Il faut se réapproprier l’OCDE, et non l’abandonner

Lundi 5 Octobre 2026

Le 30 septembre, l’OCDE a célébré le 65e anniversaire de sa création. À l’instar de nombreuses autres organisations internationales vieillissantes, elle a pris goût à l’élargissement progressif de son champ d’action, comme nous avons pu le constater de nos propres yeux en tant qu’anciens délégués auprès de cette organisation.


Il faut se réapproprier l’OCDE, et non l’abandonner
C’est pourquoi certains décideurs politiques américains souhaitent réduire, voire supprimer, le financement alloué à l’organisation. Mais se retirer de l’OCDE reviendrait à renoncer à des atouts qui prennent une importance croissante dans la concurrence économique entre les États-Unis et la Chine.

L’OCDE regroupe des démocraties de marché et dispose d’un appareil statistique sophistiqué ainsi que de plusieurs décennies d’expérience dans la coordination des politiques économiques entre les États-Unis et leurs alliés. Ces atouts rendent l’OCDE d’autant plus précieuse à une époque où l’économie et la sécurité nationale se recoupent de plus en plus.

Le problème est que le mandat du Comité de politique économique de l’OCDE, qui s’est concentré pendant des décennies sur la surveillance économique et les politiques favorisant la croissance, a été élargi en 2013 afin de viser « une croissance économique équilibrée et durable, en accordant l’attention nécessaire aux conséquences sociales et environnementales ». Depuis lors, l’organisation a mis en place des programmes axés sur la budgétisation sensible au genre, la justice environnementale, la mobilité sociale et l’initiative « Au-delà du PIB ».

Transformer l’OCDE en une « mini-ONU » axée sur l’économie n’est pas une stratégie qui lui permettra de rester pertinente. L’organisation devrait plutôt tirer le meilleur parti de son avantage comparatif en s’appuyant sur son héritage.

L’OCDE est issue de l’organisation qui gérait le Plan Marshall et s’est transformée en un forum de coordination des politiques autour d’intérêts économiques communs. À cette fin, elle a contribué à la mise en place de statistiques fiables et comparables à l’échelle internationale. Après le choc pétrolier de 1973, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a été créée au sein de l’OCDE afin de fournir aux gouvernements les données et les analyses nécessaires pour se préparer aux perturbations énergétiques. En 1981, l’OCDE a répondu aux préoccupations concernant les doublons dans les essais chimiques transfrontaliers en créant le système d’acceptation mutuelle des données, qui obligeait les pays participants à accepter les essais de sécurité menés selon des normes communes.

La concurrence avec la Chine repose de plus en plus sur des enjeux à la croisée de l’économie et de la sécurité nationale : minéraux critiques, semi-conducteurs, drones, transport maritime, énergie, produits pharmaceutiques et autres dépendances. Une OCDE recentrée pourrait soutenir les efforts de ses membres pour contrer la Chine sur le plan économique. L’AIE offre un modèle à suivre.

Après que les contrôles chinois de 2025 sur les exportations de terres rares ont perturbé les chaînes d’approvisionnement industrielles et contraint certaines usines européennes de pièces automobiles à suspendre leur production, l’AIE surveille désormais les marchés des minéraux critiques et organise des exercices de simulation afin de s’assurer que ses membres sont préparés aux situations d’urgence.

Les États-Unis disposent de l’influence nécessaire pour ramener l’OCDE à sa mission première. Ils représentent 18 % du budget de base (Partie I) de l’OCDE, soit plus du double de la part du deuxième contributeur, l’Allemagne. Plutôt que de se retirer purement et simplement, les États-Unis pourraient subordonner la poursuite de leur soutien à une mission plus ciblée et plus utile.

Cela nécessitera quatre réformes principales. Premièrement, l’OCDE devrait suspendre toute nouvelle expansion et reconsidérer la participation de pays non membres à ses discussions sur la politique économique. La Chine est peut-être un sujet d’analyse nécessaire pour l’OCDE, mais cela ne signifie pas qu’elle doive participer à des discussions visant à coordonner les politiques entre les démocraties de marché.

Deuxièmement, l’organisation doit se recentrer sur l’économie — un changement qui est déjà en cours. En 2026, le mandat du Comité de politique économique a été révisé sous l’administration du président américain Donald Trump afin de promouvoir « la croissance économique la plus élevée, équilibrée, durable et stable possible dans les démocraties de marché ». Le reste de l’OCDE devrait prendre cet objectif au sérieux.

Troisièmement, réorienter ses ressources vers les chaînes d’approvisionnement et la sécurité économique rendrait l’infrastructure existante de l’OCDE nettement plus utile. Ses tableaux d’entrées-sorties inter-pays ont cartographié les relations de production dans 80 pays et 50 secteurs d’activité en 2025. En revanche, le Bureau américain d’analyse économique (BEA) produit des comptes annuels d’entrées-sorties pour 71 catégories sectorielles aux États-Unis ainsi que des tableaux de référence portant sur 402 secteurs d’activité. Les décideurs politiques ont besoin de données sectorielles plus détaillées pour identifier les goulots d’étranglement dans les chaînes d’approvisionnement, évaluer s’il existe des substituts et prévoir à quelle vitesse la production pourrait être délocalisée.

Si aucun gouvernement ne peut à lui seul rassembler facilement ces informations, l’OCDE en est capable — à condition d’utiliser son budget actuel de manière plus efficace. Par exemple, des ressources substantielles sont consacrées à la production d’une vingtaine d’études par pays chaque année, qui font double emploi avec des travaux déjà réalisés par le Fonds monétaire international, les banques centrales, les gouvernements et le secteur privé. Ces ressources devraient plutôt être réorientées vers la production de données transnationales comparables, la cartographie des chaînes d’approvisionnement et la mesure des subventions et des dépendances, autant de domaines dans lesquels l’OCDE occupe une position unique.

Enfin, l’OCDE devrait mettre à profit sa capacité à élaborer des instruments juridiques — 270 sont actuellement en vigueur, couvrant des domaines tels que l’investissement, les exportations et la concurrence — pour promouvoir la sécurité économique. La coopération en matière de contrôle des investissements et de chaînes d’approvisionnement peut débuter au sein d’un groupe restreint de membres, que l’OCDE pourra ensuite transformer en normes communes.
L’OCDE a été créée pour un monde dans lequel les intérêts économiques et stratégiques des États-Unis étaient indissociables. Soixante-cinq ans plus tard, ils n’ont jamais été aussi étroitement alignés.
Kim Ruhl, ancien membre du Conseil des conseillers économiques de la Maison Blanche (2025–2026), est professeur d’économie à l’université du Wisconsin–Madison. Pierre Yared, ancien président par intérim du Conseil des conseillers économiques de la Maison Blanche (2025-2026), est professeur de commerce international et vice-doyen chargé de la formation des cadres à la Columbia Business School, ainsi que chercheur senior au Council on Foreign Relations.
Actu-Economie

La rédaction

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