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L'Afrique doit produire ses propres vaccins

Mercredi 8 Septembre 2021

Durant la pandémie, les pays riches ont été les premiers à développer et à produire rapidement des vaccins contre la COVID-19. Ces mêmes pays ont ensuite acheté et administré ces vaccins à leurs propres populations et ont même commandé des vaccins de rappel pour les personnes déjà vaccinées. Dans le même temps, de nombreux pays en développement n'ont pas été en mesure d'administrer une seule dose à la majorité de leur population.


L'Afrique en particulier fait face à un accès limité  aux vaccins contre la COVID-19. En août 2031, les pays africains avaient administré 94 millions  de doses à la population du continent, soit près de 1,4 milliard  de doses, pour un approvisionnement total de 134,5 millions. En revanche, les États-Unis – avec une population totale de 332 millions d'habitants  – ont administré plus de 375 millions  de doses de vaccin.

Cette disparité reflète en partie le fait que la plupart des pays africains ne sont pas en mesure de produire les vaccins nécessaires pour protéger leur population, non seulement contre la COVID-19, mais également contre les innombrables autres maladies qui frappent le continent. L'Afrique compte seulement quatre producteurs locaux de substances médicamenteuses destinées à la vaccination  – deux autres sont en cours de développement – et deux sites de « remplissage et de finition » qui dépendent de substances vaccinales importées pour produire des doses distribuables. Les ruptures dans la chaîne d'approvisionnement durant la pandémie de COVID-19 ont montré  l'ampleur des risques potentiels associés à cette dépendance à l'égard des importations de fournitures médicales indispensables.

L'Afrique est presque totalement dépendante des importations de vaccins, puisque le contient produit  seulement 1 % des vaccins qu'il administre. Jusqu'à présent, durant la pandémie, les pays africains ont reçu la plupart de leurs doses de vaccin contre la COVID-19, soit par le biais d'accords bilatéraux, soit par le biais du mécanisme COVAX, une initiative activée l'année dernière par l'Organisation mondiale de la santé et par Gavi, the Vaccine Alliance. La COVAX entend fournir des vaccins à 20 % des habitants des pays à revenu faible et intermédiaire.

Mais si des initiatives comme COVAX sont clairement nécessaires pour répondre aux besoins à court terme de l'Afrique, elles ne seront pas d'un grand secours pour améliorer la capacité du continent à fournir des vaccins essentiels pour lui-même à l'avenir. C'est pourquoi la Fondation Mastercard a promis 1,3 milliard de dollars  pour soutenir la production et la distribution locales de vaccins contre la COVID-19, par le biais d'un partenariat avec les Centres africains pour le contrôle et la prévention des maladies (Africa CDC).

Le programme, qui portera sur le développement du capital humain, est conforme à l'initiative de l'Union africaine (UA) et à l'Initiative des partenariats pour la fabrication de vaccins en Afrique (PAVM)  des CDC pour l'Afrique. Lancé en avril dernier, le PAVM vise à mettre en place  cinq centres de recherche et de production de vaccins sur le continent au cours des 10 à 15 prochaines années et à augmenter la part des vaccins produits localement pour leur utilisation sur le continent jusqu'à 60 % au cours des 20 prochaines années. L'Union européenne, en collaboration  avec la Société financière internationale, la France, l'Allemagne et les États-Unis, ont annoncé leur intention d'investir  1 milliard d'euros (1,2 milliards de dollars) dans le projet de plateforme de développement.

Le développement des capacités de production de vaccins de l'Afrique aidera non seulement le continent à faire face à de futures crises inattendues, mais permettra également aux pays d'améliorer la fourniture de vaccins existants. Selon l'Agence Anadolu, en 2019, on estime que 19,8 millions  d'enfants dans le monde n'ont pas reçu le vaccin contre la rougeole par le biais de la couverture vaccinale de routine ; la majorité de ces enfants vivent en Afrique.

En outre, ces efforts vont mettre l'Afrique en bien meilleure posture pour répondre à la demande de solutions de santé publique futures. Par exemple, les vaccins contre la fièvre de Lassa  – une maladie hémorragique virale aiguë endémique dans huit pays d'Afrique de l'Ouest – sont actuellement en phase de développement. Les chercheurs progressent également dans la mise au point d'un vaccin efficace et abordable contre le paludisme. En 2019, 94 % des cas de paludisme et de décès dus au paludisme se sont produits  en Afrique subsaharienne.

Pourtant, les vaccins ne sont qu'une fraction d'une longue liste de produits pharmaceutiques que les pays africains ont souvent du mal à obtenir. En 2015, 1,6 million  d'Africains sont morts du paludisme, de la tuberculose ou du VIH/Sida – toutes des maladies évitables ou traitables – en raison de pénuries chroniques de médicaments.

Heureusement, il existe également des initiatives axées sur la levée des obstacles à la production pharmaceutique en Afrique. En 2012, l'Agence de développement de l'Union africaine (AUDA-NPDA) a publié le Plan relatif à la fabrication de médicaments pour l'Afrique  (PMPA), qui propose des solutions techniques à de nombreux défis auxquels le secteur de la production pharmaceutique fait face. La mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qui permet  la création d'économies d'échelle, doit soutenir les progrès réalisés dans la mise en œuvre du PMPA.

Comme le souligne le PMPA, le programme d'harmonisation de la réglementation des médicaments en Afrique  (AMRH), mis en place par AUDA-NEPAD en 2009 pour remédier aux faiblesses réglementaires affectant le secteur pharmaceutique africain, est également un élément déterminant de sa réussite. Les succès du programme comptent jusqu'à présent  la Loi type de l'UA sur la réglementation des produits médicaux, le Forum africain des dispositifs médicaux et les progrès  dans l'effort de constitution d'une Agence africaine des médicaments.

Le programme de l'AMRH est soutenu par un certain nombre d'organisations internationales, dont l'UA, l'OMS, Gavi et la Bill et Melinda Gates Foundation. Des institutions multilatérales comme l'UA et l'Organisation des Nations Unies pour le développement industriel collaborent également avec la Fédération des associations africaines de producteurs de produits pharmaceutiques, lancée en 2013 par un groupe d'associations régionales pour faire avancer la mission de l'AMRH.

Les institutions et initiatives multilatérales doivent faire encore davantage pour combler le fossé de mise en œuvre et accélérer le développement du secteur pharmaceutique africain. Cela signifie, par exemple, soutenir le renforcement des capacités, le transfert des connaissances et la coordination intersectorielle ; soutenir la mise en œuvre rigoureuse de la ZLECAf ; mobiliser les ressources financières des institutions financières internationales et des banques de développement ; et la collaboration entre les pays pour renforcer le capital humain.

Des efforts en ce sens ont été encouragés durant la pandémie. Les dirigeants africains et les organisations multilatérales doivent tirer le meilleur parti de cet élan pour s'assurer que l'Afrique soit prête à l'arrivée de la prochaine crise.
Landry Signé, professeur et directeur exécutif de la Thunderbird School of Global Management, Arizona State University à Washington, DC, membre principal de la Brookings Institution, membre éminent de l'Université de Stanford. Il a publié dernièrement Unlocking Africa's Business Potential .
© Project Syndicate 1995–2021
 
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