GUICHETS DE FINANCEMENT DÉDIÉS AUX PME : Une efficacité en question

Jeudi 23 Avril 2026

Malgré la multiplicité des structures intervenant dans le financement des PME-PMI, les résultats ne sont pas encore à la hauteur des attentes. Beaucoup d’acteurs estiment qu’il faut optimiser les interventions .


A l’occasion du vote du budget du ministère de la Microfinance, de l’Économie sociale et solidaire, le 6 décembre 2025, les députés se sont interrogés sur l’efficacité de certaines structures de financement dédiées aux PME, telles que la Délégation générale à l’Entreprenariat Rapide des Femmes et des Jeunes (DER/FJ) et le Fonds de Garantie des Investissements prioritaires (FONGIP). Ils ont dans la foulée pointé  les lenteurs notées dans les procédures de demande de crédits  qui découragent plusieurs femmes à se tourner  vers lesdites  structures.

Ce débat récurrent sur l’efficacité des guichets de financement dédiés aux PME, qui rebondi au sein de l’hémicycle, est dû au fait que plusieurs structures, telles que le FONSIS et la DER/FJ, interviennent pratiquement toutes dans le même domaine, ce qui donne une impression de chevauchement et d’inefficacité au regard des bénéficiaires. C’est pourquoi, certains prônent leur rationalisation, pour plus de cohérence et une meilleure efficience dans la mise en œuvre des politiques de financement des PME ; comme le préconise un ancien responsable de la Bceao, selon qui, il faut « rationnaliser, structurer et optimiser les interventions multiples en faveur des Pme-Pmi ». Certains parlementaires recommandent ainsi le rattachement de toutes les structures en charge de financement des PME-PMI, notamment la DER/FJ, le Ministère de la Microfinance et de l’Économie sociale et solidaire.

Mieux, pour de nombreux experts du secteur de la microfinance, l’État aurait pu faire transiter les ressources de la DER dans les systèmes financiers décentralisés (SFD) ; ce qui aurait permis à ces derniers de   prêter à des taux bonifiés, tout en ayant des procédures plus allégées que celles des banques. Certes, des modalités de collaboration sont initiées et mises en pratique avec les SFD, mais la DER à tendance à recourir au financement direct des bénéficiaires.
 
Abondance de biens ?

Selon Idrissa Diabira, l’ancien directeur général de l’ADEPME, cette diversité des instruments d’accompagnement des PME n’est pas forcément un gage d’efficacité. En effet, « Malgré la multiplication des instruments on n’arrive pas à avoir suffisamment d’impact », constate-t-il, avant d’indiquer qu’à son avis, la question du financement des PME s’inscrit dans une problématique plus vaste : le manque de valorisation du capital en Afrique. D’ailleurs les termes de cette problématique à savoir ( pourquoi le capital est productif ailleurs mais ne l’est pas en Afrique ), est au cœur de ses réflexions dans le cadre d’une thèse qu’il est en train de préparer. « Les différents ingrédients sont là, mais ne sont pas articulés et on n’est pas passé à l’échelle », dit-il.

Toutefois, la rationalisation ne signifie pas une simple fusion de structures qui interviennent dans le financement des PME. « Rationaliser, c’est faire une réingénierie des processus pour plus d’impact », précise  Idrissa Diabira, citant l’exemple du guichet unique de création des entreprises comme un modèle sur lequel on pourrait s’inspirer.

Par ailleurs, si certains soulignent le manque de cohérence et de clarification du rôle des uns et des autres, la plupart des acteurs semblent se réjouir de cette diversité des structures, qui interviennent dans le financement des PME-PMI. « Lorsque je démarrais au Sénégal en 2010-2011, il y avait beaucoup moins d’interventions d’acteurs publics dans l’accompagnement des PME. Donc, c’est une très bonne chose d’avoir renforcé ce dispositif », expliquait Olivier Furdelle, directeur général du fonds d’investissement Teranga Capital dans un entretien accordé au journal « Le Soleil » en janvier 2023, non sans souligner  que la tendance est « très bonne au Sénégal ».

