1976–1990 : la reconquête
De Niamey à Abidjan, de la CRCA (Commission Régionale de Comptabilisation des Assurances) à la CIMA (Conférence Interafricaine des Marchés d’Assurances), la Fédération des Sociétés d’Assurances de Droit National Africaines (FANAF) a accompagné toutes les mutations du marché africain des assurances.
À l’origine, rappelle Adama Ndiaye, ancien président de la FANAF et Directeur général de la compagnie SEN RE, le constat était clair : l’assurance africaine évoluait dans un paysage dominé par des groupes étrangers. Les compagnies locales étaient sous-capitalisées, les cadres africains marginalisés et l’épargne collectée sur le continent largement transférée vers l’extérieur via la réassurance.
La création de la FANAF le 17 Mars 1976 à Yamoussoukro, marque une rupture stratégique : mutualiser les forces, parler d’une seule voix et organiser la reconquête de l’épargne africaine.
Durant cette période, la FANAF ne se limite pas à un rôle corporatiste. Elle devient un espace de formation de dirigeants panafricains, un lieu d’apprentissage collectif et un outil de structuration du secteur. Le tournant intervient en 1982 avec l’institutionnalisation du secrétariat général permanent et la formalisation des procédures. L’organisation passe de la passion militante à une logique d’efficacité institutionnelle.
1990–2008 : De la CICA à la CIMA : le tournant historique
La grande bascule intervient dans les années 1990 avec la transformation de la CRCA (Conférence Régionale de Contrôle des Assurances) en CIMA (Conférence Interafricaine des Marchés d’Assurances). Ce passage marque une rupture majeure : on passe d’un dispositif de coordination à une architecture juridique contraignante, fondée sur un Code des assurances harmonisé et une autorité de régulation supranationale.
Pour la première fois en Afrique francophone, les règles prudentielles, les exigences de solvabilité et les normes techniques sont unifiées à l’échelle régionale. Cette harmonisation crée un marché intégré couvrant aujourd’hui 14 pays.
La réforme bouleverse profondément l’équilibre institutionnel. La régulation devient étatique et intergouvernementale. Le pouvoir normatif bascule vers les instances de la CIMA, tandis que les organisations professionnelles, dont la FANAF, conservent un rôle consultatif.
Ce déplacement du centre de gravité constitue une avancée structurelle pour la solidité du secteur, mais il installe aussi une tension durable entre régulation publique et représentation professionnelle.
2008–2026 : nouvelles batailles, nouvelles contraintes
Le contexte change profondément. La concurrence internationale s’intensifie, les exigences en matière de solvabilité et de gouvernance se renforcent, et la digitalisation bouleverse les modèles traditionnels.
Une montée en puissance qui a restructuré le paysage assurantiel. Les réformes réglementaires, notamment autour de l’article 308, renforcent la conservation locale des risques et imposent que certains contrats soient assurés et réassurés dans la zone CIMA. Résultat : une part croissante des primes et des capacités de réassurance demeure désormais en Afrique.
Le discours insiste sur cette inversion du « pipeline de fuite » de l’épargne, considérée comme l’une des victoires majeures de ces cinquante années.
Un bilan contrasté
Malgré ces avancées structurelles, les indicateurs clés rappellent les limites du chemin parcouru : Le taux de pénétration de l’assurance en zone CIMA reste autour de 1 %, très en deçà de la moyenne mondiale estimée à 7 % ; l’inclusion assurantielle demeure faible ; l’impact sur la transformation sociale et économique reste encore en deçà des ambitions initiales.
Le secteur a gagné en souveraineté réglementaire et en capacité institutionnelle, mais peine à transformer massivement les économies nationales.
Les défis à venir
Le discours identifie cinq chantiers prioritaires : retrouver une ambition stratégique continentale, articulée avec la ZLECAf et l’Agenda 2063 ; mieux orienter l’épargne collectée vers les marchés financiers et les infrastructures locales ; maîtriser la digitalisation pour éviter une dépendance technologique ; renforcer la solidarité entre marchés aux capacités inégales ; réformer la gouvernance interne de la FANAF pour renforcer sa crédibilité et son poids.
