ETATS GENERAUX DE L'ASSURANCE : Cinq verrous à lever

Vendredi 7 Août 2026

Au cours de leurs travaux, les États Généraux de l’Assurance pour Tous qui se sont tenus à Cotonou (Bénin) du 6 au 8 juillet 2026, ont identifié cinq verrous structurels qui expliquent le retard du continent.


Quand la récolte brûle sans assurance, la famille paysanne s'endette auprès d'un usurier pour survivre jusqu'à la prochaine saison. Quand le soutien de famille disparaît sans assurance vie, les enfants quittent l'école. Quand la maladie frappe sans couverture santé, les économies de toute une vie s'évanouissent en quelques semaines. « Derrière les statistiques, il y a des vies ».

Cette phrase n'est pas un slogan. Elle figure au cœur du Pacte Panafricain de l'Assurance Inclusive, signé solennellement à Cotonou après trois jours d'États Généraux réunissant 350 participants de plus de trente pays. Ce document de 73 pages n'est ni un compte rendu de conférence ni une déclaration d'intention. Ses signataires (assureurs, régulateurs, ministres, organisations paysannes, Banque Africaine de Développement, Banque Mondiale) le présentent comme un acte fondateur, avec objectifs chiffrés, délais contraignants et un dispositif de gouvernance pour sanctionner les retardataires.

Un diagnostic à la loupe

Dans le diagnostic, il est ressorti la problématique de l’offre inadaptée. Les produits disponibles ont été conçus pour des risques standardisés et des populations du secteur formel. Souscription complexe, primes calculées sur des bases actuarielles inadaptées aux faibles revenus, exclusions opaques qui sapent la confiance.

Ensuite, l'inefficacité des canaux de distribution est apparue. Le réseau d'agences physiques ne peut pas atteindre les populations rurales et les travailleurs informels à un coût économiquement viable. Les assureurs attendent le client. Le client, lui, n'a ni le temps ni les moyens de venir.

Les acteurs ont aussi constaté un déficit de confiance profond. Des expériences décevantes, des indemnisations perçues comme incertaines ou tardives, des contrats jugés illisibles ont installé une méfiance qui ne se dissipera que « par la preuve des résultats ».
Il s’y ajoute un cadre réglementaire et fiscal inadapté car, les exigences prudentielles et les taxes sur les primes ont été calibrées pour un marché formel. Elles pénalisent structurellement les produits inclusifs à faibles primes et grande volumétrie. Sur une prime non-vie de 42 000 F CFA, taxes, frais de contrôle et cessions légales laissent un résultat technique déficitaire avant toute rémunération du capital.

Enfin, le cinquième verrou de l’assurance africaine est relatif à une insuffisance des capacités techniques et actuarielles. La maîtrise des données de sinistralité sur les populations non couvertes, indispensable à une tarification juste, reste largement à construire.

Le dernier kilomètre

Distribuer l'assurance inclusive, c'est résoudre un problème de « dernier kilomètre ». Les populations cibles ne sont pas dans les centres-villes. Elles sont dans les marchés ruraux, les villages agricoles, les quartiers informels périurbains, les zones d'élevage transhumant.
Le Pacte structure une distribution multicanale hybride. Le mobile money est le canal prioritaire : avec plus d'un milliard de comptes en Afrique subsaharienne, il permet de souscrire, payer et être indemnisé sans agence ni papier. Les agents de proximité recrutés au sein des communautés parlent les langues locales et connaissent les cycles agricoles. Les institutions de microfinance et les mutuelles communautaires, qui entretiennent déjà des relations de confiance, sont mobilisées pour la santé et l'épargne. Les organisations paysannes et les chambres de commerce fédèrent des souscriptions groupées. Même les lieux de culte sont appelés à jouer un rôle de sensibilisation.

Chaque année, une Journée FANAF de l'assurance inclusive sera organisée simultanément dans tous les marchés membres, une semaine avant l'Assemblée Générale. Caravanes de sensibilisation, démonstrations de souscription par mobile money, sessions d'éducation financière en langues locales. Cette journée sera aussi un baromètre public des progrès réalisés.

L'initiative genre : la moitié du continent

Le Pacte consacre un axe transversal à la question des femmes. Elles représentent la moitié de la population active africaine, orientent 80 % des décisions de dépenses des ménages, produisent 60 % des denrées alimentaires du continent. Pourtant, elles demeurent confrontées à un déficit de protection encore plus marqué.

Les témoignages recueillis lors des États Généraux livrent trois enseignements : les femmes africaines ne constituent pas un marché unique ; malgré la diversité de leurs parcours, toutes partagent la même préoccupation (la possibilité qu'un événement bouleverse durablement leur équilibre personnel, familial et professionnel) ; et derrière chaque préoccupation se trouve un besoin de protection. L'Observatoire FANAF de la femme dans l'assurance intégrera des indicateurs sexospécifiques au suivi du Pacte.

Gouvernance : pour tenir les promesses

Pour éviter que les engagements ne restent lettre morte, le Pacte institue une architecture de contrôle inédite. Un Comité de pilotage réuni semestriellement, présidé par le président de la FANAF, avec des représentants des régulateurs, des gouvernements, des assureurs et des partenaires. Une Cellule de suivi permanente au Secrétariat Général. Et surtout, un tableau de bord public semestriel, publié sur le site de la FANAF, opposable, présentant pour chaque marché le taux de pénétration, le nombre de produits labellisés, le volume de primes inclusives, l'état d'avancement des réformes fiscales et réglementaires, et le nombre de personnes nouvellement couvertes par segment.

Une revue annuelle se tiendra lors de l'Assemblée Générale de la FANAF, élargie aux ministres des Finances. Le premier rapport est prévu en mars 2027. Le Pacte fait l'objet d'une révision à mi-parcours en 2028, pouvant conduire à un ajustement des objectifs intermédiaires, « mais non à une révision à la baisse de l'objectif central de doublement du taux de pénétration à l'horizon 2040 ».
Malick NDAW
 
 
Assurance

La rédaction

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