PLAN DE TRAITEMENT DE LA DETTE: Dakar refuse de parler de « restructuration »

Vendredi 4 Septembre 2026

Un seul mot peut coûter cher sur les marchés financiers. C’est tout l’enjeu du bras de fer sémantique qui s’est ouvert autour du Plan de traitement de la dette du Sénégal (PTDS), que la Direction générale des financements et de la Dette s’efforce de dissocier de toute idée de restructuration, pendant que l’État, lui, continue tranquillement d’emprunter.


El hadji Alioune Diouf, directeur des Marchés de capitaux
El hadji Alioune Diouf, directeur des Marchés de capitaux
Dans un contexte aussi chahuté par un bras de fer sémantique autour du Plan de traitement de la dette du Sénégal (PTDS, il fallait oser affronter l’opinion en toute ouverture. Le ministère de l’Economie, des Finances et du Plan l’a fait, à travers une session d’échanges qu’il a initiée, ce jeudi 3 septembre 2026, avec des médias locaux et internationaux. La Direction générale des financements et de la Dette (DGFD) a apporté ses propres arguments tout en dévoilant au passage son calendrier de financement pour la fin d'année.
 
Le mot « restructuration » colle à la peau du Plan de traitement de la dette du Sénégal (PTDS) depuis que le FMI a lui-même employé l'expression « debt treatment » pour qualifier l'accord technique conclu le 1er septembre dernier avec les services du Département de l’Economie, des finances et du Plan. Une terminologie que la Direction générale des financements et de la Dette (DGFD) entend nuancer, sinon corriger.

Le Sénégal est-il en train de restructurer sa dette, ou simplement de la réaménager ?
La nuance peut sembler byzantine. Elle ne l’est pas.
 
Pour un pays dont la dette publique avoisine 132 % du PIB et qui sort à peine d’une crise de crédibilité liée à la découverte d’un passif «dissimulé» de plusieurs milliards de dollars, être catalogué « en restructuration » par les agences de notation ou les marchés, a un coût direct : hausse des primes de risque, fermeture temporaire de certains guichets de financement, dégradation de note. C’est précisément ce que la Direction générale des financements et de la Dette (DGFD) cherche à éviter en refusant, point par point, l’étiquette.
 
Trois lignes de défense, une seule vraiment solide

Le directeur des Marchés de capitaux à la DGFD, Elhadji Alioune Diouf, a présenté trois arguments pour justifier ce refus.

Le premier tient à un choix de périmètre : environ un tiers de l’encours de la dette publique a volontairement été laissé en dehors du plan, l’État ayant préféré «concentrer l’effort sur les segments les plus problématiques pour la soutenabilité, plutôt que de traiter l’ensemble du stock». Le deuxième argument porte sur la nature de la dette : celle libellée en FCFA, évaluée à 9 100 milliards de francs, est purement et simplement exclue du champ d’application du PTDS, qui ne concernerait donc que la dette en devises étrangères.

Ces deux premiers arguments relèvent davantage du choix de communication que de la démonstration technique : circonscrire un plan à une partie de la dette ne dit rien, en soi, sur la nature de l’opération qui y sera appliquée.

C’est le troisième argument qui porte le plus de poids économique : contrairement à la plupart des pays ayant engagé un processus de restructuration (le Ghana, la Zambie ou l’Éthiopie, pour ne citer que les cas les plus récents en Afrique), le Sénégal n’a pas connu d’incident de paiement avéré. « La plupart des pays qui sont en restructuration ont connu un défaut constaté », a résumé Elhadji Alioune Diouf, comme pour établir une ligne de partage claire entre les pays contraints de renégocier après un défaut, et un pays qui choisirait, de son propre chef, d’anticiper des difficultés avant qu’elles ne se matérialisent.

L’argument est recevable, mais il n’épuise pas le débat. Le FMI, dans ses propres communications, a employé le terme « debt treatment » (une expression suffisamment large, dans le vocabulaire financier international, pour englober aussi bien un simple rééchelonnement qu’une restructuration plus profonde).

Autrement dit : l’absence de défaut protège le Sénégal d’une comparaison avec les cas les plus sévères, mais ne garantit pas que les agences de notation classeront l’opération comme un non-événement de crédit. Tout dépendra, in fine, des conditions concrètes obtenues auprès des créanciers (allongement des échéances, éventuelle décote) bien plus que du nom qu’on leur donnera.
 
Le financement de l'État continue en parallèle
 
Ce débat sémantique n'empêche pas l'État de poursuivre son calendrier normal de levées de fonds. D'ici la fin de l'année, trois opérations d'appel public à l'épargne doivent être organisées sur le marché financier régional, dont une première émission obligataire de type Sukuk, chacune ciblant environ 200 milliards de FCFA. La DGFD anticipe par ailleurs un assouplissement des conditions de financement, la conclusion des négociations avec le FMI devant faciliter l'accès à des ressources concessionnelles et réduire le coût de la dette (après une période récente marquée, selon la direction, par un durcissement des conditions de levée de fonds lié notamment à l'absence de programme actif avec le Fonds.
 
C’est là que la bataille des mots rejoint la réalité économique.  Que les autorités sénégalaises parlent de « réaménagement » plutôt que de « restructuration » ne changera rien à la façon dont les acteurs de marché évalueront, dans les prochaines semaines, la capacité de l’État à lever 200 milliards de FCFA sur son premier Sukuk. Un test grandeur nature de la crédibilité retrouvée, ou non, du signal envoyé par l’accord technique avec le FMI.
Malick NDAW
Actu-Economie

La rédaction

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