Sénégal : La loi de finances rectificative 2026 rejetée par l’Assemblée nationale

Mercredi 4 Novembre 2026

Le projet de loi de finances rectificative (Lfr) 2026 n’a pas franchi l’étape de l’Assemblée nationale. Les députés ont rejeté le texte, mardi 3 novembre, à la suite de l’adoption d’une question préalable introduite par Amadou Ba, député du groupe parlementaire majoritaire Pastef. Cette décision intervient dans un contexte de tensions autour des prévisions budgétaires et des choix économiques du gouvernement.


La procédure a mis un terme à l’examen du projet sans discussion sur ses dispositions au fond. Le premier décompte avait fait état de 109 voix favorables à la question préalable, 20 contre et trois abstentions, sur 132 votants. Dans un communiqué rectificatif publié le même jour, l’Assemblée nationale a précisé que 17 délégations de vote n’avaient pas été comptabilisées. Après correction, le nombre de voix favorables au rejet du texte a été porté à 126.
 
Pour justifier cette initiative, Amadou Ba a soulevé des réserves sur la sincérité des prévisions budgétaires. Le député a notamment mis en doute le réalisme du déficit annoncé à 7,6% du Produit intérieur brut (Pib) et la capacité de l’Etat à exécuter les investissements prévus sur ressources extérieures avant la fin de l’année. Il a également évoqué l’absence de certains documents demandés par les parlementaires, notamment sur l’exécution des investissements publics et la dette.
 
Face à ces arguments, le ministre de l’économie, des finances et du plan, Cheikh Diba, a contesté la mise en cause de la sincérité budgétaire. Pour lui, les divergences portent davantage sur le Plan de redressement économique et social (Pres). Il a accusé les députés de vouloir éviter le débat sur les orientations défendues par le gouvernement.
 
Des équilibres budgétaires sous tension
Déposé à l’Assemblée nationale le 18 septembre, le projet de Lfr prévoyait de ramener les recettes budgétaires à 5 848,7 milliards de francs Cfa, contre 6 188,8 milliards initialement programmés. Les dépenses devaient, en revanche, atteindre 7 583,9 milliards de francs Cfa, contre 7 433,9 milliards dans la loi de finances initiale.
 
Le déficit budgétaire était ainsi réévalué à 1 735,2 milliards de francs Cfa, soit 7,6% du Pib, contre 5,4% initialement prévu. Le texte intégrait également une augmentation de 540,3 milliards de francs Cfa des subventions énergétiques, portant leur enveloppe à 790,3 milliards, ainsi qu’une réduction de 555 milliards de francs Cfa des crédits d’investissement.
 
Avant le vote en plénière, le projet avait déjà essuyé deux rejets successifs de la Commission des finances et du contrôle budgétaire, les 23 et 30 octobre. A la demande du gouvernement, le texte avait été renvoyé en commission le 27 octobre afin de poursuivre les discussions avec les députés. Ces échanges n’ont finalement pas permis de rapprocher les positions.
 
Le rejet intervient alors que l’Etat fait face à des marges de manœuvre budgétaires limitées, dans un contexte de difficultés d’accès aux marchés financiers et de discussions avec le Fonds monétaire international (Fmi). Le gouvernement avait estimé qu’une prolongation de l’incertitude autour de la Lfr pouvait compliquer la mobilisation des financements nécessaires et accentuer les tensions de trésorerie.
 
Cette décision parlementaire ouvre ainsi une nouvelle séquence d’incertitude sur l’ajustement des finances publiques pour l’exercice 2026, alors que les prévisions de recettes, les dépenses prioritaires et le financement du déficit restent au cœur des divergences entre l’Exécutif et les députés.
Bassirou MBAYE
 
Actu-Economie

La rédaction

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