Depuis ce samedi 15 août 2026, le litre de supercarburant coûte 990 FCFA à la pompe au Sénégal, contre 920 FCFA la veille, et le gasoil grimpe à 755 FCFA, contre 680. Une hausse de 70 et 75 FCFA respectivement, annoncée par communiqué gouvernemental publié la veille au soir et présentée comme un simple « ajustement » ramenant les prix à leur niveau d'avant la baisse du 6 décembre 2025.
Mais cette présentation technique masque un fait plus embarrassant pour le pouvoir en place : ce même gouvernement avait, quatre mois plus tôt, produit lui-même le diagnostic le plus sévère jamais formulé sur le système sénégalais de subventions, sans jamais le faire suivre d'effet.
L'argumentaire officiel du 14 août repose sur trois piliers : la flambée des cours mondiaux depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient le 28 février 2026 (+61 % pour le supercarburant, +69 % pour le gasoil sur les marchés internationaux), l'affirmation d'avoir « tenu aussi longtemps que possible » en absorbant seul la hausse via les subventions publiques, et la mise en avant d'un effort chiffré à plus de 245 milliards de FCFA depuis janvier. Sans ce réajustement, précise l'exécutif, il aurait fallu mobiliser 47 milliards supplémentaires rien que sur la période allant du 15 août au 12 septembre, et jusqu'à 1 069 milliards sur l'année, contre 250 milliards inscrits au budget voté par l'Assemblée nationale.
La trajectoire budgétaire, en soi, donne le vertige : les prévisions de subventions énergétiques pour 2026 sont passées de 250 milliards de FCFA dans le budget initial à 729 milliards début août, selon le Document de planification budgétaire économique pluriannuelle, avant que le communiqué du 15 août n'évoque un scénario à plus de 1 000 milliards sans ajustement. Pour couvrir ce dérapage, l'Etat a dû réallouer 687 milliards de FCFA prélevés sur des dépenses de fonctionnement et d'investissement, un arbitrage qui a un coût d'opportunité direct pour la santé, l'éducation ou les infrastructures, largement passé sous silence dans la communication officielle.
Mais cette présentation technique masque un fait plus embarrassant pour le pouvoir en place : ce même gouvernement avait, quatre mois plus tôt, produit lui-même le diagnostic le plus sévère jamais formulé sur le système sénégalais de subventions, sans jamais le faire suivre d'effet.
L'argumentaire officiel du 14 août repose sur trois piliers : la flambée des cours mondiaux depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient le 28 février 2026 (+61 % pour le supercarburant, +69 % pour le gasoil sur les marchés internationaux), l'affirmation d'avoir « tenu aussi longtemps que possible » en absorbant seul la hausse via les subventions publiques, et la mise en avant d'un effort chiffré à plus de 245 milliards de FCFA depuis janvier. Sans ce réajustement, précise l'exécutif, il aurait fallu mobiliser 47 milliards supplémentaires rien que sur la période allant du 15 août au 12 septembre, et jusqu'à 1 069 milliards sur l'année, contre 250 milliards inscrits au budget voté par l'Assemblée nationale.
La trajectoire budgétaire, en soi, donne le vertige : les prévisions de subventions énergétiques pour 2026 sont passées de 250 milliards de FCFA dans le budget initial à 729 milliards début août, selon le Document de planification budgétaire économique pluriannuelle, avant que le communiqué du 15 août n'évoque un scénario à plus de 1 000 milliards sans ajustement. Pour couvrir ce dérapage, l'Etat a dû réallouer 687 milliards de FCFA prélevés sur des dépenses de fonctionnement et d'investissement, un arbitrage qui a un coût d'opportunité direct pour la santé, l'éducation ou les infrastructures, largement passé sous silence dans la communication officielle.
Un choc à ne pas minimiser
Les pourcentages officiels (+61 %, +69 %) méritent d'être replacés dans leur contexte historique réel, sous peine de banaliser ce qui s'est produit sur les marchés mondiaux. Le 28 février 2026, les Etats-Unis et Israël ont lancé des frappes coordonnées contre l'Iran ; le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial, s'est largement interrompu. Le baril de Brent, qui évoluait autour de 62 à 70 dollars en décembre 2025, a bondi jusqu'à un pic supérieur à 126 dollars, certaines estimations évoquant même 140 dollars en avril 2026 (un niveau qui dépasse, en amplitude relative, le choc pétrolier de l'invasion du Koweït en 1990). La Directrice générale du FMI a elle-même averti que chaque hausse de 10 % du baril, si elle se maintient sur l'année, pouvait entraîner une hausse de l'inflation mondiale d'environ 40 points de base.
