Il faut d’abord reconnaître ce qui fonctionne. La zone CIMA constitue aujourd’hui l’un des rares exemples d’intégration réglementaire aboutie en Afrique. Un Code unique, une Commission régionale de contrôle, des exigences de solvabilité harmonisées, un marché couvrant 14 États.
Ce modèle a produit plusieurs effets structurants : une montée en capitalisation des compagnies ; une réduction des opérateurs fragiles ; l’émergence de groupes régionaux solides ; une meilleure discipline prudentielle.
Sur ce plan, la FANAF a joué un rôle historique de catalyseur, notamment avant la création de la CIMA. Elle a contribué à structurer les sociétés nationales, à professionnaliser les cadres et à créer un esprit de marché commun. Mais cette réussite institutionnelle masque des fragilités profondes.
Intégré… mais sous-développé
Malgré 50 ans d’organisation collective, l’assurance en zone CIMA reste marginale dans l’économie réelle. Les faits sont têtus : le taux de pénétration dépasse rarement 2 % du PIB dans la plupart des pays membres ; la densité d’assurance par habitant reste très faible comparée aux standards émergents ; la branche automobile domine encore largement le non-vie ; l’assurance agricole et climatique reste embryonnaire. Autrement dit : l’intégration réglementaire n’a pas encore produit une massification de la couverture.
Le paradoxe est clair : un cadre institutionnel sophistiqué, mais un marché socialement étroit.
La révolution CIMA : stabilisation ou centralisation excessive ?
Le passage de la CICA à la CIMA fut une révolution. Il a mis fin à l’hétérogénéité réglementaire et instauré un pouvoir supranational. Mais cette réforme a aussi déplacé le centre de décision vers les États. La régulation est devenue intergouvernementale. Les décisions prudentielles sont arrêtées par les ministres et la CRCA. Les professionnels sont consultés, mais ne décident pas.
Conséquence : la FANAF, organisation faîtière du secteur, ne dispose d’aucun pouvoir normatif. Elle éclaire. Elle alerte. Elle propose. Mais elle ne tranche pas.
Cette configuration alimente aujourd’hui une frustration implicite : l’assurance est régulée sans que ceux qui la portent quotidiennement aient un pouvoir institutionnel proportionnel à leur responsabilité économique.
Un déficit de profondeur financière
Un autre angle critique concerne la capacité du secteur à devenir un véritable moteur financier. L’assurance devrait être un pilier de l’épargne longue. Or : les placements restent concentrés sur des titres publics ; l’exposition aux marchés financiers régionaux demeure prudente ; le rôle dans le financement structurant des infrastructures reste limité.
Le secteur est solvable. Mais est-il suffisamment transformateur ? Dans un contexte où l’Afrique cherche à construire une nouvelle architecture financière continentale, la question devient stratégique.
Les angles morts : climat, digital, inclusion
Le cinquantenaire intervient dans un contexte radicalement différent de celui des années 1990. Les catastrophes naturelles augmentent ; la couverture des risques agricoles reste marginale ; les mécanismes paramétriques sont encore peu diffusés.
Par ailleurs, les insurtech africaines progressent rapidement en Afrique anglophone ; la zone CIMA avance, mais à un rythme plus lent ; le modèle traditionnel domine encore largement. La micro-assurance progresse, mais la pénétration reste faible dans les zones rurales.
Ces défis exigent agilité et innovation. Or la gouvernance régionale, lourde et interétatique, est de nature à ralentir l’adaptation.
FANAF face à son dilemme stratégique
À 50 ans, la Fédération se trouve face à trois options : consolider le rôle de plateforme professionnelle, en renforçant la formation, la coordination et la diplomatie sectorielle.
Revendiquer un rôle institutionnel accru en plaidant pour une participation formalisée dans l’élaboration des normes CIMA ; ou se transformer en centre d’intelligence stratégique, en produisant des données consolidées, des projections actuariales régionales, des études d’impact économique, et devenir une force de proposition incontournable.
Aujourd’hui, la FANAF reste influente mais périphérique dans la décision finale.
La question est simple : Veut-elle peser davantage ou préserver l’équilibre actuel ?
Le risque de la célébration sans réforme
Le danger d’un cinquantenaire est toujours le même : se satisfaire du chemin parcouru. Or le contexte africain change avec la montée des risques systémiques ; les pressions budgétaires des États ; le besoin massif de financement des infrastructures ; l’exigence croissante de souveraineté financière.
L’assurance peut devenir un levier stratégique majeur. Mais cela suppose une meilleure profondeur de marché, une plus grande innovation produit, une coordination plus offensive avec les marchés financiers, et une voix professionnelle, plus structurée dans la régulation.
Cinquante ans d’histoire. Dix ans décisifs.
La FANAF a réussi l’intégration. Elle a accompagné la stabilisation, a contribué à l’émergence de groupes africains solides, mais l’étape suivante est plus ambitieuse : transformer l’assurance en instrument majeur de souveraineté économique africaine.
À l’heure de son cinquantenaire, elle incarne à la fois la mémoire d’une intégration réussie… et les tensions d’un modèle institutionnel en quête de rééquilibrage. Le cinquantenaire ne doit pas être une photographie, mais plutôt un choix stratégique.
