FAO - Un projet de l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture soutient le renforcement des capacités afin de contribuer à la viabilité des filières cotonnières et d'accroître les revenus des familles de cotonculteurs au Burkina Faso, au Mali, au Sénégal, en Tanzanie et en Zambie.
Environ 60% de cette population travaille dans le secteur de l'agriculture et les pays africains sont de grands producteurs de cacao, de café, de thé, de manioc, de coton et de patates douces.
En 2026, la croissance économique de l'Afrique est prévue à 4% pour cette année et 4,2% pour l'an prochain, bien au-dessus des prévisions mondiales de 2,7%. Bon nombre des économies à la croissance la plus rapide au monde – l'Éthiopie, la Guinée, le Rwanda, l'Ouganda – sont en Afrique.
Les 54 nations d'Afrique sont en train de créer un marché unique de 3 400 milliards de dollars, l'Accord de libre-échange continental africain, conçu pour réduire les droits de douane et barrières non tarifaires internes et pour augmenter le commerce intra-africain de son niveau actuel décevant d'environ 15% du commerce africain total.
Malgré ces évolutions encourageantes, le tableau de l'agriculture africaine révèle des promesses non tenues. Selon la CNUCED, 794 millions d'Africains – soit environ 60% de la population du continent – sont en situation d'insécurité alimentaire. Malgré l'abondance de terres fertiles, plus de 80% des denrées alimentaires de l'Afrique sont importées.
La production céréalière a augmenté de 37% au cours de la dernière décennie, mais les rendements de ces cultures ne représentent qu'environ 40% de la moyenne mondiale. Cette tendance ne devrait pas prendre fin tant que les prix des engrais continuent d'augmenter aussi fortement. Les prix des engrais azotés ont augmenté de plus de 30% depuis le début de la guerre au Moyen-Orient - , tandis que ceux de l'urée ont bondi de 47% depuis fin février.
Les gouvernements africains, l'Union africaine et la Banque africaine de développement sont tous pleinement conscients de cette situation préoccupante. Le problème ne découle pas d'un manque de volonté ou de ressources. Ce qui fait défaut, c'est une approche globale du problème, par laquelle gouvernements africains, éleveurs, exploitants forestiers et pêcheurs pourront développer des programmes adaptés à leurs atouts et à leurs besoins spécifiques. Chacun des 54 pays africains présente des conditions économiques, politiques et sociales propres. Une approche unique ne permettra pas de répondre de façon adéquate aux besoins de tous les pays. C'est pourquoi il est important que chaque pays d'Afrique ait les moyens de développer ses propres programmes, avec le soutien d'institutions partenaires.
C'est là que l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) peut jouer un rôle central pour l'amélioration des politiques agricoles en Afrique et dans le monde. La FAO est dans une position unique pour soutenir de tels programmes en apportant un soutien technique, politique et stratégique. Elle peut s'appuyer sur les ressources et l'expertise de ses 193 États membres tout en facilitant et en renforçant la coordination entre les décideurs politiques africains et les organisations internationales comme la Banque mondiale, l'Union européenne, l'Organisation mondiale du commerce ou les Nations unies.
Si je suis choisi pour diriger cette importante organisation, l'une de mes premières priorités sera de décentraliser ses opérations et de mettre plus d'agents de la FAO sur le terrain en Afrique et dans les pays en voie de développement, là où les problèmes peuvent être facilement identifiés.
Le renforcement de la sécurité alimentaire doit être au cœur de tout plan d'action. Un taux d'insécurité alimentaire de 60% n'est pas acceptable. Il ne peut y avoir de stabilité politique ou économique si les gens souffrent de la faim.
Bon nombre des objectifs les plus importants de l'agenda agricole africain – la lutte contre l'insécurité alimentaire et la faim, la durabilité, une production à plus forte valeur ajoutée et la création d'emplois – sont étroitement liés. La technologie offre une base commune pour atteindre tous ces objectifs : une amélioration de la productivité augmente les revenus, crée des emplois et favorise une plus grande équité.
La technologie offre également la meilleure voie pour lutter contre le changement climatique. La volatilité des conditions climatiques représente une réelle menace pour les moyens de subsistance des producteurs africains. Alors que le monde se prépare à affronter une nouvelle fois El Niño, ce phénomène météorologique périodique qui entraîne sécheresse et pluies torrentielles, les producteurs africains sont extrêmement vulnérables, tout comme les producteurs d'Amérique latine. Les marchés anticipent déjà des ruptures d'approvisionnement du fait des conditions météorologiques. Ce n'est pas une nouveauté : en 1982-1983, un El Niño très intense avait entraîné une baisse de 12% de la production de cacao, tandis qu'en 2023-2024, le retour de ce phénomène avait fait chuter la production de cacao de 13%.
