« La réglementation n'est pas le problème »
Le ton est donné d'emblée. Là où le représentant d'un grand groupe bancaire ivoirien avait fustigé un cadre réglementaire peu favorable, invitant même des institutions comme la Banque mondiale ou la SFI à documenter les freins que les banques, en position d'assujetties, ne peuvent pas elles-mêmes dénoncer publiquement, la représentante de la BCEAO choisit de répondre par des exemples concrets.
Premier exemple, la pondération des risques sur les prêts immobiliers. « La nouvelle réglementation prudentielle l'a baissé à 35% au niveau de pondération forfaitaire le plus bas après les titres publics », rappelle Yaye Aminata Seck MBOW Conseiller du Secrétaire général de la BCEAO.
L’Objectif de cette mesure était explicite : favoriser le financement de l'immobilier résidentiel par le secteur bancaire. « Concrètement, tous les prêts immobiliers inférieurs à 150 millions de francs CFA bénéficient désormais de cette pondération réduite, ce qui allège mécaniquement le coût en capital pour les banques qui s'engagent dans ce segment », souligne-t-elle.
Sur la question de la limitation des participations des banques dans des sociétés commerciales, autres obstacle réglementaire évoqué par le représentant du groupe bancaire ivoirien , Mme MBOW est tout aussi directe : ce n'est pas, dit-elle « une spécificité africaine, c'est une norme internationale ». Selon elle, une banque a vocation à faire de l'activité bancaire, non de l'activité commerciale. « Autoriser les établissements à devenir promoteurs immobiliers sans garde-fous exposerait le système à des risques systémiques de contagion, la banque se retrouvant à la fois prêteur et actionnaire d'un même secteur ». Un principe de prudence élémentaire, a-t-elle rappelé.
Le vrai verrou ? Le foncier et les garanties
Ayant écarté le bouc-émissaire réglementaire, Mme le Conseiller du Secrétaire général de la BCEAO a pointé ce qui lui semble être les causes profondes de la faiblesse du crédit immobilier. Le chiffre est édifiant et avait déjà été rappelé en matinée : seulement 5 % du portefeuille de crédit des banques est alloué à l'immobilier. Selon elle, les enjeux fondamentaux relèvent des questions de sécurité foncière et de développement des mécanismes de partage du risque.
Elle cite en contrepoint l'exemple marocain, déjà évoqué dans les échanges : au Maroc, où les garanties publiques couvrent jusqu'à 90 % des prêts et où le registre foncier est sécurisé, le crédit immobilier représente 27 % de l'encours bancaire total. La leçon est limpide : ce n'est pas en assouplissant les règles prudentielles que le secteur décollera, mais en dotant l'écosystème des instruments de garantie et de sécurisation foncière adéquats.
La structure des bilans bancaires, obstacle objectif
Le troisième argument, plus technique mais tout aussi décisif : la structure même du passif des banques de l'UEMOA n'est pas calibrée pour le financement long. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. 83 % du passif des banques sont des dépôts, et parmi ces dépôts, 48 % sont des dépôts à vue (par nature volatils et de très court terme). Financer des prêts hypothécaires à 15 ou 20 ans avec des ressources remboursables à tout moment relève d'une prise de risque que la prudence interdit.
La solution, selon Mme Seck Mbow, passe nécessairement par une diversification des sources de financement long. Elle a ainsi relevé que si les instruments permettent de mobiliser des ressources longues existent déjà, notamment la titrisation et les obligations sécurisées, leur utilisation par le secteur bancaire demeure encore limitée. Et sur ce point la BCEAO concède elle-même qu’un chantier reste ouvert. Malgré les progrès réalisés grâce au refinancement hypothécaire de la Caisse Régionale de Refinancement Hypothécaire (désormais AFINHAB), la faiblesse des maturités de crédit demeure une contrainte majeure au développement du financement du logement.
Dans ce contexte Mme Mbow a invité les acteurs du secteur à approfondir la réflexion sur les mécanismes de mobilisation de ressources longues. Selon elle, la question n’est plus seulement de renforcer les dispositifs existant mais également d’explorer les possibilités offertes par le marché financier régional. Il d’agit d’examiner notamment dans quelle mesure les banques pourraient recourir plus directement aux instruments de marché, en complément du refinancement hypothécaire, afin de soutenir plus efficacement les ambitions du développement du secteur du logement de l’UEMOA
La BCEAO en acteur, pas en arbitre
En guise de conclusion, la représentante de l'institution a tenu à dissiper un malentendu : la BCEAO n'est pas spectatrice. « La banque centrale tient à cœur la protection des consommateurs et leurs besoins », a-t-elle affirmé. Deux initiatives récentes en témoignent : la proposition au Conseil des ministres d'une baisse du taux d'usure, directement en réponse aux taux d'intérêt jugés prohibitifs par les panélistes, et la mise en œuvre de la Stratégie Régionale d’Inclusion Financière. Destinée à élargir l’accès aux services financiers aux populations jusqu'ici exclues du système bancaire formel.
Un message équilibré, qui aura permis au modérateur de conclure avec une formule de consensus : « Je constate que nous avons des objectifs et des intérêts convergents. »
Dans la salle, le message aura été reçu cinq sur cinq : le verrou n'est pas à Dakar, au Siège de la BCEAO. Il est dans les registres fonciers, dans l’insuffisance des mécanismes de garanties publiques, et dans des bilans bancaires structurellement trop courts pour financer le temps long de l'habitat.