Un pays comme le Sénégal, sans réserve stratégique de pétrole, avec une capacité de raffinage locale insuffisante et un budget déjà fragilisé, ne pouvait objectivement pas absorber indéfiniment un doublement, voire un triplement temporaire, du cours mondial. En ce sens, la hausse du 15 août n'est pas évitable dans son principe. Ce qui reste, en revanche, entièrement de la responsabilité du gouvernement, c'est la méthode : l'absence de lissage, l'absence de ciblage, l'absence de concertation, et surtout l'absence de toute réforme structurelle qui aurait pu réduire, ne serait-ce que marginalement, l'ampleur du choc à encaisser d'un coup. La contrainte externe est réelle et sévère ; elle n'explique pas, à elle seule, la manière dont elle a été gérée.
Un pays comme le Sénégal, sans réserve stratégique de pétrole, avec une capacité de raffinage locale insuffisante et un budget déjà fragilisé, ne pouvait objectivement pas absorber indéfiniment un doublement, voire un triplement temporaire, du cours mondial. En ce sens, la hausse du 15 août n'est pas évitable dans son principe. Ce qui reste, en revanche, entièrement de la responsabilité du gouvernement, c'est la méthode : l'absence de lissage, l'absence de ciblage, l'absence de concertation, et surtout l'absence de toute réforme structurelle qui aurait pu réduire, ne serait-ce que marginalement, l'ampleur du choc à encaisser d'un coup. La contrainte externe est réelle et sévère ; elle n'explique pas, à elle seule, la manière dont elle a été gérée.
Avril 2026 : un diagnostic sans complaisance…
C'est là que l'affaire prend un tour particulièrement instructif. Le 27 avril 2026, l'ancien Premier ministre présentait à son propre gouvernement une cartographie précise des subventions et exonérations fiscales : 833,5 milliards de FCFA en moyenne annuelle sur les six dernières années, dont 470 milliards pour la seule énergie, 131 milliards pour l'enseignement supérieur, 86 milliards pour l'agriculture, 59 milliards pour le commerce et 12 milliards pour l'éducation nationale. Sa formule était sans détour : « une bonne partie, peut-être la moitié, est captée par des utilisateurs qui n'étaient pas la cible de ces subventions ». Il annonçait alors la création d'un comité restreint, avec un délai de dix jours, pour produire « une politique de subventions réformées qui répondent à nos réalités, à nos capacités réelles ».
Or, aucune trace publique d'un rapport ou de conclusions issues de ce comité n'existe. Le délai de dix jours expirait aux alentours du 7 mai. Le 22 mai, le Premier ministre d'alors défendait encore devant les députés la politique de subvention des carburants avec des arguments budgétaires classiques (comparaison entre recettes fiscales sur les hydrocarbures et dépenses de compensation), sans mentionner la moindre réforme aboutie.
L'annonce spectaculaire d'avril s'est donc purement et simplement évaporée dans l'agenda politique, sans qu'aucune réforme de ciblage n'ait jamais vu le jour.
Certes cette réforme est difficile, techniquement : identifier les « cibles légitimes » dans une économie informelle à 80 %, établir un registre fiable des ménages vulnérables, et éviter la fraude au ciblage, demandent des infrastructures administratives que le Sénégal n'a manifestement pas.
Ce qui s'est produit depuis est, de fait, l'exact inverse de ce qu'il annonçait : non pas un système plus juste et mieux ciblé, mais un système intact, rattrapé par la flambée des cours mondiaux et débouchant, le 15 août, sur une hausse générale et indifférenciée, qui touche tous les consommateurs de la même manière, qu'ils aient ou non constitué la cible légitime d'un soutien public.
Le défaut précisément dénoncé en avril, faire bénéficier tout le monde indistinctement, cibles ou non, se retrouve à l'identique dans la solution retenue en août, à front renversé : au lieu de subventionner tout le monde sans discernement, on augmente les prix pour tout le monde… sans discernement.