Malick NDAW
Ce modèle a produit plusieurs effets structurants : une montée en capitalisation des compagnies ; une réduction des opérateurs fragiles ; l’émergence de groupes régionaux solides ; une meilleure discipline prudentielle.
Sur ce plan, la FANAF a joué un rôle historique de catalyseur, notamment avant la création de la CIMA. Elle a contribué à structurer les sociétés nationales, à professionnaliser les cadres et à créer un esprit de marché commun. Mais cette réussite institutionnelle masque des fragilités profondes.
Intégré… mais sous-développé
Malgré 50 ans d’organisation collective, l’assurance en zone CIMA reste marginale dans l’économie réelle. Les faits sont têtus : le taux de pénétration dépasse rarement 2 % du PIB dans la plupart des pays membres ; la densité d’assurance par habitant reste très faible comparée aux standards émergents ; la branche automobile domine encore largement le non-vie ; l’assurance agricole et climatique reste embryonnaire. Autrement dit : l’intégration réglementaire n’a pas encore produit une massification de la couverture.
Le paradoxe est clair : un cadre institutionnel sophistiqué, mais un marché socialement étroit.
La révolution CIMA : stabilisation ou centralisation excessive ?
Le passage de la CICA à la CIMA fut une révolution. Il a mis fin à l’hétérogénéité réglementaire et instauré un pouvoir supranational. Mais cette réforme a aussi déplacé le centre de décision vers les États. La régulation est devenue intergouvernementale. Les décisions prudentielles sont arrêtées par les ministres et la CRCA. Les professionnels sont consultés, mais ne décident pas.
Conséquence : la FANAF, organisation faîtière du secteur, ne dispose d’aucun pouvoir normatif. Elle éclaire. Elle alerte. Elle propose. Mais elle ne tranche pas.
Cette configuration alimente aujourd’hui une frustration implicite : l’assurance est régulée sans que ceux qui la portent quotidiennement aient un pouvoir institutionnel proportionnel à leur responsabilité économique.
Un déficit de profondeur financière
Un autre angle critique concerne la capacité du secteur à devenir un véritable moteur financier. L’assurance devrait être un pilier de l’épargne longue. Or : les placements restent concentrés sur des titres publics ; l’exposition aux marchés financiers régionaux demeure prudente ; le rôle dans le financement structurant des infrastructures reste limité.
Le secteur est solvable. Mais est-il suffisamment transformateur ? Dans un contexte où l’Afrique cherche à construire une nouvelle architecture financière continentale, la question devient stratégique.
Les angles morts : climat, digital, inclusion
Le cinquantenaire intervient dans un contexte radicalement différent de celui des années 1990. Les catastrophes naturelles augmentent ; la couverture des risques agricoles reste marginale ; les mécanismes paramétriques sont encore peu diffusés.
Par ailleurs, les insurtech africaines progressent rapidement en Afrique anglophone ; la zone CIMA avance, mais à un rythme plus lent ; le modèle traditionnel domine encore largement. La micro-assurance progresse, mais la pénétration reste faible dans les zones rurales.
Ces défis exigent agilité et innovation. Or la gouvernance régionale, lourde et interétatique, est de nature à ralentir l’adaptation.
FANAF face à son dilemme stratégique
À 50 ans, la Fédération se trouve face à trois options : consolider le rôle de plateforme professionnelle, en renforçant la formation, la coordination et la diplomatie sectorielle.
Revendiquer un rôle institutionnel accru en plaidant pour une participation formalisée dans l’élaboration des normes CIMA ; ou se transformer en centre d’intelligence stratégique, en produisant des données consolidées, des projections actuariales régionales, des études d’impact économique, et devenir une force de proposition incontournable.
Aujourd’hui, la FANAF reste influente mais périphérique dans la décision finale.
La question est simple : Veut-elle peser davantage ou préserver l’équilibre actuel ?
Le risque de la célébration sans réforme
Le danger d’un cinquantenaire est toujours le même : se satisfaire du chemin parcouru. Or le contexte africain change avec la montée des risques systémiques ; les pressions budgétaires des États ; le besoin massif de financement des infrastructures ; l’exigence croissante de souveraineté financière.
L’assurance peut devenir un levier stratégique majeur. Mais cela suppose une meilleure profondeur de marché, une plus grande innovation produit, une coordination plus offensive avec les marchés financiers, et une voix professionnelle, plus structurée dans la régulation.
Cinquante ans d’histoire. Dix ans décisifs.
La FANAF a réussi l’intégration. Elle a accompagné la stabilisation, a contribué à l’émergence de groupes africains solides, mais l’étape suivante est plus ambitieuse : transformer l’assurance en instrument majeur de souveraineté économique africaine.
À l’heure de son cinquantenaire, elle incarne à la fois la mémoire d’une intégration réussie… et les tensions d’un modèle institutionnel en quête de rééquilibrage. Le cinquantenaire ne doit pas être une photographie, mais plutôt un choix stratégique.
Malick NDAW


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