Malick NDAW , Envoyé spécial à Lomé
Le ton est donné d'emblée. Là où le représentant d'un grand groupe bancaire ivoirien avait fustigé un cadre réglementaire peu favorable, invitant même des institutions comme la Banque mondiale ou la SFI à documenter les freins que les banques, en position d'assujetties, ne peuvent pas elles-mêmes dénoncer publiquement, la représentante de la BCEAO choisit de répondre par des exemples concrets.
Premier exemple, la pondération des risques sur les prêts immobiliers. « La nouvelle réglementation prudentielle l'a baissé à 35% au niveau de pondération forfaitaire le plus bas après les titres publics », rappelle Yaye Aminata Seck MBOW Conseiller du Secrétaire général de la BCEAO.
L’Objectif de cette mesure était explicite : favoriser le financement de l'immobilier résidentiel par le secteur bancaire. « Concrètement, tous les prêts immobiliers inférieurs à 150 millions de francs CFA bénéficient désormais de cette pondération réduite, ce qui allège mécaniquement le coût en capital pour les banques qui s'engagent dans ce segment », souligne-t-elle.
Sur la question de la limitation des participations des banques dans des sociétés commerciales, autres obstacle réglementaire évoqué par le représentant du groupe bancaire ivoirien , Mme MBOW est tout aussi directe : ce n'est pas, dit-elle « une spécificité africaine, c'est une norme internationale ». Selon elle, une banque a vocation à faire de l'activité bancaire, non de l'activité commerciale. « Autoriser les établissements à devenir promoteurs immobiliers sans garde-fous exposerait le système à des risques systémiques de contagion, la banque se retrouvant à la fois prêteur et actionnaire d'un même secteur ». Un principe de prudence élémentaire, a-t-elle rappelé.
Le vrai verrou ? Le foncier et les garanties
Ayant écarté le bouc-émissaire réglementaire, Mme le Conseiller du Secrétaire général de la BCEAO a pointé ce qui lui semble être les causes profondes de la faiblesse du crédit immobilier. Le chiffre est édifiant et avait déjà été rappelé en matinée : seulement 5 % du portefeuille de crédit des banques est alloué à l'immobilier. Selon elle, les enjeux fondamentaux relèvent des questions de sécurité foncière et de développement des mécanismes de partage du risque.
Elle cite en contrepoint l'exemple marocain, déjà évoqué dans les échanges : au Maroc, où les garanties publiques couvrent jusqu'à 90 % des prêts et où le registre foncier est sécurisé, le crédit immobilier représente 27 % de l'encours bancaire total. La leçon est limpide : ce n'est pas en assouplissant les règles prudentielles que le secteur décollera, mais en dotant l'écosystème des instruments de garantie et de sécurisation foncière adéquats.
La structure des bilans bancaires, obstacle objectif
Le troisième argument, plus technique mais tout aussi décisif : la structure même du passif des banques de l'UEMOA n'est pas calibrée pour le financement long. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. 83 % du passif des banques sont des dépôts, et parmi ces dépôts, 48 % sont des dépôts à vue (par nature volatils et de très court terme). Financer des prêts hypothécaires à 15 ou 20 ans avec des ressources remboursables à tout moment relève d'une prise de risque que la prudence interdit.
La solution, selon Mme Seck Mbow, passe nécessairement par une diversification des sources de financement long. Elle a ainsi relevé que si les instruments permettent de mobiliser des ressources longues existent déjà, notamment la titrisation et les obligations sécurisées, leur utilisation par le secteur bancaire demeure encore limitée. Et sur ce point la BCEAO concède elle-même qu’un chantier reste ouvert. Malgré les progrès réalisés grâce au refinancement hypothécaire de la Caisse Régionale de Refinancement Hypothécaire (désormais AFINHAB), la faiblesse des maturités de crédit demeure une contrainte majeure au développement du financement du logement.
Dans ce contexte Mme Mbow a invité les acteurs du secteur à approfondir la réflexion sur les mécanismes de mobilisation de ressources longues. Selon elle, la question n’est plus seulement de renforcer les dispositifs existant mais également d’explorer les possibilités offertes par le marché financier régional. Il d’agit d’examiner notamment dans quelle mesure les banques pourraient recourir plus directement aux instruments de marché, en complément du refinancement hypothécaire, afin de soutenir plus efficacement les ambitions du développement du secteur du logement de l’UEMOA
La BCEAO en acteur, pas en arbitre
En guise de conclusion, la représentante de l'institution a tenu à dissiper un malentendu : la BCEAO n'est pas spectatrice. « La banque centrale tient à cœur la protection des consommateurs et leurs besoins », a-t-elle affirmé. Deux initiatives récentes en témoignent : la proposition au Conseil des ministres d'une baisse du taux d'usure, directement en réponse aux taux d'intérêt jugés prohibitifs par les panélistes, et la mise en œuvre de la Stratégie Régionale d’Inclusion Financière. Destinée à élargir l’accès aux services financiers aux populations jusqu'ici exclues du système bancaire formel.
Un message équilibré, qui aura permis au modérateur de conclure avec une formule de consensus : « Je constate que nous avons des objectifs et des intérêts convergents. »
Dans la salle, le message aura été reçu cinq sur cinq : le verrou n'est pas à Dakar, au Siège de la BCEAO. Il est dans les registres fonciers, dans l’insuffisance des mécanismes de garanties publiques, et dans des bilans bancaires structurellement trop courts pour financer le temps long de l'habitat.
Malick NDAW , Envoyé spécial à Lomé

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