Ce schéma n'est pas isolé. Sur plusieurs autres dossiers (les fonds politiques promis à la suppression, la réforme des salaires de la fonction publique), la gouvernance actuelle a suivi la même mécanique : un comité créé dans l'urgence, un délai court et symbolique, puis des conclusions qui restent largement invisibles pour le public. L'instabilité au sommet de l'exécutif a sans doute achevé d'enterrer un chantier déjà fragile.
Or, aucune trace publique d'un rapport ou de conclusions issues de ce comité n'existe. Le délai de dix jours expirait aux alentours du 7 mai. Le 22 mai, le Premier ministre d'alors défendait encore devant les députés la politique de subvention des carburants avec des arguments budgétaires classiques (comparaison entre recettes fiscales sur les hydrocarbures et dépenses de compensation), sans mentionner la moindre réforme aboutie.
L'annonce spectaculaire d'avril s'est donc purement et simplement évaporée dans l'agenda politique, sans qu'aucune réforme de ciblage n'ait jamais vu le jour.
Certes cette réforme est difficile, techniquement : identifier les « cibles légitimes » dans une économie informelle à 80 %, établir un registre fiable des ménages vulnérables, et éviter la fraude au ciblage, demandent des infrastructures administratives que le Sénégal n'a manifestement pas.
Ce qui s'est produit depuis est, de fait, l'exact inverse de ce qu'il annonçait : non pas un système plus juste et mieux ciblé, mais un système intact, rattrapé par la flambée des cours mondiaux et débouchant, le 15 août, sur une hausse générale et indifférenciée, qui touche tous les consommateurs de la même manière, qu'ils aient ou non constitué la cible légitime d'un soutien public.
Le défaut précisément dénoncé en avril, faire bénéficier tout le monde indistinctement, cibles ou non, se retrouve à l'identique dans la solution retenue en août, à front renversé : au lieu de subventionner tout le monde sans discernement, on augmente les prix pour tout le monde… sans discernement.
Ce schéma n'est pas isolé. Sur plusieurs autres dossiers (les fonds politiques promis à la suppression, la réforme des salaires de la fonction publique), la gouvernance actuelle a suivi la même mécanique : un comité créé dans l'urgence, un délai court et symbolique, puis des conclusions qui restent largement invisibles pour le public. L'instabilité au sommet de l'exécutif a sans doute achevé d'enterrer un chantier déjà fragile.
Le chaînon manquant
Il y a un autre volet à ce dossier, plus technique mais tout aussi révélateur. Le Sénégal s'est doté, par la loi n°2022-09 du 19 avril 2022, d'un dispositif censé précisément absorber les chocs de volatilité pétrolière : un Fonds de stabilisation (FONSTAB), alimenté par les recettes tirées de l'exploitation du pétrole et du gaz sénégalais (Sangomar et le Grand Tortue Ahmeyim). Sur le papier, la mécanique est limpide : un maximum de 90 % des recettes projetées abonde le budget général de l'État, un minimum de 10 % alimente le Fonds intergénérationnel, et le surplus constaté chaque trimestre entre recettes projetées et recettes effectivement encaissées vient garnir le Fonds de stabilisation.
Il faut cependant lever une ambiguïté : ce Fonds de stabilisation ne vise pas à lisser les prix payés à la pompe par les automobilistes sénégalais. Il a pour objet de prémunir l'Etat contre la volatilité de ses propres recettes d'exportation d'hydrocarbures, c'est-à-dire l'argent que le Sénégal touche en vendant son pétrole et son gaz à l'étranger, pas celui qu'il dépense pour importer et subventionner les produits raffinés consommés localement.
Cette contrainte juridique, le ministre des Finances l'a lui-même rappelée en mai 2026 devant les députés : les recettes tirées des hydrocarbures ne peuvent, par la loi, financer ni les salaires des fonctionnaires, ni les prestations sociales courantes, ni la plupart des dépenses de fonctionnement, elles sont réservées aux investissements prioritaires de l'Etat. Autrement dit, même correctement alimenté, le FONSTAB n'aurait probablement pas pu servir tel quel à financer la subvention des prix à la pompe, qui relève d'une dépense de fonctionnement récurrente.
