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La sociopathie du changement climatique de Trump

Jeudi 8 Juin 2017

Le retrait des États-Unis par le président Donald Trump de l'Accord de Paris sur le climat n'est pas seulement dangereux pour le monde: il s'agit également d'un acte sociopathe. Sans remords, Trump inflige volontairement du tort aux autres. La déclaration faite par Nikki Haley, l'ambassadrice des États-Unis à l'Organisation des Nations Unies, selon laquelle Trump croit au changement climatique, ne fait qu'empirer les choses. Trump est en train de mettre sciemment la planète en danger, sans vergogne.


L'annonce a été prononcée par Trump  avec l'audace d'un tyran. Un accord mondial qui est symétrique en tous points, dans tous les pays du monde, est en quelque sorte une arnaque, a-t-il déclaré dans un souffle, un complot anti-américain. Le reste du monde « se moque de nous. »
Ces divagations sont complètement délirantes, profondément cyniques, ou bien témoignent d'une ignorance profonde. Probablement les trois à la fois. Et elles doivent être reconnues comme telles.
Après que Trump ait prétendu être le représentant « de Pittsburgh, pas de Paris », le maire de Pittsburgh a immédiatement déclaré  que Trump n'était certainement pas un représentant de sa ville. En fait, Pittsburgh a opéré sa transition d'une économie industrielle lourde et polluante, vers une économie avancée propre de haute technologie. Elle abrite en particulier l'Université Carnegie Mellon, l'un des plus grands centres d'innovation des technologies de l'information qui peut promouvoir le passage à zéro émission de carbone, à la haute efficacité, à l'équité et à la croissance durable - ou, plus simplement, à une économie qui est « intelligente, équitable et durable. »
L'annonce de Trump s'enracinait dans deux développements profondément destructeurs. Le premier est la corruption du système politique américain. L'annonce faite par Trump n'était pas vraiment seulement la sienne. Elle reflétait la volonté de la direction républicaine du Congrès, notamment les 22 sénateurs républicains qui ont envoyé une lettre  à Trump la semaine précédente, pour lui demander de se retirer de l'Accord de Paris.
Ces sénateurs, ainsi que leurs homologues de la Chambre des Représentants, touchent des pots de vin de l'industrie du pétrole et du gaz, qui a dépensé 100 millions de dollars en contributions dans la campagne de 2016, dont 90 % sont allés aux candidats républicains. (En fait, le total était presque certainement bien supérieur à 100 millions de dollars, mais une grande partie est intraçable.)
Le second est le développement destructeur l'esprit retors de Trump et de ses plus proches conseillers. Leur point de vue, défendu par des « faits alternatifs » qui n'ont aucun fondement dans la réalité, est paranoïaque et malveillant quand il vise à infliger du mal à autrui, ou au mieux quand il se montre indifférent à causer du tort à autrui. « L'Accord de Paris, peste Trump, handicape l'économie des États-Unis afin de remporter les éloges des capitales étrangères et des militants à l'échelle mondiale qui ont longtemps cherché à acquérir des richesses au détriment de notre pays. »
C'est n'importe quoi. L'Accord de Paris est un accord universel entre les 193 États membres des Nations Unies pour coopérer en vue de décarboniser le système énergétique mondial et d'éviter ainsi les dangers de catastrophes climatiques, tels qu'une augmentation de plusieurs mètres du niveau de la mer, des tempêtes extrêmes, des sécheresses massives et d'autres menaces identifiées par la communauté scientifique mondiale. Certaines de ces menaces sont déjà évidentes dans les régions vulnérables de la planète.