À son avis, chacun de ces acteurs a, via ses propres modems, contribué à faire émerger des graines de champions. Par exemple, Teranga Capital a financé, en même temps que la DER/FJ, l’amorçage de start-ups. Toutefois, dit-il, ces acteurs gagneraient à être plus coordonnés et à trouver des moyens d’interventions différents pour amplifier l’impact. En fait, beaucoup jugent cette diversité « nécessaire », parce que le tissu de PME-PMI est très large. Le défi, c’est d’aller vers une bonne coordination des acteurs, dans la standardisation de l’offre pour que les structures d’appui, d’encadrement et de financement puissent parler le même langage. Du côté des PME aussi, on estime que c’est mieux d’avoir pour chaque volet un acteur dédié qu’une superstructure dont l’efficacité serait limitée par les lourdeurs bureaucratiques.

Ces facteurs bloquants pour les PME
 
Un chiffre illustre la difficulté des PME-PMI sénégalaises à accéder au financement. D’après le recensement de l’Ansd de 2017, 99,8% des entreprises sénégalaises sont constituées de PME (plus de 400 000 sur un nombre total de plus de 458 000 entreprises). Pourtant, celles-ci captent moins de 10% des crédits bancaires. Les facteurs qui limitent l’accès des PME-PMI au financement bancaire sont multiples. Il s’agit essentiellement du manque de fiabilité des informations financières fournies par les PME-PMI, du problème de gouvernance et de management, de la faiblesse des fonds propres, etc. La garantie, très souvent évoquée comme obstacle au financement des PME, ne vient qu’en quatrième position par rapport aux difficultés que rencontrent les banques pour financer. L’autre facteur d’inefficacité des guichets de financement des PME est lié à l’absence de ressources longues pour les acteurs des SFD. Ceci   empêche ces derniers   d’octroyer  des financements à moyen et long terme, du fait de la volatilité de l’épargne ou du faible niveau de mobilisation des dépôts à terme (DAT) auprès des membres ou clients.

Il y a également l’équation des taux d’intérêt qui restent très élevés. « Si une entreprise doit payer un taux d’intérêt de 12 à 16%, ou 24% s’il s’agit d’un Système financier décentralisé [SFD], alors que sa marge bénéficiaire brute varie entre 15 et 20%, là je dis qu’on travaille pour la banque », déplore une responsable d’une PME évoluant dans la transformation de produits locaux. En plus d’un allégement des taux, elle plaide pour des lignes de crédit mieux adaptés aux besoins des entreprises à savoir : l’allongement des délais de remboursement, la réduction de l’apport, etc. La disponibilité de la matière première figure également parmi les principales contraintes  des PME-PMI évoluant dans la transformation de produits locaux. Toutes choses qui  plombent sérieusement la compétitivité des produits sénégalais.

Ainsi, le recours à l’appui de l’Etat est jugé crucial pour les PME, notamment pour l’acquisition d’équipements. De même, les Structures d’Appui et d’Encadrement (SAE) devraient prendre en charge gratuitement le volet formation et promotion. Bref, « le financement est important, mais il faut avoir un œil sur tout le reste de la chaine », conclut l’entrepreneure.
 
1000 milliards de FCFA pour les PME en 2025

Pour renforcer le tissu économique, le gouvernement a lancé, en mai 2025, un « Programme pour le financement massif et sécurisé » des PME-PMI. L’objectif est d’atteindre une enveloppe de 3000 milliards de FCFA en 2028 contre 600 milliards de FCFA en 2024. Un Pacte de financement de 1000 milliards destinés à financer les PME-PMI en 2025 a été signé lors de la 4e édition du Forum des PME.

Ayant été à l’origine de ce projet Idrissa Diabira  ancien DG  de l’ADEPME, se félicite de cette excellente initiative.   Toutefois  il invite à aller « au-delà d’actions ponctuelles » et à passer à l’échelle pour le financement massif des PME-PMI. A cet effet, il suggère de faire le monitoring année après année dans le cadre d’un Conseil présidentiel pour évaluer et identifier les blocages. Cependant, le défi n’est pas tant de mobiliser cette enveloppe,  plusieurs banques ont mis en place des lignes de crédit dédiées,  mais la capacité des PME-PMI à répondre aux critères requis pour capter ces ressources.  En outre, Idrissa Diabira propose de muscler le dispositif réglementaire, à travers un système de bonus-malus, pour inciter les banques à prendre un peu plus de risques pour le financement des PME.

Le Dispositif PME de la BCEAO

Cette initiative s’inscrit dans le cadre du Dispositif PME de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) visant à améliorer l’accès au financement bancaire pour les PME. « Ce dispositif a l’immense mérite d’exister, mais il doit être plus opérant », explique Idrissa Diabira. Selon un banquier de la place, il offre « un cadre très convivial pour accompagner les PPME pour qu’elles puissent se développer et avoir une croissance sur le long terme ».