Les cultures ne sont pas les seules à être menacées. La sécheresse met également en péril les forêts d'Afrique. Ces forêts assurent la subsistance de plus de 500 millions de personnes et offrent une source vitale de capture du dioxyde de carbone.
Promouvoir l'utilisation de l'énergie solaire dans l'agriculture africaine est une solution franche. Les pompes à eau solaires aident les agriculteurs à augmenter leurs rendements tout en réduisant leur consommation d'eau. Dans certains cas, les producteurs ayant recours à ces technologies ont vu leurs rendements grimper de 32%, leur consommation d'eau chuter de 35% et leurs dépenses en intrants diminuer de 28%.
La cartographie spatiale peut considérablement améliorer l'allocation des ressources, et de nouvelles techniques innovantes de transformation peuvent réduire la consommation d'énergie jusqu'à 40%, et celle d'eau jusqu'à 35%.
Des plateformes d'information B2B fournissent des données sur les prix et autres market-data à 45 millions d'agriculteurs africains. La blockchain et l'intelligence artificielle peuvent aider les agriculteurs à gérer leurs paiements tout en leur permettant de suivre leurs produits à chaque étape de la chaîne d'approvisionnement.
Mieux s'intégrer dans les chaînes d'approvisionnement mondiales, et rehausser la place des producteurs dans la chaîne de valeur sont également des objectifs importants des gouvernements africains. Le Ghana et la Côte d'Ivoire produisent 60% de l'offre mondiale de cacao brut, mais seul un tiers de la production ghanéenne est effectuée par des entreprises nationales. En Côte d'Ivoire, ce chiffre est également inférieur à 50%. Dans l'industrie mondiale du chocolat, qui pèse 165 milliards de dollars, les producteurs africains ne perçoivent qu'environ 6% des profits. Il en va de même pour la production de thé et de café en Afrique de l'Est, pour la production de fruits en Afrique australe, et pour la production de fruits à coque, d'oléagineux et d'épices au Nigéria et au Soudan.
En favorisant une production à plus haute valeur ajoutée, les gouvernements africains contribuent à augmenter les revenus et à créer davantage d'emplois – y compris pour les femmes, qui constituent la majeure partie de la main d'œuvre agricole africaine. La transformation du manioc est un bon exemple. Ce secteur, qui pèse 5,8 milliards de dollars, et dans lequel les entreprises produisent de la farine de haute qualité, de l'amidon industriel et de l'éthanol, emploie directement environ 3,2 millions de personnes, tout en soutenant indirectement 8 millions d'emplois supplémentaires. Les femmes entrepreneures dirigent 45% des entreprises de transformation de petite et moyenne taille.
Ici aussi, la technologie joue un rôle clé. En 2023, 35% des transformateurs de moyenne et grande taille ont mis en place des systèmes automatisés et des solutions numériques pour la gestion de la chaîne d'approvisionnement. Parmi ceux qui ont adopté ces techniques, les pertes post-récolte ont été réduites de 30%.
Au Rwanda, la pulvérisation par drones guidés par l'IA et les outils d'irrigation et de serre connectés à l'Internet des objets (IoT) se généralisent dans un secteur qui emploie encore 60 % de la main-d'œuvre. Ces outils peuvent réduire la consommation d'eau jusqu'à 30% en déterminant le montant exact d'eau nécessaire d'après une analyse des conditions météorologiques. Des services numériques comme le système « Smart Nkunganire » rationalisent également la distribution des intrants.
Au Kenya, la dronisation a permis aux agriculteurs de réduire leur consommation de pesticides jusqu'à 30 % et leurs besoins en eau de 40 %. Les drones peuvent couvrir dix acres par heure – soit dix fois plus que la pulvérisation manuelle -, mais seuls 5 à 7 % des petits exploitants ont actuellement accès à cette technologie, un rappel du fossé d'inégalités à combler.
L'innovation s'implante également dans les économies les plus petites et les plus exposées aux aléas climatiques du continent : les Seychelles testent des systèmes d'aquaponie qui recyclent les déchets de poissons pour fertiliser les légumes, allégeant ainsi la pression sur leurs ressources limitées en terres et en eau.
La leçon vaut pour l'Afrique de l'Est comme pour l'ensemble du continent : c'est la technologie conçue et déployée de manière équitable, et soutenue par des investissements à long terme, qui permettra enfin de transformer le potentiel agricole en sécurité alimentaire, en emplois et en résilience. Les bénéfices doivent profiter à toutes les parties prenantes, y compris les petits agriculteurs, les femmes et les jeunes.
