AJUSTEMENT BUDGETAIRE : Pas comme les années 80

Vendredi 4 Septembre 2026

Le spectre des plans d'ajustement structurel plane sur toute discussion de redressement des finances publiques en Afrique. Conscient de ce précédent, le directeur général du Budget a tenu, devant la presse, à dissocier explicitement la trajectoire budgétaire du PTDS de ces épisodes douloureux.


Massamba Dieng, directeur général du Budget
Massamba Dieng, directeur général du Budget
Toute annonce de « maîtrise du déficit » réveille, au Sénégal comme ailleurs sur le continent, le souvenir des ajustements structurels des années 1980 : coupes dans les budgets sociaux, gel des recrutements, dégradation des services publics de base. C'est précisément cette comparaison que le directeur général du Budget, Massamba Dieng, s'est employé à écarter lors de la rencontre organisée ce jeudi 3 septembre 2026 par le ministère de l'Économie, des Finances et du Plan.
 
« Maîtriser le déficit budgétaire ne veut pas dire s'ajuster sur les secteurs sociaux comme on avait l'habitude de le voir durant les années 80 », a-t-il affirmé, présentant la préservation de ces secteurs comme l'un des rares points de consensus total dans l'élaboration du plan.
 
Concrètement, cet engagement se traduit par l'exclusion de la santé, de l'éducation et des transferts sociaux aux ménages de tout ajustement sur la période 2027-2029, au même titre que les dépenses de défense et de sécurité. Un choix qui, s'il se vérifie dans l'exécution budgétaire réelle des trois prochaines années, distinguerait effectivement le PTDS des programmes d'ajustement classiques (mais qui reste, à ce stade, une promesse politique davantage qu'un engagement chiffré et documenté ligne par ligne).
 
Où se loge alors l'effort ?
 
Si le social et la sécurité sont sanctuarisés, l'équation budgétaire doit nécessairement reposer ailleurs. Le directeur général du Budget évoque deux leviers : une progression du recouvrement fiscal (un chantier détaillé par ailleurs par la Direction générale des Impôts et des Domaines) et une rationalisation ciblée des dépenses de fonctionnement de l'État, en particulier une meilleure maîtrise des transferts vers les entités du secteur parapublic, régulièrement pointées du doigt comme source de dérive budgétaire.
 
Plusieurs réformes structurelles, engagées depuis 2025, doivent donner corps à cette rationalisation : suppression progressive de certains transferts liés à la gestion du personnel de l'État, identifiés comme source de dérapages récurrents ; fin des transferts en capital directement versés aux entités publiques, remplacés par un suivi budgétaire retraçant intégralement l'exécution des investissements ; obligation de faire transiter l'ensemble des dépenses financées sur ressources extérieures par le système budgétaire national ; et suppression des lettres de confort qui permettaient à certaines entités d'emprunter directement auprès des banques, sans validation centralisée.
 
Autre signal que le gouvernement tient à mettre en avant : loin d'être sacrifié sur l'autel de l'assainissement, l'investissement public serait au contraire sanctuarisé, avec une enveloppe cumulée annoncée à plus de 6 790 milliards de FCFA sur la période (soit une moyenne d'environ 2 363 milliards de FCFA par an) consacrée notamment à l'Agenda national de transformation.
 
Reste que sanctuariser une enveloppe globale ne dit rien, à ce stade, de la qualité et de l'exécution effective des projets qu'elle financera. Le point sur lequel les prochains exercices budgétaires seront réellement jugés.
Malick NDAW
Actu-Economie

La rédaction

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