Trois scénarios sont évoqués : inertie technocratique, fragmentation ou refondation stratégique. Le discours plaide clairement pour la troisième voie.
En filigrane : une question politique
Au-delà du bilan sectoriel, le message est plus large. L’assurance est présentée comme un levier de souveraineté économique. L’enjeu dépasse la rentabilité des compagnies : il concerne la capacité du continent à maîtriser ses flux financiers, à conserver son épargne et à financer son propre développement.
Cinquante ans après sa création, la FANAF n’est plus un mouvement de résistance. Elle est devenue une institution. Reste à savoir si elle saura redevenir un acteur stratégique capable d’influencer les grandes orientations économiques africaines.
C’est précisément l’un des débats récurrents au sein de la profession : la place de la FANAF dans l’écosystème CIMA.
Le conférencier l’aborde avec amertume et responsabilité : « Est-ce que nous ne sommes pas plus des faire-valoir que des acteurs réels, dans la mesure où, quand on regarde la CIMA à travers deux de ces trois organes que sont la commission régionale de comptabilisation et le conseil des ministres dont les travaux sont préparés par le comité des experts, la Fanaf n'a qu'un membre sur 14, en la personne du président, à la commission régionale, et aucune voix délibérative sur les 11, seulement une voix consultative ».
Dans ces conditions, demande-t-il : « Comment la FANAF peut-elle réellement influer sur les décisions de la commission ? »
Cette position limite son influence effective sur les règles qui encadrent pourtant directement leurs activités. La Fédération apparaît alors comme un acteur stratégique mais institutionnellement contraint. Cette ambivalence accompagne l’histoire de la FANAF depuis la création de la CIMA.
Le cinquantenaire n’a pas été présenté comme une célébration, mais comme un moment de clarification : le projet de souveraineté assurantielle est engagé. Il n’est pas achevé.
Malick NDAW
De Niamey à Abidjan, de la CRCA (Commission Régionale de Comptabilisation des Assurances) à la CIMA (Conférence Interafricaine des Marchés d’Assurances), la Fédération des Sociétés d’Assurances de Droit National Africaines (FANAF) a accompagné toutes les mutations du marché africain des assurances.
À l’origine, rappelle Adama Ndiaye, ancien président de la FANAF et Directeur général de la compagnie SEN RE, le constat était clair : l’assurance africaine évoluait dans un paysage dominé par des groupes étrangers. Les compagnies locales étaient sous-capitalisées, les cadres africains marginalisés et l’épargne collectée sur le continent largement transférée vers l’extérieur via la réassurance.
La création de la FANAF le 17 Mars 1976 à Yamoussoukro, marque une rupture stratégique : mutualiser les forces, parler d’une seule voix et organiser la reconquête de l’épargne africaine.
Durant cette période, la FANAF ne se limite pas à un rôle corporatiste. Elle devient un espace de formation de dirigeants panafricains, un lieu d’apprentissage collectif et un outil de structuration du secteur. Le tournant intervient en 1982 avec l’institutionnalisation du secrétariat général permanent et la formalisation des procédures. L’organisation passe de la passion militante à une logique d’efficacité institutionnelle.
1990–2008 : De la CICA à la CIMA : le tournant historique
La grande bascule intervient dans les années 1990 avec la transformation de la CRCA (Conférence Régionale de Contrôle des Assurances) en CIMA (Conférence Interafricaine des Marchés d’Assurances). Ce passage marque une rupture majeure : on passe d’un dispositif de coordination à une architecture juridique contraignante, fondée sur un Code des assurances harmonisé et une autorité de régulation supranationale.
Pour la première fois en Afrique francophone, les règles prudentielles, les exigences de solvabilité et les normes techniques sont unifiées à l’échelle régionale. Cette harmonisation crée un marché intégré couvrant aujourd’hui 14 pays.