L'Accord de Paris sur le climat  nécessite que chaque pays fasse sa part avec « des responsabilités communes mais différenciées. » Les responsabilités différenciées commencent par le fait que les États-Unis sont de loin le plus gros émetteur de gaz à effet de serre cumulatif dans le monde. À ce titre, les États-Unis ont plus contribué au changement climatique en cours que tout autre pays. Les émissions américaines par habitant sont de loin plus élevées que dans tout autre grand pays. L'Accord de Paris ne s'en prend pas particulièrement aux États-Unis. Au contraire, les États-Unis ont une responsabilité de classe mondiale de remettre de l'ordre chez eux.
Selon les données de l'Institut des ressources mondiales, les États-Unis représentaient le chiffre étonnant de 26,6 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre de 1850 à 2013. La population actuelle de l'Amérique représente seulement 4,4 % de la population mondiale. En bref, c'est l'Amérique, où les émissions par habitant ont toujours été supérieures à la moyenne mondiale, qui doit se montrer juste envers la justice climatique mondiale, et non l'inverse.
Voyez les données les plus récentes pour l'année 2014 des Statistiques de l'Énergie 2016  de l'Agence internationale de l'énergie. Les émissions mondiales de CO2 de l'énergie et de l'industrie étaient en moyenne de 4,5 tonnes par personne (32,4 milliards de tonnes pour 7,2 milliards de personnes selon le calcul de l'AIE), tandis que les émissions américaines ont été près de quatre fois supérieures à ce niveau, soit 16,2 tonnes par personne (5,2 milliards de tonnes pour 320 millions de personnes). Trump renchérit à propos de l'Accord de Paris, qui est censé faire preuve de partialité en faveur de l'Inde, mais il ne tient pas compte du fait que les émissions par habitant de l'Inde sont de 1,6 tonnes, soit seulement un dixième du niveau américain.
Trump déplore également la contribution des États-Unis au Fonds Vert pour le Climat (et se moque par ailleurs de la dénomination de ce fonds). Il se plaint de ce que les États-Unis ont déjà donné plus de 1 milliard de dollars, sans expliquer au peuple américain et au monde qu'un milliard de dollars est une contribution de 3,08 $ par Américain. En effet, la somme de 10 milliards de dollars attendue des États-Unis sur plusieurs années représente simplement 30,80 dollars par Américain.
Voici la simple vérité : le monde entier a besoin d'évoluer rapidement et résolument vers un système énergétique à faible émission de carbone, afin de mettre fin à des émissions de CO2 et d'autres gaz à effet de serre d'ici la moitié du siècle. Ce n'est pas une mesure contre les États-Unis. C'est un impératif mondial, vrai pour les États-Unis, la Chine, l'Inde, la Russie, l'Arabie saoudite, le Canada et pour d'autres pays enrichis par les énergies fossiles, ainsi que pour les pays riches importateurs de combustibles fossiles dans des régions comme l'Europe, le Japon et dans la plupart des pays d'Afrique. Heureusement, les technologies existent : l'énergie solaire, éolienne, géothermique, hydroélectrique, nucléaire, océanique et d'autres sources énergétiques à faible émission de carbone.
Voici une vérité encore plus simple : avec son économie étendue, riche, à forte intensité en combustibles fossiles, l'économie américaine a fait plus que tout autre pays pour provoquer le danger mondial du changement climatique, de sorte qu'elle devrait assumer ses responsabilités en contribuant à tous nous mettre hors de danger. Au minimum, l'Amérique devrait être ardemment en train de coopérer avec le reste du monde.
Au lieu de cela, les comportements sociopathes de Trump, ainsi que la corruption et la méchanceté de ceux qui l'entourent, ont produit un profond mépris envers un monde presque au bord de la catastrophe. La prochaine catastrophe climatique d'origine humaine devrait porter le nom de Typhon Donald, Ouragan Ivanka et Méga-inondation Jared. Le monde s'en souviendra.
Jeffrey D. Sachs, professeur de développement durable et professeur de politique sanitaire et de gestion à l'université de Columbia, directeur du Centre de Columbia pour le développement durable et du Réseau de Solutions de Développement Durable de l'Organisation des Nations Unies.
© Project Syndicate 1995–2017
 
 
La rédaction
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