Sans les ressources financières requises, aucune de ces initiatives ne pourra voir le jour. Les gouvernements et les agences d'aide internationales peuvent fournir des fonds, et c'est ce qu'ils font. Le programme détaillé de développement de l'agriculture africaine (PDDAA) de l'Union africaine soutient les agriculteurs grâce à un cadre apportant une assistance technique et financière à l'échelle du continent. En 2025, l'Union africaine a lancé la stratégie et le plan d'action du PDDAA afin de mobiliser 100 milliards de dollars de financement sur les 10 prochaines années.
En tout, en 2022, les investissements dans l'agriculture africaine ont atteint les 40 milliards de dollars, venant de fonds publics, privés, et de développement. Ce chiffre peut sembler élevé, mais il ne représente qu'environ 140 dollars par agriculteur africain par an, contre une moyenne annuelle de 1 300 dollars par agriculteur par an au niveau mondial. Les agriculteurs africains reçoivent moins de 3% des fonds mondiaux consacrés au développement, et moins de 4% des investissements totaux en Afrique, toutes provenances confondues.
Il est clair qu'il faut mobiliser des partenaires du secteur privé. Le défi est de taille mais de réelles opportunités d'investissement se profilent à l'horizon avec l'entrée en vigueur de la zone de libre-échange continentale africaine, la réorientation des producteurs vers les produits à forte valeur ajoutée et les gains de rendement concomitants à la baisse des coûts grâce à la technologie.
Le monde connaît des changements profonds à un rythme sans précédent. Pour relever les extraordinaires défis auxquels nous sommes confrontés, la FAO aussi doit changer. L'Organisation doit attirer l'attention des décideurs politiques sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle et le rôle fondamental qu'elle joue dans la sécurité mondiale. Nous devons réformer le modèle traditionnel de coopération pour le développement afin de mieux répondre à l'insécurité alimentaire et nutritionnelle, mais aussi aux fluctuations climatiques, aux chocs économiques, aux perturbations des chaînes d'approvisionnement et à l'augmentation des inégalités.
Surtout, une nouvelle FAO pour un nouveau monde signifie que les agriculteurs, les communautés rurales et les pays seront au cœur de tout ce que la FAO entreprendra.
Par Phil Hogan , ancien Commissaire européen à l'agriculture et candidat au poste de Directeur-général de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture.
https://fr.allafrica.com/
En 2026, la croissance économique de l'Afrique est prévue à 4% pour cette année et 4,2% pour l'an prochain, bien au-dessus des prévisions mondiales de 2,7%. Bon nombre des économies à la croissance la plus rapide au monde – l'Éthiopie, la Guinée, le Rwanda, l'Ouganda – sont en Afrique.
Les 54 nations d'Afrique sont en train de créer un marché unique de 3 400 milliards de dollars, l'Accord de libre-échange continental africain, conçu pour réduire les droits de douane et barrières non tarifaires internes et pour augmenter le commerce intra-africain de son niveau actuel décevant d'environ 15% du commerce africain total.
Malgré ces évolutions encourageantes, le tableau de l'agriculture africaine révèle des promesses non tenues. Selon la CNUCED, 794 millions d'Africains – soit environ 60% de la population du continent – sont en situation d'insécurité alimentaire. Malgré l'abondance de terres fertiles, plus de 80% des denrées alimentaires de l'Afrique sont importées.
La production céréalière a augmenté de 37% au cours de la dernière décennie, mais les rendements de ces cultures ne représentent qu'environ 40% de la moyenne mondiale. Cette tendance ne devrait pas prendre fin tant que les prix des engrais continuent d'augmenter aussi fortement. Les prix des engrais azotés ont augmenté de plus de 30% depuis le début de la guerre au Moyen-Orient - , tandis que ceux de l'urée ont bondi de 47% depuis fin février.
Les gouvernements africains, l'Union africaine et la Banque africaine de développement sont tous pleinement conscients de cette situation préoccupante. Le problème ne découle pas d'un manque de volonté ou de ressources. Ce qui fait défaut, c'est une approche globale du problème, par laquelle gouvernements africains, éleveurs, exploitants forestiers et pêcheurs pourront développer des programmes adaptés à leurs atouts et à leurs besoins spécifiques. Chacun des 54 pays africains présente des conditions économiques, politiques et sociales propres. Une approche unique ne permettra pas de répondre de façon adéquate aux besoins de tous les pays. C'est pourquoi il est important que chaque pays d'Afrique ait les moyens de développer ses propres programmes, avec le soutien d'institutions partenaires.
