Microfinance dans l’UMOA : l’opportunité d’un dispositif prudentiel au service de l’inclusion financière

Vendredi 16 Octobre 2026

Adoptée fin 2023, la loi uniforme sur la microfinance dans l’Union Monétaire Ouest Africaine (UMOA) appelle un nouveau dispositif prudentiel. La BCEAO et la Commission Bancaire de l’UMOA ont l’occasion d’y inscrire, aux côtés de la solidité financière, la performance sociale des institutions de microfinance.


Microfinance dans l’UMOA : l’opportunité d’un dispositif prudentiel au service de  l’inclusion financière
Une promesse tenue, des fragilités révélées
La microfinance ouest-africaine est née d’un besoin simple : donner accès à l’épargne et au crédit à ceux que la banque classique laissait à sa porte. Dans les villages, les marchés et les quartiers populaires, les institutions de microfinance (IMF) ont permis à des femmes de lancer une activité, à des jeunes de financer un projet, à des commerçants de développer leur affaire, à des agriculteurs de préparer leur campagne.
 
Ce succès a aussi mis au jour des faiblesses. Certaines institutions ont connu des crises de liquidité, d’autres ont été fragilisées par une gouvernance défaillante, un contrôle interne insuffisant ou des systèmes d’information peu fiables. Dans plusieurs cas, ce sont les épargnants les plus modestes qui en ont payé le prix.

Un nouveau cadre légal
Le 21 décembre 2023, à Cotonou, le Conseil des Ministres de l’Union a adopté la loi uniforme portant réglementation de la microfinance dans l’UMOA. Ce texte vise corriger les insuffisances relevées en matière de gouvernance, de gestion du crédit, de contrôle interne et de systèmes d’information. Son ambition est de doter le secteur de la microfinance de l’Union d’un cadre juridique à la hauteur des enjeux de financement des économies et de stabilité financière.
 
Comme toute loi uniforme, ce texte doit être transposé dans le droit de chaque État membre. C’est déjà chose faite dans la majorité d’entre eux : au Sénégal, au Burkina Faso, au Bénin, au Niger et au Togo. En Côte d’Ivoire, le projet de loi de transposition a été adopté en Conseil des ministres le 29 avril 2026 ; au Mali et en Guinée-Bissau, le processus se poursuit.

Ce nouveau cadre appelle, en corollaire, un dispositif prudentiel rénové. Il revient à la BCEAO, qui en fixe les règles, et à la Commission Bancaire de l’UMOA, qui en contrôle l’application, de le mettre en place. Ce dispositif peut être conçu comme un levier de confiance, et pas seulement comme une contrainte.

 Encore faut-il préciser ce que l’on attend de ce dispositif et de ceux qui en ont la charge.
Deux exigences se dégagent, qui ne se conçoivent pas l’une sans l’autre.

Un dispositif prudentiel à double exigence
La solidité financière, d’abord. Elle suppose des normes de solvabilité et de liquidité proportionnées à la taille et au profil de risque des institutions, un encadrement strict des risques de concentration et des prêts aux dirigeants, et une supervision graduée, plus rapprochée pour les institutions dont la taille fait peser un risque sur l’ensemble du secteur.

La performance sociale, ensuite. C’est ici que les deux autorités pourraient innover.
Cinq familles d’indicateurs mériteraient d’être suivies au même titre que les ratios financiers :
• l’accès effectif des femmes, des jeunes et des populations rurales aux services ;
• la protection des clients : transparence des tarifs, prévention du surendettement, traitement des réclamations ;
• la contribution au développement local ;
• la contribution à la finance durable, par le financement d’activités respectueuses de l’environnement ;
• l’amélioration effective de la situation socio-économique des populations servies.

Un dispositif qui sécurise les dépôts sans vérifier que l’institution sert bien son public manquerait la moitié de sa mission.
Ces exigences ne pourront pas être satisfaites du jour au lendemain. Leur mise en œuvre suppose une progression par étapes.

Une trajectoire en trois temps
À court terme, les IMF devront se mettre en conformité. Pour les institutions mutualistes ou coopératives d’épargne et de crédit (IMCEC), cela passe d’abord par une transformation institutionnelle en sociétés coopératives avec conseil d’administration (SCOOP-CA). Toutes devront en outre renforcer leurs fonds propres, se doter d’un dispositif de gouvernance adéquat, former leurs dirigeants et numériser leurs processus.
 
Les plus petites auront besoin d’un accompagnement, faute de quoi la réforme risque de se traduire par des fermetures plutôt que par une consolidation.
 
À moyen terme, l’enjeu sera d’assurer leur pérennité : atteindre une viabilité financière durable et diversifier leur offre (micro-assurance, finance islamique, services financiers numériques), sans perdre leur ancrage communautaire.
 
À long terme, elles pourront s’intégrer pleinement au système financier régional, comme acteurs à part entière de la bancarisation.
Au terme de ce parcours, c’est la place même de la microfinance dans l’Union qui se trouve redéfinie.

Un appel à la BCEAO et à la Commission Bancaire
Le dispositif prudentiel reste à écrire, et sa portée dépendra des choix que feront les deux autorités qui en ont la responsabilité. Trois orientations leur sont ici soumises :
• inscrire la performance sociale dans le dispositif lui-même, avec des indicateurs définis, déclarés et contrôlés au même titre que les normes de solvabilité et de liquidité ;
• proportionner les exigences et les délais de mise en conformité à la taille des institutions, et prévoir un accompagnement pour les plus petites ;
• associer les IMF et leurs associations professionnelles à l’élaboration des textes d’application, afin que la norme tienne compte des réalités du terrain.
Elles ont l’occasion de faire de ce dispositif une référence en matière de régulation de la finance inclusive.
Conclusion
La réforme en cours permet de réconcilier deux objectifs longtemps opposés : la rigueur prudentielle et la mission sociale. Une microfinance mieux régulée inspire confiance aux déposants. Une microfinance évaluée sur son utilité sociale reste fidèle à sa raison d’être.
Si le futur dispositif prudentiel tient ensemble ces deux exigences, chaque citoyen de l’Union, du village le plus reculé au quartier le plus dense, pourra accéder à des services financiers sûrs et utiles.
 
Sidy Lamine Ndiaye
Expert en finance inclusive
Ancien Directeur Exécutif de APSFD-Sénégal
 
 
Actu-Economie

La rédaction

Nouveau commentaire :

Actu-Economie | Entreprise & Secteurs | Dossiers | Grand-angle | Organisations sous-régionales | IDEE | L'expression du jour | Banque atlatinque





En kiosque.














Inscription à la newsletter