Deux ans après les déclarations sur un passif «dissimulé» de plusieurs milliards de dollars (un épisode qui a durablement entamé la crédibilité budgétaire du Sénégal auprès des marchés et des agences de notation, la question de la gouvernance de la dette reste, à juste titre, scrutée de près à chaque prise de parole officielle. Lors de la rencontre organisée avec la presse, ce jeudi 3 septembre 2026, plusieurs responsables du ministère ont détaillé, chacun sur son périmètre, l'architecture censée empêcher qu'un tel épisode se reproduise.
Première pièce de ce dispositif : la création de la Direction générale des financements et de la dette (DGFD), qui centralise désormais la comptabilisation de la dette extérieure en temps réel. L'enjeu n'est pas seulement organisationnel. C'est précisément l'absence d'une vision consolidée et actualisée de l'ensemble des engagements de l'État qui avait permis à une partie de la dette cachée de rester invisible aussi longtemps. Disposer d'une entité unique, dotée d'un mandat clair de suivi continu, revient à combler ce trou structurel plutôt qu'à se contenter d'un audit ponctuel.
Fermer les portes dérobées du financement
Le directeur général du Budget, Massamba Dieng, a complété ce tableau en insistant sur un changement de procédure a priori technique, mais lourd de conséquences : l'obligation de faire transiter l'intégralité des dépenses financées sur ressources extérieures par le système de sous-budget de l'État. Concrètement, un projet financé par un bailleur extérieur ne peut plus échapper au circuit budgétaire classique (ce qui permet, en théorie, un suivi de son exécution physique et financière tout au long de sa mise en œuvre). Or les financements extérieurs mal tracés figurent précisément parmi les mécanismes ayant permis, par le passé, l'accumulation d'une dette non recensée dans les statistiques officielles.
Dans la même logique, la suppression des lettres de confort (ces autorisations qui permettaient à certaines entités publiques d'emprunter directement auprès du système bancaire sans validation centralisée par l'État), vient fermer une autre voie d'endettement resté longtemps hors du radar des autorités centrales. Le directeur général du Budget a cité l'article 20 de la loi de finances comme base légale de cette suppression, désignée comme l'une des causes identifiées de la dette non contrôlée.
Enfin, le directeur de la Comptabilité publique du Trésor, Amadou Tidiane Gaye, a évoqué un chantier plus prospectif : la mise en lien du nouveau système d'information de la dette avec le système d'information fiduciaire et comptable du Trésor public, avec l'ambition, à terme, de basculer vers une comptabilité en droits constatés (une méthode permettant de saisir la naissance d'une créance dès qu'elle apparaît, plutôt que de la découvrir a posteriori lorsqu'elle s'est déjà accumulée).
Pris séparément, chacun de ces chantiers relève de l'ingénierie administrative pure, peu susceptible de faire la une. Mis bout à bout, ils dessinent pourtant la réponse structurelle que les autorités sénégalaises opposent aux critiques nées de la crise de la dette cachée (une réponse qui ne vaudra, comme toujours en matière de gouvernance, que par sa mise en œuvre effective et sa résistance dans la durée, bien au-delà du cycle de communication qui l'accompagne aujourd'hui.
Malick NDAW
Première pièce de ce dispositif : la création de la Direction générale des financements et de la dette (DGFD), qui centralise désormais la comptabilisation de la dette extérieure en temps réel. L'enjeu n'est pas seulement organisationnel. C'est précisément l'absence d'une vision consolidée et actualisée de l'ensemble des engagements de l'État qui avait permis à une partie de la dette cachée de rester invisible aussi longtemps. Disposer d'une entité unique, dotée d'un mandat clair de suivi continu, revient à combler ce trou structurel plutôt qu'à se contenter d'un audit ponctuel.
Fermer les portes dérobées du financement
Le directeur général du Budget, Massamba Dieng, a complété ce tableau en insistant sur un changement de procédure a priori technique, mais lourd de conséquences : l'obligation de faire transiter l'intégralité des dépenses financées sur ressources extérieures par le système de sous-budget de l'État. Concrètement, un projet financé par un bailleur extérieur ne peut plus échapper au circuit budgétaire classique (ce qui permet, en théorie, un suivi de son exécution physique et financière tout au long de sa mise en œuvre). Or les financements extérieurs mal tracés figurent précisément parmi les mécanismes ayant permis, par le passé, l'accumulation d'une dette non recensée dans les statistiques officielles.
Dans la même logique, la suppression des lettres de confort (ces autorisations qui permettaient à certaines entités publiques d'emprunter directement auprès du système bancaire sans validation centralisée par l'État), vient fermer une autre voie d'endettement resté longtemps hors du radar des autorités centrales. Le directeur général du Budget a cité l'article 20 de la loi de finances comme base légale de cette suppression, désignée comme l'une des causes identifiées de la dette non contrôlée.
Enfin, le directeur de la Comptabilité publique du Trésor, Amadou Tidiane Gaye, a évoqué un chantier plus prospectif : la mise en lien du nouveau système d'information de la dette avec le système d'information fiduciaire et comptable du Trésor public, avec l'ambition, à terme, de basculer vers une comptabilité en droits constatés (une méthode permettant de saisir la naissance d'une créance dès qu'elle apparaît, plutôt que de la découvrir a posteriori lorsqu'elle s'est déjà accumulée).
Pris séparément, chacun de ces chantiers relève de l'ingénierie administrative pure, peu susceptible de faire la une. Mis bout à bout, ils dessinent pourtant la réponse structurelle que les autorités sénégalaises opposent aux critiques nées de la crise de la dette cachée (une réponse qui ne vaudra, comme toujours en matière de gouvernance, que par sa mise en œuvre effective et sa résistance dans la durée, bien au-delà du cycle de communication qui l'accompagne aujourd'hui.
Malick NDAW

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