C'est là que l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) peut jouer un rôle central pour l'amélioration des politiques agricoles en Afrique et dans le monde. La FAO est dans une position unique pour soutenir de tels programmes en apportant un soutien technique, politique et stratégique. Elle peut s'appuyer sur les ressources et l'expertise de ses 193 États membres tout en facilitant et en renforçant la coordination entre les décideurs politiques africains et les organisations internationales comme la Banque mondiale, l'Union européenne, l'Organisation mondiale du commerce ou les Nations unies.
Si je suis choisi pour diriger cette importante organisation, l'une de mes premières priorités sera de décentraliser ses opérations et de mettre plus d'agents de la FAO sur le terrain en Afrique et dans les pays en voie de développement, là où les problèmes peuvent être facilement identifiés.
Le renforcement de la sécurité alimentaire doit être au cœur de tout plan d'action. Un taux d'insécurité alimentaire de 60% n'est pas acceptable. Il ne peut y avoir de stabilité politique ou économique si les gens souffrent de la faim.
Bon nombre des objectifs les plus importants de l'agenda agricole africain – la lutte contre l'insécurité alimentaire et la faim, la durabilité, une production à plus forte valeur ajoutée et la création d'emplois – sont étroitement liés. La technologie offre une base commune pour atteindre tous ces objectifs : une amélioration de la productivité augmente les revenus, crée des emplois et favorise une plus grande équité.
La technologie offre également la meilleure voie pour lutter contre le changement climatique. La volatilité des conditions climatiques représente une réelle menace pour les moyens de subsistance des producteurs africains. Alors que le monde se prépare à affronter une nouvelle fois El Niño, ce phénomène météorologique périodique qui entraîne sécheresse et pluies torrentielles, les producteurs africains sont extrêmement vulnérables, tout comme les producteurs d'Amérique latine. Les marchés anticipent déjà des ruptures d'approvisionnement du fait des conditions météorologiques. Ce n'est pas une nouveauté : en 1982-1983, un El Niño très intense avait entraîné une baisse de 12% de la production de cacao, tandis qu'en 2023-2024, le retour de ce phénomène avait fait chuter la production de cacao de 13%.
Les cultures ne sont pas les seules à être menacées. La sécheresse met également en péril les forêts d'Afrique. Ces forêts assurent la subsistance de plus de 500 millions de personnes et offrent une source vitale de capture du dioxyde de carbone.
Promouvoir l'utilisation de l'énergie solaire dans l'agriculture africaine est une solution franche. Les pompes à eau solaires aident les agriculteurs à augmenter leurs rendements tout en réduisant leur consommation d'eau. Dans certains cas, les producteurs ayant recours à ces technologies ont vu leurs rendements grimper de 32%, leur consommation d'eau chuter de 35% et leurs dépenses en intrants diminuer de 28%.
La cartographie spatiale peut considérablement améliorer l'allocation des ressources, et de nouvelles techniques innovantes de transformation peuvent réduire la consommation d'énergie jusqu'à 40%, et celle d'eau jusqu'à 35%.
Des plateformes d'information B2B fournissent des données sur les prix et autres market-data à 45 millions d'agriculteurs africains. La blockchain et l'intelligence artificielle peuvent aider les agriculteurs à gérer leurs paiements tout en leur permettant de suivre leurs produits à chaque étape de la chaîne d'approvisionnement.
Mieux s'intégrer dans les chaînes d'approvisionnement mondiales, et rehausser la place des producteurs dans la chaîne de valeur sont également des objectifs importants des gouvernements africains. Le Ghana et la Côte d'Ivoire produisent 60% de l'offre mondiale de cacao brut, mais seul un tiers de la production ghanéenne est effectuée par des entreprises nationales. En Côte d'Ivoire, ce chiffre est également inférieur à 50%. Dans l'industrie mondiale du chocolat, qui pèse 165 milliards de dollars, les producteurs africains ne perçoivent qu'environ 6% des profits. Il en va de même pour la production de thé et de café en Afrique de l'Est, pour la production de fruits en Afrique australe, et pour la production de fruits à coque, d'oléagineux et d'épices au Nigéria et au Soudan.
En favorisant une production à plus haute valeur ajoutée, les gouvernements africains contribuent à augmenter les revenus et à créer davantage d'emplois – y compris pour les femmes, qui constituent la majeure partie de la main d'œuvre agricole africaine. La transformation du manioc est un bon exemple. Ce secteur, qui pèse 5,8 milliards de dollars, et dans lequel les entreprises produisent de la farine de haute qualité, de l'amidon industriel et de l'éthanol, emploie directement environ 3,2 millions de personnes, tout en soutenant indirectement 8 millions d'emplois supplémentaires. Les femmes entrepreneures dirigent 45% des entreprises de transformation de petite et moyenne taille.
