BAD ET FINANCEMENT DU DEVELOPPEMENT : Le challenge de l’intermédiation financière

Vendredi 24 Avril 2026

Lors d'une conférence de presse hybride tenue ce 23 avril 2026 au siège d'Abidjan, les responsables de la Banque africaine de développement (BAD) ont présenté les enjeux des 61es Assemblées annuelles, prévues du 25 au 29 mai à Brazzaville. Thème central : mobiliser des financements à grande échelle dans un monde fragmenté. Un diagnostic sans fard (et un chiffre qui résume tout).


BAD ET FINANCEMENT DU DEVELOPPEMENT : Le challenge de l’intermédiation financière
Il y a la Banque africaine de développement, l’entité principale, il y a le Fonds africain de développement (FAD) et le Fonds spécial du Nigeria (FSN). Ce sont ces trois entités qui constituent le Groupe de la Banque Africaine de Développement (BAD). Celui-ci est supervisé par un Conseil des gouverneurs (généralement des ministres des Finances) et géré par un Conseil d'administration siégeant au siège à Abidjan, en Côte d'Ivoire, où les responsables de l’institution ont réuni, ce 23 avril 2026, la presse pour une conférence hybride en prélude prochaines Assemblées annuelles de la BAD qui se tiendra en mai prochain à Brazzaville (Congo).
 
Le décor ainsi planté par Chioma Angela Onukogu, directrice des affaires et procédures du Conseil d'administration, qui représentait ce jour le secrétaire général du Groupe, affiche l’envergure du rôle éminemment crucial d’une organisation qui réunit les représentants des 81 pays membres, généralement des ministres des Finances.

Les 61es Assemblées annuelles du Conseil des gouverneurs de la Banque (organe suprême de l'institution, qui réunit les représentants des 81 pays membres, généralement des ministres des Finances) et la 52e pour le Fonds africain de développement.

L'événement revêt une dimension particulière cette année : ce sont les premières assemblées pour le président Sidi Ould Tah, entré en fonction en septembre 2025. Le dialogue des gouverneurs (forum de cinq heures prévu le troisième jour) sera l'occasion pour les 81 membres d'échanger directement avec lui sur ses quatre priorités d'action et sur les orientations à court, moyen et long terme de l'institution.

402 milliards de dollars par an. Et pourtant

Le thème choisi pour les 61es Assemblées annuelles du Conseil des gouverneurs de la Banque « Mobiliser le financement pour le développement du continent à grande échelle dans un monde fragmenté », en dit long sur les challenges qui attendent le président Ould Tah à la tête de l’organisation. Kevin Urama, économiste en chef et vice-président chargé de la gouvernance économique, en a développé le fond, lors de la conférence de presse.

Le chiffre qu’il a posé en ouverture donne l'échelle du problème : 402,2 milliards de dollars par an ; c'est ce dont l'Afrique a besoin pour financer sa transformation structurelle. Infrastructures, services essentiels, transition climatique, dividende démographique.

Ce chiffre seul suffirait à décourager. Sauf qu'Urama en pose immédiatement un second, plus déstabilisant encore : selon les travaux de la BAD, si l'Afrique mettait en œuvre les bonnes politiques, mettait fin aux fuites de capitaux et améliorait sa gouvernance économique, elle serait capable de mobiliser 1 300 milliards de dollars à partir de sources internes. « L'Afrique a besoin de tellement d'argent. Et l'Afrique a également assez de capitaux pour répondre à tous ces besoins, tout simplement en améliorant les politiques, en mettant fin aux fuites et en améliorant la gouvernance. »

C'est le paradoxe central que les assemblées de Brazzaville vont tenter d'instruire.

La NAFAD : une architecture, pas un guichet

Ce paradoxe a un nom depuis le début du mois d'avril : NAFAD, ou Nouvelle Architecture Financière Africaine pour le Développement.

Lancée officiellement par le président Sidi Ould Tah, le 9 avril dernier à Abidjan sous le parrainage du président Ouattara, l'initiative a débouché sur l'adoption du Consensus d'Abidjan, un cadre continental dont l'ambition est de refaçonner la mobilisation et le déploiement du capital africain autour de quatre principes : subsidiarité, complémentarité, coordination et transformation.

