Une trajectoire continentale amorcée depuis 2012
Si l’édition 2026 marque une nouvelle étape, JamSalam s’inscrit dans une histoire plus ancienne. Le projet est né en 2012 sur les rives du fleuve Sénégal, avec le soutien de Attijariwafa bank, CBAO Groupe Attijariwafa bank, Royal Air Maroc et la Fondation Saint-Louis for Africa.
C’est une plateforme de dialogue interculturel, de réflexion et d’échanges, pour la promotion du vivre-ensemble et au service des communautés les plus vulnérables.
Dès l’origine, l’ambition était claire : créer un espace durable de dialogue interculturel, favoriser le métissage artistique et intellectuel, renouveler les liens intracontinentaux, et mettre la création au service des communautés vulnérables.
Le dialogue fondateur a été porté par plusieurs personnalités engagées comme Oussaynou Wade,Amadou Diaw, Joelle Le Bussy, Mouna Kadiri et Mohamed Mourabiti.
Cette continuité historique donne à JamSalam une dimension plus politique et symbolique qu’une simple résidence artistique ponctuelle.
Toumaï comme symbole d’une origine commune
Le thème choisi « Au nom de Toumaï, espoir de vie » s’appuie sur une figure hautement symbolique : Toumaï, considéré comme l’un des plus anciens ancêtres de l’humanité, découvert au Tchad. Pour les organisateurs, ce choix n’est pas anodin. Il s’agit de : relier l’origine à l’avenir, dépasser les frontières culturelles, et construire un imaginaire africain partagé autour de l’idée d’un destin commun.
Le projet réunira quinze artistes issus de quinze pays africains, du Sénégal à l’Égypte en passant par le Maroc, le Mali ou encore la Tunisie.
La résidence se tiendra du 15 au 30 juillet 2026 à Al Maqam Tahanaout, près de Marrakech, dans un espace présenté comme un « écrin de sérénité » favorisant la création collective et le dialogue interculturel.
Peinture, sculpture, photographie, art numérique ou installations interactives : les disciplines retenues traduisent une volonté d’ouverture aux nouvelles formes d’expression contemporaines.
Au-delà de la création artistique, le programme insiste fortement sur le vivre-ensemble, la coopération, et la capacité des artistes à porter un message d’espérance.
Un critère présenté comme « non noté mais départageur » attire particulièrement l’attention : l’état d’esprit des candidats. Les organisateurs disent rechercher des profils ouverts, collaboratifs et capables de transcender les logiques identitaires ou excluantes.
Une opération culturelle… mais aussi institutionnelle
Si l’initiative est présentée comme un projet artistique et solidaire, elle révèle également une forte dimension institutionnelle et stratégique. Les œuvres produites pendant la résidence seront exposées lors du Forum International Afrique Développement, grande plateforme économique du groupe Attijariwafa bank.
Au moins une œuvre par artiste intégrera ensuite le patrimoine de la Fondation Attijariwafa bank, avec cession explicite des droits patrimoniaux à la banque.
La banque pourra reproduire, transformer, diffuser, exploiter, et utiliser les œuvres sans limitation de durée ni de territoire dans le cadre de ses communications institutionnelles ou promotionnelles.
Même si les droits moraux des artistes restent officiellement protégés, cette clause pourrait susciter des débats dans les milieux artistiques sur l’équilibre entre visibilité offerte aux créateurs, et contrôle institutionnel des œuvres produites.
L’art comme nouvel outil de convergence africaine
Le document montre aussi comment les grandes institutions financières africaines investissent désormais le champ culturel pour renforcer leur présence continentale.
Le Club Afrique Développement revendique plus de 25 000 participants issus de 42 pays africains, plus de 33 000 rencontres B2B, et plusieurs forums économiques panafricains organisés ces dernières années.
Avec JamSalam, la logique économique s’étend désormais au terrain symbolique et culturel.
L’objectif implicite semble clair : faire de l’art un vecteur d’intégration africaine complémentaire aux échanges commerciaux et financiers.
Une nouvelle diplomatie culturelle africaine
Cette résidence artistique illustre enfin une évolution plus profonde : l’émergence progressive d’une diplomatie culturelle portée non seulement par les États, mais aussi par les grands groupes bancaires et les fondations privées africaines.
À travers Toumaï, la paix, le dialogue et la création collective, JamSalam tente de construire un récit continental positif dans un contexte africain souvent marqué par les fractures identitaires, les tensions géopolitiques, et les défis économiques.
Reste à savoir si cette initiative parviendra à dépasser le simple événement institutionnel pour produire un véritable espace durable de création et de circulation des imaginaires africains.
Malick NDAW

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