La réforme bouleverse profondément l’équilibre institutionnel. La régulation devient étatique et intergouvernementale. Le pouvoir normatif bascule vers les instances de la CIMA, tandis que les organisations professionnelles, dont la FANAF, conservent un rôle consultatif.
Ce déplacement du centre de gravité constitue une avancée structurelle pour la solidité du secteur, mais il installe aussi une tension durable entre régulation publique et représentation professionnelle.
2008–2026 : nouvelles batailles, nouvelles contraintes
Le contexte change profondément. La concurrence internationale s’intensifie, les exigences en matière de solvabilité et de gouvernance se renforcent, et la digitalisation bouleverse les modèles traditionnels.
Une montée en puissance qui a restructuré le paysage assurantiel. Les réformes réglementaires, notamment autour de l’article 308, renforcent la conservation locale des risques et imposent que certains contrats soient assurés et réassurés dans la zone CIMA. Résultat : une part croissante des primes et des capacités de réassurance demeure désormais en Afrique.
Le discours insiste sur cette inversion du « pipeline de fuite » de l’épargne, considérée comme l’une des victoires majeures de ces cinquante années.
Un bilan contrasté
Malgré ces avancées structurelles, les indicateurs clés rappellent les limites du chemin parcouru : Le taux de pénétration de l’assurance en zone CIMA reste autour de 1 %, très en deçà de la moyenne mondiale estimée à 7 % ; l’inclusion assurantielle demeure faible ; l’impact sur la transformation sociale et économique reste encore en deçà des ambitions initiales.
Le secteur a gagné en souveraineté réglementaire et en capacité institutionnelle, mais peine à transformer massivement les économies nationales.
Les défis à venir
Le discours identifie cinq chantiers prioritaires : retrouver une ambition stratégique continentale, articulée avec la ZLECAf et l’Agenda 2063 ; mieux orienter l’épargne collectée vers les marchés financiers et les infrastructures locales ; maîtriser la digitalisation pour éviter une dépendance technologique ; renforcer la solidarité entre marchés aux capacités inégales ; réformer la gouvernance interne de la FANAF pour renforcer sa crédibilité et son poids.
Trois scénarios sont évoqués : inertie technocratique, fragmentation ou refondation stratégique. Le discours plaide clairement pour la troisième voie.
En filigrane : une question politique
Au-delà du bilan sectoriel, le message est plus large. L’assurance est présentée comme un levier de souveraineté économique. L’enjeu dépasse la rentabilité des compagnies : il concerne la capacité du continent à maîtriser ses flux financiers, à conserver son épargne et à financer son propre développement.
Cinquante ans après sa création, la FANAF n’est plus un mouvement de résistance. Elle est devenue une institution. Reste à savoir si elle saura redevenir un acteur stratégique capable d’influencer les grandes orientations économiques africaines.
C’est précisément l’un des débats récurrents au sein de la profession : la place de la FANAF dans l’écosystème CIMA.
Le conférencier l’aborde avec amertume et responsabilité : « Est-ce que nous ne sommes pas plus des faire-valoir que des acteurs réels, dans la mesure où, quand on regarde la CIMA à travers deux de ces trois organes que sont la commission régionale de comptabilisation et le conseil des ministres dont les travaux sont préparés par le comité des experts, la Fanaf n'a qu'un membre sur 14, en la personne du président, à la commission régionale, et aucune voix délibérative sur les 11, seulement une voix consultative ».
Dans ces conditions, demande-t-il : « Comment la FANAF peut-elle réellement influer sur les décisions de la commission ? »
Cette position limite son influence effective sur les règles qui encadrent pourtant directement leurs activités. La Fédération apparaît alors comme un acteur stratégique mais institutionnellement contraint. Cette ambivalence accompagne l’histoire de la FANAF depuis la création de la CIMA.
Le cinquantenaire n’a pas été présenté comme une célébration, mais comme un moment de clarification : le projet de souveraineté assurantielle est engagé. Il n’est pas achevé.
Malick NDAW


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