Kevin Urama a été direct sur ce que la NAFAD n'est pas : « Ce n'est pas une question du montant que vous mobilisez, mais de comment vous déployez ces ressources. »

La NAFAD ne remplace pas la BAD, elle fédère autour d'elle l'ensemble des institutions financières de développement du continent, y compris la BADEA et les banques régionales, pour démultiplier l'effet de levier de chaque dollar investi. « Si vous voulez aller vite, allez seul. Si vous voulez aller loin, allez ensemble. »

Lorsque la question est posée directement : « Le problème, c'est le financement ou l'intermédiation ? », Urama n'a pas esquivé : « C'est un problème d'intermédiation », répond-il et la réponse est dans la NAFAD, « mais aussi dans la mobilisation des ressources domestiques, la réduction du profil de risque du continent et l'amélioration de la gouvernance des finances publiques. »

L'assiette fiscale : élargir, pas augmenter

La question des ressources internes a suscité un échange nourri. Un journaliste de Nairobi signalait la résistance des populations africaines à une pression fiscale jugée déjà lourde. Urama a opéré une distinction nette : « Il ne s'agit pas d'augmenter les impôts, mais d'élargir l'assiette fiscale et d'améliorer l'efficacité des administrations fiscales (notamment par la numérisation des processus). »

Le levier principal n'est pas le taux, c'est le contrat social. « Si les gouvernements utilisent les impôts pour l'éducation, la santé et les infrastructures, la propension des citoyens à payer augmente considérablement », explique Urama, qui souligne en substance que la BAD a lancé en 2022 l'Académie de gestion des finances publiques en Afrique pour accompagner les pays membres sur la transparence, la redevabilité et la mobilisation des recettes internes.

Parmi les exemples cités : le Maroc, dont le ministre des Finances a réuni ses homologues pour signer une déclaration conjointe sur la mobilisation des ressources domestiques. Le Nigeria, qui a renouvelé son Fonds spécial pour quinze ans supplémentaires. La Côte d'Ivoire, dont les réformes macroéconomiques sont décrites comme un modèle régional.

Monde fragmenté : un risque systémique pour le financement

La fragmentation géopolitique n'est pas un arrière-plan, c'est un déterminant. « Les tensions croissantes, les changements d'alliances et l'émergence de nouveaux centres de pouvoir redessinent les règles d'implication internationale », a rappelé Urama en citant le président Sidi Ould Tah. Concrètement, cela signifie que les puissances qui finançaient le développement africain réallouent leurs ressources à leur propre résilience (dépenses militaires, transition climatique, relocalisation industrielle). L'aide publique au développement se rétrécit. Les investissements directs étrangers sont volatils. « L'Afrique doit trouver des solutions locales, puis nouer des partenariats stratégiques pour compléter ce qu'elle mobilise en interne. »

L'horizon n'est pas sombre pour autant. Urama a conclu sur un chiffre qui tranche avec le discours convenu : en 2026, le taux de croissance du continent devrait dépasser 4,2% — au-dessus de la moyenne mondiale, et devant l'Asie. 32 pays africains affichent de très bons résultats quel que soit le critère utilisé. 20 pays avaient des taux de croissance supérieurs à 5% à fin 2025. « La trajectoire pour le continent est à la hausse. »

Un rapport phare en perspective

Avant de finir, les responsables du Groupe ont donné une idée du programme du prochain évènement.

Le déroulé statutaire des cinq jours s'articule sur cinq jours autour de la réunion du bureau des gouverneurs et du comité directeur mixte, qui prépare les documents soumis à la plénière ; la cérémonie d'ouverture, suivie d’une première séance plénière du Conseil des gouverneurs et l’adoption des résolutions ; le dialogue des gouverneurs avec un échange direct avec le président Sidi Ould Tah sur les quatre priorités de la Banque ; la Journée de l'Afrique (25 mai), commémoration de la création de l'OUA en 1963 à Addis-Abeba, avec une cérémonie officielle, dialogue de politique et événements culturels.

Cette édition sera délibérément commémorative plutôt que conférentielle. Mais quatre événements du savoir sont également prévus en marge des sessions statutaires, portant respectivement sur : la mobilisation des capitaux pour une croissance inclusive, le renforcement des systèmes financiers africains, le dividende démographique, et la richesse verte du continent (biodiversité, crédits carbone, capital naturel).

Le rapport phare sur les Perspectives économiques en Afrique 2026, dont le thème reprend celui des assemblées, sera également lancé lors de l'événement.

Pour rappel, la Banque africaine de développement est notée AAA par les principales agences de notation, une distinction qu'aucune autre institution financière de développement du continent ne partage. Son siège est à Abidjan. Elle compte 81 membres, dont 54 pays africains.
Malick NDAW
 
Actu-Economie

La rédaction

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