Le Sénégal s'est donc doté d'un outil de souveraineté financière pensé pour un problème (la volatilité de ses propres recettes d'exportation), tout en restant totalement démuni, budgétairement, face à l'autre problème, bien plus immédiat pour les ménages : la volatilité du coût de ses importations de carburant.
Le narratif officiel de l'« Etat qui absorbe seul le choc » masque ainsi une réalité plus embarrassante : aucun mécanisme structurel n'a été mis en place pour amortir précisément ce type de choc, alors même que le pays engrangeait, au même moment, des records d'exportations pétrolières et gazières.
Pourtant, par le canal des 90 % des recettes pétrolières et gazières qui vont directement au budget général, sans affectation particulière, beaucoup plus flexible, l'Etat pouvait compenser un manque à gagner fiscal ailleurs, y compris, en théorie, en acceptant de prélever moins de taxes sur le carburant sans creuser le déficit.
Il faut cependant lever une ambiguïté : ce Fonds de stabilisation ne vise pas à lisser les prix payés à la pompe par les automobilistes sénégalais. Il a pour objet de prémunir l'Etat contre la volatilité de ses propres recettes d'exportation d'hydrocarbures, c'est-à-dire l'argent que le Sénégal touche en vendant son pétrole et son gaz à l'étranger, pas celui qu'il dépense pour importer et subventionner les produits raffinés consommés localement.
Cette contrainte juridique, le ministre des Finances l'a lui-même rappelée en mai 2026 devant les députés : les recettes tirées des hydrocarbures ne peuvent, par la loi, financer ni les salaires des fonctionnaires, ni les prestations sociales courantes, ni la plupart des dépenses de fonctionnement, elles sont réservées aux investissements prioritaires de l'Etat. Autrement dit, même correctement alimenté, le FONSTAB n'aurait probablement pas pu servir tel quel à financer la subvention des prix à la pompe, qui relève d'une dépense de fonctionnement récurrente.
Le Sénégal s'est donc doté d'un outil de souveraineté financière pensé pour un problème (la volatilité de ses propres recettes d'exportation), tout en restant totalement démuni, budgétairement, face à l'autre problème, bien plus immédiat pour les ménages : la volatilité du coût de ses importations de carburant.
Le narratif officiel de l'« Etat qui absorbe seul le choc » masque ainsi une réalité plus embarrassante : aucun mécanisme structurel n'a été mis en place pour amortir précisément ce type de choc, alors même que le pays engrangeait, au même moment, des records d'exportations pétrolières et gazières.
Pourtant, par le canal des 90 % des recettes pétrolières et gazières qui vont directement au budget général, sans affectation particulière, beaucoup plus flexible, l'Etat pouvait compenser un manque à gagner fiscal ailleurs, y compris, en théorie, en acceptant de prélever moins de taxes sur le carburant sans creuser le déficit.
Aucun mécanisme d'amortissement
C'est là que l'histoire devient édifiante et embarrassante pour l'exécutif.
Si la baisse de décembre 2025 a effectivement été rendue possible par la manne pétrolière et gazière, cela signifie que l'Etat a choisi de la dépenser immédiatement sous forme de prix plus bas, plutôt que de la mettre en réserve dans le Fonds de stabilisation, précisément l'outil conçu pour ce genre d'arbitrage. Deux mois et demi plus tard, le 28 février 2026, le choc géopolitique survient, et huit mois après la baisse, le gouvernement doit revenir dessus intégralement. Autrement dit : la fenêtre où la manne pétrolière permettait de baisser les prix a été suivie, presque immédiatement, par une fenêtre où elle aurait été précieuse pour amortir la hausse, et elle n'était plus disponible, faute d'avoir été mise de côté. C'est un cas d'école de ce que le Fonds de stabilisation est censé éviter : dépenser une embellie conjoncturelle comme si elle était structurelle.
Par ailleurs, ces fonds, votés dès 2022, sont restés très largement inopérants. En janvier 2025 encore, soit sept mois après le début de la production de Sangomar et un mois après celui du GTA, le président Bassirou Diomaye Faye demandait lui-même à son gouvernement, en Conseil des ministres, « l'urgence d'activer les dispositifs institutionnels et financiers relatifs au Fonds de stabilisation et au Fonds intergénérationnel ». Un an et demi après le vote de la loi, les mécanismes n'étaient donc toujours pas pleinement opérationnels.
