Au fur et à mesure des éditions de l’Africa Investment Forum (AIF), on a une impression de « déjà-vu », ou de « déjà-entendu ». À Rabat, comme lors des éditions précédentes, les mêmes thèmes reviennent en boucle : souveraineté financière, épargne domestique, rôle du secteur privé, mobilisation du capital… C’est devenu un mantra.
Mais dans les faits : peu de deals locaux structurés, peu de fonds africains mobilisés, peu d’investisseurs domestiques présents dans les tables de signatures. Le discours ne varie pas beaucoup, et la réalité non plus. L’événement privilégie les annonces… pas les mécanismes. On parle de milliards “mobilisables”, de pipelines “en préparation”, de projets “en structuration”. Mais rarement de : véhicules juridiques créés, fonds réellement capitalisés, obligations locales émises, garanties effectives, réformes réglementaires adoptées. Or, sans instruments concrets, le capital local reste… un concept.
Il y a un paradoxe : les capitaux africains existent (fonds souverains, caisses de dépôts, fonds de pension, banques). Mais ils restent sur les marchés obligataires locaux, dans l’immobilier, dans les bons du Trésor, ou à l’étranger via des placements sûrs.
Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas assez de produits financiers crédibles pour absorber ce capital dans des projets d’infrastructure ou d’industrie. L’AIF parle de capital. Ce qu’il manque, c’est le produit.
Bouger le mécanisme continental
Il ne s’agit pas de remettre en question la volonté ni l’énergie des institutions présentes. Elles font ce qu’elles peuvent dans un environnement complexe. Le capital local n’est pas mobilisé parce que les obstacles structurels restent les mêmes.
Chaque année, les experts répètent les mêmes freins : les fonds de pension n’ont pas le droit (ou le confort) d’investir dans les infrastructures ; les assurances ont des contraintes prudentielles trop strictes ; les banques ne veulent pas s’exposer à long terme ; les projets sont mal préparés ; la régulation est lente ; le risque politique reste élevé. Mais aucune réforme systémique d’envergure n’a encore été posée au plan continental.
Logiquement, l’AIF ne peut pas produire des résultats différents avec les mêmes règles du jeu.
Mais l’Afrique n’a plus le luxe des forums qui brillent sans transformer. Elle a besoin de décisions concrètes : de cadres prudentiels modernisés, d’un pipeline de projets réellement bancables, et d’un mécanisme continental capable d’absorber l’épargne locale pour la redéployer dans l’économie réelle.
Tant que ces chantiers resteront au stade des bonnes intentions, l’AIF restera ce qu’il est devenu : un miroir aux ambitions, où chacun voit ce qu’il espère… mais où trop peu se réalise.
Malick NDAW
Mais dans les faits : peu de deals locaux structurés, peu de fonds africains mobilisés, peu d’investisseurs domestiques présents dans les tables de signatures. Le discours ne varie pas beaucoup, et la réalité non plus. L’événement privilégie les annonces… pas les mécanismes. On parle de milliards “mobilisables”, de pipelines “en préparation”, de projets “en structuration”. Mais rarement de : véhicules juridiques créés, fonds réellement capitalisés, obligations locales émises, garanties effectives, réformes réglementaires adoptées. Or, sans instruments concrets, le capital local reste… un concept.
Il y a un paradoxe : les capitaux africains existent (fonds souverains, caisses de dépôts, fonds de pension, banques). Mais ils restent sur les marchés obligataires locaux, dans l’immobilier, dans les bons du Trésor, ou à l’étranger via des placements sûrs.
Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas assez de produits financiers crédibles pour absorber ce capital dans des projets d’infrastructure ou d’industrie. L’AIF parle de capital. Ce qu’il manque, c’est le produit.
Bouger le mécanisme continental
Il ne s’agit pas de remettre en question la volonté ni l’énergie des institutions présentes. Elles font ce qu’elles peuvent dans un environnement complexe. Le capital local n’est pas mobilisé parce que les obstacles structurels restent les mêmes.
Chaque année, les experts répètent les mêmes freins : les fonds de pension n’ont pas le droit (ou le confort) d’investir dans les infrastructures ; les assurances ont des contraintes prudentielles trop strictes ; les banques ne veulent pas s’exposer à long terme ; les projets sont mal préparés ; la régulation est lente ; le risque politique reste élevé. Mais aucune réforme systémique d’envergure n’a encore été posée au plan continental.
Logiquement, l’AIF ne peut pas produire des résultats différents avec les mêmes règles du jeu.
Mais l’Afrique n’a plus le luxe des forums qui brillent sans transformer. Elle a besoin de décisions concrètes : de cadres prudentiels modernisés, d’un pipeline de projets réellement bancables, et d’un mécanisme continental capable d’absorber l’épargne locale pour la redéployer dans l’économie réelle.
Tant que ces chantiers resteront au stade des bonnes intentions, l’AIF restera ce qu’il est devenu : un miroir aux ambitions, où chacun voit ce qu’il espère… mais où trop peu se réalise.
Malick NDAW


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