste l'émetteur le moins présent sur le marché primaire par adjudication (2,02%), ses sorties étant dimensionnées à la taille plus réduite de son système bancaire national.
 

Lejecos Magazine Mai 2026
Actu-Economie

La rédaction

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