Lorsqu'ils ont finalement commencé à être alimentés, les montants se sont révélés dérisoires au regard des enjeux : selon le Document de planification budgétaire économique pluriannuelle 2026-2028, le plafond d'accumulation du FONSTAB a été fixé à 62,92 milliards de FCFA, une somme sans commune mesure avec les 729, voire 1 069 milliards de FCFA de subventions énergétiques en jeu pour la seule année 2026.
Tout ceci signifie que le Sénégal n'a pour l'instant défini aucune politique formalisée reliant sa production pétrolière et gazière naissante à ses prix intérieurs, et la décision de décembre a eu l'air d'un geste discrétionnaire plutôt que l'application d'une doctrine claire.
Si la baisse de décembre 2025 a effectivement été rendue possible par la manne pétrolière et gazière, cela signifie que l'Etat a choisi de la dépenser immédiatement sous forme de prix plus bas, plutôt que de la mettre en réserve dans le Fonds de stabilisation, précisément l'outil conçu pour ce genre d'arbitrage. Deux mois et demi plus tard, le 28 février 2026, le choc géopolitique survient, et huit mois après la baisse, le gouvernement doit revenir dessus intégralement. Autrement dit : la fenêtre où la manne pétrolière permettait de baisser les prix a été suivie, presque immédiatement, par une fenêtre où elle aurait été précieuse pour amortir la hausse, et elle n'était plus disponible, faute d'avoir été mise de côté. C'est un cas d'école de ce que le Fonds de stabilisation est censé éviter : dépenser une embellie conjoncturelle comme si elle était structurelle.
Par ailleurs, ces fonds, votés dès 2022, sont restés très largement inopérants. En janvier 2025 encore, soit sept mois après le début de la production de Sangomar et un mois après celui du GTA, le président Bassirou Diomaye Faye demandait lui-même à son gouvernement, en Conseil des ministres, « l'urgence d'activer les dispositifs institutionnels et financiers relatifs au Fonds de stabilisation et au Fonds intergénérationnel ». Un an et demi après le vote de la loi, les mécanismes n'étaient donc toujours pas pleinement opérationnels.
Lorsqu'ils ont finalement commencé à être alimentés, les montants se sont révélés dérisoires au regard des enjeux : selon le Document de planification budgétaire économique pluriannuelle 2026-2028, le plafond d'accumulation du FONSTAB a été fixé à 62,92 milliards de FCFA, une somme sans commune mesure avec les 729, voire 1 069 milliards de FCFA de subventions énergétiques en jeu pour la seule année 2026.
Tout ceci signifie que le Sénégal n'a pour l'instant défini aucune politique formalisée reliant sa production pétrolière et gazière naissante à ses prix intérieurs, et la décision de décembre a eu l'air d'un geste discrétionnaire plutôt que l'application d'une doctrine claire.
L'impact réel
Présenter la mesure comme un simple retour à l'étiage antérieur ne change rien à la réalité vécue par les ménages et les professionnels du transport : après neuf mois de répit tarifaire, la facture recommence à grimper, et de façon substantielle, près de 8 % pour le gasoil. Ce carburant irrigue des pans entiers de l'économie réelle sénégalaise : transport de marchandises, pêche artisanale, production électrique décentralisée, flotte de véhicules utilitaires. Toute variation se répercute mécaniquement sur le coût du transport interurbain, les tarifs des cars et minibus, et in fine sur le prix des denrées alimentaires, un canal de transmission qui touche en priorité les ménages les plus modestes, contrairement au supercarburant, davantage associé aux classes moyennes urbaines motorisées.
Sur le terrain, les transporteurs disent avoir été pris de court par l'annonce, publiée tard la veille au soir pour une entrée en vigueur dès le lendemain. Plusieurs ont d'ores et déjà répercuté la hausse sur le prix des tickets, sans concertation formelle préalable, une méthode qui tranche avec l'approche adoptée par d'autres capitales ouest-africaines, où des rencontres avec les fédérations de transporteurs ont précédé les annonces tarifaires. C'est précisément le type de mesure d'accompagnement ciblé que le comité d'avril était censé préparer, et qui fait ici défaut.