En effet, ce dispositif met en avant toute une organisation avec comme piliers les Structures d’appui et d’encadrement . Celles-ci permettent de lever certaines contraintes auxquelles les banques étaient confrontées pour le financement des PME-PMI. Le travail en amont des SAE en matière de structuration permet à la banque d’avoir plus de lisibilité et de visibilité sur l’activité de l’entreprise et de prendre plus facilement la décision de crédit.

 Le Dispositif de la BCEAO s’adresse aux PME avec un chiffre d’affaires inférieur à 1 milliard de FCFA qui produisent des biens et services marchands, et respectent les obligations comptables.

En tant que chef de file des SAE, l’ADEPME a aidé à la fiabilisation de plusieurs dossiers de PME facilitant ainsi leur accès au financement bancaire. Le partenariat entre les SAE et les banques permet d’alléger les garanties et même de réduire les taux d’intérêt, parce que la décision de crédit est basée sur des risques mesurés. Ainsi, certaines banques comme Ecobank arrivent à financer des acteurs de l’informel sans demander des garanties, parce que le partenariat avec les SAE permet d’avoir de la visibilité sur leurs activités. Ces deux dernières années, l’agence a aidé 5 000 PME dans l’adoption des technologies grâce à des logiciels de gestion et de marketing en ligne. Un accompagnement crucial pour le développement de ces entreprises afin d’assurer une meilleure tenue de leur comptabilité, sans oublier la promotion du marketing digital et l’accès aux marchés.

« Sans l’accompagnement de l’ADEPME, j’aurais fermé mon entreprise durant la Covid-19 », confie Mariama Mbodji, fondatrice de la Pme Maria Distribution, qui évolue dans la transformation de produits locaux. Ainsi, certaines PME agroalimentaires ont doublé leurs ventes grâce aux applications mobiles.

Dans le cadre du New Deal Technologique, le Sénégal ambitionne de numériser 10 000 PME d’ici 2027. Mais pour Idrissa Diabira il faut un cadre pour un Small Business Act adapté au contexte africain, « parce que nous avons les mêmes défis un peu partout sur le continent ». Un constat s’impose à ses yeux : il n’y a point de développement des PME sans une industrialisation. « Tous les pays (États-Unis, Allemagne, Malaisie, Egypte) qui ont réussi à se doter d’un dispositif performant sont d’abord passés par une phase d’industrialisation. L’Afrique est le seul continent où on veut développer les PME sans passer par l’industrialisation », observe M. Diabira.

Plus globalement, la stratégie nationale vise à apporter un accompagnement plus efficace et cohérent des PME-PMI, en s'attaquant notamment aux défis d'accès aux marchés et au financement. S'appuyant sur la loi d'orientation sur les PME de 2020, la nouvelle stratégie entend consolider le dispositif d’appui et d’ouvrir la voie à des réformes structurelles. Celles-ci pourraient, entre autres, concerner une redéfinition du statut des PME, la promotion d'une forme de socialité adaptée et l'instauration de mesures de discrimination positive pour faciliter leur accès aux marchés publics.  

De ce point de vue, l’ancien président de la Confédération nationale des employeurs du Sénégal (CNES), Adama Lam, insiste sur l’importance de rationaliser les structures d’encadrement et de développement existantes. « Il nous faut une autre façon de voir les choses pour surmonter les contraintes », avait-il précisé. Il a également mis en avant la nécessité pour les PME de se formaliser, condition essentielle pour faciliter leur accès aux différentes sources de financement disponibles.

Le Secrétaire général du ministère de l’Industrie et du Commerce, Seydina Aboubacar Sadikh Ndiaye, recommande, de son côté, de développer des mécanismes financiers adaptés aux besoins des très petites et moyennes entreprises (TPME) qui ont d’énormes difficultés pour accéder aux structures bancaires. Ainsi, il suggère de travailler à mettre en place des instruments de garantie pour permettre aux TPME sénégalaises de travailler avec les entreprises étrangères. Ainsi, l’un des objectifs du Pacte pour l'inclusion financière universelle (PACTIFU), une initiative du ministère de la Microfinance et de l’Economie sociale et solidaire, lancé en 2025, est de faciliter l'accès au crédit en accordant des prêts à des taux préférentiels ; le maximum étant de 5 %, aux très Petites Entreprises (TPE), PME, et aux autres acteurs de l'économie sociale et solidaire.
Mamadou DIALLO
Actu-Economie

La rédaction

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