Ici aussi, la technologie joue un rôle clé. En 2023, 35% des transformateurs de moyenne et grande taille ont mis en place des systèmes automatisés et des solutions numériques pour la gestion de la chaîne d'approvisionnement. Parmi ceux qui ont adopté ces techniques, les pertes post-récolte ont été réduites de 30%.
Au Rwanda, la pulvérisation par drones guidés par l'IA et les outils d'irrigation et de serre connectés à l'Internet des objets (IoT) se généralisent dans un secteur qui emploie encore 60 % de la main-d'œuvre. Ces outils peuvent réduire la consommation d'eau jusqu'à 30% en déterminant le montant exact d'eau nécessaire d'après une analyse des conditions météorologiques. Des services numériques comme le système « Smart Nkunganire » rationalisent également la distribution des intrants.
Au Kenya, la dronisation a permis aux agriculteurs de réduire leur consommation de pesticides jusqu'à 30 % et leurs besoins en eau de 40 %. Les drones peuvent couvrir dix acres par heure – soit dix fois plus que la pulvérisation manuelle -, mais seuls 5 à 7 % des petits exploitants ont actuellement accès à cette technologie, un rappel du fossé d'inégalités à combler.
L'innovation s'implante également dans les économies les plus petites et les plus exposées aux aléas climatiques du continent : les Seychelles testent des systèmes d'aquaponie qui recyclent les déchets de poissons pour fertiliser les légumes, allégeant ainsi la pression sur leurs ressources limitées en terres et en eau.
La leçon vaut pour l'Afrique de l'Est comme pour l'ensemble du continent : c'est la technologie conçue et déployée de manière équitable, et soutenue par des investissements à long terme, qui permettra enfin de transformer le potentiel agricole en sécurité alimentaire, en emplois et en résilience. Les bénéfices doivent profiter à toutes les parties prenantes, y compris les petits agriculteurs, les femmes et les jeunes.
Sans les ressources financières requises, aucune de ces initiatives ne pourra voir le jour. Les gouvernements et les agences d'aide internationales peuvent fournir des fonds, et c'est ce qu'ils font. Le programme détaillé de développement de l'agriculture africaine (PDDAA) de l'Union africaine soutient les agriculteurs grâce à un cadre apportant une assistance technique et financière à l'échelle du continent. En 2025, l'Union africaine a lancé la stratégie et le plan d'action du PDDAA afin de mobiliser 100 milliards de dollars de financement sur les 10 prochaines années.
En tout, en 2022, les investissements dans l'agriculture africaine ont atteint les 40 milliards de dollars, venant de fonds publics, privés, et de développement. Ce chiffre peut sembler élevé, mais il ne représente qu'environ 140 dollars par agriculteur africain par an, contre une moyenne annuelle de 1 300 dollars par agriculteur par an au niveau mondial. Les agriculteurs africains reçoivent moins de 3% des fonds mondiaux consacrés au développement, et moins de 4% des investissements totaux en Afrique, toutes provenances confondues.
Il est clair qu'il faut mobiliser des partenaires du secteur privé. Le défi est de taille mais de réelles opportunités d'investissement se profilent à l'horizon avec l'entrée en vigueur de la zone de libre-échange continentale africaine, la réorientation des producteurs vers les produits à forte valeur ajoutée et les gains de rendement concomitants à la baisse des coûts grâce à la technologie.
Le monde connaît des changements profonds à un rythme sans précédent. Pour relever les extraordinaires défis auxquels nous sommes confrontés, la FAO aussi doit changer. L'Organisation doit attirer l'attention des décideurs politiques sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle et le rôle fondamental qu'elle joue dans la sécurité mondiale. Nous devons réformer le modèle traditionnel de coopération pour le développement afin de mieux répondre à l'insécurité alimentaire et nutritionnelle, mais aussi aux fluctuations climatiques, aux chocs économiques, aux perturbations des chaînes d'approvisionnement et à l'augmentation des inégalités.
Surtout, une nouvelle FAO pour un nouveau monde signifie que les agriculteurs, les communautés rurales et les pays seront au cœur de tout ce que la FAO entreprendra.
Par Phil Hogan , ancien Commissaire européen à l'agriculture et candidat au poste de Directeur-général de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture.
https://fr.allafrica.com/


chroniques