Sur le terrain, les transporteurs disent avoir été pris de court par l'annonce, publiée tard la veille au soir pour une entrée en vigueur dès le lendemain. Plusieurs ont d'ores et déjà répercuté la hausse sur le prix des tickets, sans concertation formelle préalable, une méthode qui tranche avec l'approche adoptée par d'autres capitales ouest-africaines, où des rencontres avec les fédérations de transporteurs ont précédé les annonces tarifaires. C'est précisément le type de mesure d'accompagnement ciblé que le comité d'avril était censé préparer, et qui fait ici défaut.
Structure des prix et enjeux économiques
Le prix à la pompe se décompose en trois blocs : le coût d'importation (indexé sur le baril en dollars et le taux de change), une fiscalité multiple et cumulative (taxe spécifique, TVA, droits de douane, FSIPP, taxe portuaire), et la marge des distributeurs. Un point mérite d'être souligné : même en tenant compte des subventions, le Sénégal affiche des prix parmi les plus élevés de l'UEMOA, parce que la fiscalité pèse plus lourd que la « générosité » invoquée par l'Etat. Sur les chiffres présentés par l'ancien Premier ministre lui-même, en mai, l'Etat a perçu en 2025 environ 665 milliards de FCFA de taxes sur les hydrocarbures contre environ 380 milliards de subventions versées, soit un solde net positif pour le Trésor de l'ordre de 285 milliards de FCFA.
Seules deux années récentes, 2022 et 2023, marquées par la guerre en Ukraine, ont vu les subventions dépasser les recettes fiscales pétrolières. Le narratif du « sacrifice budgétaire » mérite donc d'être relativisé : l'Etat continue, la plupart du temps, à dégager un excédent fiscal sur les carburants, y compris en période de « subvention ».
Le mécanisme lui-même repose sur un principe de prix administré : le gouvernement fixe un prix plafond à la pompe, généralement inférieur au coût réel d'importation lorsque les cours montent, la différence étant compensée par transfert public aux importateurs-distributeurs. C'est un système qui lisse la volatilité pour le consommateur mais transfère le risque prix vers le budget de l'Etat, un pari risqué quand les hypothèses de construction budgétaire (le baril à 64 dollars pour 2026) sont dépassées de plus de 35 % par la réalité du marché (88 dollars début août).
Seules deux années récentes, 2022 et 2023, marquées par la guerre en Ukraine, ont vu les subventions dépasser les recettes fiscales pétrolières. Le narratif du « sacrifice budgétaire » mérite donc d'être relativisé : l'Etat continue, la plupart du temps, à dégager un excédent fiscal sur les carburants, y compris en période de « subvention ».
Le mécanisme lui-même repose sur un principe de prix administré : le gouvernement fixe un prix plafond à la pompe, généralement inférieur au coût réel d'importation lorsque les cours montent, la différence étant compensée par transfert public aux importateurs-distributeurs. C'est un système qui lisse la volatilité pour le consommateur mais transfère le risque prix vers le budget de l'Etat, un pari risqué quand les hypothèses de construction budgétaire (le baril à 64 dollars pour 2026) sont dépassées de plus de 35 % par la réalité du marché (88 dollars début août).
Trois enjeux structurels
D'abord, la crédibilité vis-à-vis du FMI et des bailleurs : la progression des subventions non ciblées et leur dérive menace un éventuel accord de programme avec le FMI, ainsi que la notation souveraine du pays, dans un contexte déjà fragilisé par le scandale de la dette dite cachée. Ensuite, la question-même du ciblage : le FMI plaide depuis 2025 pour un mécanisme de compensation orienté vers les ménages vulnérables plutôt qu'une subvention généralisée et régressive, et que le Sénégal n'a toujours pas mise en œuvre.
Enfin, le paradoxe du pays producteur : le Sénégal exporte du pétrole et du gaz depuis Sangomar et le GTA, mais reste importateur net de produits raffinés, faute de capacité de raffinage suffisante, ce qui déconnecte largement les recettes pétrolières nationales des prix payés à la pompe, une réalité difficile à faire comprendre à une opinion publique légitimement perplexe.
Enfin, le paradoxe du pays producteur : le Sénégal exporte du pétrole et du gaz depuis Sangomar et le GTA, mais reste importateur net de produits raffinés, faute de capacité de raffinage suffisante, ce qui déconnecte largement les recettes pétrolières nationales des prix payés à la pompe, une réalité difficile à faire comprendre à une opinion publique légitimement perplexe.
Il aurait fallu…
Un constat sévère gagne à être mis à l'épreuve d'une question simple : qu'aurait-il été possible de faire autrement, dans les marges de manœuvre réelles d'un pays à revenu intermédiaire, hors programme FMI et empruntant sur les marchés à des conditions de dette en détresse, avec une administration fiscale encore limitée ? Plusieurs pistes, ni miraculeuses ni sans coût, restaient pourtant disponibles et n'ont pas été empruntées.
Un lissage progressif plutôt qu'un choc annoncé la veille pour le lendemain : étaler la hausse sur plusieurs semaines, avec un calendrier public, aurait laissé aux ménages et aux transporteurs le temps de s'ajuster, au prix d'une exposition budgétaire un peu plus longue mais prévisible plutôt que subie dans l'urgence.
Une compensation ciblée appuyée sur un dispositif existant, plutôt qu'un ciblage à construire de toutes pièces, restait en principe possible : le Programme national de bourses de sécurité familiale (PNBSF) est l'instrument naturel pour ce type de transfert. Mais son propre historique récent illustre, à front renversé, exactement le même mal chronique que celui décrit tout au long de cet article.
Le programme a connu des arriérés de paiement dès 2024, une suspension de fait officialisée début 2025, largement dénoncée à l'époque comme une suppression déguisée, avant une reprise des paiements en mars 2026 sur un périmètre réduit à 355 013 ménages.
Pire, au moment même où la hausse du 15 août entrait en vigueur, le PNBSF traversait une nouvelle phase de re-certification et de réforme, actée par un décret du 5 août 2026, avec des radiations de bénéficiaires en situation de handicap déjà contestées par leurs associations.
Le seul filet social mobilisable pour amortir un choc de ce type était donc lui-même, ce jour-là, en pleine recomposition, ce qui a probablement rendu son usage impraticable dans l'urgence, quand bien même le gouvernement l'aurait envisagé.
Une négociation préalable avec les fédérations de transporteurs, sur le modèle est-africain où les régulateurs consultent la profession avant chaque annonce, aurait limité la répercussion immédiate et désordonnée sur les tarifs des cars et minibus, qui pénalise en premier lieu les usagers les plus modestes.
Une activation réelle, et pas seulement votée, du FONSTAB, couplée à une réflexion sur des instruments de couverture financière du risque prix à l'importation, sur le modèle des couvertures pétrolières que certains pays producteurs pratiquent pour sécuriser leurs recettes, aurait pu constituer un amortisseur budgétaire partiel plutôt qu'un texte de loi resté sans effet pendant plus d'un an et demi.
Un investissement accéléré dans la capacité de raffinage locale, pour transformer une plus grande part du brut sénégalais en produits raffinés consommés sur place, aurait réduit, à terme, la dépendance du pays aux importations de carburant raffiné et donc son exposition directe à la volatilité des marchés internationaux.
Aucune de ces pistes n'aurait annulé la nécessité d'un ajustement face à un choc pétrolier de cette ampleur. Mais chacune aurait pu en changer la forme, le rythme ou la répartition du fardeau, ce qui est précisément l'objet du diagnostic que le gouvernement avait lui-même posé en avril, sans jamais le transformer en politique.
La hausse, un symptôme
En somme, cette hausse n'est ni surprenante ni, en soi, injustifiable au vu du choc pétrolier international. Ce qui l'est davantage, c'est l'écart entre un diagnostic gouvernemental, et l'absence totale de mise en œuvre. Le pouvoir en place n'a pas seulement laissé filer la même politique de subvention non ciblée qu'il dénonçait ; il en a démontré publiquement, par sa propre analyse, le caractère « injuste » et inefficace, avant de la laisser courir sans réforme jusqu'à ce que la contrainte budgétaire impose son propre couperet, aussi peu ciblé que le système qu'il était censé remplacer. C'est cet écart entre le constat et l'action, plus que la hausse elle-même, qui constitue le véritable sujet politique.
En réalité, le vrai problème ce n'est pas seulement l'augmentation elle-même. C'est qu'elle intervienne dans un pays où trop de citoyens n'ont aucun amortisseur, aucune compensation solide, aucune visibilité sur l'avenir, et souvent aucune confiance dans la promesse que ces sacrifices serviront réellement l'intérêt général.
La hausse des carburants est un symptôme. La maladie, c'est l'absence de doctrine.
Malick NDAW
Un lissage progressif plutôt qu'un choc annoncé la veille pour le lendemain : étaler la hausse sur plusieurs semaines, avec un calendrier public, aurait laissé aux ménages et aux transporteurs le temps de s'ajuster, au prix d'une exposition budgétaire un peu plus longue mais prévisible plutôt que subie dans l'urgence.
Une compensation ciblée appuyée sur un dispositif existant, plutôt qu'un ciblage à construire de toutes pièces, restait en principe possible : le Programme national de bourses de sécurité familiale (PNBSF) est l'instrument naturel pour ce type de transfert. Mais son propre historique récent illustre, à front renversé, exactement le même mal chronique que celui décrit tout au long de cet article.
Le programme a connu des arriérés de paiement dès 2024, une suspension de fait officialisée début 2025, largement dénoncée à l'époque comme une suppression déguisée, avant une reprise des paiements en mars 2026 sur un périmètre réduit à 355 013 ménages.
Pire, au moment même où la hausse du 15 août entrait en vigueur, le PNBSF traversait une nouvelle phase de re-certification et de réforme, actée par un décret du 5 août 2026, avec des radiations de bénéficiaires en situation de handicap déjà contestées par leurs associations.
Le seul filet social mobilisable pour amortir un choc de ce type était donc lui-même, ce jour-là, en pleine recomposition, ce qui a probablement rendu son usage impraticable dans l'urgence, quand bien même le gouvernement l'aurait envisagé.
Une négociation préalable avec les fédérations de transporteurs, sur le modèle est-africain où les régulateurs consultent la profession avant chaque annonce, aurait limité la répercussion immédiate et désordonnée sur les tarifs des cars et minibus, qui pénalise en premier lieu les usagers les plus modestes.
Une activation réelle, et pas seulement votée, du FONSTAB, couplée à une réflexion sur des instruments de couverture financière du risque prix à l'importation, sur le modèle des couvertures pétrolières que certains pays producteurs pratiquent pour sécuriser leurs recettes, aurait pu constituer un amortisseur budgétaire partiel plutôt qu'un texte de loi resté sans effet pendant plus d'un an et demi.
Un investissement accéléré dans la capacité de raffinage locale, pour transformer une plus grande part du brut sénégalais en produits raffinés consommés sur place, aurait réduit, à terme, la dépendance du pays aux importations de carburant raffiné et donc son exposition directe à la volatilité des marchés internationaux.
Aucune de ces pistes n'aurait annulé la nécessité d'un ajustement face à un choc pétrolier de cette ampleur. Mais chacune aurait pu en changer la forme, le rythme ou la répartition du fardeau, ce qui est précisément l'objet du diagnostic que le gouvernement avait lui-même posé en avril, sans jamais le transformer en politique.
La hausse, un symptôme
En somme, cette hausse n'est ni surprenante ni, en soi, injustifiable au vu du choc pétrolier international. Ce qui l'est davantage, c'est l'écart entre un diagnostic gouvernemental, et l'absence totale de mise en œuvre. Le pouvoir en place n'a pas seulement laissé filer la même politique de subvention non ciblée qu'il dénonçait ; il en a démontré publiquement, par sa propre analyse, le caractère « injuste » et inefficace, avant de la laisser courir sans réforme jusqu'à ce que la contrainte budgétaire impose son propre couperet, aussi peu ciblé que le système qu'il était censé remplacer. C'est cet écart entre le constat et l'action, plus que la hausse elle-même, qui constitue le véritable sujet politique.
En réalité, le vrai problème ce n'est pas seulement l'augmentation elle-même. C'est qu'elle intervienne dans un pays où trop de citoyens n'ont aucun amortisseur, aucune compensation solide, aucune visibilité sur l'avenir, et souvent aucune confiance dans la promesse que ces sacrifices serviront réellement l'intérêt général.
La hausse des carburants est un symptôme. La maladie, c'est l'absence de doctrine.
Malick NDAW


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